Archives du mot-clé biologie

Habiter l’inséparation
Nous sommes désormais entrés dans l’ontologie de l’inséparation. Un mouvement de fond nous a fait passer d’un univers humaniste composé d’entités séparables à un réel inséparé où tous les phénomènes devenus globalisés sont liés a priori (et non a posteriori), en intra-relation de co-évolution et de co-dépendance. Notre monde élabore une nouvelle condition d’existence, d’où la figure de l’Autre a disparu. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Là n’est pas la question. Cela est.

Dwelling in Inseparation
We have entered the ontology of inseparation. A deep and inescapable movement is pushing us from a humanist universe made of separable entities towards an unseparated real, where all phenomena are globalized and tied together a priori (rather than a posteriori), in intra-relations of co-evolution and co-dependence. Our world is giving birth to a new condition of existence, from which the figure of the Other has disappeared. Is it a good thing? A bad thing? That is not the question. The point is that we are unseparated, like it or not.

Résurgence holocénique contre plantation anthropocénique
La « soutenabilité » est le rêve de transmettre une terre habitable aux générations futures, humaines et non-humaines. Cet article soutient qu’une soutenabilité digne de ce nom exige la résurgence d’un modèle multi-espèces, en résistance aux tendances de la colonisation capitaliste qui transforme tout en plantations de monoculture. Pour affronter les défis de l’Anthropocène, nous devons faire davantage attention aux socialités qui se trament entre les espèces, socialités dont nous dépendons tous. Aussi longtemps que nous maintenons une séparation imperméable entre nous et tout ce qui n’est pas humain, nous faisons de la soutenabilité un concept cruel relevant de l’esprit de clocher. Nous perdons de vue le tramage commun qui rend possible la vie sur Terre des humains avec les non-humains. De toutes façons, maintenir cette séparation ne fonctionne pas : les efforts des investisseurs pour réduire tous les autres êtres au statut d’actifs ont généré de terrifiantes écologies, que je qualifie ici de proliférations anthropocéniques.

Holocene 
Resurgence Against Anthropocene Plantation
This article has argues that sustainability is a multispecies affair. If we have any dreams of handing a livable world to our descendants, we will need to fight for the possibilities of resurgence. The biggest threat to resurgence is the simplification of the living world as a set of assets for future investments. As the world becomes a plantation, virulent pathogens proliferate, killing even common plants and animals. To appreciate Anthropocene challenges, we need to pay more attention to the cross-species socialities on which we all depend. As long as we block out everything that is not human, we make sustainability a mean and parochial concept; we lose track of the common work that it takes to live on earth for both humans and nonhumans.

Et si ce n’était même plus du capitalisme, mais quelque chose d’encore bien pire ?
Le capital a pensé trouver le moyen d’esquiver la confrontation avec les travailleurs en se fiant au vecteur d’information. La mondialisation, la désindustrialisation et la sous-traitance permettraient de s’affranchir du pouvoir dont disposaient les travailleurs pour bloquer les flux de la production. Il est temps, toutefois, de se demander si ce qui est apparu en plus et au-dessus du mode de production capitaliste ne serait pas quelque chose de qualitativement différent, qui se trouve en train de générer de nouvelles formes de domination de classe, de nouvelles formes d’extraction de plus-value, voire même de nouveaux types de formation de classe. De même que le capital a dominé la propriété foncière, subsumant son contrôle sur la terre dans une forme de propriété plus abstraite et fongible, de même la classe vectorialiste a subsumé et débordé le capital en s’appuyant sur une forme plus abstraite de valorisation.

What if this is not even capitalism any more, but something  worse?
Capital thought it found it by escaping from labor along the information vector. Globalization, deindustrialization, and outsourcing would enable it to be free from the power of labor to block the flows of production. We should now ask whether what has emerged, in addition to and on top of a capitalist mode of production, is something qualitatively different, but which generates new forms of class domination, new forms of the extraction of surplus, even new kinds of class formation. Just as capital came to dominate landed property, subsuming its control over land in a more abstract and fungible property form, so too the vectoralist class has subsumed and outflanked capital in a more abstract form.

