Archives du mot-clé domination

Formes de vie, milieux de vie
La forme-occupation
Les occupations actuelles, comme celle des universités, des bocages de Notre-Dame-des Landes ou des forêts de Bure sont exemplaires de la recherche d’une politique d’autonomie appuyée sur des formes de vie encourageant la cohérence entre mode de vie, pensée et activité pratique. Une occupation est le fait d’ouvrir une brèche dans le temps et l’espace en explorant des formes variées de vie qui se soustraient de la réalité sociale et du système marchand. L’article expose plusieurs des formes de vie conciliant monde sensible et puissance d’agir, à l’œuvre par exemple dans les ZAD.

Forms of life
Living environments
Occupation of places
Squats and current occupations, such as Notre-Dame-des-Landes or Bure (France), high point of contestations are seeking for a politic of autonomy, supported by “forms of life” encouraging the coherence between way of living and thinking and practical activity. What we call form-occupation is opening a gap in time and space by exploring various forms of life that are escaping from social reality and from the capitalist system. The article exposes many of these forms of life in the Zones to be defended (Zad) that reconcile the sensible world and the power of acting.

La question démocratique
Politique et forme de vie
Si le système de gouvernement représentatif a perdu une grande part de sa légitimité, c’est que les personnes qui font l’expérience des manières ordinaires d’exercer les droits et devoirs attachés à leur statut de citoyen ont développé une conception du politique qui leur permet de porter des jugements sur l’action des pouvoirs publics, de contester la façon dont ceux-ci assurent le bien commun, et de revendiquer de nouveaux droits. Au lieu de considérer la disparition du consentement aveugle des gouvernés comme une preuve d’infantilisme ou d’irrationalité, il faut y voir l’extension de la vigilance des citoyen.ne.s à l’égard de ceux et celles qui les représentent. Cette vigilance tient sa légitimité de l’idée de démocratie comme forme de vie. La question démocratique, telle qu’elle se pose aujourd’hui, est celle de la reconnaissance de la capacité politique pleine et entière des citoyen.ne.s, à laquelle la pensée de l’antidémocratie s’oppose de façon obstinée. C’est à cette pensée qu’il faut donc renoncer.

The democratic question
Politics and life form
If the system of representative
government has lost much of its
legitimacy, it is because people who experience ordinary ways of exercising the rights and duties attached to their citizenship have developed a conception of politics that makes it possible to make judgements about the action of public authorities, to dispute the way in which they insure the common good and to claim new rights. Instead of considering the disappearance of the blind consent of the governed as a proof of infantilism or irrationality, it must be seen as an extension of the vigilance of citizens towards those who represent them. This vigilance derives its legitimacy from the idea of democracy as a form of life. The democratic question, as it is posed today, is that of the recognition of the full political capacity of the citizens, to which anti democracy thinking stubbornly opposes. It is to this thought that we must renounce.

Habiter le travail
La forme
de vie coopérative
Dans une Scop, les capacités d’agir des coopérateurs ne se trouvent pas uniquement dans des formes de résistance aux normes dont les défaillances ont tendance à les écarter de fait comme alternative valable, mais également dans « les multiples façons d’habiter les normes ». Le concept d’« habiter », renvoyant davantage aux pratiques et aux discours plutôt qu’aux règles et aux valeurs, permet d’ouvrir le champ d’interprétation de la dimension participative de la Scop. Cette approche conduit à réactualiser le projet démocratique de la Scop, en dessinant les contours d’une expérience de vie participative au travail qui s’inscrit dans l’idée de démocratie comme forme de vie.

Inhabiting the work
Cooperative life form
In a Scop, the capacity of the cooperators to act is not only in forms of resistance to norms whose failures tend to dismiss them as a valid alternative, but also in “the many ways of inhabiting the norms”. The concept of “inhabiting”, referring more to practices ans discourses than to rules and values, opens a field to interpret the participative dimension of the Scop, by drawing the contours of an experience of participative life at work, which is part of the idea of democracy as a form of life.

Faire advenir des vies possibles
Toute vie, aussi pauvre et vulnérable soit-elle, est inséparable de l’invention de formes-de-vie. Les formes-de-vie sont des objets ambigus. D’une part, leur mode d’existence est à la fois le possible et l’actuel, le commun et le singulier. D’autre part, l’ambiguïté des formes-de-vie est politique. Le possible en lui-même est un potentiel de liberté, mais il est aussi l’instrument d’un nouveau régime de pouvoir, que cet article caractérise comme un « dynato-pouvoir », algorithmique et digital. Le mouvement #MeToo sert ici de cas d’espèce pour penser l’ambiguïté du possible. L’invention de la « vie extime » exige de prolonger l’histoire politique de la vérité écrite par Foucault.

