Archives du mot-clé cognitif

Vers une politique du dividualisme

Vers une politique du dividualisme
L’individu de la gouvernance néolibérale mérite d’être envisagé comme un « dividuel » secoué par les rassemblements turbulents de tendances hétérogènes, divisé entre elles dans sa relation à soi. Du fait des urgences et des surcharges attentionnelles auxquelles il est soumis, l’intuition se substitue souvent chez lui au choix réfléchi et délibéré. C’est à des dividuels que s’adressent les techniques de priming (amorçage) par lesquelles les logiques néolibérales restructurent nos comportements. Comment parvenir à y identifier un contre-ontopouvoir immanent ? Comment en faire émerger une politique du dividualisme ? C’est dans une catalyse activiste qu’il faut reconnaître aujourd’hui un art affectif de la politique.

Towards a Politics of Dividualism
The individual produced by neoliberal governance ought to be identified as a “dividual”, set in tensions by a turbulence of heterogeneous tendencies, divided between them in his relation to himself. Because of the emergency and attentional overload to which he is exposed, intuition often substitutes for deliberate choice. Techniques of priming are addressed to such dividuals, in their attempt to restructure our behaviors along neoliberal injunctions. How can one identify immanent forms of counter-ontopower in such a situation? How can one help the emergence of a politics of dividualism? An activist catalysis may pave the way for an affective art of politics.

Le débat sur le « moral bioenhancement » entre dressage & perfectionnement
Les discours et pratiques relevant de l’augmentation de notre volonté morale (moral enhancement) par voie médicamenteuse illustrent un cas où la volonté de réussir pousse la volonté à reconnaître ses limites physiologiques. Dès lors que nos choix résultent, entre autres choses, de certains taux de neurotransmetteurs dans nos cerveaux, l’absorption de certaines substances chimiques peut nous aider à « mieux vouloir », c’est-à-dire à choisir ce que nous ne choisissons pas spontanément, mais que nous devrions vouloir choisir, si notre désir (subjectif) pouvait s’aligner sur notre intérêt (objectif). Cette morale médicamentée prétend court-circuiter notre volonté spontanée pour imposer cet alignement par la force irrésistible de la chimie.

The Debate on Moral Bioenhancement between Taming and Perfectionism
The recourse to medication in order to enhance our moral will is displays an exemplary case wherein our will to succeed drives our will to face its physiological limits. Insofar as our choices result, among other factors, from the relative rates of neurotransmitters present in our brain, absorbing certain chemical substances can help us to “improve our will”, i.e., to choose what we would not spontaneously choose, but that we ought to choose if our (subjective) desire could align itself with our (objective) interest. This pharmaceutical brand of moralizing intends to short-circuit our spontaneous will in order to impose such an alignment through the irresistible force of chemistry.

Le nudge
Embarras du choix & paternalisme libertarien
Au titre d’un « paternalisme libertarien », certains libéraux proposent de reconsidérer nos interactions sociales du point de vue des « architectures de choix » qui les conditionnent en sous-main à notre insu. La doctrine du « nudge » (coup de pouce dans le bon sens) propose une méthode douce d’influencer nos comportements basée sur des conditionnements souvent imperceptibles. Depuis la réforme des systèmes de santé ou de retraite jusqu’à l’organisation spatiale d’une cantine scolaire, le monde social devient le terrain d’exercice d’une activité de design potentiellement omniprésente, supposée bienveillante mais néanmoins inquiétante.

Nudging
Embarrassment of Choices and Libertarian Paternalism
In the name of “Libertarian Paternalism”, certain thinkers invite us to reconsider our social interactions from the point of view of the “choice architectures” that condition them unbeknownst to the agents themselves. The theory and practices of “nudging” provide us with soft methods to influence our behaviors on the basis of infra-perceptible conditionings. From Health Systems to Retirement Plans and school cafeteria, the social world becomes a playground for a potentially ubiquitous agency of design, reputed to be benevolent but nevertheless worrying in its implications.