L’intermédiation algorithmique, pourquoi maintenant ?
L’adoption des technologies numériques accroît la densité du réseau de communication entre humains, appareils et institutions. Le numérique contribue à l’émergence de nouvelles temporalités et de nouveaux modes d’organisation, facilitant les échanges directs entre acteurs ainsi qu’une utilisation frugale des ressources. Cette transformation est contemporaine de la fin de l’abondance, avec des ressources naturelles essentielles qui deviennent rares. Est-ce une coïncidence? Dans les écosystèmes naturels, la pénurie des ressources favorise la reproduction sexuée, augmentant ainsi la complexité du réseau d’interactions, faisant écho aux interdépendances croissantes du monde numérique. La rareté des ressources pourrait-elle favoriser la montée en puissance des plateformes numériques, dans une boucle de rétroaction positive.

Algorithmic Intermediation, why now ?
The adoption of digital technologies increases the density of the communication network between humans, machines and institutions. The digital contributes to the emergence of new temporalities and new modes of organization, facilitating direct exchanges between actors and a potentially frugal use of resources. This transformation is contemporary with the end of abundance, with essential natural resources becoming scarce. Is this a coincidence? In natural ecosystems, scarcity of resources promotes sexual reproduction, thus increasing the complexity of the network of interactions, echoing the growing interdependencies of the digital world. Could scarcity of resources support the rise of digital platforms in a positive feedback loop?

Un nouveau printemps pour l’écoféminisme ?
Convergence des luttes ! Ce mot d’ordre résonne de plus en plus fort chez les résistants au « système ». Mais pourquoi l’écoféminisme, qui justement travaille depuis quarante ans à cette convergence en déployant expériences militantes et renouvellements théoriques, reste-t-il si méconnu ? Cette introduction tente de clarifier les atouts de ce mouvement multiforme tout en exposant les critiques qui lui ont été adressées ; elle suggère aussi quelques pistes pour une possible évolution future.

A New Spring
for Ecofeminism?
A convergence of struggles! This demand resonates with increasing strength among those who resist the “system”. Why then doesn’t ecofeminism, which has attempted to materialize this convergence through activist experiences and theoretical breakthroughs over the last forty years, meet a wider public? This introduction tries to showcase the strengths of this multifarious movement, as well as the criticisms it has had to face. A few possibilities for further evolutions are discussed along the way.

« Écoféminisme, art, animaux »

« Écoféminisme, art, animaux »1 « Partout triomphe un appel général à la sensibilité, la douceur, la vertu, la philanthropie, valeurs données culturellement comme le fief d’Anima, la civilisatrice du mâle, destructeur et inquisiteur Animus. » — Françoise d’Eaubonne « Histoire de l’art et lutte des sexes », 1978 À l’aune des révolutions féministes, de l’avènement dans le monde moderne […]

Donna Haraway
Anthropocène, Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène
Faire des parents
Nous sommes dans le « Chthulucène », l’époque au long cours où s’enchevêtrent des temporalités multiples, des forces non seulement humaines mais aussi plus qu’humaines et inhumaines, des noms-de-Terre dont Gaïa n’est qu’un exemple parmi d’autres. Une telle mise en perspective transhistorique considère l’Anthropocène non pas comme sommet de créativité anthropomorphique, mais comme terrible appauvrissement écologique, social et culturel. Dès lors la question devient : comment faire en sorte que l’Anthropocène ne puisse pas durer ? La réponse que donne Haraway est la suivante : « Faites des Parents pas des Bébés ! ».

Anthropocene, Capitalocene, Plantationocene, Chthulucene
Making Kin
We are in the “Chthulucene”, the long-term epoch in which a multiplicity of temporalities, of forces – not only human forces but also more-than-human and inhuman ones – and of names for the Earth – not only Gaia – intertwine. Such a transhistorical perspective considers the Anthropocene not as an apex of anthropomorphic creativity, but as a terrible ecological, social, and cultural impoverishment. The question then becomes: how can we ensure that the Anthropocene will not last? Haraway’s answer is : “Make Kin Not Babies!”

Entre archéologie et écologie
Une perspective sur la théorie médiatique

Cet article propose trois graphies pour distinguer trois sens assez différents au sein de ce que l’on fait confusément relever des « médias » en français. Ce faisant, il propose, à la suite de Marshall McLuhan, de considérer la cause formelle comme une catégorie centrale pour comprendre les dynamiques médiatiques. Cela le conduit à situer son approche aux confins de l’archéologie et de l’écologie des media.

Between Archaeology and Ecology
A Perspective on Media Theory

This paper suggests three different forms of spelling to account for the plurality of the notion of “media”. Following Marshall McLuhan, it considers the category of formal cause as playing a crucial role in understanding media dynamics. Such a perspective is located at the convergence of media archaeology with media ecology.

