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Le 8 mai 2017, le Président-directeur Général d’une entreprise minière canadienne qui a pour logo les trois voiles de la Santa-Maria, la Colombus Gold, a adressé un message enthousiaste de félicitations au président de la République française fraîchement élu, l’ancien ministre de l’économie, Emmanuel Macron, qui, en 2015, avait manifesté son plus chaleureux soutien au projet […]

Libre de dire : l’émancipation par le récit et la critique littéraire écoféministe.

 

Développées de façon théorique à partir de la fin des années 19901, les analyses littéraires sinspirant des théories écoféministes ont permis la mise en lumière de loppression de la pensée dualiste hétéro-patriarcale dans une veine analogue au travail entrepris dès 1982 par Annette Kolodny avec son The Lay of the Land. Cependant, au-delà dune dénonciation des systèmes oppressifs présents dans les narrations ayant aidé à construire certaines cultures occidentales2, il apparait que les structures et procédés narratifs mis au jour grâce à la critique littéraire écoféministe de ces vingt dernières années constituent également de véritables stratégies de résistance. Dès 1991, Patrick D. Murphy écrivait ainsi qu: « En explorant la littérature depuis une perspective écoféministe, nous pouvons nous attendre à révéler des stratégies d’émancipation qui ont déjà commencé à laisser libre cours à des narrations écologiques qui promettent un avenir plus teinté despoir. »

Près de trente ans après cette déclaration, le présent article se propose dexplorer les évolutions majeures dans la critique littéraire et la littérature écoféministes afin de déterminer dans quelle mesure les stratégies d’émancipation révélées par les analyses écoféministes ont permis de donner lieu à des narrations offrant une vision plus respectueuse des liens unissant les êtres humains entre eux ainsi qu’à leur environnement et tout ce qui y vit. Pour ce faire, je mintéresserai en premier lieu à la façon dont la critique littéraire écoféministe a permis à la mouvance de s’émanciper des critiques essentialistes et de la réputation sulfureuse de l’écoféminisme avant de porter mon attention sur quelques exemples de stratégie littéraire d’émancipation.

S’émanciper de l’‘ecofeminist backlash

En 1998, Gaard et Murphy prétendaient que « Les theories écoféministes proposent des stratégies plutôt que des règles. De ce fait, bien que lintersectionnalité entre écoféminisme et critique littéraire reste largement inexplorée, les chercheurs ont à leur disposition un certain nombre dindications qui peuvent les guider. »3 La première partie de cette phrase reste incontestablement vraie, que ce soit pour l’écocritique dans son ensemble ou la critique littéraire écoféministe. Par contre, les avancées dont ont été témoin ces domaines depuis 2005 marquent, à mon sens, un tournant décisif pour l’écoféminisme. En effet, la mouvance souffrait de mauvaise presse depuis les années 1990, à tel point quun grand nombre de chercheurs et chercheuses initialement intéressé.es par les idées proposées se sont détourné.es de l’écoféminisme, de peur que la simple évocation du terme ne vienne entacher leur crédibilité. Ce backlash fut tel que certains allèrent même jusqu’à annoncer la fin de l’écoféminisme ou, tout du moins, à recommander un changement de nom, nécessaire pour s’éloigner du discrédit associé au terme « écoféminisme ». Cependant, à partir de 2005 environ, certaines publications semblent annoncer une réutilisation progressive du terme « écoféminisme », ce qui na cessé de se confirmer depuis dans lintérêt grandissant dont celui-ci jouit de la part de différents domaines universitaires et intellectuels, entre autres.

Les publications de la dernière décennie ont ainsi permis de consolider deux points de grande importance : le premier concerne la diversité au sein de l’écoféminisme qui, plutôt que de devenir un débat paralysant, sest muté en une spécificité de cette approche.

Le deuxième point concerne le fait que nous assistons depuis environ 6 ans à une recrudescence de lutilisation de la dénomination « écoféminisme » dans la parution douvrages (et notamment dans les thèses de doctorat), qui semble indiquer que la récupération de lhistoire et des théories écoféministes voulue par un grand nombre soit devenue une réalité : « en effet je maperçois dune renaissance de l’écoféminisme sous forme de thèses et de publications qui émergent, cest très excitant. »4

La littérature comme porte dentrée ?

Serait-il audacieux de prétendre quau vu de ces éléments, l’écocritique féministe ait véritablement permis la récupération des idées écoféministes ainsi quune récupération du terme « écoféminisme », comme de nombreux intellectuels lespéraient ? Bien que le backlash antiféministe, dont l’écoféminisme a particulièrement souffert, ne puisse être considéré comme révolu au regard des nombreux articles et ouvrages y faisant encore référence, lapplication littéraire de l’écoféminisme semble avoir eu un effet positif sur la réception des idées de la mouvance. La critique littéraire écoféministe semble en effet avoir permis une compréhension plus vaste des idées écoféministes, et cette tendance est renforcée davantage par lécocritique féministe. Ceci semble donc effectivement avoir permis la réhabilitation du nom « écoféminisme », « comme un terme [qui] indique une intervention politique double »5 et dune prise de conscience de lidée selon laquelle « le problème [] est que plus les théories féministes prennent leur distance davec la nature, plus cette même nature se trouve implicitement ou explicitement renforcée comme appartenant au terrain glissant de la misogynie. »6

