Archives par mot-clé : contemporain

L’assassinat du maire de Gdańsk, Paweł Adamowicz, le 14 janvier 2019, a révélé au monde entier la haine qui règne aujourd’hui en Pologne. Une haine orchestrée par le parti Droit et Justice (PiS), actuellement au pouvoir, et par ses supplétifs – groupuscules fascistes, prédicateurs nationaux catholiques, prêtres en folie, universitaires aigris, sites web et journaux patriotiques, […]

Le fonctionnement de l’attention dans le travail du cartographe
La cartographie est une méthode proposée par Gilles Deleuze et Félix Guattari actuellement développée et utilisée dans des recherches de terrain tournées vers l’étude de la subjectivité.  Cet  article aborde le problème du fonctionnement de l’attention à l’étape initiale du travail du cartographe. Il a pour base les concepts d’attention flottante  de Sigmund Freud, celui de  reconnaissance attentive  de Henri Bergson et les contributions  de la phénoménologie aux sciences cognitives contemporaines. L’attention cartographique est définie comme concentrée et ouverte  au plan collectif  des  forces et  des  affects, étant constituée de quatre qualités attentionnelles:  l’acte de tracer, le toucher, l’atterrissage et la reconnaissance attentive.

The operation of attention in the work of the cartographer
Cartography is a method proposed by Gilles Deleuze and Félix Guattari, which is currently being developed and used in field research focused on the study of subjectivity. This article addresses the problem of the operation of attention at the initial stage of the cartographer’s work. It is based on Sigmund Freud’s concepts of fluttering attention, Henri Bergson’s attentive recognition and the contributions of phenomenology to contemporary cognitive science. Cartographic attention is defined as concentrated and opened to the collective plane of forces and affects, made of four attentional qualities: the act of tracing, touching, landing, and attentive recognition.

Apprentissage – Extinction – Résurrection / Grégory Chatonsky & Ariel Kyrou

Improvisation de l’amateur Ariel Kyrou Apprentissage – Extinction – Résurrection : le corpus spécialement conçu pour ce numéro de Multitudes s’ouvre et se ferme par une Terre aux arcs-en-ciel de bleus et de mauves. Une montagne brisée. Une carte aux lignes accidentées, émaillée de pixels déstructurés et sauvages. Est-ce dans ce paysage à la fois topographique […]

La clinique est morte, vive la clinique !
La médecine clinique fut longtemps considérée comme morte. On la croyait disparue dans l’émergence technologique des I.A. et des big data. Mais ses meurtriers ont oublié que la clinique est une pratique théorique qui se différencie dans le regard et la décision de chaque médecin comme de chaque patient. La clinique ne s’est-elle pas dès lors transformée au gré du temps et des technologies ? C’est ce que l’article interroge. Mais dès lors qu’elle renaît, quelles pourraient être ses perspectives d’avenir ? Produisant des observations, des décisions thérapeutiques et des résultats de traitement, la clinique fournit une masse de données au système de santé. Elle représente une source inestimable de big data pour la médecine. Elle ouvre la voie pour intégrer les I.A. à la décision. Mais c’est l’autogestion de ces données par la relation clinique qui doit pouvoir dessiner les perspectives éthiques et politiques d’une médecine garantissant les biens communs dans l’avancée technologique actuelle.

Clinical medicine
is dead, long live
the clinical !
Clinical medicine was long considered dead. It was thought to have disappeared in the technological emergence of A.I. and big data. But its murderers have forgotten that the clinical is a theoretical practice that differs in the look and decision of each doctor and each patient. Has the clinical not changed with time and technology? This is what the article questions. Now it is born again, what could be its future prospects? Producing observations, therapeutic decisions and treatment results, the clinical provides a mass of data to the health system. It represents an invaluable source of big data for medicine. It paves the way for the integration of A.I. into the decision. But it is the self-management of these data by the clinical relation which must be in a position to draw the ethical and political perspectives for a medicine guaranteeing the common good in the current technological advance.

La neuronisation
de la psychiatrie
Éternel retour du mythe ?
La crise structurelle de la psychiatrie questionne aujourd’hui le modèle médical dans son ensemble. Premier poste de dépense de l’assurance maladie, les techniques de soins psychiatriques, soins de la subjectivité malade, sont-elles destinées à être numérisées ? L’influence étasunienne, vecteur d’un retour de la neuropsychiatrie, tend à le laisser croire. À partir des constats observés au fil de l’histoire de la psychiatrie française, nous interrogerons cette tendance, ses fantasmes et réalités, pour préciser les conditions d’une appropriation des technologies qui améliore le service médico-psychiatrique individuel et collectif.