Sortir de l’anthropocène

L’Anthropocène est un « Entropocène », c’est-à-dire une période de production massive d’entropie précisément en cela que les savoirs ayant été liquidés et automatisés, ce ne sont plus des savoirs, mais des systèmes fermés, c’est-à-dire entropiques. Le nouveau critère de redistribution qu’il s’agit de mettre en œuvre dans l’économie du Néguanthropocène doit être fondé sur une capacité de désautomatisation qu’il faut ressusciter.

Exiting the Anthropocene

The anthropocene should be written “entropocene”, i.e., a period of mass production of entropy due to the fact that many fields of knowledge have been abolished and liquidated : they no longer belong to human knowledge, but offer closed systems of automatic reactions, which, as such, present high levels of entropy. The new criterion of redistribution needed in our age of Neguanthropocene must be based on our capacity to disautomatize and resuscitate a whole range of human operations.

Archéologie des media et arts médiaux
Dialogue avec Garnet Hertz

Dans ce dialogue avec Garnet Hertz, Jussi Parikka argumente pour une archéologie des media qui puisse constituer une méthodologie de recherche universitaire au sein des études des media et des arts médiaux. Suivant cette idée directrice de la construction nécessaire d’une fondation théorique à l’archéologie des media, la conversation aborde les sujets de l’interdisciplinarité, de l’historiographie, de l’art, des nouveaux media et du monde universitaire.

Archaeologies of Media Art

In this conversation with Garnet Hertz, Jussi Parikka discusses media archaeology as a methodology of academic research in media studies and the media arts. In the process of constructing a theoretical foundation for media archaeology, they discuss and explore the topics of interdisciplinarity, historiography, art, new media, and academia.

De l’exploitation à l’exploit

Dans leur livre The Exploit. A Theory of Networks, Alexander Galloway et Eugene Thacker montrent en quoi les protocoles consistent un nouveau paradigme de contrôle et d’exploitation à l’âge de la biopolitique. Pour contrer les effets d’homogénéisation et de soumission induits par cette nouvelle forme de pouvoir, ils invitent à développer des interventions relevant de « l’exploit » : exploiter les failles des protocoles pour y insérer des virus ou pour y cultiver des formes de non-existence déjouant les dispositifs qui permettent aux réseaux de nous exploiter. Alicia Amilec présente leur cadre de pensée, en explicite les enjeux et en tire des raisons de préférer les perspectives de liberté aux lamentations sur les déconvenues d’Internet.

From Exploitation to the Exploit
In the 2007 book The Exploit. A Theory of Networks, Alexander Galloway and Eugene Thacker show how protocols bring about a new paradigm of control and exploitation in the age of biopolitics. Against such tendencies, they invite us to develop “exploits” : to exploit the flaws in existing protocols, to invent forms of nonexistence which, like viruses, counter-exploit the protocols that allow capitalism and the military-entertainment industry to exploit us. Alicia Amilec presents their arguments, sheds light on their broader stakes and invites us to consider perspectives of empowerment rather than laments over the commercialization of Internet.

La protection de l’environnement peut-elle être justifiée par des considérations esthétiques, telles que la beauté des animaux, ou des paysages ? Ou bien doit-elle obéir à une éthique environnementale scientifique ? Ou bien dans l’éthique du care se préoccuper de prendre soin ? Il faut reconnaître la co-appartenance des êtres vivants dans un même cadre matériel, l’entretien de leur solidarité à travers les âges, la nécessité de former des valeurs communes à partir de pratiques différentes. Ces questions sont examinées dans plusieurs cas : le rapport à l’animal de compagnie, l’expérience botanique d’un artiste refusée par un musée comme ne relevant pas de l’art, l’invention de formes écologiques refusées par le public comme technocratiques.

Face-to-Face betweenCity-Dwellers and Nature
Can environmental protection be based on esthetic considerations, such as the beauty of animals or landscapes? Or should it be grounded in scientific environmental ethics, or in an ethics of care? The crucial point is to acknowledge the co-belonging of many living beings within a single material environment, to maintain solidarity among generations, and to elaborate common values generated from a diversity of practices. Such principles are observed on three cases: urban relations to pets, an artistic experiment in botanic rejected by a museum as non-artistic, the invention of ecological forms rejected by the public as technocratic.

