Archives du mot-clé communisme

Racisme et terrorisme environnemental au Maranhão
Les provocations violentes des forestiers contre les autochtones se sont multipliées en 2010 sur la frontière orientale de la forêt amazonienne. Le gouvernement a envoyé la police et l’armée rétablir l’ordre en 2013. La mise sous tutelle politico-administrative des autochtones favorise la discrimination par l’ensemble des institutions. Fin 2015, l’élection d’un gouverneur de l’état communiste, donc développementiste, autorise la reprise des violences contre les autochtones et le redémarrage des feux de forêt. Plus que de développementisme, il faut parler de croissancisme, de passion de faire croître l’exploitation à toutes les échelles, notamment par de grands projets subordonnant l’action de l’État aux intérêts privés.

Racism and Environment Terrorism in Maranhão
Violent provocation by forest developers against native populations have significantly increased in 2010 on the East border of the Amazonian forest. The government sent the police and the army to restore order in 2013. The legal status granted to native population maintains them under political-administrative tutelage, which favors widespread discrimination. At the end of 2015; the election of a communist, hence developmentalist, governor has led to a new wave of violence against natives and to the start of new forest fires. More than developmentalism, one should speak of “growthism”, a furious passion to see exploitation grow at all levels, most notably through large scale project aligning State intervention with private interests.

  Commençons par la fin. Il n’y a pas eu de « coup d’état » au Brésil, mais une glasnost qui entraîne un début d’implosion du consortium politique qui gouvernait et gouverne le pays : un cartel maffieux de grandes entreprises privées et étatiques, composé par quelques dizaines de « patrons » publics et privés. Évidemment, la corruption systémique n’est […]

Décomposition et recombinaison à l’âge de la précarité

Cet article analyse l’« automation cognitive », c’est-à-dire l’uniformisation des procédures de perception, d’imagination et d’énonciation. La transformation digitale de l’info-travail est une condition de la précarisation finale, et l’info-travail est ainsi le point d’arrivée d’un processus d’abstraction de l’activité humaine cognitive dé-singularisée et dé-corporalisée. Le temps dé-singularisé et la cognition dé-personnalisée sont les agents ultimes du processus de valorisation : ils ne tombent pas malades, n’ont pas de revendication syndicale ni de droit politique ; ils sont là, pulsatoires et disponibles, comme une étendue cérébrale jamais hors d’atteinte. Des cellules de temps productif pré-formaté peuvent ainsi être mobilisées et recombinées grâce à la sonnerie du smartphone, qui permet d’agencer le cerveau individuel selon les flux du réseau.

Decomposition and Recombination in the Age of Precariousness

This paper analyzes « cognitive automation », i.e., the uniformization of the processes of perception, imagination and enunciation. The digital transformation of info-labor is a condition of its final precarization, as info-work is the point of arrival of a process of abstraction of human cognitive activity, after it has been de-singularized and dis-embodied. De-singularized time and de-personalized cognition are the ultimate agents in the process of valorization : they never fall sick, do not resist through trade unions nor claim political rights ; they are there available, as a cerebral openness out of reach. Cells of pre-formatted productive time can be mobilized and recombined through the tone of a smartphone, re-assembling the individual brains according to the flows in the network.

Penser le sécularisme

Ce texte, écrit à la suite des attentats du 11 septembre 2001, tente de redéfinir les notions de laïcité et de sécularisme en marge des grands récits de sécularisation. La modernité laïque n’est ni la simple séparation du politique et du religieux, ni ce qui reste lorsque la religion décline ou s’efface. Dès lors que le concept de « religion » renvoie lui-même à une construction historique qui diffère selon les espaces politiques, l’on doit affirmer que la modernité laïque est la production d’un nouveau partage entre le religieux et le politique, d’une redéfinition de ce qu’est censé être la « religion » et, avec elle, l’éthique et la politique. Le texte discute ensuite le libéralisme politique de Charles Taylor de façon critique. L’unité de la modernité politique n’est pas factuelle, c’est l’unité d’un projet moderne : elle a un but politique dont l’hégémonie se lit dans le fait que les peuples extra-européens sont perpétuellement invités à s’y mesurer. Cette analyse dessine enfin la voie d’une anthropologie du sécularisme défini comme une doctrine qui cherche à émanciper la sphère publique d’un religieux oppressif, mais aussi et surtout comme une forme de vie laïque : un ensemble d’attitudes spécifiques, un certain rapport au corps et à la souffrance ainsi qu’un modèle de subjectivité.