Les media du XXIe siècle. Sensibilité mondaine & bouclages projectifs

Les media du XXIe siècle
Sensibilité mondaine & bouclages projectifs
Un nouveau type de media, propres au XXIe siècle, ne s’adresse plus à nos consciences, ni même à nos perceptions, mais vise à connecter automatiquement différents points de sensibilité du monde (y compris au sein de notre propre corps), sans plus s’adresser à des « sujets » humains. L’internet des objets a pour vocation de fonctionner tout seul, sans se laisser entraver par l’erratisme des volontés subjectives, ni ralentir par les aléas de délibérations collectives – comme une vaste architecture de choix agencés pour notre bien, mais par des programmes. C’est bien un nouveau type de médialité qu’il faut reconnaître ici, appelant de nouveaux types d’interventions.

21st-Century Media
Worldly Sensibility and Feed-Forward Agency
A new type of media, specific to the 21st Century, no longer address themselves to our awareness, nor to our perceptions, but aim at automatically connecting various points of sensitivity in the world (as well as in our bodies), short-circuiting the will and attention we have come to identify with our subjective self. The internet of things is designed to work by itself, without being disturbed by our erratic subjective wills and without being delayed by the unpredictable outcomes of collective deliberation. 21st-century media set in place a vast architecture of choices, reputed to be run by algorithms for our own good. This new type of mediality calls for new modes of understanding and political action.

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive
Financé par une taxe pollen

Le revenu d’existence sort du ghetto des utopies. Cet article formule sept caractéristiques qui doivent présider aux mises en œuvre de cette nouvelle base d’un système de protection sociale adéquat aux transformations de l’activité, du travail rétribué et de l’emploi salarié – trois notions qui ne se recouvrent que partiellement. Quelques principes peuvent servir de guide pour l’action : un montant bas ou même moyen du revenu de base en ferait volens nolens un auxiliaire d’une politique néolibérale ; un montant élevé qui supprime vraiment la pauvreté est la clé de l’acceptation sociale d’une telle réforme révolutionnaire auprès des principaux intéressés ; le financement du revenu de base serait au mieux assuré par l’instauration d’une taxe Pollen.

For a Basic Income of Contributive Pollinization
Financed by a Pollen Tax

The proposal for an unconditional basic income no longer sounds like a utopia. This paper spells out seven features to frame this new form of welfare adapted to the new conditions of economic activity and waged labor. The main guidelines are the following : a low level of basic income would make it a tool for neoliberal policies ; a high level would not only suppress poverty but would be the key to mak-ing it socially acceptable ; it would be best financed by a Pollen Tax on all financial transactions.

Imaginaires post-travail

La gauche devrait se mobiliser autour d’un consensus sur le post-travail. Cela lui permettrait de viser non seulement des gains appréciables – tels que la réduction de la corvée et de la pauvre-té – mais aussi la construction, chemin faisant, d’une puissance politique. Cela implique au moins trois revendications : l’automation aussi complète que possible, une réduction du temps de travail sans réduction des salaires et l’instauration d’un revenu de base universel.

Post-Work Imaginaries

The Left should mobilize around a post-work consensus. Our first demand is for a fully-automated economy. Our second demand is for reducing the length of the working week. Our third demand calls for the implementation of a universal basic income.

Revenu inconditionnel d’existence et économie générale de l’attention

Un revenu inconditionnel d’existence devrait être envisagé au sein d’une pluralité de formes de revenus, basés sur des logiques hétérogènes. Parmi ces justifications, la prise en compte des dynamiques de l’économie de l’attention (dont Google et Facebook tirent d’ores et déjà des revenus énormes) pourrait jouer un rôle central. Un revenu d’existence apparaîtrait alors comme un investissement social permettant à chacun(e) de diriger son attention vers ce qui lui semble le plus important. Mais cela impliquerait de passer d’une économie restreinte à une économie générale, dans laquelle le moment de l’attention réflexive ne serait pas considéré comme un luxe inutile, mais comme un besoin d’avenir.

Universal Basic Income within a General Attention Economy

A Basic Universal Income (UBI) should be considered among a plurality of heterogeneous logics for rewards and incentives. Taking into consideration the attention economy (which already provides enormous incomes to Google and Facebook) could play a central role in such argu-ments. The UBI would then be seen as a form of investment allowing each recipient to direct his or her attention where
s/he judges would be more needed. This would require us, however, to evolve from a restricted economy to a general economy, where reflexive attention would no longer be considered as a wasteful luxury, but as a growing need for the future.