Envoûtements médiatiques

Notre existence baigne dans le medium des médias. Paroles qui volent, écritures qui restent, lettres qui traversent l’Europe depuis des siècles, journaux quotidiens qui s’y diffusent depuis deux cents ans, télégraphe, téléphone, cinéma, radio, télévision, Internet, smartphone, Facebook : ça circule de plus en plus, toujours plus vite, toujours plus largement, toujours plus intimement. Tout cela […]

               1. Pourquoi avons-nous besoin d’un nouveau modèle? La société de la connaissance, l’économie de la connaissance, la société apprenante, l’organisation apprenante, les territoires apprenants… ces termes sont aujourd’hui devenus familiers. La connaissance est aujourd’hui considérée comme le carburant du développement, et apprendre est reconnu comme un processus fondamental de celui-ci. Cette importance prise par […]

Fictions, mythes et hallucinationsStorytelling et autres histoires à consommer debout : les fictions du capital semblent se caractériser par une forclusion du fond nocturne de l’imagination. Testant sur ce point l’idéalisme allemand, j’appelle imagination crépusculaire ce qui préside à la formation des mondes, aux créations mythologiques comme aux œuvres cinématographiques. Si les fictions du capital savent exploiter certains effets de cette imagination, elles ne sont pas en mesure d’en libérer la charge – qu’il nous revient d’endosser, esthétiquement et politiquement, au nom d’une économie psychique de la contribution imaginative laissant une place à la passivité comme au sans-image.

Imagination at Dusk

Fictions, Myths and Hallucinations

Storytelling and other unbelievable stories: the fictions of capital seem to be characterized by a foreclosure of the dark essence of imagination. Rebounding non German idealism, I call twilight imagination that which governs the formation of worlds, mythological creations and cinematographic
works. If the fictions of the capital know how to exploit some of the effects of imagination, they are not able to release its load. e have to aesthetically and politically take responsibility for this load in the name of a psychic economy of imaginative contribution leaving a place to passivity and darkness.

Interspécificité

L’artiste, du duo Art Orienté objet, retrace ici l’origine, le déroulement et les conséquences de la performance biotechnologique artistique «Que le cheval vive en moi» : une autoinjection de sérum de sang de cheval. Cette expérience radicale, abordée ici d’un point-de-vue autant artistique que psychologique et anthropologique, interroge frontalement la responsabilité individuelle à travers la notion d’altérité. Elle propose un élargissement de la définition de conscience humaine par une tentative de perception de l’extra-humain, animal en particulier.

Interspecificity – On “May the Horse Live in Me”

Marion Laval-Jeantet (artist of the duo Art Object oriented) explains the origin, the development and the consequences of the artistic biotechnological performance “May the Horse Live in Me”: an injection of horse’s blood. This radical experiment questions the individual responsibility through the notion of otherness, proposing an enlargement of the definition of human consciousness on trying to get a perception of the extra-human, especially the animal.

Au XXe siècle, l’émancipation de la différence au cœur du concept de Rythme a libéré la répétition de sa soumission à l’identité. La répétition rythmique n’est ni métronomique (linéaire), ni périodique (cyclique). Mesure et périodicité ne sont que les enveloppes extérieures d’une polyrythmie fondamentale. Le Rythme n’est pas une structure transcendante, il coule dans une microrythmie, en reliant les uns aux autres des « instants critiques » qui sont les points de passage d’un devenir.

Thus walks Anna Crusis

In the 20th century, the emancipation of difference within the concept of Rhythm has freed repetition from its subjugation to identity. Rhythmic repetition is neither metronomic (linear), nor periodic (cyclic). Meter and periodicity are only external envelopes of a fundamental polyrhythm. Rhythm is not a transcendent structure or pattern; it flows in a microrythm, by linking one to another “critical instants” which are the crossing points of a process of becoming.

Il n’y a pas de monde commun : il faut le composer

Dans cet extrait de son Manifeste compositionniste, Bruno Latour nous invite à penser qu’il n’y a jamais eu de monde commun donné, mais qu’il importe de le composer, et de s’inspirer des pratiques artistiques pour expérimenter ce travail de composition.

There is no such thing as a common world: it needs to be composed

In this excerpt from his Compositionist Manifesto, Bruno Latour invites us to realize that there never was such thing as a common world, given to mankind and waiting to be restored: what is required is a compositional work, which should draw its inspiration from artistic practices.

La sécurité et la protection à laquelle nous sommes censés aspirer sont en réalité celles que prodigue le berger à son troupeau : elles multiplient les instruments de domination. Comment se soustraire à ce pouvoir pastoral si avide de maximiser nos forces vitales (pour mieux les exploiter) ? En revenant à une vieille maxime : « Qui a appris à mourir, il a désappris à servir ». En contrepied du biopouvoir et d’une certaine conception du care s’esquisse la résistance d’un être qui doit et veut compter avec sa propre disparition.