Thinking about secularism

The text was written at the aftermath of 9/11. It tries to redefine secularism without presupposing any narrative of the decline of religion. Secular modernity is neither the mere separation of politics and religion nor what remains after religion has withered away. Insofar that the concept of “religion” is itself a historical construction, secularism can be seen as the production of a new binary division between the secular and the religious, as a redefinition of what religion, ethics and politics are supposed to be. The text critically engages with Charles Taylor’s political liberalism. It then asserts that modernity is a hegemonic political project forcing non-European people to measure themselves to it. It eventually paves the way for an anthropology of secularism defined as both a political doctrine and a form of life – a set of attitudes, a specific relationship to the body and pain, and a mode of subjectivity.

Les robots sont des personnes comme les autres

Tout un symbole : Vital est le sixième membre du conseil d’administration de la société hongkongaise Deep Knowledge Ventures, alors qu’il n’est qu’un simple algorithme. Qu’il s’agisse de logiciels et d’objets dits intelligents ou de robots humanoïdes comme Pepper, Romeo et Nao, nous allons devoir apprendre à travailler bien sûr, nous amuser, être soignés mais aussi dialoguer avec ce genre de machines. Gare à ne pas les sous-estimer ! Qu’elles aient été conçues par un être d’os et de chair ne les empêchent pas d’être nos interlocuteurs. Certaines d’entre elles ne devraient-elles pas être considérées demain comme de vraies « personnes non humaines », selon le terme auquel a droit, depuis un procès de fin décembre 2014, l’orang-outan Sandra du zoo de Buenos Aires ?

Robots are People like You and Me

Vital, an algorithm, was elected as the sixth board member of the Honk Kong firm Deep Knowledge Ventures. Software, « intelligent objects », humanoid robots like pepper, Romeo and Nao: we will have to learn to work, talk and play with them, but also to be treated and cared for by this new type of machine. Let’s not underestimate them ! The may have been designed by humans, but they are nevertheless called to become our daily partners – and some of them may have to be considered as true « non-human persons », following the legal category crafted in 2014 for Sandra, the orangutan living in Buenos Aires zoo.

Évaluer l’architecture ?
Évaluer l’architecture populaire ramène invariablement au savant, quelle que soit la variété des regards (confrontation, imitation, altération, recours, fascination ou rejet), à l’extrême construction savante du populaire et construction populaire du savant. Mais le désir d’architecture renvoie rarement à un désir d’architecte : quand et comment une œuvre architecturale échappe-t-elle à son auteur pour devenir signe d’une culture que chacun se sera appropriée ?
Evaluating Architecture?
Evaluating popular architecture invariably brings back to the scholar, whatever the variety of looks (confrontation, imitation, alteration, use, fascination or rejection) to the extreme scholarly construction of the popular and popular construction of the scholar. But the desire for architecture rarely refers to an architect’s desire: when and how can an architectural work escape from its author to become the sign of a culture that everyone will be in a position to re-appropriate?

Note bien :
je ne suis personne
Que veulent les manifestants d’Occupy Rio ? Quelle est cette nouvelle atmosphère de la rue ?
Les pauvres affirment qu’ils ne sont pas jetables et qu’ils campent là. Il s’ensuit une transformation de la sensibilité sociale, selon des modèles de vie minoritaires et multiples qui s’entrechoquent. Il s’agit d’un nouvel éros au cœur de la ville, de la venue à la politique de toute une génération, qui exprime de nouvelles formes de vie et dont il faut fortifier les ouvertures.