Serpil Oppermann, dans son article de 2013 « Feminist Ecocriticism : The New Ecofeminist Settlement », reprend une idée analogue. Premièrement, elle soutient la thèse, qui est la nôtre également7, en décrivant l’écocritique féministe comme une évolution ayant permis la réinstauration des idées écoféministes dans un contexte universitaire et intellectuel plus vaste. Le lien évolutif entre écoféminisme, critique littéraire écoféministe et écocritique féministe est présenté comme résultant de limportation des idées écoféministes dans la mesure où « les positions politiques, éthiques et théoriques écoféministes ont récemment été reconfigurées au sein dune nouvelle approche écocritique, appelée écocritique féministe. »8

Celle-ci constitue une mutation plutôt quune utilisation neuve (dans le sens dinédite) : en effet, les idées à la base de la pratique écoféministe sont présentes depuis plus de quarante ans (Kolodny, The Lay of the Land, 1975.) Mais lexpansion de la pratique écocritique féministe actuelle ainsi que le renforcement théorique qui laccompagne en font une pratique nouvelle, dans le sens de recyclée, dans la mesure où la fédération opérée durant la dernière décennie a permis une utilisation plus étendue et moins controversée des idées écoféministes.

La recrudescence de lutilisation du terme « écoféminisme » de ces sept dernières années en témoigne. Celui-ci ne semble plus corrompu au point de complètement discréditer la personne lutilisant, comme c’était encore le cas il y a une dizaine dannées : « Cette interfécondation des points de vue devient visible, maintenant que l’écoféminisme est reconnu comme étant un des catalyseurs de lacceptation grandissante par l’écocritique de la complexité des questions environnementales. »9. Douglas A. Vakoch présente ainsi lidée selon laquelle l’écocritique féministe et la critique littéraire écoféministe sont bel et bien deux noms dune même chose : « [] l’écocritique féministe. Cette discipline hybride est également appelée critique littéraire écoféministe, qui a été définie comme étant un discours politiquement engagé qui analyse les connexions conceptuelles entre la manipulation des femmes et du non-humain. (Buell, Heise, and Thornber 2011: 425). »10

Uni.es dans la diversité

Dans les années 1960, les mouvements féministes s’emparent du slogan « the personal is political » pour attirer l’attention sur le problème de la subordination des femmes dans les sphères « privées » de la famille, du lieu de travail et de la société civile. Ceci fait référence à l’idée selon laquelle les problèmes personnels (au sein du couple, de la famille) auxquels les femmes ont à faire face sont en corrélation directe avec la façon dont la société (ici, le political) représente ces dernières. L’écoféminisme va récupérer cette idée du « personal is political » et la pousser encore plus loin en déclarant que si le personnel est politique, les deux sont spirituels également. Cette idée peut paraître saugrenue au départ, mais voici comment Anne Cameron l’explique dans « First Mother and the Rainbow Children », un essai publié dans Healing the Wounds (1989) :

Chaque décision quune personne prend dans sa vie est à la fois personnelle, politique et spirituelle. Si vous décidez de ne jamais devenir esclave des drogues ou de lalcool, vous prenez une décision personnelle mais en même temps, vous commettez un acte politique et faites un choix spirituel. [] Les mouvements féministes ont longtemps cru et vécu selon le crédo le personnel est politique et le politique est personnel, mais nous avons également appris que le spirituel constitue une part intégrale du personnel ainsi que du politique. Il ne peut y avoir de césure dans la spiritualité, ce nest pas quelque chose que lon peut faire une heure le dimanche après-midi, on vit selon ses croyances ou on vit en démontrant que lon ne possède pas de croyance.11

Donna Haraway (1991, 2003) reprend une idée similaire lorsquelle présente son utilisation du terme natureculture afin de contrer la vision divisée qui sépare les différentes expériences. Dune façon générale, les auteur.es étudié.es par la critique littéraire écoféministe ou ceux et celles écrivant dun point de vue écoféministe présentent cette même approche transformative du being-in-the-world. Sous leur plume, le personnel se mélange au social, le politique au spirituel, l’intime au public, l’émotion à la raison, la connaissance subjective à la connaissance scientifique, etc. Certes, leurs histoires leur appartiennent, mais les chiffres, les connaissances et la ré-articulation du rapport au monde qu’elles y étalent concernent lensemble de la population terrestre.

Une sélection dexemples

Linda Hogan est une romancière et poète Chickasaw. Dans The Woman who Watched over the World, elle raconte son histoire personnelle et tribale. Ici encore, c’est une histoire autobiographique qui sert de loupe pour l’histoire humaine et la façon dont celle-ci est unie au monde naturel. Elle y révèle les liens qui unissent les histoires tribales à une Amérique brisée ainsi que la façon dont ces histoires tribales restent présentes pour les générations actuelles. Dans Dwellings : A Spiritual History of the Living World ainsi que dans The Sweet Breathing of Plants, elle opère également cet effet de loupe. L’introspection dont elle fait preuve et la mise à nu qui en résulte ont pour effet un questionnement analogue chez ses lecteurs. L’écriture de Hogan oscille entre œuvres de fiction, de non-fiction, poésie et travaux d’édition.