Du revenu de base maintenant au revenu de base souhaitable

S’il est difficile de lever à court terme les freins – avant tout géopolitiques – qui empêchent de mettre en œuvre un revenu de base d’un montant « élevé », il faudrait néanmoins commencer par mettre un œuvre un revenu de base, même d’un montant équivalent à l’actuel RSA. Cela doit et peut se faire dès maintenant. Cet article explique comment, étape par étape.

Universal Basic Income Now ! The First Steps

Even if many obstacles—including geopolitical—make it difficult to set a high level for the first implemen-tation of a basic universal income, we should nevertheless try and put it in place, even if it cannot be raised above the most basic level of the current RSA (minimum welfare). For a policy and budget for basic income can be initiated without delay. This article suggests how it can be done, step by step.

Sensibilité, imagination, techno-esthétique

À partir d’une lecture de Kant et d’une analyse de quelques expériences de nos interactions avec la réalité matérielle, cet article développe une pensée de l’aisthesis qui précise la nature de la différence entre les perceptions qui nous viennent à travers des médiations techniques (au-jourd’hui numériques) et les perceptions que nous avons des formes qui constituent notre envi-ronnement présentiel. Sans aucune technophobie, il aide à comprendre en quoi l’autoréférentialité de la représentation ne cesse de croître en même temps que nos percep-tions sont de plus en plus filtrées par des médiations numériques.

Sensibility, imagination, techno-aesthetics

Starting from a reading of Kant’s aesthetics and from the analysis of a few forms of interaction with material reality, this article develops a theory of the aesthesis which helps to pin down the difference between the perceptions we draw from technical images (now digital) and those we draw from our unmediated interactions with our present environment. Without any technophobia, it explains how the self-referentiality of our representations tends to increase as our perceptions are increasingly filtered by digital mediations.

Visualités, virtualités et trauma
Temporalités de la guerre à distance

Selon certains auteurs, les technologies militaires contemporaines – automatisation croissante de la vision et intégration d’images de synthèse – font émerger de nouvelles temporalités. Le réalisateur allemand Harun Farocki et l’artiste israélien Omer Fast articulent le lien entre tempo-ralité, virtualité, trauma et monde militarisé. À partir de leurs œuvres et de ces notions, il s’agit ici d’analyser différentes interprétations du remaniement de la temporalité et de la subjectivité à l’ère des guerres high-tech.

Visuality, Virtuality, Trauma
Temporalities of Remote War

Different authors have shown how contemporary military technologies—with the increasing auto-mation of vision and application of computer-generated imagery—have given rise to new tempo-ralities. The German filmmaker Harun Farocki and the Israeli artist Omer Fast articulate the link between temporality, virtuality, trauma and the militarized world. Based on their works and these concepts, the paper analyses different interpretations of the reshaping of temporality and of sub-jectivity in the age of high-tech wars.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: http://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

Esprit d’équipe

Un texte sur les sports de compétition – là où s’éprouvent les limites physiques du « soi-disant Homme » (selon la formule de Kittler) – et leur interdépendance croissante avec des algorithmes utilisés pour prendre des décisions stratégiques, améliorer les performances, alimenter les ligues Fantasy, écrire des commentaires des matchs et créer pour les fans des expériences symbiotiques avec les écrans géants vidéo placés dans les stades.

Team Spirit

A text about competitive sports, a testing ground of the physical limits of Kittler’s “so-called Man”, and their ever-increasing interdependence with algorithms used to make strategic decisions, improve performance, feed Fantasy sports leagues, write recaps and create symbiotic fan experiences with the Jumbotron.

Décomposition et recombinaison à l’âge de la précarité

Cet article analyse l’« automation cognitive », c’est-à-dire l’uniformisation des procédures de perception, d’imagination et d’énonciation. La transformation digitale de l’info-travail est une condition de la précarisation finale, et l’info-travail est ainsi le point d’arrivée d’un processus d’abstraction de l’activité humaine cognitive dé-singularisée et dé-corporalisée. Le temps dé-singularisé et la cognition dé-personnalisée sont les agents ultimes du processus de valorisation : ils ne tombent pas malades, n’ont pas de revendication syndicale ni de droit politique ; ils sont là, pulsatoires et disponibles, comme une étendue cérébrale jamais hors d’atteinte. Des cellules de temps productif pré-formaté peuvent ainsi être mobilisées et recombinées grâce à la sonnerie du smartphone, qui permet d’agencer le cerveau individuel selon les flux du réseau.