Take good note :
I am nobody
What do the demonstrators of Occupy Rio want? What is this new atmosphere in the streets? The poor claim they are not throwaways, and they camp in the street. Social sensibilities are transformed, in line with new minoritarian forms of life, multiple and strongly contrasted. A new Éros emerges from the heart of towns, with the coming of age of a younger generation, asserting new expectation, paving new ways for unpredictable tomorrows.

Soulèvements en Amérique latine
Lecture en contrepoints
Dans la lecture des soulèvements populaires en Amérique latine, deux interprétations sont comparées point par point : celle d’une part de Multitude de Hardt & Negri ainsi que de GlobAL : Luttes et biopouvoir à l’heure de la mondialisation. Le cas exemplaire de l’Amérique latine  de Negri & Cocco et celle d’autre part de L’interpellation plébéienne en Amérique latine du GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine). Ces deux interprétations sont irréductibles, mais non incompatibles.

Uprisings in Latin America
Counterpoint Readings
Two interpretations of popular uprisings in Latin America are compared point by point : on the one hand, Hardt and Negri’s Multitude as well as Negri and Cocco’s GlobAL : Luttes et biopouvoir à l’heure de la mondialisation. Le cas exemplaire de l’Amérique latine, on the other hand, GRIPAL’s (Research Group on Latin American Political Imaginaries) L’interpellation plébéienne en Amérique latine. These two interpretations are incommensurable but not incompatible.

Actions multitudinaires et interpellations plébéiennes :
un même combat ?
Ce travail explore la possibilité d’articuler les notions de « multitude », « pouvoir constituant » et « interpellation plébéienne » dans une structure conceptuelle commune laquelle, sans chercher à gommer leurs différences, soit capable de mieux saisir les changements à l’ordre institué provoqués par les mobilisations que plusieurs pays de l’Amérique latine connaissent depuis quelques années.

Multitudinous actions and interpellations plebeians :
the same fight?
This work explores the possibility of articulating the notions of “multitude” “constitutive power” and “plebeian interpellation” within a common conceptual structure which, without seeking to erase their differences, would be capable of better accounting for institutional changes provoked by the mobilizations seen in many Latin American countries in recent years.

Pénibles absences

Par quelles voies nous est-il possible d’accéder au romantisme ? La pensée contemporaine est marquée par plusieurs tendances qui voient s’opposer la nécessité d’un geste, d’une incitation imaginaire, et la prudence d’une interruption liée à l’histoire politique des fictionnements. Ces tensions héritent en partie de l’expérience surréaliste et de ses dissidences. En revenant sur la querelle entre Breton et Bataille autour de la poésie, ce texte propose de revenir là où la question romantique s’est heurtée à son impossibilité.

Painful Absences
How can we access Romanticism ? Contemporary thought knows many tendencies opposing the necessity of a gesture, an imaginary incitation, and the caution of an interruption linked with political History and its fictions-making. These tensions partially inherit from the Surrealist experience and its dissidents. Returning on Breton and Bataille quarrel apropos poetry, this essay confronts Romanticism to its own impossibility.

ment of incompatibility. Only cosmic politics can host the excess of the sensible and the always-new experience of the Unknown.

Frédéric Bisson
Mahler prophète
À la fois grandiose et ironique, la Troisième Symphonie de Gustav Mahler incarne tous les paradoxes du postromantisme. Bâti sur le contraste stylistique entre « haute » musique et musique vulgaire, le premier mouvement indique la perspective depuis laquelle la mégalomanie romantique peut devenir authentiquement révolutionnaire : la perspective minoritaire. La Symphonie donne ainsi une image de la « grande politique » dont notre temps serait capable.

Mahler as a Prophet
Both grandiose and ironic, Gustav Mahler’s Third Symphony epitomizes all the paradoxes of post-romanticism. Build on the stylistic contrast between “high” music and common one, the first movement of the Symphony points out the perspective from which the romantic megalomania can become something really revolutionary : the minority-perspective. Thus the Symphony shows how “grand politics” is nowadays still possible.
Michael Löwy
William Morris, romantique révolutionnaire
La caractéristique centrale du romantisme comme vision du monde est la protestation culturelle contre la civilisation industrielle capitaliste moderne au nom de certaines valeurs du passé. Le socialiste anglais William Morris (1834-1896), artiste, écrivain, penseur politique, auteur du célèbre roman utopique Nouvelles de nulle part, est un des plus éminents représentants de la variante révolutionnaire du romantisme.