Possible Becomings
Every life, as miserable and vulnerable it may be, is inseparable from the invention of forms-of-life. Forms-of-life are ambiguous objects. First, their mode of being is both the possible and the actual, the common and the singular. Second, the ambiguity of the forms-of-life is political. The possible in itself can be a potential for freedom, but it can also be instrumentalized by a new regime of power, which this article characterizes as an algorithmic and digital “dynato-power”. The #MeToo movement serves as a remarkable case of this ambiguity of the possible. The invention of “extimity” requires to extend the political history of truth which has been sketched by Foucault.

L’avenir de la crypto-finance
Le pouvoir de la finance ne se limite pas à lever des fonds ou gagner de l’argent. Il constitue aussi une invitation à risquer et à spéculer collectivement pour ouvrir de nouvelles possibilités d’agencement collectif. Pour la majorité d’entre nous, la finance est une pratique prédatrice et extractive, qui prend plus qu’elle ne donne. Mais qu’en serait-il d’une finance fondée sur une logique non pas de la capture et de la prise, mais de l’offre et du don ? Un geste rituel d’offrande – la création d’un intervalle de temps selon la forme dérivée du don – qui initie de nouveaux espaces économiques ?

Economic Space Agency and the Space platform
The power of finance in our hands doesn’t need to be just about raising funds or making money. It can be an invitation to risk and speculate together to open up new possibilities and modes of coming together. For most of us, finance is a predatory and extractive practice that takes more than it gives. But what if at the heart of finance we found a logic of active offering? A ritual offering gesture–the creation of a time interval in the derivative form of a gift –that both opens up and holds open new economic spaces?

Raviver un souffle post-capitaliste
Après tant d’annonces de la fin prochaine, de l’effondrement ou du dépassement du capitalisme, comment et pourquoi y croire encore ? Peut-être convient-il de regarder ailleurs que là où l’on se tourne habituellement. Non pas seulement du côté de ses « ennemis », qui résistent bruyamment contre lui, mais tout autant en direction de cela même qui paraît aujourd’hui annoncer son triomphe : le numérique, l’information, l’automation, les métamorphoses du capital et l’hétérogénéité de ce qu’il rassemble. Les alternatives grouillent peut-être déjà sous l’apparence trompeuse d’une victoire de surface.

Reopening a Post-Capitalist Horizon
Once Again?
After so many announcements about the forthcoming end, collapse or overcoming of capitalism, how and why should anyone still put any faith in such perspectives? We may want to look somewhere else than in the usual direction. Not only towards the traditional “enemies” of capitalism, who loudly protest against it, but just as much towards the very things which appear to showcase its triumph: digital technologies, information, automation, metamorphoses of capital and the very heterogeneity of what it assembles. Alternatives are already brewing under a deceptive surface of victory.

Et si ce n’était même plus du capitalisme, mais quelque chose d’encore bien pire ?
Le capital a pensé trouver le moyen d’esquiver la confrontation avec les travailleurs en se fiant au vecteur d’information. La mondialisation, la désindustrialisation et la sous-traitance permettraient de s’affranchir du pouvoir dont disposaient les travailleurs pour bloquer les flux de la production. Il est temps, toutefois, de se demander si ce qui est apparu en plus et au-dessus du mode de production capitaliste ne serait pas quelque chose de qualitativement différent, qui se trouve en train de générer de nouvelles formes de domination de classe, de nouvelles formes d’extraction de plus-value, voire même de nouveaux types de formation de classe. De même que le capital a dominé la propriété foncière, subsumant son contrôle sur la terre dans une forme de propriété plus abstraite et fongible, de même la classe vectorialiste a subsumé et débordé le capital en s’appuyant sur une forme plus abstraite de valorisation.

What if this is not even capitalism any more, but something  worse?
Capital thought it found it by escaping from labor along the information vector. Globalization, deindustrialization, and outsourcing would enable it to be free from the power of labor to block the flows of production. We should now ask whether what has emerged, in addition to and on top of a capitalist mode of production, is something qualitatively different, but which generates new forms of class domination, new forms of the extraction of surplus, even new kinds of class formation. Just as capital came to dominate landed property, subsuming its control over land in a more abstract and fungible property form, so too the vectoralist class has subsumed and outflanked capital in a more abstract form.