The neuronization of psychiatry
Eternal return of the myth ?
The structural crisis of psychiatry today questions the medical model as a whole. First item of expenditure of the Health System, the techniques of psychiatric care, aimed towards the patient subjectivity, may be on the way to be digitized? The US influence, vector of a return of the neuropsychiatry, pushes in this direction. Based on the findings observed over the history of french psychiatry, this paper will examine this trend, its fantasies and realities, to clarify the conditions of an appropriation of technologies that improves the individual and collective medico-psychiatric service.

Evidence-Based Medicine
et expertise clinique
L’Evidence-Based Medicine (EBM) est définie comme « l’utilisation consciencieuse et judicieuse des meilleures données actuelles de la recherche clinique dans la prise en charge personnalisée de chaque patient ». L’EBM met en œuvre des standards de qualité du plus haut niveau par le tri actif de toutes les études cliniques disponibles. D’un côté, elle remet en question le fondement des savoirs pratiques basé sur l’intuition, l’expérience clinique et le mécanisme des maladies. D’un autre, elle refuse l’autorité des experts et leurs recommandations. Si l’intention de l’EBM d’améliorer la pratique clinique est louable, elle ne peut résoudre la question cruciale de l’expertise clinique. En se concentrant sur les études cliniques, l’EBM oublie que le savoir clinique nécessite de rassembler plusieurs formes de savoirs. Dès lors, il manque à l’EBM une connaissance tacite, non formalisable, qu’elle rejette pour son absence supposée d’objectivité. L’expertise clinique comme incorporation de gestes à la fois intellectuels et techniques nécessite un travail de synthèse entre les connaissances implicites et explicites afin de revenir à son but : le soin au patient dans sa particularité.

Evidence-Based Medicine and Clinical Expertise
Evidence-Based Medicine (EBM) is defined as “the conscientious and judicious use of the best current data of clinical research in the personalized care of each patient”. EBM implements quality standards of the highest level by active sorting of all available clinical studies. On the one hand, it challenges the foundation of practical knowledge based on intuition, clinical experience and the mechanism of disease. On the other hand, it refuses the authority of the experts and their recommendations. While EBM’s intention to improve clinical practice is commendable, it cannot solve the crucial question of clinical expertise. By focusing on clinical studies, the EBM forgets that clinical knowledge requires bringing together several forms of knowledge. Therefore, the EBM lacks a tacit, non-formalizable knowledge, which it rejects for its supposed lack of objectivity. Clinical expertise as an incorporation of both intellectual and technical gestures requires a synthesis between implicit and explicit knowledge in order to return to its purpose: the care of the patient in his particularity.

De la vision médiate en clinique : l’échostéthoscopie

De la vision médiate en clinique
L’échostéthoscopie
La clinique est ce rapport singulier d’un malade qui se plaint et d’un médecin qui l’écoute, pour le soulager, le guérir. Mais elle traverse une période de crise. On annonce même sa mort prochaine ! Étrangement, des progrès technologiques viennent aujourd’hui à son aide, l’incitant à rebondir. Deux cents ans après le stéthoscope, la vision médiate par échographie portable devient réalité et entre en scène pour sonder le corps malade « à son chevet ». Ce visible virtuel émanant de l’examen clinique se fait ainsi visible pour le clinicien, les médecins et malades en général, parce que les images peuvent se partager. C’est pour le clinicien prendre possession d’un espace jusque-là imperméable : la vision ne connaît plus d’interdit, mais n’affirme sa puissance que si elle pénétrée par une belle clinique.

Mediated vision
in the clinical gaze
Echostethoscopy
The clinical relation is the singular encounter between a patient who complains and a doctor who listens, in order to relieve and cure. But it is going through a period of crisis. One even announces his impending death! Strangely, technological advances are now coming to its rescue, prompting it to bounce back. Two hundred years after the stethoscope, the mediated vision by portable ultrasound becomes reality and enters the stage to probe the sick body “at his bedside”. This virtual visible from the clinical examination becomes thus visible to the clinician, doctors and patients in general, because the images can be shared. That means for the clinician to take possession of space that was impermeable until there: the vision penetrates beyond old barriers, but it will only assert its full power if it is permeated by a clinical relation restored to its true beauty.