Decomposition and Recombination in the Age of Precariousness

This paper analyzes « cognitive automation », i.e., the uniformization of the processes of perception, imagination and enunciation. The digital transformation of info-labor is a condition of its final precarization, as info-work is the point of arrival of a process of abstraction of human cognitive activity, after it has been de-singularized and dis-embodied. De-singularized time and de-personalized cognition are the ultimate agents in the process of valorization : they never fall sick, do not resist through trade unions nor claim political rights ; they are there available, as a cerebral openness out of reach. Cells of pre-formatted productive time can be mobilized and recombined through the tone of a smartphone, re-assembling the individual brains according to the flows in the network.

Subjectivités computationnelles et consciences appareillées

Cet article revient sur la notion de « subjectivité computationnelle » formulée par David M. Berry visant à développer une approche critique des technologies numériques. Afin de comprendre les implications philosophiques d’un tel rapprochement entre « subjectivation » et « computation », nous revenons tout d’abord, via Leibniz et Hannah Arendt, sur l’émergence des sciences modernes qui visent à faire du « sujet » classique une entité calculante. Nous voyons ensuite comment les sciences « comportementales » ont influencé la conception des ordinateurs en substituant à la raison humaine des modélisations rationnelles déléguées à des machines. Pour sortir de l’impasse d’une déshumanisation annoncée dès la fin des années 1970 par des auteurs comme Ivan Illich ou Gilles Deleuze, nous envisageons enfin la « subjectivation » comme un processus qui ne nécessite pas qu’il y ait sujet. Le concept d’« appareil », tel que le propose Pierre-Damien Huyghe à propos de la photographie et du cinéma, peut ainsi être étendu aux machines computationnelles pour penser de possibles « consciences appareillées ».

Computational Subjectivities and Apparatus-Consciousness

In continuation with David M. Berry’s considerations on “computational subjectivities”, this paper goes back to the emergence of modern science, via Leibniz to Arendt, questioning the attempt to see the classical “subject” as a calculating machine. After behaviorism had greatly influenced computer science, after Ivan Illich or Gilles Deleuze’s redefinition of the subject, we can now envisage processes of subjectivation without a subject. The concept of apparatus, as theorized by Pierre-Damien Huyghe’s analysis of the photographic camera, can be extended to computation and help us conceive of “apparatus-consciousness”.

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

L’algorithmique a ses comportements que le comportement ne connaît pas

La présente contribution cherche à reconceptualiser certains enjeux fondamentaux du machine-learning en problématisant la question du « comportement » à l’aune de la théorie du cycle de l’image de Gilbert Simondon. En prenant au sérieux les positions théoriques et les ambitions techniques dans le domaine des algorithmes auto-apprenants, nous proposons de rendre compte de certaines transformations de l’algorithmique en la qualifiant de deux idéaux-types : mécanique et comportementale. Sans suggérer une quelconque opposition binaire, nous proposons plutôt de voir ces deux pôles comme des structurations successives, des phases d’existence qui transforment la nature du problème à résoudre, qui opèrent un passage de structure en structure. À la suite de Simondon, ce passage est requalifié de transductif, de façon à esquisser une image du comportement appelant une réinvention de nos cadres politiques et éthiques. Et si la question était : quel est le collectif qui advient, et que nous désirons voir advenir, quand nous nous comportons avec des algorithmes ?

Algorithms Have Reasons Behavior Ignores

The present contribution seeks to reconsider some of the fundamental stakes underlying machine-learning. The question of « behavior » will be problematized in light of Gilbert Simondon’s theory of the image cycle. By taking theoretical positions and technical ambi-tions in the field of machine-learning seriously, we suggest to frame the transformations of algorithmics in terms of two ideal-types: mechanical and behavioral. While taking care to avoid any binary opposition, we treat these two poles as successive structurations, phases of existence that transform the nature of the problem to be resolved, that operate a passage from one structure to another. Following Simondon, we qualify this passage as transductive so as to sketch an image of behavior that calls for a reinventing of our political and ethical frameworks. What if the question were: what collective is eventuated, or do we wish to eventuate, when we behave with algorithms?