L’appropriation du capital fixe : une  métaphore ?
L’auteur revisite ici son intuition de base, qui renverse l’axiome central soumettant le travailleur au capitaliste du fait de la propriété exclusive dont bénéficie celui-ci sur les moyens de production (le capital fixe, l’usine, les machines). En parlant de « réappropriation du capital fixe » par le travailleur de l’âge des réseaux numériques, il précise ici qu’il ne s’agit pas d’une simple métaphore, mais bien d’un axiome véritablement transformateur de nos horizons socio-politiques.

The Appropriation of Fixed Capital: a  Metaphor?
The author revisits his basic intuition, which turns the central axiom of capitalism on its head: while, in the industrial mode of production, the worker used to be subjected to the capital-owner who held exclusive property of the means of production (the factory), cognitive capitalism has to face a new situation, wherein fixed capital takes the form the worker’s capacity, located in the worker’s body and mind. “Reappropriation” is not to be understood as a mere metaphor, but rather as an axiom of socio-political transformations.

L’hétérarchie de l’intellect général
Cet article élabore le problème de la structure de l’Intellect Général, dont la théorie se développe dans le mouvement intellectuel post-opéraiste. Synonyme de la capacité cognitive de la société, qui peut soit ouvrir la voie d’une libération, soit être exploité par le capitalisme, l’Intellect Général est à la fois une capacité de la société à analyser, à poser des objectifs et à produire, et un corps virtuel composé topologiquement par les connexions sociales entre « la multitude de singularités corporelles ». Ici l’Intellect Général est analysé comme une propriété de cette structure de connexion sociale, nommée comme l’hétérarchie. L’hétérarchie est un ensemble, dont les différentes parties se lient comme autant d’ensembles singuliers et contribuent à ses changements, sans pouvoir être réduites à un système de valeurs unique, transitif et cohérent. L’argument principal de cet article est que, si l’Intellect Général peut dénoter la capacité auto-organisationnelle de la société, il est impossible de l’identifier avec une organisation institutionnelle unique ou avec un régime politique cohérent et englobant.

The Heterarchy of the General Intellect
This paper explores the problem of the structure of General Intellect. Given as a synonym of the cognitive capacity of a society, a capacity which may either provide liberation from capitalism or be exploited by the capitalistic organisation of society, General Intellect is analyzed as a property of a social connection structure, named here as heterarchy. As a connection structure, heterarchy forms different kinds of singularities: aggregations made by statistical repetitions of relations and individual egos making values through their goal setting and other intellectual activity. The main argument of the article is that, though to some extent General Intellect may denote capacity for the self-organization of society, it is nevertheless difficult to identify it with only one particular institutional organisation or political regime. General Intellect appears in any type of social structuring through self-organizing processes.

Le travail des lignes

Le travail des lignes
Cet article est à la fois l’aboutissement de quelques lignes de réflexion sur la mondialisation et l’ébauche encore précaire d’un projet plus ambitieux de recherche sur le travail des lignes. La question centrale est celle du travail des lignes. Dans une première partie on discute les lignes mobilisées par Carl Schmitt pour saisir le nomos de la terre. À partir des lignes du souverain, on déplace l’attention sur les lignes non étatiques dessinées par la liberté des mers et la liberté des commerces maritimes. Cela nous amène aux lignes mouvantes de déterritorialisation et de reterritorialisation pour appréhender le nomos obscur qui perce toute sorte de murs, un désert qui se propage à l’intérieur du nomos dominant. Pour terminer, on revient sur les dynamiques de la globalisation pour mettre en son centre non plus les océans d’eaux, mais le novissimo nomos de la terre déterritorialisée qui gouverne les océans d’argent. Les lignes de ce novissimo nomos se dessinent entre l’émergence incontournable de la Chine et le rythme des algorithmes.

The labour of lines
This article is both the culmination of some lines of reflection on globalization and the still precarious draft of a more ambitious project of research on the labour of the lines. The central question is that of the labour of the lines. In a first part we discuss the lines mobilized by Carl Schmitt to seize the nomos of the earth. From the lines of the sovereign, attention is shifted to the non-state lines drawn by the freedom of the seas and the freedom of the maritime trades. This brings us to the moving lines of deterritorialization and reterritorialization to apprehend the obscure nomos that pierces all kinds of walls, a desert that spreads within the dominant nomos. Finally, we return to the dynamics of globalization to put in its center no longer the oceans of waters but the novissimo nomos of the deterritorialized land which governs the oceans of money. The lines of this novissimo nomos are drawn between the inevitable emergence of China and the rythm of the algorithms.