The Freedom of Being a Sheep

The security and protection to which we aspire are those provided by the shepherd to his herd: they multiply the instruments of our domination. How can we extract ourselves from this pastoral power so eager to maximize our vital forces (better to exploit them)? By reclaiming the old maxim: “He who learns to die, unlearns to serve”. Against biopower and a certain conception of care, this delineates a form of resistance for individuals who must (and want to) count with their own disappearance.

L’art hybride n’est pas un art total, c’est un art mineur. Sa vigueur consiste dans le contraste entre les ressources hétérogènes qu’il met en symbiose. Hybride par excellence, la bande dessinée trouve dans le thème des mutants un emblème de sa propre forme. Par sa structure rythmique, elle donne une image de l’adolescence dans son polymorphisme. Chef d’œuvre de l’art mineur, Black Hole de Charles Burns illustre cette adéquation entre forme et contenu. La « peste des ados » est un modèle du devenir dans son ambiguïté à l’égard du pouvoir.

The Teen Plague

Hybrid art is not a total art, it is a minor art. Its vigor consists in the contrast between the heterogeneous resources it puts in symbiosis. As a typical example of hybrid art, the comic strip finds in the theme of mutants an emblem of its own form. Through its rhythmical structure, it gives an image of teen-age in its polymorphism. As a masterpiece of minor art, Black Hole by Charles Burns illustrates this adequacy between form and content. The “Teen Plague” is a model of becoming in its ambiguity towards power.

Première publication in La Revue Internationale des Livres et des Idées Web, 01.06.2010, http:www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=535&page=actuEduardo Viveiros de Castro, Métaphysiques cannibales, PUF, coll. MétaphysiqueS, 2009, 216 pages. ISBN : 978-2-13-057811-6. Le troisième volet de « Capitalisme et schizophrénie » vient de paraître. C’est ainsi qu’on pourrait qualifier le plus justement cette première parution en français d’un auteur hélas trop […]

Lorsque les industries ont cherché à reprendre le contrôle sur les espaces ouverts par les technologies de l’information, la construction de biens communs, différenciée selon les champs d’application, est devenue un modèle alternatif de production, proche de ce qui se cherchait dans le champ de l’environnement. Mais la politique mondiale dans ces domaines en reste pour l’essentiel aux bonnes intentions. Une nouvelle manière d’évaluer l’économie en termes de développement humain s’est faite jour, qui donne à espérer qu’on trouvera les modalités de gestion économique adéquates à ces nouvelles pratiques.

The reinvention of the commons in the information age

When corporations attempted to expand their control over the spaces newly opened by the Information and Communication Technologies, the construction of common goods became an alternative model of production, closely linked to environmental research. But global governance in these fields remains wishful thinking. A new way of evaluating economic realities in terms of human development has emerged, raising hopes of inventing models of management in agreement with these emerging practices.

Cet article cherche à approfondir les possibilités offertes par l’instrument théorique de la «domestication du travail », en tant qu’il constitue une proposition conceptuelle utile pour repenser les diverses activités du care, ainsi que leur valeur sociale, et pour incorporer, en plus des aspects matériels, la dimension émotionnelle et morale. Pour cela, on réfléchit, en premier lieu, sur certaines limitations du concept de travail pour l’analyse du care. En second lieu, on révise la notion de care en tant qu’elle permet d’incorporer les trois dimensions antérieurement signalées (matérielle, émotionnelle, morale). Enfin, on propose une réflexion politique sur la valeur du care (reconnaissance).

Domestication of Work
This article proposes a reflection on the potentialities of a theoretical prism, the “domestication of work”, whereas it constitutes a useful conceptual proposal to rethink the different types of work, as well as their social value when incorporating, beside the material aspects, the emotional and moral dimensions. First, an analysis on the limitations of the concept of “work” will help us grasp the complexity and specificity of care Second, the notion of care will be explored, as regards to its including the three dimensions previously mentioned (material, moral and emotional). Finally, the model of social care is proposed as a way of reflection on the moral responsibility of care and its social value (recognition). Care allows to extend the concept of “work”, and contributes to its “domestication”.