Nos subjectivités baignent dans un imaginaire de science-fiction

Nos subjectivités baignent dans un imaginaire de science-fiction

Les subjectivités ont été numérisées par l’imaginaire de la science-fiction bien avant de l’être par des algorithmes et des machines effectives. Philip K. Dick et ses acolytes ont toujours-déjà posé les problèmes que nous voyons aujourd’hui émerger avec une surprise embarrassée. Retourner à leurs œuvres nous aide à mettre en perspective les rêves de Ray Kurzweil comme les pratiques de journalisme algorithmique.

Our Subjectivities are Immersed in Science-Fiction

Human subjectivities have been digitalized and computed by the imaginary worlds of science-fiction well before algorithms actually attempted to do so. Philip K. Dick and his fellow sci-fiers have already raised many of the issues we now discover with feigned amazement. Going back to their books and films helps us take distance towards Ray Kurzweil’s dreams as well as towards the emerging practices of algorithmic journalism.

Quelle souveraineté monétaire ?

Les grandes difficultés que rencontre aujourd’hui la politique européenne, aussi bien dans ses sommets institutionnels que dans les expériences des mouvements sociaux, sont liées principalement à une incapacité à affronter la crise en posant la nécessité de réformer le système monétaire dans une perspective bottom up. Cela devrait conduire 1) à s’interroger sur le sens de la souveraineté monétaire en Europe et 2) à comprendre ce que signifie « partir d’en bas » lorsqu’il s’agit d’instituer une monnaie. Pour affronter ces problèmes l’article retrace les différentes étapes qui ont mené de la crise financière américaine de 2007 à la crise européenne, en construisant un dialogue entre les thèses avancées par Christian Marazzi dans La Brutalité financière et les analyses produites par des économistes hétérodoxes français (A. Orléan, F. Chesnais, les économistes atterrés).

What Type of Monetary Sovereignty?

The current problems faced by European economic policies, as seen both in European summit and in social movements, result from an incapacity to reform the financial system through a bottom-up approach. This should lead to 1) questioning the meaning of European monetary sovereignty and to 2) understand what a “bottom-up” approach means in terms of monetary institutionalization. This paper discusses the recent financial events, from the subprime crisis in the USA to the European crisis, by confronting the propositions and analyses made by Christian Marazzi in his book on Financial Brutality, and by French heterodox economists like André Orléan, François Chesnais and the Économistes atterrés).

Événement majeur, tournant, génération « Bataclan », état d’urgence interne, état de guerre extérieure ? Les mots et réactions se bousculent pour qualifier la soirée du 13 novembre et ses suites. Mais le consensus assez « naturel » sur l’état d’urgence après de tels actes de terreur ne cache ni ne doit masquer les arrières pensées en tout genre. D’autant […]

Système probable contre mondes possibles : data-mythologie et environnement

Nombre de discours sur la planète s’appuient sur des données qui conditionnent en tant que telles le récit qu’elles livrent, que caractérisent non seulement une forte empreinte énergétique mais un risque d’appauvrissement ontologique et de marginalisation de l’acte interprétatif, c’est-à-dire une modélisation de nos imaginaires et de l’avenir lui-même.

Probable Systems against Possible Worlds: Data-Mythology and Environment

Much of the earth-related discourse is based on data which, being what they are, condition the narrative they offer. They entail a hefty ecological foodprint, and also a risk of ontological deprivation, and marginalisation of hermeneutics ; that is, they provide unescapable models for our imaginations and of the future itself.