Kuki Gallman est une auteure et environnementaliste italienne, émigrée au Kenya depuis 1972. Elle y acquiert Ol Ari Nyiro, un énorme ranch, dans lequel elle va tenter de mettre en place une façon harmonieuse de vivre-ensemble pour les êtres humains et la nature. Elle sera une des premières à engager des gardes anti-braconnage de façon personnelle (sans l’aide du gouvernement) et finira par faire d’Ol Ari Nyiro un exemple d’harmonie naturelle entre les peuples locaux, la protection de la nature et sa famille. Son histoire tragique se transformera en un exemple de détermination et d’amour : pour la nature et sa protection, pour les mythes et traditions locales qu’elle aide à protéger ainsi que pour le continent africain. Gallman a fait de ses pertes personnelles un combat politique pour la survie et la protection de l’Afrique. Elle participera à la crémation de douze tonnes d’ivoire saisies en juillet 1989, feu symbolique allumé par le président kenyan de l’époque, Daniel Arap Moi, pour symboliser l’opposition du Kenya au marché de l’ivoire. Elle raconte tout ceci dans I Dreamed of Africa, best-seller international qui a plusieurs fois été comparé à Out of Africa d’Isaak Dinesen. Les liens qu’elle établit dans son écriture entre son histoire personnelle et son combat environnementaliste mettent au jour un rapport particulier au monde naturel, dans lequel Gallman a trouvé une consolation et un but vital après la perte de son fils et de son mari. Elle est, encore aujourd’hui, considérée comme une des environnementalistes kenyanes les plus influentes.

Ellen Meloy était une peintre et auteure du sud-ouest américain, décédée en 2004. Elle se qualifiait elle-même de « desert writer. » Dans ses écrits, Meloy donne voix à l’incroyable nombre de formes de vie qui vivent et se plaisent dans le désert, souvent perçu comme un lieu vide. Elle y brouille les limites entre sa maison et l’extérieur, se considérant non pas comme vivant chez elle, mais comme vivant sur le terrain des lézards, corbeaux, desert bighorns et autres animaux qui occupent l’endroit. Après sa mort, son mari et ses amis ont fondé le Ellen Meloy Fund qui remet chaque année un prix à un récit sur le désert. Ce que Meloy met en place dans son écriture est une reconstruction de liens. Elle réinstaure un rapport personnel (inner) avec le monde qui l’entoure (outer) et rend ainsi, au moyen dune écriture qui borde le spirituel et le philosophique, le personnel politique. Elle brouille les attentes prévisibles et explique les raisons pour lesquelles elle se sent plus à l’aise perdue dans le désert ou la brousse plutôt qu’à Las Vegas. Ceci contribue à transformer le politique (le public) en quelque chose de personnel étant donné le rapport personnel que certains Américains ont avec cette ville au détriment du désert qui l’entoure. Ce renversement d’attendus contribue à faire du monde (et de sa protection) une affaire personnelle et politique chez cette auteure.

En conclusion, les histoires personnelles de ces auteures deviennent donc un moyen de rendre audible aux lecteurs des problèmes plus vastes, notamment grâce à la narration à la première personne du singulier, forme sous laquelle ces histoires sont relatées. Celle-ci permet de contourner les réticences que certain.es pourraient avoir vis-à-vis dun essai scientifique ou théorique, tout en permettant lexpression de positions personnelles éthiques et dune sensibilité souvent absente dans les discours éthiques et scientifiques analytiques.12 Il sagit pour ces auteures de réécrire le monde afin dy réinscrire lhumain comme n’étant plus séparé de la nature :

[Ces auteur.es] font lexpérience du monde naturel non plus comme la Nature, objectivement, artificiellement en dehors, mais dune façon profondément personnelle, intime et révélatrice, en dedans. [] La liberté [des écrivaines] est dexprimer la vérité concernant toutes nos relations et de ne pas nous dévaloriser parce que nous nous sentons connectées par le désir et le regret à des hommes, des enfants, des grand-mères, les pluies, la chair et les graines du désert, à de vieux récits et des mots malicieux, au passé et au future, à ce que Rachel Carson nommait le flot des choses vivantes. Cest une métaphysique puissante que cette unité entre corps, esprit et terre, avec des conséquences morales tout aussi puissantes.13

Cette citation reflète également de façon évidente les trois relations principales que ces différent.es auteur.es réinventent au moyen de leurs écrits : le rapport au lieu, au corps et au langage. Ces différentes réécritures offrent une vision du monde moins dichotomique : « une écriture qui suggère comment limagination et lesprit sentremêlent aux expériences de la nature de façon transformative et rédemptrice, de même quelle laisse entrevoir le potentiel de ces expériences et de ces transformations. »14 Ce faisant, ces écritures se distancient des normes hétéropatriarcales afin doffrir une stratégie d’émancipation écoféministe : une nouvelle façon d’« être-au-monde ».

1Notamment grâce à la publication, en 1998, de Ecofeminist Literary Criticism : Critiques, Theory, Pedagogy édité par Greta Gaard et Patrick D. Murphy qui fut le premier ouvrage à fixer lutilisation purement littéraire des pensées écoféministes. Pour une explication non-académique de la mouvance écoféministe, il est possible de vous reporter à deux articles de vulgarisation scientifique parus respectivement dans la revue suisse Moins ! et dans la revue écologique française S!lence ! (2015) par lauteure.