La question de la justice environnementale concerne les inégalités dans la distribution, ou la répartition, des problèmes environnementaux, que ce soit à l’intérieur d’un pays ou entre les différentes nations. Une telle inégalité devrait avoir pour conséquence que les groupes sociaux ou les nations les plus défavorisés aient particulièrement à cœur de résoudre les problèmes environnementaux en s’engageant activement dans cette voie. Or c’est plutôt le contraire qui se produit. Le souci environnemental est souvent dénoncé, par les plus défavorisés ou par leurs représentants, comme un luxe de riches qui ne concerne pas les pauvres, voire comme un complot des pays du Nord pour empêcher le développement des pays du Sud. Comment peut-on rendre compte d’un tel paradoxe ?

Environmental Justice
The question of environmental justice deals with the inequalities in the distribution of environmental problems between and within countries. As a consequence of those inequalities, the least favoured social groups or nations, could be expected to be highly motivated to solve the environmental problems and actively engage in that task. In practice, what happens is the contrary. The environmental concerns are seen by the least favoured and their representatives as a luxury of the rich, not a concern of the poor, or even as a conspiracy of the Northern countries against the development of the South. How can we explain such a paradox?

La critique écoféministe, en ses différentes dimensions (épistémologique, morale et sociale), vise à révéler que les conséquences de la longue prédominance masculine dans les différents champs où elle a pu s’exercer ont éminemment une signification écologique : en sciences, où les savoirs et les méthodes ont été conçus selon un modèle qui se révèle impuissant à saisir la nature des problèmes environnementaux ; en morale, où paternalisme et anthropocentrisme échangent leurs caractères ; dans les contextes sociaux, où la subordination économique et politique des femmes fait de ces dernières à la fois les premières victimes de la dégradation de l’environnement et bien souvent des actrices-clefs de la mise en œuvre des mesures de protection.

Clues for a productive dialogue between feminism and ecology
Clues for a productive dialogue between feminism and ecology
The feminist critique, in its different dimensions (epistemological, ethical and social) shows that the consequences of the long masculine predominance in the different areas haves an ecological relevance. In the sciences, where knowledge and methods have been constructed by a model that is unable to understand the nature of environmental problems. In moral theories, where paternalism and anthropocentrism are essentially the same. And also in social contexts, where economic and politic subordination of women make them the first victims of the environmental degradation and often the principal protagonists of protection measures.

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Quand Guattari définit l’inconscient comme productif et non représentationnel, quand il le renvoie à l’Agencement d’Énonciation et, surtout à la fin de son œuvre, quand il l’aborde à partir du thème de la chaosmose, il opère une radicalisation croissante dans le rapport dudit inconscient au dehors, un effort de prolifération, de molécularisation et une infinitisation incessants qui le redessinent entièrement.

When Guattari defines the unconscious in terms of production rather than representation, when he speaks of enunciative agencement and when, in his latest writings, he approaches it from the point of view of « chaosmosis », he radicalizes the relation between the unconscious and its outside, and he provides a new conception based on proliferation, molecularisation and infinitisation.

Le monstre (monstrum), dans son acception la plus générale, est ce qui suscite l’étonnement, un étonnement qui est provoqué par un phénomène qui se donne à nous comme irrégulier et exceptionnel. C’est d’abord en ce sens que le monstre pose non seulement un problème philosophique parmi d’autres mais sans doute aussi le problème philosophique par […]

La philosophie rencontre la figure du monstre d’abord comme un défi à l’ordre – ordre naturel ou ordre moral, la distinction est secondaire. Ce défi peut également être porteur de sens, comme une malédiction. Puis la philosophie «naturalise » cette figure, soit pour effacer toute dimension potentiellement chaotique dans l’univers, soit pour construire une ontologie (un « roman métaphysique», comme on disait au dix-huitième siècle) du vivant et de son imprévisibilité, dont le monstre est la représentation princeps. Mais il existe un troisième moment, une troisième « rencontre » entre la philosophie et le monstre, qui marque une sorte de retour à sa puissance significative, dans la pensée contemporaine cette fois : elle attribue à la figure du monstre un pouvoir messianique. Nous tentons ici d’évaluer le sens et la justification de cette attribution.

En 2000, Eduardo Kac déclare à la télévision qu’il a commandité la « création » d’un lapin transgénique. En 2004, l’artiste Steve Kurtz est détenu par le FBI, soupçonné de « bioterrorisme » en raison du matériel scientifique qu’il utilise dans des installations conçues pour démystifier la biotechnologie. Ce contraste entre un artiste-publicitaire qui fait […]