L’État et le coutumier au nord du Mozambique
Rémanences
Cet article décrit la nouvelle articulation entre l’appareil d’État et le domaine du « coutumier » dans le nord du Mozambique à partir de deux événements concomitants : un rituel funéraire en l’honneur d’un ancien chef et un rallie électoral du FRELIMO. La reconnaissance de la chefferie et du coutumier par l’État, demandée par les donateurs internationaux, met fin à des décades d’exclusion des autorités indigènes. Pourtant celles-ci demeurent, et leur ascendant local sur les populations semble pouvoir être mis au service de l’État, malgré leur compromission dans les violences passées.
The State and the Customary in North Mozambique
Remanence
This essay presents a history of articulations between the state apparatus and the realm of the “customary” in northern Mozambique, throughout periods of colonial rule, socialism, civil war, and postcolonial democratic regimes. The analysis pivots around the ethnographic study of magico-religious rituals combined with postsocialist political rallies. In Mozambique, current recognition of chieftaincy and the “customary” by the state, supported by international donors, reverses decades of postcolonial ban on indigenous authority and practice. This peculiar case presents a paradigmatic perspective on the complex trajectory of indigeneity in postcolonial Africa, where local autochthonous structures and identities are entangled within a history of colonial violence, political oppression, and recent harsh conflict.

Précarité africaine
Pour une généalogie et une critique
La norme du travail salarié à plein temps n’a jamais réussi à s’imposer en Afrique, pas plus que l’éthique du consumérisme fondée sur l’épargne à long terme. Elle sert pourtant de référence aux projections économiques des leaders nationalistes et aux gouvernements postcoloniaux, ainsi qu’aux politiques d’ajustement structurel de la Banque Mondiale. Il en résulte un maintien des modalités d’exploitation coloniale et une incapacité à proposer une vision de l’économie originale, fondée sur les réalités du continent. La précarité représente de ce point de vue une modalité de résistance, une fuite potentiellement émancipatrice. Cependant, la récente théorisation de la précarité en Europe échoue à proposer un modèle alternatif parce qu’elle s’ancre dans l’impératif du travail. Seuls les discours religieux autorisent d’autres représentations et ils sont dès lors largement mobilisés en Afrique.

African Precariousness
For a Genealogy and a Critique
The norm of full-time wage labor never imposed itself on Africa, nor did a consumer esthics based on long-term savings. It remains nevertheless as the main reference within economic projections of African political leaders, postcolonial governments and structural adjustment policies promoted by the World Bank. The result is a continuation of colonial modes of exploitation and an incapacity to envisage a vision of economics truthful to African realities. Precariousness can thus be seen as a mode of resistance, a potentially emancipatory line of flight. However, the European theorizations of precariousness fail to propose a truly alternative model, since they hang on to the imperative of wage labor. Only religious discourses foster alternative representations, and they are massively mobilized in Africa.

  Dans l’histoire des idées, toute entreprise intellectuelle ou artistique se trouve confrontée à deux adversaires farouches : le dogmatisme et l’ignorance. L’un se nourrissant de l’autre, quand ils ne sont pas attisés par la paresse. Il en va de même lorsque, voulant rompre avec une vision linéaire et orthodoxe – voire canonique – de l’histoire de l’art, […]

L’avenir est un champ de bataille
Réflexion sur une forme spécifique de conflictualité sociale
Cette contribution, à l’interface de la sociologie et de la philosophie politique, s’interroge sur le type de conflictualité sociale dont le temps, et plus particulièrement l’imagination du futur, peut être l’opérateur. Nous vivons, en effet, à une époque de remise en cause radicale, dans l’ordre de la pensée et de la pratique conflictuelle, du slogan tant philosophique que politique TINA (There Is No Alternative). Or une telle remise en cause, dont Nuit debout est une manifestation organique, en ce qu’il a conduit des milliers de citoyens ordinaires à s’interroger sur le type de futur démocratique dont ils voulaient être les acteurs, a sa propre histoire. Cet article en ponctue quelques jalons, entre la philosophie (Bloch, Benjamin) et la sociologie (Elias), en montrant en quoi cette archéologie du « possible » permet de comprendre les usages contestataires du temps qui ont vu le jour sur la Place de la République entre avril et juillet 2016.