2 Comme le démontre Susan Griffin dans son Woman and Nature : the Roaring inside Her, publié en 1978.

3GAARD, MURPHY. Ecofeminist Literary Criticism. 11. Notre emphase.

4GAARD Greta, communication personnelle entre moi-même et lauteure, 30/04/2014.

5STURGEON Noël. Environmentalism in Popular Culture: Gender, Race, Sexuality and the Politics of the Natural. Tucson: University of Arizona Press, 2009, 169.

6ALAIMO Stacy, HECKMAN Susan. Material Feminisms. Bloomington : Indiana University Press, 2007, 4.

7LAUWERS Margot. Amazones de la Plume : les manifestations littéraires de l’écoféminisme contemporain. 2014.

8OPPERMANN Serpil. « Feminist Ecocriticism: The New Ecofeminist Settlement ». Op.cit. 65.

9VAKOCH Douglas A. Feminist Ecocriticism : Environment, Women and Literature. Lanham: Lexington Books, 2012, 2.

10VAKOCH. Feminist Ecocriticism. Op.cit. 2.

11CAMERON Anne. « First Mother and the Rainbow Children ». Healing the Wounds. Op.cit. 58.

12WARREN Karen. « The Power and the Promise of Ecological Feminism ». Environmental Ethics Vol 12 N°3, 1990, 125-46.

13WITTIG ALBERT Susan & MOORE Susan. What Wildness is This? Op.cit. xiii-xv.

14 WITTIG & MOORE. What Wildness is This ? Op.cit. xvi.

L’écoféminisme ou comment faire de la politique autrement
Né de la rencontre entre aspirations féministes et luttes écologiques, liant la critique de la domination de la nature et celle de la domination des femmes, refusant de séparer production et reproduction (biologique et sociale), l’écoféminisme se développe en une diversité de mouvements, aux États-Unis, mais également dans différents pays du Sud, qui ont en commun de ne pas mettre la politique au service de la nature, mais de faire de la nature, vue comme une communauté de vie, une politique nouvelle.

Ecofeminism or How to do Politics Differently
Ecofeminism resulted from the encounter between feminist aspirations and ecological struggles, tying together a critique of domination upon nature and upon women, refusing to separate production from reproduction (biological and social). It has developed into a rich diversity of movements, in the USA but also in various countries from the South. These movements share a common refusal to put politics in the service of nature, as well as a common attempt to find in nature, considered as a community of life, the source of a new politics.

Un nouveau printemps pour l’écoféminisme ?
Convergence des luttes ! Ce mot d’ordre résonne de plus en plus fort chez les résistants au « système ». Mais pourquoi l’écoféminisme, qui justement travaille depuis quarante ans à cette convergence en déployant expériences militantes et renouvellements théoriques, reste-t-il si méconnu ? Cette introduction tente de clarifier les atouts de ce mouvement multiforme tout en exposant les critiques qui lui ont été adressées ; elle suggère aussi quelques pistes pour une possible évolution future.

A New Spring
for Ecofeminism?
A convergence of struggles! This demand resonates with increasing strength among those who resist the “system”. Why then doesn’t ecofeminism, which has attempted to materialize this convergence through activist experiences and theoretical breakthroughs over the last forty years, meet a wider public? This introduction tries to showcase the strengths of this multifarious movement, as well as the criticisms it has had to face. A few possibilities for further evolutions are discussed along the way.

Prévention, dissuasion, préemption. Changements de logiques de la menace

Prévention, dissuasion, préemption
Changements de logiques de la menace
Après avoir distingué trois types de stratégies visant à neutraliser une menace – la prévention, la dissuasion, la préemption – Brian Massumi analyse le fonctionnement et les implications de cette dernière, dans la façon dont l’administration de G.W. Bush l’a théorisée et implémentée dans sa « guerre contre le terrorisme ». À la fois épistémologie et ontologie à tendance auto-propulsive, la préemption est une logique opératoire du pouvoir qui définit notre époque politique de manière aussi insidieusement infiltrante et infiniment extensive que la logique de la « dissuasion » qui a défini l’époque de la Guerre froide. Cette analyse est de la plus grande actualité pour comprendre à quoi nous engagent les politiques menées désormais en France et en Europe au nom de la même « guerre contre le terrorisme ».

Prevention, Deterrence, Preemption
Transformations
in the Logics of Threat
After distinguishing three different strategies aiming at neutralizing threats—prevention, deterrence, preemption—Brian Massumi analyses the latter in its theorization and implementation during the G.W. Bush era. Both an epistemology and an ontology endowed with a self-propelling tendency, preemption is an operative logic of power defining a political epoch in as infinitely space-filling and insidiously infiltrating a way as the logic of deterrence defined the Cold War era. Such an analysis is extremely timely in order to understand the implications of the “War on Terror” currently waged by the French and many other European governments.

Pour un écoféminisme de l’égalité

Pour un écoféminisme de l’égalité
Dans cet article, on propose un écoféminisme non essentialiste qui relève d’une réflexion éthique et politique sur les rapports de l’être humain à la Nature. Orienté vers l’écojustice et la durabilité, cet écoféminisme critique se caractérise par la défense des principes d’égalité et d’autonomie, le dialogue interculturel, une acceptation de la science et de la technique limitée par le principe de précaution ainsi que l’universalisation de l’éthique de la sollicitude.

