Archives du mot-clé décoloniser

Politiser la jeunesse kanak
Au-delà d’une tradition calédonienne de boycott électoral, la jeunesse kanak délaisse un droit de vote chèrement acquis pour une sorte d’indifférence politique. Peut-on interpréter cette dépolitisation comme une rébellion, une fatigue démocratique face au recul permanent de la date du référendum ? Ou n’est-ce pas, plus fondamentalement, le signe de l’entrée de cette jeunesse dans la « modernité », mêlant individualité et rejet des tactiques politiciennes ? Quoi qu’il en soit, la reconquête citoyenne de cette frange de la population est, pour le mouvement indépendantiste, primordiale. Elle ne pourra se faire que par l’offre d’un projet de société et de perspectives crédibles d’insertion professionnelle ou de « reconnexion » à la terre.

Mobilizing the Kanak Youth
Beyond a tradition of electoral boycott, the Kanak youth looks away when voting time comes. Should this be interpreted as a form of rebellion, as democratic fatigue due to the constant pushing back of the date of the independence referendum, or as the sign of an entrance in “modernity”, in a mix of individualism and rejection of the politicians’ antics ? Reconquering this segment of the population is a crucial objective for the independentist movement. This can only be achieved by providing a credible project of society as well as new perspectives in terms of employment and “reconnection” to the land.

Un nouveau printemps pour l’écoféminisme ?
Convergence des luttes ! Ce mot d’ordre résonne de plus en plus fort chez les résistants au « système ». Mais pourquoi l’écoféminisme, qui justement travaille depuis quarante ans à cette convergence en déployant expériences militantes et renouvellements théoriques, reste-t-il si méconnu ? Cette introduction tente de clarifier les atouts de ce mouvement multiforme tout en exposant les critiques qui lui ont été adressées ; elle suggère aussi quelques pistes pour une possible évolution future.

A New Spring
for Ecofeminism?
A convergence of struggles! This demand resonates with increasing strength among those who resist the “system”. Why then doesn’t ecofeminism, which has attempted to materialize this convergence through activist experiences and theoretical breakthroughs over the last forty years, meet a wider public? This introduction tries to showcase the strengths of this multifarious movement, as well as the criticisms it has had to face. A few possibilities for further evolutions are discussed along the way.

« Écoféminisme, art, animaux »

« Écoféminisme, art, animaux »1 « Partout triomphe un appel général à la sensibilité, la douceur, la vertu, la philanthropie, valeurs données culturellement comme le fief d’Anima, la civilisatrice du mâle, destructeur et inquisiteur Animus. » — Françoise d’Eaubonne « Histoire de l’art et lutte des sexes », 1978 À l’aune des révolutions féministes, de l’avènement dans le monde moderne […]

Un discours, qui monte depuis plus d’une décennie, se répand aujourd’hui au nom du peuple, de ses sentiments et de ses émotions qui seraient par définition légitimes. Le populisme aurait un fond de vérité parce que le peuple serait majoritaire. Ce discours est porté par des « intellectuels » à l’aura médiatique importante. Une des caractéristiques de […]

Événement majeur, tournant, génération « Bataclan », état d’urgence interne, état de guerre extérieure ? Les mots et réactions se bousculent pour qualifier la soirée du 13 novembre et ses suites. Mais le consensus assez « naturel » sur l’état d’urgence après de tels actes de terreur ne cache ni ne doit masquer les arrières pensées en tout genre. D’autant […]

Usurper le nom du peuple

Un nouveau discours politique prétend restaurer le peuple dans sa dignité en s’attaquant aux ti-mides réformes multiculturalistes de ces dernières années. Une nouvelle séparation sociale est revendiquée en termes ethnoculturels, notamment dans le domaine scolaire, pour faire réapparaître les distances sociales qui ne peuvent plus être parlées en termes de classes.

Usurping the Name of the People

A new trend in political discourse attempts to restore the people’s dignity by attacking the fragile multiculturalist reforms that emerged over the past few years. A new social division is advocated in an ethnocultural vocabulary, in particular in reference to schools, in order to reassert social distances that can no longer be addressed in terms of class.

Pourquoi une République dite « laïque » réduit-elle systématiquement des citoyens à leur appartenance « religieuse » supposée ? Pourquoi des inégalités sociales, concrètes et matérielles, prennent-elles la forme de conflits « religieux » au moment où l’on crie « laïcité » sur tous les toits ? « Décoloniser la laïcité » est une hypothèse de réponse collective à ces questions. Elle suggère que ce sont des […]

L’énergie radicale de Touki Bouki


Le film Mille soleils de la cinéaste Mati Diop (Grand prix du FID de Marseille 2013) nous convie aujourd’hui à revoir le film de Djibril Diop Mambety, son premier long-métrage, Touki Bouki, le voyage de la hyène, considéré comme un classique du cinéma après avoir reçu le prix de la critique internationale du festival de Cannes en 1973. Par ses caractéristiques formelles très audacieuses et par les thèmes toujours actuels qu’il traite, ce film continue à nous questionner : que nous dit-il sur l’histoire du cinéma depuis lors ? De quelles manières Mati Diop le convoque-t-elle ? Comment dialogue-t-il avec le Sénégal contemporain ? Mais également avec les relations France-Afrique ? Ou avec l’Occident ?