Dans la pensée libérale, la multitude1 survit comme dimension privée. Le Nombre est aphasique et écarté des affaires publiques. […] Dans les formes actuelles de la vie on a la perception directe du fait que tant le couple public-privé que le couple collectif-individuel ne marchent plus, ne reposent plus sur rien, explosent. Ce qui était […]

De Téhéran et d’Ivry

Arash Hanaei, artiste iranien, vit et travaille à Paris depuis quelques années où, dit-il, il est un exilé volontaire. Il a passé une partie de la guerre Iran Irak en Angleterre, lorsqu’il était enfant, puis est retourné dans son pays. Invité à participer à des expositions collectives, organisées en Hollande, en Belgique, en Italie aux […]

Le revenu de base
Vers une Europe plus sociale
Le revenu de base a véritablement émergé en Europe à partir des années 2010, à travers une réflexion universitaire et politique, mais également, par le lancement d’expérimentations, dont la plus connue s’est terminée en décembre 2018 en Finlande. Les mouvements sociaux défendant cette idée ont été au cœur de ce débat. Émergeant notamment à la suite de l’Initiative Citoyenne Européenne en 2013, leur nature et leurs modes d’actions varient d’un pays à l’autre.

Basic income
Towards a more social Europe
Basic income truly appeared in Europe in the 2010’s, through academic works and political initiatives, but also through the launching of pilot experimentations. The best-known today has just ended in December 2018 in Finland. Social movements in favor of this idea have also played a key role in the debate. Most of them were created after the European Citizen Initiative in 2013, and today their nature as well as their modes of action differ from one country to another.

Vers une Europe post-médiatique
La forme alternative d’une Europe à venir est aussi dessinée par les infrastructures médiales qui en tisseront la trame relationnelle déterminée par la circulation des attentions, des récits et des idées. C’est à l’échelle européenne que pourraient être envisagées des initiatives pour déjouer l’emprise médiatique que les nouveaux empires numériques (comme les GAFAM) entretiennent aujourd’hui en croisant les mass-media traditionnels. Il s’agit ainsi de transformer la médiasphère de notre continent dans un laboratoire de fabrication de conditions « post-média » (Guattari) d’existence collective.

Towards a post-media Europe
The alternative form of a future Europe is also drawn by the medial infrastructures that will weave the relational framework determined by the circulation of attentions, stories and ideas. It is at the European level that initiatives could be envisaged to thwart the media hold that the new digital empires (like GAFAM) maintain today by reconfiguring the media landscape. It is thus a question of transforming the mediasphere of our continent into a laboratory of manufacturing of “post-media” (Guattari) conditions of collective existence.

Vivre dans les programmes

Vivre dans les programmes
Encore mal connue, l’ampleur des travaux du chercheur Vilém Flusser est pourtant d’une grande importance pour appréhender la situation contemporaine d’un monde numérique risquant d’aboutir à une société automatisée. Analysant la notion de programme depuis des réflexions sur les mutations de la photographie et de l’écriture, Flusser montre, au contraire, comment les artistes pourraient œuvrer au développement d’un « techno-imaginaire » capable de donner du sens à nos « vies artificielles ».

Living in Programs
Still poorly known, the scope of Vilém Flusser’s work is nevertheless of great importance. Flusser helps us to understand how the proliferation of electronic devices poses the risk of an automated society. He analyses the notion of “program” on his basis of his thoughts on the changes in photography and writing. According to Flusser, artists could develop a “techno-imaginary” capable of giving meaning to our “artificial lives”.

Comment vivre en post-histoire ?

Comment vivre en post-histoire ?
Programmes de gouvernement
et forme des vivants
Il s’agit de situer la pensée des programmes de Flusser dans le cadre d’un ensemble de questions centrales de la théorie politique contemporaine, à la croisée entre écologie et biopolitique. La notion de « post-histoire » constitue un espace où effectuer cette jonction qui relie la philosophie de la technique flusserienne aux trajectoires critiques et créatives tramant notre monde anthropocènique. Il est possible, en ce sens, apercevoir le retournement d’une post-histoire des programmations gestionnaires vers une post-histoire d’imprévisibles individuations, collectives et environnementales.

How to Live in Post-History?
Government Programs and Living Forms
This article sets Flusser’s analysis of programs within the frame of a series of central issues of today’s political theory, between ecology and biopolitics. The notion of Post-history constitutes a space where we could connect the Flusserian philosophy of technique with some critical and creative trajectories inhabiting our Anthopocenic world. One can, in this regard, detect a reversal, from a Post-history of governing programs, toward a Post-history of unforeseeable individuations, collective and environmental.