William Morris, a Revolutionary Romanticist
The central trait of romanticism as a worldview is the cultural protest against the modern industrial capitalist civilization in the name of certain values from the past. The English socialist William Morris (1834-1896), artist, writer, political thinker, author of the utopian novel News from Nowhere, is one of the most distinguished representatives of the revolutionary form of romanticism.

Matteo Pasquinelli dénonce l’idéologie « digitaliste » qui fait naïvement d’Internet un espace ouvert d’émancipation et d’égalité. Une telle vue ignore les asymétries et les parasitismes dont se nourrissent les nouvelles formes de capitalisme. Copyleft, creative commons et échanges de pair-à-pair doivent entre analysés de façon critique comme contribuant à de nouvelles formes d’exploitation de nos forces productives communes. De nouveaux outils plus discriminants, comme le copyfarleft de Dmytri Kleiner, doivent être mis au point pour rediriger la puissance commune des internautes vers le soin des communs.

Digitalism
The Impasse of Media Culture
Matteo Pasquinelli denounces the “digitalist” ideology which presents Internet as an open space of emancipation and equality. Such a view ignores the asymmetries and parasitic forms of behavior late capitalism feeds upon. Copyleft, creative commons and peer-to-peer exchanges must be analyzed and criticized as inducing new forms of private exploitation of our common intellectual resources. New tools, like Dmytri Kleiner’s copyfarleft, must be developed in order to redirect our common work towards a proper care of the commons.

De quoi parlons-nous à travers les références actuellement omniprésentes à « la crise » ? Et surtout : de quoi ne parlons-nous pas quand nous parlons de « la crise » ? Multitudes a ouvert ses pages à des auteurs très divers pour esquisser quelques réponses, qui figurent ici sous la forme d’un abécédaire : une suite d’entrées plus ou moins brèves qui visent à prendre […]

André Gorz n’avait pas seulement une conception politique de l’écologie qui nous relie à l’histoire et aux luttes sociales, il proposait une véritable alternative écologiste au service de l’autonomie individuelle. S’il a pu paraître trahir son camp plusieurs fois, c’était à chaque fois pour y être plus fidèle malgré tout. Sa critique de l’aliénation du travail l’a mené à vouloir sortir du productivisme salarial grâce au revenu garanti et des « cercles de coopération », avant peut-être le règne de la gratuité dans l’économie immatérielle…

Not only did André Gorz have a political conception of ecology that links it to history and social struggles, he also proposed a full-fledged ecological alternative at the service of individual autonomy. Though he may have appeared a traitor to his own camp on several occasions, it was always to remain faithful over the long run. His critique of the alienation of labor led him to look for an exit from salaried productivism in the forms of guaranteed income and « cooperation circles » — perhaps as a prelude to the free interchange of the immaterial economy…

On s’intéresse à un roman, Théorie de l’information d’Aurélien Bellanger (Gallimard, 2012), qui est, de l’invention du Minitel à l’empire des fournisseurs d’accès, une fresque de la rupture industrielle induite par la révolution numérique. Mise en réseaux, passion hédoniste de l’activité libre, créativité diffuse, individualisme non possessif : il y est raconté, entre sociologie et fiction, l’émergence du capitalisme cognitif et l’irrésistible ascension d’un de ses entrepreneurs emblématiques. La tolérance au désordre et la terreur que cela engendre en font un roman d’horreur du capitalisme cognitif, un récit de l’oscillation tragique entre perte en monde et affrontement au chaos.