For an Ecofeminism of Equality
This article describes a non-essentialist form of ecofeminism which questions ethically and politically the relations between mankind and nature. Geared towards ecojustice and sustainability, this ecofeminist critique stresses principles of equality and autonomy, of intercultural dialogue, of an acceptation of technoscience limited by the precautionary principle, and by the universalization of an ethics of care.

« Ni les Femmes
ni la Terre ! »
À la recherche de la convergence des luttes entre féminisme et écologie en Argentine et Bolivie
Ni les Femmes ni la Terre ! est un documentaire tourné en Argentine et Bolivie, au plus près des femmes qui luttent contre le système Monsanto, la destruction de l’environnement par les entreprises extractivistes, les féminicides (meurtres de femmes parce qu’elles sont des femmes). Elles combattent pour le droit à disposer de leur corps, pour un changement de cap des modèles économiques, pour la reconnaissance de leur légitimité et de leur dignité. Elles dessinent des voies pour une révolution écoféministe.

Neither Women nor Earth!
In Search for a Convergence of Struggles in Argentina and Bolivia
Neither Women nor Earth! is a documentary film shot in Argentina and Bolivia, closely following women who struggle against Monsanto and its system, against the destruction of the environment by extractivist corporations, and against “feminicides” (the killing of women because they are women). These activists fight for the right to own their body, to change economic models, to see their legitimacy and dignity recognized. They pave the way for an ecofeminist revolution.

Un plaidoyer pour Do[ing] The Right Thing
Do The Right Thing (Spike Lee, 1989) a fait et fait encore débat. À rebours des habituelles lectures, il est question ici de prendre au sérieux le film en tant qu’il met en scène trois personnages principaux : la musique, la chaleur et le quartier. Cette configuration sensible permet de lier d’une part le déterminisme ambiantal mis en scène et d’autre part l’expressivité accordée à certains personnages ; et in fine de faire valoir la thématique perfectionniste du film.

In Defense of
Do[ing] The Right Thing
Spike Lee’s Do The Right Thing (1989) continues to raise questions and debates. In contrast with traditional analyses, this article studies the film as staging three unusual protagonists: music, heat and the neighborhood. This sensitive configuration allows for a different linkage between a form of ambiantal determinism and a certain expressivity granted to certain characters. It also leads to shedding light on the perfectionist thematic of the film.

Donna Haraway
Anthropocène, Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène
Faire des parents
Nous sommes dans le « Chthulucène », l’époque au long cours où s’enchevêtrent des temporalités multiples, des forces non seulement humaines mais aussi plus qu’humaines et inhumaines, des noms-de-Terre dont Gaïa n’est qu’un exemple parmi d’autres. Une telle mise en perspective transhistorique considère l’Anthropocène non pas comme sommet de créativité anthropomorphique, mais comme terrible appauvrissement écologique, social et culturel. Dès lors la question devient : comment faire en sorte que l’Anthropocène ne puisse pas durer ? La réponse que donne Haraway est la suivante : « Faites des Parents pas des Bébés ! ».

Anthropocene, Capitalocene, Plantationocene, Chthulucene
Making Kin
We are in the “Chthulucene”, the long-term epoch in which a multiplicity of temporalities, of forces – not only human forces but also more-than-human and inhuman ones – and of names for the Earth – not only Gaia – intertwine. Such a transhistorical perspective considers the Anthropocene not as an apex of anthropomorphic creativity, but as a terrible ecological, social, and cultural impoverishment. The question then becomes: how can we ensure that the Anthropocene will not last? Haraway’s answer is : “Make Kin Not Babies!”

La grandeur de l’infinitésimal
Nuages de champignons, écologies du néant, et topologies étranges de l’espacetempsmatérialisant
Comment considérer l’unité de l’espace, du temps, et de la matière ? Comme « espacetempsmatérialisant ». Ce terme étrange a été fondu par l’éclair d’Hiroshima. Comme l’anthropologue Joe Masco nous y exhorte, « nous avons besoin d’examiner les effets de la bombe, non seulement au niveau de l’État-nation, mais aussi au niveau de l’écosystème local, de l’organisme, et, finalement, de la cellule ». Dès lors, quels outils d’analyse peut-on utiliser pour comprendre non seulement les enchevêtrements de phénomènes qui traversent les échelles, mais aussi la très itérative (re)constitution et sédimentation des configurations spécifiques de l’espace, du temps, et de la matière ? Comment finir pas comprendre qu’il n’y a pas de séparation entre le niveau micro et le niveau macro, qu’il n’y a pas de petite matière, que l’infinitésimal est grand, que le néant nous presse ?

No Small Matter
Mushroom Clouds, Ecologies of Nothingness, and Strange Topologies of Spacetimemattering
How can we consider the unity of space, time, and matter ? As “spacetimemattering”. This weird word melted when Hiroshima bomb detonated. As anthropologist Joseph Masco urges, “we need to examine the effects of the bomb not only at the level of the nation-state but also at the level of the local ecosystem, the organism, and ultimately, the cell”. Then, what analytical tools might we use to understand not merely the entanglements of phenomena across scales but the very iterative (re)constituting and sedimenting of specific configurations of space, time, and matter ? When and how will we understand that there is no separation between the micro level and the macro level, that there is not any small matter, that an infinitesimal is big, and that nothingness presses us ?