Les Gilets jaunes, l’Europe et la planète

Une revue intitulée Multitudes ne pouvait rester indifférente au mouvement des Gilets jaunes (GJ). Outre des interventions de quelques-unes et quelques-uns d’entre nous sur le terrain, nous en avons abondamment et passionnément discuté en interne. Avec des sensibilités et des analyses contradictoires, comme si ces multitudes non représentées auparavant transformaient en débats pluralistes toute discussion […]

Le rond-point : totem, média et place publique d’une France en jaune

Résumé 
Le mouvement des Gilets jaunes est abordé à partir d’un voyage à la découverte de quelques-ronds points de la France de l’Est. Le parcours et les rencontres permettent d’esquisser un nouvel imaginaire géographique, de dépasser l’image médiatique caricaturale et négative d’un mouvement qui tente de redonner un sens au triptyque républicain. Il montre l’intérêt du rond-point, passé de l’objet technique au statut de totem, de media et de nouvelle place publique d’une France « métropolisée » et propose que ces lieux habités d’une géographie en actes deviennent les dispositifs émancipateurs d’un véritable débat.
Abstract
The « Yellow vests » movement is here approached from a trip looking for some roundabouts of eastern France. The journey and the encounters allow us to sketch a new geographical imaginary, to go beyond the caricatural media image of a movement that tries to give meaning to the republican triptych. This article shows the central place of the roundabout, passed from the status of technical object to that of totem, media and new public place of a « metropolitan » France. It proposes that these inhabited places of a geography in action become the emancipating devices of a real debate.

Restitutions du patrimoine africain : fictions et réalités

Restitutions : fictions et réalités Dans un musée qui ne sera pas nommé, Killmonger, le rival de Black Panther, fait face à un masque pillé au cours du sac de Benin City en 1897. Le jeune homme fixe le masque en cage. Il ne tardera pas à le voler à grands renforts d’effets spéciaux et […]

Bombatalu, la vague qui frappe trois fois

Depuis le séisme qui a ébranlé la région de Palu le 28 septembre 2018, le mot « liquéfaction » est devenu synonyme de terreur sur l’île de Célèbes. Ce phénomène géologique, qui fait qu’un sol à grains fins et saturé d’eau perd immédiatement sa compacité en raison de vibrations sismiques soudaines et puissantes, a englouti plus de 12 000 […]

Écrire le monde depuis l’Afrique, inscrire l’Afrique dans le monde ou comme un fragment du monde, voilà bien une tâche grisante et, la plupart du temps, propre à la perplexité (Mbembe 2001). Comme nom et comme signe, l’Afrique a toujours occupé une position paradoxale dans les formes modernes du savoir (Mudimbe 1988). D’un côté, l’Afrique […]

Luttes et impasses dans la logistique La grève des camionneurs brésiliens survenue le 21  mai 2018 a provoqué un blocage sans précédent : pendant 11 jours, pratiquement toute la circulation des marchandises s’est trouvée paralysée au niveau national, contraignant des dizaines de villes à déclarer un état de catastrophe et d’urgence publique. Les autoroutes brésiliennes se […]

La transparence est notre censure
Contrairement à ce qu’on continue d’affirmer, l’âge de la censure n’a pas été remplacé par un âge de la transparence. Dans les régimes post-répressifs qui caractérisent nos sociétés, la transparence représente une forme nouvelle, particulièrement efficace – car imperceptible – de censure. Si la nature de ce nouveau mécanisme de sélection nous échappe encore, c’est parce que nous restons prisonniers d’une conception moderne – et prohibitive – de ce qu’est la censure. Pourtant, à ses origines, l’institution du « census » n’avait pas pour but d’interdire mais de recenser les vies afin de les gouverner plus efficacement.

Transparency is our Censorship
Contrary to common belief, the age of censorship has not been replaced by an age of transparency. In our post-repressive societies, transparency is a new and efficient—because unnoticeable—form of censorship. We fail to see it because we remain trapped in modern (prohibitionist) conception of censorship. But originally, the institution of the census did not intent to forbid, but to count and compute people’s life in order to govern them more easily.