The Radical Energy of Touki Bouki

Mati Diop’s recent film Mille Soleils (2013) invites us to revisit Djibril Diop Mambety’s classical but still avant-gardist movie Touki Bouki («The Hyena’s Travel »), which received the International Critics’Award at Cannes in 1973. Its audacious formal choices as well as its socio-political themes continue to question us : what does it tell us about the evolution of cinema after 1973 ? About today’s Senegal ? About the relations between France and Africa ? About the West ?

Ci-gît l’État
Alors qu’avant Fukushima les mouvements japonais naissants s’affirmaient soucieux de définir de nouveaux modes de vie, de nouvelles communautés, depuis Fukushima le constat de l’incapacité de l’État à protéger la population fait germer un désir de soulèvement. Cependant les manifestations sont récupérées par les vedettes médiatiques, et les organisations mafieuses s’occupent de recruter et contrôler les « liquidateurs ». L’austérité produite tant par la crise économique que par la fermeture de nombreuses centrales nucléaires présage d’un avenir « sombre ». Thierry Ribault a réalisé la plupart des interviews qui suivent.

May the State Rest In Peace
Even before Fukushima, Japanese movements defined new lifestyles and new communities. After Fukushima, the inability of the State to protect the population turned into a desire for revolt. However, the events are recuperated by stars and mafia organizations involved in recruiting and controlling the “liquidators”. The austerity produced both by the economic crisis and by the closure of many nuclear power plants forecasts a dark future. Thierry Ribault realized most of the interviews that follow.

Dans cet article, l’auteur souligne les contradictions qui frappent la lutte et la place des peuples autochtones au sein du droit mondial. Irène Bellier pointe la violence des projets néo-libéraux tant des Etats que de l’organisation mondiale qui continuent à se référer à des schémas typiquement occidentaux.

Indigenous Peoples and the Global Crisis

In this article, the author points out the contradictions affecting the fight and the place of indigenous peoples within the frame of international law. Irène Bellier points out the violence of neoliberal projects supported by States and the world organization that still refer to typical schemes of the Occident.

« L’art est tout ce qui mobilise et agite. L’art est ce qui nie ce mode de vie et qui dit : faisons ce quelque chose pour le changer. » (1) En Amérique latine, « art-action » est une expression communément admise pour parler de la performance. Depuis les années 1960, cet art de résistance […]

Depuis presque vingt ans déjà, un art militant, politique et contre-culturel sévit et retrouve quelques galons de l’insolence révolutionnaire défaite par le backlash des années 1980. L’art post-gay débarque, la multitude queer prend les armes, le cinéma s’insurge. Tributaires du déni accordé d’ordinaire aux cinémas et arts politiques quant à leur potentiel d’invention formelle et […]

Malgré la décolonisation formelle, une colonialité globale perdure sous des formes multiples et imbriquées : les dominations fondées sur le genre, la race, les pratiques sexuelles, la langue, la spiritualité, etc. La décolonisation du monde appelle une politique nouvelle, qui, au-delà des affirmations identitaires (cultural studies) et des relations de travail (marxisme), donne toute leur […]

Objectif décroissance

La Décroissance pour tous de Nicolas Ridoux, éditions Parangon. Le pari de la décroissance de Serge Latouche, Fayard.Depuis quelques années, l’idée de «décroissance» fait modestement so chemin. Une revue bimestrielle (la Décroissance), caustique et provocante, inspirée de feu la Gueule ouverte, lui est consacrée depuis bientôt trois ans. Et, désormais, une revue d’études politiques (Entropia) […]

Pourquoi consacrer à la fois la Majeure et la Mineure de ce vingt-sixième numéro de Multitudes à la question du postcolonial et de l’Empire ? La revue s’est fait largement écho d’Empire et de Multitude, ces deux ouvrages de Hardt et Negri, qui proposent un renouvellement profond de l’analyse du pouvoir, de l’État, de la mondialisation […]

La décolonisation de la France n’est pas terminée. N’ayant rien vu (re)venir, elle se prend aujourd’hui le boomerang de plein fouet. Isolement linguistique, postcolonial studies en jachère, surdité envers les garçons comme les filles de banlieue (émeutes, voile) : les mots font défaut aux institutions. Prises de court, elles surenchérissent en matière de distorsions médiatiques […]

La France et l’Afrique : décoloniser sans s’auto-décoloniser

Cet article est paru dans le journal camerounais Le Messager, le 27 septembre 2005.Aujourd’hui, la tentation chez beaucoup, en France, est de ré-écrire l’histoire de la colonisation en faisant une histoire de la “ pacification ”, de la “ mise en valeur de territoires vacants et sans maîtres ”, de la “ diffusion de l’enseignement […]

Le concept de système-monde-moderne de Wallerstein apparaît encore eurocentrique face à celui de Quijano de « colonialité du pouvoir » ou celui de Dussel de « transmodernité ». Il ne s’agit pas seulement en effet de montrer que l’Europe a colonisé le monde pour l’exploiter et le dominer mais de faire prendre conscience de la véritable méconnaissance organisée par […]

S’appuyant sur une critique de l’énonciation narrative par un sujet-acteur Jean-Christophe Royoux voit la singularité du travail esthétique de Pierre Huyghe dans une nouvelle modalité du récit où il n’y a plus qu’un anti-acteur qui interpelle des spectateurs-travailleurs du temps libre et produit par recopie une multiplicité d’interprétations possibles. Les travailleurs du temps libre au […]