In the Folds of Cognitive Capitalism
A new novel, Théorie de l’information by Aurélien Bellanger (2012), narrates the industrial disruption caused by the digital revolution, from Minitel to the new empire of access-providers. (Social) networks, hedonist passion of « free labour », ubiquitous creativity, non-possessive individualism : between sociology and fiction, the book follows the emergence of cognitive capitalism and the irresistible ascend of one of its emblematic entrepreneurs. Tolerance towards disorder, along with the terror induced by it, make this novel a horror story of cognitive capitalism, balancing its reader between the pain of losing one’s world and the necessity to confront chaos.

À moins de pouvoir produire une apparence d’infini par votre désordre, vous n’aurez que le désordre sans la magnificence. Edmund Burke Le Québec est traversé depuis quelques mois par un mouvement de contestation sociale d’une ampleur inédite. La séquence historique des événements peut se résumer ainsi : une grève étudiante préparée de longue haleine est […]

Dans le triangle libéral État, marché, société civile, les ONG sont présumées être la voix de la société civile. Leur parole se présente comme un message de progrès et d’émancipation. Pourtant, elles sont singulièrement absentes de la plupart des mouvements politiques récents, en Tunisie, au Yémen, en Syrie. En outre, dans plusieurs situations de conflits […]

Après deux décennies de globalisation politique, normative et économique, les pratiques des ONG mexicaines, ont connu un mouvement centripète puis un retour centrifuge sur le local, presque obligé. Leur projection dans des enjeux planétaires n’est pas contestable vu le nombre de militant-e-s qui ont participé aux conférences onusiennes pivotales du Caire (1994) et de Pékin (1995). Cependant elle a été suivie d’un «retour» au local brutal pour des dizaines, voire centaines d’organisations qui ont vu se tarirent la masse de grants des fondations étasuniennes et de l’USAID. Pour les grandes ONG de la capitale, il a été possible de dégager 20 à 25 % des revenus de services payants et de donner ainsi des gages de «bonne conduite» économique aux bailleurs philanthropiques. Pour l’immense majorité des ONG du pays qui participèrent à ce mouvement, le repli sur des situations précaires de sous-traitances n’a fait qu’ancrer toujours plus les militant-e-s dans les jeux politiques partisans locaux et les ont d’autant plus éloignées de l’idéal de gouvernance démocratique nord-américaine.

Mexican Gender NGOs

Following two decades of political, normative and economic globalization, the practices of Mexican NGOs went through a period of centripetal and then, almost against their will, back to centrifugal, local-centered, movement. Their role in planetary issues is undeniable, considering the number of activists who took part in the pivotal UN conferences in Cairo (1994) and Beijing (1995). But this was followed by a “return” to local affairs that was brutal for tens, or even hundreds of organizations who saw the bulk of the grants they received from American foundations and USAID dwindle. The larger NGOs, based in the capital, were able to draw 20 to 25% income from paid services and therefore give their philanthropic donors proof of “good economic behavior”. For the overwhelming majority of the country’s NGOs drawn into this movement, having to go back to precarious sub-contracting situations anchored the activists ever more in local partisan political games, and brought them even further away from the North American ideal of democratic government.

Comment s’est faite la diffusion et l’appropriation des préoccupations pour le «genre» pendant la décennie 1990 sur le terrain est-européen ? L’apparition dans cette région d’une expertise féministe en phase avec les institutions internationales témoigne de la mise en place de normes globales dont il convient d’analyser les modalités et les vecteurs de circulation. En même temps, elle traduit des processus de transnationalisation des solidarités et des répertoires d’action militants, qui englobent et renouvellent les ressources et cadres de fonctionnement propres aux organismes philanthropiques engagés dans la promotion démocratique postcommuniste.

Gender, Feminism and the Post- Communist Promotion of Democracy

How did the interest in and appropriation of “gender” issues spread through Eastern Europe during the 1990s? The appearance in this region of a feminist expertise in line with the international institutions, results from the setting up of global norms, the modalities and circulation vectors of which we’d be well advised to analyze. It also testifies to a process of trans-nationalization of solidarities and repertoires of militant action that encompasses and renews the resources and operation modes of philanthropic organizations working to promote post-communist democracy.