Humanités numériques
Une médiapolitique des savoirs encore à inventer

Cet article essaie de distinguer trois strates au sein de ce qu’il est convenu d’appeler « humanités numériques » (hum num) ou « humanités digitales ». Les hum num 1.0 font le travail concret de numérisation, balisage, reformatage, design d’interfaces en reprenant le plus souvent des corpus déjà identifiés et circonscrits. Les hum num 2.0 tirent de ce travail de numérisation l’opportunité de constituer de nouveaux corpus et d’expérimenter de nouvelles procédures et de nouvelles formes de collaboration, qui débordent et érodent les frontières entre les disciplines, comme entre l’université et ses dehors. Les hum num 3.0 essaient de comprendre comment les pratiques et savoirs constitués depuis des siècles autour des humanités peuvent nous aider à comprendre et à nous repérer dans les façons dont le numérique informe de plus en plus profondément nos modes de subjectivation.

Digital Humanities
Three Strata of a Mediapolitical Approach

This article attempts to articulate a mediapolitical approach of Digital Humanities (DH), based on three different (but complementary) layers. DH1 digitalizes pre-defined corpuses inherited from the traditional disciplines. DH2 takes advantage of the digitalization to generate new corpuses, new forms of analysis and of collaborations which erode the borders between pre-existing disciplines, as well as between academia and the outside world. DH3 mobilizes the Humanities to better understand and reappropriate the computational subjectivations induced by the digital media.

Manifeste pour des humanités numériques 2.0

Le but visé par ce manifeste, assemblé en 2008 par Jeffrey Schnapp, Todd Presner, Peter Lunenfeld et Johanna Drucker, est d’alimenter le débat sur ce que les humanités peuvent et doivent faire au XXIe siècle, en particulier dans le domaine des luttes culturelles qui sont aujourd’hui largement menées (et gagnées) par les intérêts capitalistes. C’est un appel à affirmer la pertinence et la nécessité des humanités en une époque de coupes budgétaires, alors qu’elles sont plus nécessaires que jamais pour orienter la migration de notre héritage culturel vers des supports numériques, tandis que notre relation aux savoirs et à l’information se transforme d’une façon profonde et imprévisible. Les humanités numériques étudient l’impact social et culturel des nouvelles technologies et jouent un rôle actif dans le design, la mise en œuvre, le questionnement et la subversion de ces technologies.

Digital Humanities Manifesto 2.0

The purpose of this manifesto, assembled by Jeffrey Schnapp, Todd Presner, Peter Lunenfeld and Johanna Drucker in 2008, is to arouse debate about what the Humanities can and should be doing in the 21st century, particularly concerning the digital culture wars, which are, by and large, being fought and won by corporate interests. It is also a call to assert the relevance and necessity of the Humanities in a time of downsizing and persistent requiems of their death. The Humanities are more necessary than ever as our cultural heritage as a species migrates to digital formats. Our relationship to knowledge and information is changing in profound and unpredictable ways. Digital Humanities studies the cultural and social impact of new technologies as well as takes an active role in the design, implementation, interrogation, and subversion of these technologies

Subjectivités computationnelles

Nous commençons à mesurer l’importance culturelle du numérique comme nouvelle idée unificatrice d’une université totalement redimensionnée. Au-delà d’une simple question de littéracie informatique ou informationnelle, les humanités numériques nous offrent l’occasion de développer une approche critique de l’écriture numérique conçue comme une forme d’alphabétisation et de littérature, de façon à développer une culture numérique partagée comme une nouvelle forme de Bildung. Tandis que les technologies numériques produisent de nouvelles formes de subjectivités computationnelles, les humanités numériques peuvent nous aider à aller au-delà d’un rapport consumériste aux nouveaux gadgets et à casser ces boîtes noires qui, à la fois comme objets techniques et comme métaphores, absorbent aujourd’hui une si grande partie de notre attention.

Computational Subjectivities

We are beginning to see the cultural importance of the digital as the unifying idea of a redesigned and reconfigured university. Beyond a mere issue of “information literacy” or “digital literacy”, the digital humanities provide us with an opportunity to develop a critical understanding of the literature of the digital, and through that develop a shared digital culture through a form of digital Bildung. As the digital technologies are producing new forms of computational subjectivities, the digital humanities can help us move beyond the commodity layer and open these so-called black boxes, as both technologies and metaphors, that so demand our attention today.