Standing Rock. Gardiens de l’eau 
contre oléoduc géant

Au campement de Standing Rock dans le Dakota du Nord, érigé contre le projet d’oléoduc géant, le Dakota Access Pipeline (DAPL), qui doit traverser les terres ancestrales des Sioux Lakota, menaçant leurs ressources en eau, notamment la rivière Missouri, vingt-sept personnes sont arrêtés le 10 octobre 2016 dont Shailene Woodley. Accusée de violation de propriété privée […]

Stratégies amérindiennes en Guyane française
Décimés par la colonisation sur le littoral, puis par la ruée vers l’or dans l’intérieur, les Amérindiens ne sont devenus français qu’en 1960. La revendication autochtone de souveraineté culturelle et territoriale est apparue en 1984 (après la scolarisation d’une génération) dans un manifeste dont nous reprenons de larges extraits. L’Organisation des Nations Unies lui permet de se joindre à celle des autres peuples autochtones. Mais la reconnaissance de l’autochtonie se heurte au principe unitaire de la République française. Des droits d’usage sont cependant accordés sur certains territoires et une représentation propre aux collectivités territoriales à majorité de population autochtone est à l’étude.

Amerindian Strategies in French Guyana
Decimated first by coastal colonization, then by the gold rush towards the interior, the Guyana Amerindians have become French in 1960. They claimed their native rights of territorial and cultural sovereignty in 1984, after a generation went to school, in a text from which large excerpts are quoted here. The UN allowed them to join with other native people, but their claims go against the unitary principle of the French Republic. Some rights of use are nevertheless granted on some territories and a political representation of some territorial collectivities with a majority of native population is under study.

Le développement régional détruit les territoires des peuples autochtones
Depuis les années 2000, la politique d’agriculture exportatrice remet en cause les droits reconnus aux autochtones par la Constitution brésilienne de 1988. De plus, le statut de l’Indien n’a pas changé depuis 1973, car les projets n’ont pas encore abouti. Pourtant les organisations autochtones se sont multipliées et maintiennent un niveau élevé de conflits. La démarcation des terres indigènes qu’elles continuent de revendiquer, conformément au statut de 1973, est remise en cause par les lenteurs de l’administration. Les ruralistes et les entrepreneurs tentent de criminaliser les autochtones qui cherchent à faire valoir leurs droits, et ceux qui les soutiennent.

How Regional Development Destroys the Land of native people
Since the years 2000, agricultural policies geared towards exports erode the rights granted to native people by the 1988 Brazilian Constitution. The status recognized to the Indians has not evolved since 1973, due to the failure of the projects elaborated to update it. Native political movements have nevertheless thrived and maintain a high degree of conflicts. The reclaiming of indigenous land, agreed by the 1973 status, is slowed down by the slow pace of administrative procedures. Developers attempt to criminalize native people when they claim to have their rights respected, as well as those who support them.

Le génocide des Amérindiens d’Amazonie brésilienne
Les politiciens brésiliens, au nom du « développement », laissent envahir par les forestiers et les nouveaux ruraux les terres dont l’usage est garanti aux Amérindiens par la constitution de 1988. Les violences contre les Amérindiens sont permanentes, et les assassinats, objet d’une recension officielle, sont sous-évalués. Les pratiques génocidaires sont liées au maintien du paradigme colonial qui fait de l’expansion territoriale la condition de la croissance.

The genocide of Amerindians in the Brazilian Amazon
In the name of “development”, Brazilian politicians allow for agro — and timber industries to invade land which has been guaranteed to Amerindians by the 1988 Constitution. Violence against Amerindians is permanent and the killings, while officially recorded, remain under-evaluated. These genocidal policies are linked to the persistence of a colonial paradigm which has made territorial expansion a condition to growth.

Droits fondamentaux et hospitalité
L’accueil des migrants et réfugiés montre que dire la loi n’est plus ouvrir des droits. De nouvelles attitudes sont à développer chez les militants de l’hospitalité : la désobéissance civile, la défense des droits premiers que sont la dignité, la circulation et l’établissement, qui sont hiérarchiquement supérieurs au droit de propriété. Il faut chercher à développer les capabilités des personnes accueillies et se soucier de l’effectivité des droits reconnus. Cela implique de chercher à développer le « bien vivre ensemble ». Il n’y a pas à distinguer de motifs économiques, politiques, climatiques de migration. Les pratiques d’hospitalité qui se font jour un peu partout concernent toutes les victimes de l’exclusion sociale, y compris locales.

Fundamental Rights and Hospitality
Our dealings with migrants and refugees reveal that promulgating laws no longer entails the opening of rights. New attitudes must be developed by militants for hospitality: civil disobedience, defense of basic rights such as dignity, circulation and establishment, which are hierarchically superior to property rights. The capabilities of the incoming people must be developed and established rights must be enforced. This leads towards an effort for “living well together”. It is pointless to make distinctions between economic, political or climatic motives for migrations. The practices of hospitality emerging from all sides address all victims of social exclusion, including among the local populations.