Les processus de régulation politique impliquant les ONG sont analysés à travers l’exemple d’une des plus importantes ONG de démocratisation en Roumanie. Les principes qui guident ses modes d’action sont basés : d’un côté, sur une technologie politique d’importation occidentale ; et de l’autre, sur un anticommunisme extrême. Dépendantes de leurs bailleurs et orientées politiquement, Les ONG manifestent une grande difficulté à gagner une autonomie politique et une forme de représentativité auprès de la population. En conséquence, elles tendent à reproduire le stigmate de l’appartenance au communisme en revendiquant, pour elles, une proximité imaginaire de l’Ouest.

Democratization NGOs in Rumania

Processes of political regulation involving NGOs are analyzed through the example of one of the main democratization NGOs in Rumania. The principles guiding its forms of action are based on the one hand on political technology imported from the West, and on the other hand, on extreme anticommunism. Dependent on their sponsors and politically oriented, the NGOs show great difficulty in gaining political autonomy and a form of representativeness among the population. Consequently, they tend to reproduce the stigma of being associated with communism, by claiming for themselves an imaginary proximity with the Western world.

Contrairement à ce que voudrait un très ancien sens commun (une mythologie de plus ?), l’ordre et le désordre, le cosmos et le chaos, ont peut-être partie liée, simultanément, dans la fabrique de tout fait social, ainsi que le laissent entendre les pratiques socio-musicales des hommes et des femmes du champ jazzistique.

Digression on desorder

At the opposite of a very old common sense (another mythology?), order and disorder, cosmos and chaos, are linked, simultaneously, in the making of every social fact as illustrated by the socio-musical practices of the men and the women of the jazzistic field.

Qu’est-ce aujourd’hui qu’un collectif ? Telle est peut-être la question des questions qui se pose à notre époque. Sociologues et théoriciens de la politique y réfléchissent bien entendu depuis des siècles, mais elle devient de plus en plus urgente au fur et à mesure que nos modes d’interaction et d’interdépendance se complexifient, s’intensifient et se […]

Penser le commun qui protègeToutes les associations sociales de l’histoire, depuis les hordes originelles jusqu’aux empires mondiaux, sont explicables, du point de vue systémique, comme des structures de coimmunité. L’élément rationnel de cette évolution tient au reformatage à plus grande échelle de ce qui nous est propre. Cela nous pousse aujourd’hui vers une macro-structure des immunisations globales : le coimmunisme.

Global co-immunity. On the Need to Elaborate a Protective Common

All social associations in history, from the original herds until world empires, can be considered, from a systemic point of view, as structures of co-immunity. The rational aspect of this evolution is to be found in the reformatting, on a larger scale, of what is “ours”. Today, this leads us towards a macro-structure of global immunization: co-immunism.

Le défi auquel fait face une organisation comme le Nouveau Parti Anticapitaliste est d’inventer de nouvelles formes d’intelligence collective où il n’y ait plus ceux/celles qui savent et celles/ ceux qui se taisent. La question de la participation de femmes voilées offre un cas exemplaire de la modulation des attachements et des détachements avec lesquels doivent savoir expérimenter les nouvelles formes d’agir-ensemble.

Learning Communism

The major challenge faced by an organization like the New Anticapitalist Party (NPA) consists in inventing new forms of collective intelligence, breaking with the opposition between those who know/ speak and those who mainly listen. The question of the participation of women wearing an “Islamic veil” provides an exemplary case of the modulation between attachments and detachments, with which new forms of collective action must learn to experiment.

La Révolution iranienne de 1979 démarqua le bord de notre époque, contemporaine du déclin du mouvement ouvrier du XXe siècle, de la fin des projets post-coloniaux et des changements structurels du capitalisme[1]. Le retour sur son histoire, proposé ici, ne cherche pas à évoquer le spectre du passé ni à retoucher les cartes postales journalistiques, mais […]

Cet article fait valoir le fait que le soulèvement du peuple iranien depuis les élections de juin 2009, aura été possible par la réactivation d’une conscience historique collective en relation dialectique à la structure singulière de la situation socio-politique du pays.

Who is the Subject of the Green Movement ?