Penser le sécularisme

Ce texte, écrit à la suite des attentats du 11 septembre 2001, tente de redéfinir les notions de laïcité et de sécularisme en marge des grands récits de sécularisation. La modernité laïque n’est ni la simple séparation du politique et du religieux, ni ce qui reste lorsque la religion décline ou s’efface. Dès lors que le concept de « religion » renvoie lui-même à une construction historique qui diffère selon les espaces politiques, l’on doit affirmer que la modernité laïque est la production d’un nouveau partage entre le religieux et le politique, d’une redéfinition de ce qu’est censé être la « religion » et, avec elle, l’éthique et la politique. Le texte discute ensuite le libéralisme politique de Charles Taylor de façon critique. L’unité de la modernité politique n’est pas factuelle, c’est l’unité d’un projet moderne : elle a un but politique dont l’hégémonie se lit dans le fait que les peuples extra-européens sont perpétuellement invités à s’y mesurer. Cette analyse dessine enfin la voie d’une anthropologie du sécularisme défini comme une doctrine qui cherche à émanciper la sphère publique d’un religieux oppressif, mais aussi et surtout comme une forme de vie laïque : un ensemble d’attitudes spécifiques, un certain rapport au corps et à la souffrance ainsi qu’un modèle de subjectivité.

Thinking about secularism

The text was written at the aftermath of 9/11. It tries to redefine secularism without presupposing any narrative of the decline of religion. Secular modernity is neither the mere separation of politics and religion nor what remains after religion has withered away. Insofar that the concept of “religion” is itself a historical construction, secularism can be seen as the production of a new binary division between the secular and the religious, as a redefinition of what religion, ethics and politics are supposed to be. The text critically engages with Charles Taylor’s political liberalism. It then asserts that modernity is a hegemonic political project forcing non-European people to measure themselves to it. It eventually paves the way for an anthropology of secularism defined as both a political doctrine and a form of life – a set of attitudes, a specific relationship to the body and pain, and a mode of subjectivity.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Il y a du soin dans l’air. Robots soignants et environnements de soin

Dans cet article, nous examinons les défis possibles soulevés par l’utilisation des termes « soin » (care) et « prendre soin » (taking care) lorsque le soignant est un robot autonome, ce que nous nommons un « agent artificiel de soins médicaux ». Autrement dit, notre question est de savoir si ces agents artificiels peuvent soigner. En contradiction avec la plupart des arguments de la littérature existante, nous soutenons que oui.

Care in the Air. Caring Robots and Environments of Care


In this article we examine the possible challenges facing the use of the concept of « care » or « taking care », when the carer is an autonomous robot, what we call an « artificial medical care agent ». In other words, we ask if robots can care. Against the majority of arguments in the existing literature, we argue they can.

Les robots oscillent entre vivant et inerte

Les robots oscillent entre vivant et inerte

Il est impossible d’ouvrir un dossier consacré à la robotique sans rencontrer de multiples prophéties annonçant dans un futur proche que nous vivrons entourés de robots anthropomorphes ou zoomorphes et que nous nous machinerons par des voies que nous ne pouvons pour le moment qu’entrevoir. Peut-on envisager une approche de la robotique un peu moins prophétique et donc décevante, un peu plus pragmatique et donc plus surprenante, un peu plus réflexive et donc habitée par un principe de précaution ? Faut-il continuer à faire passer les machines pour autre chose que ce qu’elles sont ou doit-on arrêter de les prendre pour ce qu’elles ne sont pas (des animaux, des humains) ? Faut-il considérer qu’elles constituent un « règne » à part entière, à côté du minéral et du végétal, ou bien faut-il continuer de les reléguer dans l’instrumental, ce grand bazar ? Ce « manifeste » reprend quelques-unes des observations faites par ceux qui, dans le champ de l’anthropologie principalement, observent la « révolution robotique », suivent ses essais d’expérimentation/implémentation et abordent la diversité des interactions homme-machine avec les outils de l’enquête de terrain.