Camps et campements
Des économies aux principes opposés

Les camps fournissent du travail forcé aux pouvoirs qui les constituent alors que les campements autogèrent des opportunités et des hasards productifs. L’article recense plusieurs cas actuels de camps de travail forcé dans le monde et plusieurs cas historiques d’enfermement de main-d’œuvre qualifiée, utilisée dans l’économie locale. Le recours actuel à l’internement de masse pour contrôler les migrations implique des grandes entreprises et des associations qui en emportent les marchés. Dans les campements au contraire les ressources matérielles mobilisées et monétaires sont limitées mais l’installation est dépendante de ressources sociales et relationnelles suffisantes. Les frontières entre les formes camp et campement, économie formelle et économie informelle sont poreuses, comme l’illustrent quelques exemples en région Île de France.

Camps and Encampments
Two Economies with Contrary Principles

Camps provide forced labor to the powers that institute them, while encampments self-manage productive opportunities and chance meetings. This article surveys several current cases of forced labor camps around the world, as well as several historical examples of locking up qualified workforce, exploited within a local economy. The current management of migrations by mass incarceration involves large firms and associations struggling to win new markets. In encampments, on the other hand, the material and monetary resources mobilized are limited, but the installation depends on available social and relational resources. The distinction between camps and encampments, formal and informal economies, are porous, as illustrated, with a few examples from the Paris region.

  Commençons par la fin. Il n’y a pas eu de « coup d’état » au Brésil, mais une glasnost qui entraîne un début d’implosion du consortium politique qui gouvernait et gouverne le pays : un cartel maffieux de grandes entreprises privées et étatiques, composé par quelques dizaines de « patrons » publics et privés. Évidemment, la corruption systémique n’est […]

Imaginaires post-travail

La gauche devrait se mobiliser autour d’un consensus sur le post-travail. Cela lui permettrait de viser non seulement des gains appréciables – tels que la réduction de la corvée et de la pauvre-té – mais aussi la construction, chemin faisant, d’une puissance politique. Cela implique au moins trois revendications : l’automation aussi complète que possible, une réduction du temps de travail sans réduction des salaires et l’instauration d’un revenu de base universel.

Post-Work Imaginaries

The Left should mobilize around a post-work consensus. Our first demand is for a fully-automated economy. Our second demand is for reducing the length of the working week. Our third demand calls for the implementation of a universal basic income.

La réalité du revenu d’existence dans le Brésil post-Lula

Cet article vise à évaluer la portée des politiques sociales réellement existantes dans le Brésil de la période Lula, du point de vue du débat général sur le revenu d’existence. Soit deux questions : ces politiques sociales – notamment les transferts monétaires – ont-elles été pensées dans la perspective d’un revenu d’existence ? Le revenu d’existence pourrait-il fonctionner comme angle privilégié de réorganisation et d’intégration de ces politiques sociales ? L’histoire de Bolsa Família, instauré dans le Brésil de Lula, montre qu’il est d’origine néolibérale et que le véritable enjeu est d’appréhender les lignes de conflit qui séparent sa précaire existence empirique actuelle de sa constitution comme base d’une nouvelle démocratie.

The Realities of Basic Income Policies in Post-Lula Brazil

This paper evaluates the realities of the social policies set in place during under Lula govern-ments. It raises two questions about the implementation of the basic income scheme entitled Bolsa Familia : was is really devised as a form of basic income ? Could it provide leverage to a reorganization of social policies ? The study tends to show that Bolsa familia originated as a neoliberal reform and that the deeper stakes of its implementation raise the question of a depar-ture from its current form towards another conception of a new form of democracy.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: http://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

La rupture de barrages de rétention des déchets des mines de fer à Mariana, dans l’État de Minas Gerais, est désignée comme la plus grave catastrophe industrielle qui ait jamais eu lieu au Brésil et la plus importante de ce type dans le monde depuis 1915[1]. C’est en même temps une radiographie de la triste […]

Esprit d’équipe

Un texte sur les sports de compétition – là où s’éprouvent les limites physiques du « soi-disant Homme » (selon la formule de Kittler) – et leur interdépendance croissante avec des algorithmes utilisés pour prendre des décisions stratégiques, améliorer les performances, alimenter les ligues Fantasy, écrire des commentaires des matchs et créer pour les fans des expériences symbiotiques avec les écrans géants vidéo placés dans les stades.

Team Spirit

A text about competitive sports, a testing ground of the physical limits of Kittler’s “so-called Man”, and their ever-increasing interdependence with algorithms used to make strategic decisions, improve performance, feed Fantasy sports leagues, write recaps and create symbiotic fan experiences with the Jumbotron.

Entre archéologie et écologie
Une perspective sur la théorie médiatique

Cet article propose trois graphies pour distinguer trois sens assez différents au sein de ce que l’on fait confusément relever des « médias » en français. Ce faisant, il propose, à la suite de Marshall McLuhan, de considérer la cause formelle comme une catégorie centrale pour comprendre les dynamiques médiatiques. Cela le conduit à situer son approche aux confins de l’archéologie et de l’écologie des media.

Between Archaeology and Ecology
A Perspective on Media Theory

This paper suggests three different forms of spelling to account for the plurality of the notion of “media”. Following Marshall McLuhan, it considers the category of formal cause as playing a crucial role in understanding media dynamics. Such a perspective is located at the convergence of media archaeology with media ecology.