L’hypercapitalisme de la transparence

L’hypercapitalisme de la transparence
Au XVIIIe siècle, Jeremy Bentham avait imaginé un dispositif carcéral où les détenus seraient surveillés par un gardien omni-voyant. Dans le panoptique digital, nous ne sommes plus de simples détenus, mais participons activement à son façonnement. Personne ne semble s’en émouvoir outre mesure. Il n’y a pas si longtemps encore, en Allemagne les gens montaient sur les barricades contre le recensement démographique d’État : cette époque semble bien lointaine, au vu de notre inclination à partager toutes nos données avec les appareils de capture de l’hypercapitalisme.

Transparency and Hypercapitalism
In the 18th century, Bentham imagined a prison wherein the inmates would be watched over by an all-seeing guardian. In our digital panopticon, we no longer are mere inmates: we actively participate in its making. And nobody seems to mind. Not so long ago, in Germany, people took the streets against a State-sponsored census. Now we spontaneously share our data with the apparatuses of capture set in place by and for hypercapitalism.

Le reste de la transparence

Le reste de la transparence
La gouvernementalité algorithmique répond à l’appel à la transparence par la mise en corrélation de données numériques semblant créer un double du réel parfaitement adéquat. Cette opération de représentation du réel peut être questionnée comme celle d’un langage, et même d’une écriture ; mais en s’appuyant sur les travaux de Jacques Derrida, on peut s’apercevoir que ce langage serait alors privé de sa capacité à induire reprise, correction, ajustement. C’est sur ce mythe d’une totalité close sur elle-même, sans reste, que repose le mot d’ordre de la transparence.

Transparency and its Leftover
Algorithmic governmentality responds to the imperative of transparency by correlating digital data in order to generate a perfectly adequate mirror-image of reality. This operation of re-presentation can be addressed as an issue of language and writing; but it also can questioned in its incapacity to allow for reiteration, correction, adjustment. The call for transparency rests on this myth of a totality closed upon itself, deprived of any leftover.

Interrompre la distriveillance
Les sujets numérisés sont façonnés par ce qu’il faudrait appeler, à la suite de Rancière, le partage numérique du sensible – un arrangement qui détermine ce qui est visible, dicible et connaissable. Or cet arrangement implique des formes de surveillance distribuée, qu’on appellera « distriveillance », caractérisées par un transfert de la surveillance d’État vers les sujets eux-mêmes. Il est urgent d’interrompre ce partage de données automatisé pour ouvrir à nouveau à d’autres mises en commun.

Interrupting Shareveillance
In describing shareveillance as, after Jacques Rancière, a distribution of the (digital) sensible, this article posits a politico-ethical injunction to cut into the share and flow of data in order to arrange a more enabling assemblage of data and its affects. It identifies and examines a “shareveillant” subjectivity: a form configured by the sharing and watching that subjects have to withstand and enact in the contemporary data assemblage. Our challenge is now to imagine a collective political subjectivity and relationality according to the important question of what it means to “share well” beyond the veillant expectations of the State.

Le design de la transparence
Une rhétorique au cœur des interfaces numériques
Historiquement, un des objectifs du design est de rendre le monde intelligible en structurant la médiation du visible. Cette opération de sélection va nécessairement à l’encontre d’une compréhension (transparence) totale du réel, que vise la mathématisation du monde propre à l’informatique. Celle-ci s’est répandue parmi nous via le développement des interfaces numériques, qui tendent à devenir des médiateurs incontournables de toute activité humaine. Le design se trouve pris dans trois injonctions paradoxales, que cet article articule et s’efforce de dépasser.

The Design of Transparency
Rhetoric of Digital Interfaces
Historically, one of design’s objectives was to make the world intelligible by structuring the mediation of the visible. Such an operation of selection necessarily runs against a (transparent) understanding of the real, as fantasized by mathematical computation. Computation spread through digital interfaces which become unavoidable mediators of any form of human activity. As a consequence, design finds itself trapped between three double-binds, which this article attempts to investigate and overcome.

Logistique de la « dématérialisation »
La dimension immatérielle de notre réalité, grâce aux prothèses informatiques et médiatiques, est devenue de plus en plus étendue et puissante. Cet article suggère que la prétendue « dématérialisation » comporte le recel des conditions matérielles nécessaires à son propre essor. Il examine le rôle joué par la logistique dans ce processus de refoulement systématique de la jointure entre matériel et immatériel. Permettant que la marchandise puisse « apparaître » presque magiquement sur les rayons des magasins ou directement chez nous, et que les déchets puissent « disparaître » tout aussi magiquement, l’organisation logistique actuelle repose sur un mix unique de transparence et d’opacisation.