Robots Oscillate Between the Inert and the Living

Impossible to discuss about robotics without stiring many prophecies announcing that we will live surrounded by zoomorphic or anthropomorphic robots and transform ourselves in ways we can not yet imagine. Is it possible to adopt a slightly less prophetic approach, a little more pragmatic and therefore more surprising, a bit more reflective and thus inhabited by a precautionary principle? Should we continue comparing or assimilating machines with other kinds of beings (animals, humans) ? Should we accept that they are a « reign » in itself, next to the mineral, the vegetal or should we continue to relegate them into the instrumental, this big bazaar ? This manifesto summarises some of the observations made by anthropologists who observe the « robot revolution » with ethnographic tools, following experimental processes/implementation tests and the very concrete situations of interaction in which robots can be experienced.

L’automation intellectuelle,
 la mort de l’emploi et le revenu 
de pollinisation

Les discours lénifiants promettant de résoudre tous les problèmes sociaux et écologiques par une « reprise de la croissance », synonyme de « retour au plein emploi », sonnent de plus en plus creux. Nous vivons une deuxième vague de déploiement du capitalisme cognitif, caractérisée par l’automatisation de tâches intellectuelles bien plus complexes, dont les études les plus sérieuses montrent qu’elle annonce une explosion spectaculaire des chiffres du chômage (jusqu’au sein des classes les mieux éduquées). Les leçons de la première vague d’industrialisation du début du XIXe siècle enseignent que seuls des combats idéologiques et politiques peuvent conduire les logiques économiques à s’adapter à ces nouvelles dynamiques. Les mesures préconisées depuis 15 ans par Multitudes (revenu universel garanti, taxe pollen, réforme de l’éducation) sont plus urgentes que jamais.

Intellectual Automation, Death of Employment and Pollination Income


« Back to growth » and « Back to full employment » mantras have lost all traction on our economic realities. We are in the middle of a second wave of cognitive capitalism, which automatizes much higher forms of intellectual work. Analysts forecast massive increases in unemployment, especially among highly educated segments of the population. Lessons drawn from the first industrialization, at the beginning of the 19th century, show that only ideological and political struggles can push the economy to adapt to such new dynamics. The measures promoted by Multitudes over the last 15 years (universal guaranteed income, pollen tax, reformation of the educational systems) appear more urgent than ever.

Art et valuation
Fabrication, diffusion et mesure de la valeur
Les pratiques artistiques proposent moins des objets (œuvres) que des enquêtes de « valuation », pour reprendre un terme inspiré par John Dewey. Cet article essaie de comprendre en quoi ces jeux artistiques de valuation nous montrent l’envers à la fois des modes de valorisation issus du marché et des pratiques d’évaluation imposées aujourd’hui au nom d’une certaine « gouvernance ».

Art and Valuation
Making, Publishing and Measuring Value
Art practices provide us less with “works” than with inquiries of “valuation” (a term inherited from John Dewey). This article attempts to understand how artistic contraptions of valuation reveal the hidden side of the modes of valorization generated by market forces, as well as of the measures of evaluation imposed in the name of good governance.

L’intangible et l’inestimable
Les biens immatériels,
le marché et le sans prix
Tandis que les biens matériels sont relativement aisés à évaluer parce qu’ils sont tangibles et quantifiables, les biens immatériels (ou « intangibles ») demandent une méthode plus complexe d’évaluation. Ainsi en va-t-il des savoirs, des services, des productions de l’esprit et de la culture en général. Il existe en effet un marché de tels biens et cela depuis qu’il existe des échanges marchands. Trois opérations le permettent : l’évaluation par unités mesure, le formatage des activités, l’échange ou le partage de ces biens. Mais au-delà de ces biens immatériels évaluables sur un marché, il y a des biens ou plutôt des valeurs qui ne le sont pas et ne le seront jamais ; ils ont rapport au talent, au don, à la confiance, à la dignité – bref à l’inestimable.

The Intangible and the Priceless
Immaterial Goods, Market and the Beyond-Pricing
Whereas the value of physical goods is relatively easy to assess, because they are tangible and quantifiable, intangible goods require a more complex mode of assessment. This is the case of forms of knowledge, services, intellectual products, and culture in general. There is a market for such goods, one as old as are commercial exchanges. Three operations make this possible: assessment through the use of units of measurement, the formatting of activities, and the exchange or sharing of the goods involved. Yet, beyond those intangible goods whose valued can be assessed in a marketplace, there are other goods−or rather values−that can never be assessed. They have to do with talent, giving, trust, dignity−that which is priceless.