Quelques scénarios géomonétaires

Le déclin américain n’est pas sûr puisque les États-Unis continuent d’attirer les investissements étrangers, mais la crise dure et beaucoup d’économies se contractent. Le FMI actuel est trop limité pour l’ampleur des relations internationales. Un nouveau FMI serait en gestation qui rétablirait la souveraineté économique des nations, mais qui risque de bloquer le développement du biocapitalisme, celui qui finance l’État-providence et l’endettement privé sur le marché mondial. Jusqu’à maintenant, la Chine donnait sa préférence au biocapitalisme américain, mais elle cherche à diversifier ses partenaires. Une vraie monnaie internationale serait nécessaire.

A Few Geomonetary Scenarios

The decline of the USA is not a certainty, since they continue to attract foreign investments, but the crisis lingers on as many economies are contracting. The current IMF is too limitind in its scope by the complexities of International relations. A new IMF may be in preparation, to reassert the economic sovereignty of Nation-States, but it threatens to block the development of biocapitalism, the current source of financing of the Welfare-State and of private debt on the world market. Up to now China had a preference for US biocapitalism, but it currently seeks to diversify its partners. There is an increasing need for a true international currency.

Lors des attentats du 13 novembre 2015, la deuxième ville de l’agglomération calaisienne a tenu à adresser un hommage particulier aux victimes. Alors qu’elle avait subi la nuit même un incendie accidentel majeur, ses habitants se sont réunis pour une manifestation et une minute de silence. Riche de plus de 6 000 habitants, elle compte sans […]

Populisme tu m’aimes, moi non plus

Le populisme européen invite à se défaire des deux inventions politiques essentielles que sont l’Europe et l’écologie politique. Comme tous les populismes, il rassemble pour des raisons électorales des courants incompatibles et rallie à des signifiants sans contenus. Ce populisme est l’effet d’un manque fédéral de l’Europe.

Populism, You Love Me, Neither Do I

European populism wants us to abandon these two most important political inventions: Europe and political ecology. Like all forms of populism, it aggregates incompatible currents of thoughts for purely electoral reasons, by agitating signifiers without signified. This populism results from the lack of a federal Europe.

Le « nouveau monde » des histoires

Les thèses défendues ici par l’un des membres du collectif Wu Ming prennent le contrepied des discours habituels tenus sur le populisme. Raconter des histoires, s’armer des pouvoirs propres du storytelling ne revient pas nécessairement à embobiner les masses dans des bobards : sous certaines conditions, cela peut au contraire aider à la circulation de récits émancipants, qui élèvent l’intelligence de ceux qui les racontent comme de ceux qui les écoutent.

The “New World” of Stories

The theses defended by a member of the Wu Ming collective go against the grain of the common discourses against populism. The practices of storytelling do not necessarily lead to luring the masses by lying to them: under certain conditions, it can put into circulation empowering myths which elevate the intelligence of those who tell the tales as of those who listen to them.

Documenter les contre-fictions

Documenter les contre-fictions

Quelques films récents donnent à voir à la fois un désir de documenter une réalité que l’appareillage dé-subjectivé de la caméra saisit mieux qu’une conscience humaine encombrée de clichés, et un besoin de réinjecter des fictions au sein de la réalité qu’on filme. Cette tension pro-duit une dynamique contre-fictionnelle qui ouvre des voies prometteuses au geste documentaire.

Documenting Counter-Fictions

A number of recent films are animated by a desire to document reality through a de-subjectified camera which captures it better than a human consciousness overtaken by stereotypes. At the same time, they need to reinject some sort of fiction into the reality they document. This tension generates a counter-fictional dynamics which paves promising new ways for the documentary gesture.

Vers Madrid. Le cinéma de l’approche de Sylvain Georges

Vers Madrid
Le cinéma de l’approche de Sylvain Georges

Cet article propose une lecture du dernier film de Sylvain Georges Vers Madrid, dédié au mouvement des Indignados. Tentant de cerner ce qui fait la particularité de l’objet documentaire, et de l’œil documentaire de Sylvain Georges en particulier, il explore trois façons dont on pourrait en-tendre la proposition suivante : le cinéma documentaire de Sylvain Georges est un cinéma de l’approche. L’approche est alors successivement entendue comme appareillage, comme prise de champ et comme approximation sensible.

Towards Madrid
Sylvain Georges’ Cinema of the Approach

This article offers a reading of the last film by Sylvain Georges, Towards Madrid, dedicated to the move-ment of the Indignados. In its attempt to focus on the specificity of the documentary mode of filming, it explores three possible interpretations of the following proposition: “Sylvain Georges’s documentary films are to be understood as a cinema of the approach”, where the approach is successively described as a matter of apparatus, as a form of distancing and as a sensitive approximation.

L’histoire commence en 1996 au Congo-Brazzaville. Mon ami Titi Nganga m’y a offert un vieux morceau de tissu en raffia, un Nchakokot, sur lequel on avait cousu des morceaux de tissu venu d’occident. Je fus immédiatement surpris de cette intrusion décorative inattendue. En examinant attentivement l’envers de la pièce, j’ai remarqué que chaque morceau de […]