This piece argues that the uprising of the Iranian people since June 2009 election, although self-organised and spontaneous, could have only been possible by the reactivation of a historical collective consciousness in dialectical relationship to the singular structure of this socio-political situation. The piece mainly focuses on the historical coming to be of such a structure from three separate, yet interlinked, horizons. Such an analysis prepares the ground for a quick recap of the process of subjectivation part of the Iranian society went through in what can be described as popular politics par excellence.

Ouvrage où Giuseppe Cocco tente de penser les changements contemporains du travail, de l’emploi et de la production ainsi que la dichotomie nature/culture à partir du Brésil (et de la Bolivie) et d’une lecture du « perspectivisme amazonien » d’Eduardo Viveiros de Castro.

« Review of Giuseppe Cocco’s MundoBraz: the becoming-world of Brazil and the becoming-Brazil of the world »

In this book, the author tries to think about the contemporary changes of work, employement and production as well on the dichotomy nature/culture from Brazil (and Bolivia) and in dialogue with Eduardo Viveiros de Castro’s « amazonian perspectivism ».

Florence Lebert, le paradoxe de la lucidité

La pratique de l’artiste Florence Lebert est liée très intimement au voyage et au déplacement dans l’espace. Dans son travail, nombreuses sont les séries d’images qui ont pour thématique le voyage dans un ailleurs lointain. La place faite au portrait et à l’altérité y est prépondérante, parcourant le Maghreb, les Pays de l’Est ou la […]

La propriété des biens immatériels, c’est-à-dire le droit pour les auteurs et leurs producteurs d’exclure les autres de leur usage au moins temporaire, semble avoir triomphé. Mais les créateurs et les utilisateurs de logiciels libres bousculent ce paysage. Si les créateurs de free software restent propriétaires de leurs produits et libres de légiférer sur leur utilisation, les utilisateurs ne sont pas libres d’exclure les suivants. Il se forme de ce fait un réseau de propriétaires-utilisateurs différencié, un commun, garanti par les différentes formes de licence Creative commons. L’auteur se fait hacker, membre d’une communauté quasi-artiste par laquelle il fait reconnaître ses élégances de programmation. Le propre et le commun ne sont plus antinomiques, et les propriétés deviennent plurielles et inclusives.

Copyleft and the theory of property

The principle of property, i.e. the (temporary) right for authors and producers to exclude others from the use of their product, seems to have succeeded in imposing itself on immaterial goods. However, creators and users of free software challenge this apparent success: while creators remain free to regulate the use of their creations, users are not in a position to exclude other users. Thus appears a multi-layered network of owners-users, a common territory, maintained through licences modulated by Creative Commons. The author is turned into a hacker, a member of a quasi-artistic community admiring the elegance of his programs. The privately owned and the common are no longer antinomic, as properties become plural and inclusive.

Le capitalisme cognitif présente deux caractéristiques principales, l’intelligence collective et l’utilisation intensive des nouvelles technologies de l’information basées sur la digitalisation des contenus et des procédures. Cela implique un défi énorme à l’application des droits de propriété intellectuelle et entraîne une crise globale des modèles économiques des industries culturelles. Le mouvement de l’open source se rapproche du principe de terra nullius qui se trouve actuellement rejeté par le droit constitutionnel, alors que les mécanismes du copyleft et des Creative Commons esquissent un nouveau système d’appropriation capable de protéger efficacement la biosphère contre la biopiraterie et la noosphère contre la prédation des externalités positives par le capitalisme cognitif.

Intellectual Property Rights, terra nullius and cognitive capitalism

Cognitive capitalism presents two main characteristics, collective intelligence and intensive use of the new technologies of information based on digitalization of contents and procedures. This creates an enormous challenge to the enforcement of intellectual property rights and produces a global crisis for the economic models of cultural industries. The open source movement is closer to the terra nullius principle, which is now rebuked by constitutional law, while Copyleft and Creative Commons stand for a new system of appropriation rules, which will efficiently protect the biosphere against biopiracy and the noosphere against predation of positive externalities by cognitive capitalism.