The Logistics of “Dematerialization”
The immaterial dimension of our reality, powered by our computational and medialized prostheses, is becoming ever wider and more powerful. This article suggests that the so-called “dematerialization” hides away the material conditions that are necessary to its dominance. It inquires into the role played by logistics in this systematic repression of the articulation between the material and the immaterial. By allowing commodities magically to “appear”, and trash no less magically to “disappear”, the logistical organization currently in place rests on a unique mix between transparency and opacity.

  « Ce qui est mesuré s’améliore. » Peter Drucker Une brève note biographique pour commencer : à l’été 2014, j’ai reçu un financement de recherche du gouvernement britannique pour réaliser un projet intitulé « Interroger le tableau de bord : données, indicateurs et prise de décision ». Le projet comprenait trois études de cas de « tableaux de bord », dont l’un […]

Le vampire et le propriétaire

Le vampire et le propriétaire
Le capitalisme n’est pas d’abord un vampire. Pour sucer le sang de ce qu’il exploite en tant que « force de travail », il doit tout d’abord s’être approprié non seulement cette force de travail, mais tout ce qui la rend possible, c’est-à-dire l’ensemble de ses conditions d’existence – tout ce qui permet sa « reproduction ». Cette appropriation est le lieu d’un combat, dont l’enjeu est le refus de la mise au travail généralisée, des humains et des non-humains, opérée par le capital. Un tel combat suppose une clarté sur ce que sont les points de métastabilité de la politique du capital, ou ce que l’on a longtemps appelé ses « contradictions objectives ». Mais il suppose aussi que la subjectivité qui connaît ces contradictions prenne sur elle, en quelque sorte, cette nécessité que l’ancien marxisme voulait trouver dans le mouvement de l’Histoire et dans le développement de ses contradictions. Il y a une contingence radicale des initiatives politiques, mais il y a bien une nécessité subjective à répondre à la disparition des conditions de vie sur la planète.

The Vampire and the Owner
Capitalism is not primarily a vampire. To suck the blood of what it exploits as “labor power”, it first must have appropriated not only that labor power, but also all that makes it possible, that is to say, all its conditions of existence—all that enables its “reproduction”. This appropriation is the site of a political struggle, the stake of which is the refusal of the generalized work of humans and non-humans, operated by capitalism. Such a struggle presupposes a clarity about the points of metastability of the politics of capital, or what has long been called its “objective contradictions”. But it also supposes that the subjectivity that knows these contradictions deals with the objective necessity that the old Marxism found in the movement of History and in the development of its contradictions. There is a radical contingency of political initiatives, but there is a subjective need to respond to the disappearance of living conditions on the planet.

Sous les pavés, le sillage
À travers quels langages, outils et pratiques pouvons-nous comprendre la destruction écologique et la violence racialisée en tant que processus unifié à l’œuvre dans la production du monde ? Comment pouvons-nous, à la fois, habiter et interrompre cette conjoncture catastrophique ? Qui sommes-nous pour cela, d’ailleurs ? Je m’inspire de la provocation de Christina Sharpe (2016) en faveur du « travail de sillage » pour étudier ces questions dans le contexte du monde océanique. En travaillant à travers différents genres et en puisant dans diverses sources, j’expérimente des thèmes de perte, de sensation, d’échelle, d’incertitude, de persistance et de temps, pour chercher un récit qui pourrait suggérer un avenir différent au milieu d’une catastrophe en cours.

Under the Cobblestones, the Wake
Through what languages, tools, and practices can we understand ecological destruction and racialized violence as one world-making process ? How can we both inhabit and interrupt this catastrophic conjuncture ? Who are “we”, anyway ? I take inspiration from Christina Sharpe’s (2016) provocation toward “wake work” to investigate these queries in the context of the oceanic world. Working across genre and draw from a range of sources, I experiment with themes of loss, sensation, scale, uncertainty, persistence, and time to seek a narrative that might suggest different futures in the midst of ongoing disaster.

  § 1 : Il faudrait faire l’histoire de notre inattention1. Elle montrerait qu’il existe des formes de vie qui sont incapables de se reconnaître comme des formes de vie. Car c’est cette incapacité qui fait dérailler la langue au point de la faire déraisonner. Une anthropologie de l’inattention est celle d’un mode d’existence qui en […]