The Future is a Battlefield
Reflection on a Specific Form of Conflictuality
This contribution, at the interface of sociology and political philosophy, questions the type of social conflictuality revolving around time, and more particularly around the imagination of the future. We live, indeed, in a age of radical questioning of the philosophical and political slogan “There is no alternative”. But such a questioning – of which Nuit debout was an organic manifestation, inofar as it led thousands of ordinary citizens to put into question the type of democratic future of which they wanted to be the actors – has its own history. This article revisits some milestones of this history, between philosophy (Bloch, Benjamin) and sociology (Elias), showing how this archeology of the “possible” helps to understand the contesting uses of time that have come to light on the Place de la République between April and July 2016.

Économie & discordance des temps
La transition post-socialiste en Europe centrale & orientale
La transformation post-socialiste en Europe centrale et orientale au cours des années 1990 et 2000 a été l’enjeu d’une lutte des temps, qui recoupe sans s’y limiter les clivages théoriques en sciences économiques. Cet article présente les deux conceptions du temps et du changement de système qui ont eu des conséquences très concrètes pour les populations de ces pays à travers les programmes de réforme adoptés. Il souligne les limites de l’idéologie économique dominante et appelle à ne pas négliger la dimension institutionnelle des phénomènes économiques et la mémoire des compromis passés qu’elle représente.

The Economy and the Disjunctions of Time
The Post-Socialist Transition in Central and Eastern Europe
The post-socialist transformation in Central and Eastern Europe in the 1990s and the 2000s revealed two opposite visions of time that mirror the main theoretical divides in economics. This article presents these conflicting views of time and the system change which have entailed very practical consequences for the populations in these countries through the adopted reform programs. It emphasizes the limits of the mainstream ideology in economics and calls for an analysis that takes explicitly into consideration the institutional dimension of economic phenomena which embodies the memory of past compromises.

Des couvre-feux, des barrages routiers, des points de contrôle sur les autoroutes menant à Al Hoceima au nord-est du Maroc, des quartiers entourés de camions militaires, la police qui s’en prend physiquement aux manifestants, des arrestations massives, des militants enlevés dans les rues : depuis le 26 mai – le premier jour du Ramadan – la ville d’Al […]

Le débat sur le « moral bioenhancement » entre dressage & perfectionnement
Les discours et pratiques relevant de l’augmentation de notre volonté morale (moral enhancement) par voie médicamenteuse illustrent un cas où la volonté de réussir pousse la volonté à reconnaître ses limites physiologiques. Dès lors que nos choix résultent, entre autres choses, de certains taux de neurotransmetteurs dans nos cerveaux, l’absorption de certaines substances chimiques peut nous aider à « mieux vouloir », c’est-à-dire à choisir ce que nous ne choisissons pas spontanément, mais que nous devrions vouloir choisir, si notre désir (subjectif) pouvait s’aligner sur notre intérêt (objectif). Cette morale médicamentée prétend court-circuiter notre volonté spontanée pour imposer cet alignement par la force irrésistible de la chimie.

The Debate on Moral Bioenhancement between Taming and Perfectionism
The recourse to medication in order to enhance our moral will is displays an exemplary case wherein our will to succeed drives our will to face its physiological limits. Insofar as our choices result, among other factors, from the relative rates of neurotransmitters present in our brain, absorbing certain chemical substances can help us to “improve our will”, i.e., to choose what we would not spontaneously choose, but that we ought to choose if our (subjective) desire could align itself with our (objective) interest. This pharmaceutical brand of moralizing intends to short-circuit our spontaneous will in order to impose such an alignment through the irresistible force of chemistry.

Prendre la mesure du renoncement négocié
L’injonction numérique conduit à un renoncement au cœur duquel des négociations se déploient. La dialectique du renoncement négocié ouvre sur une recherche critique sur les usages numériques visant à cerner les enjeux des stratégies de l’ordre informationnel et communicationnel.

The Stakes of Negotiated Renunciation
The dialectic of negotiated renunciation opens to a critical research on digital uses, under injunction, aimed to identify the stakes of the strategies of the informational and communicational order.

L’écoféminisme ou comment faire de la politique autrement
Né de la rencontre entre aspirations féministes et luttes écologiques, liant la critique de la domination de la nature et celle de la domination des femmes, refusant de séparer production et reproduction (biologique et sociale), l’écoféminisme se développe en une diversité de mouvements, aux États-Unis, mais également dans différents pays du Sud, qui ont en commun de ne pas mettre la politique au service de la nature, mais de faire de la nature, vue comme une communauté de vie, une politique nouvelle.

Ecofeminism or How to do Politics Differently
Ecofeminism resulted from the encounter between feminist aspirations and ecological struggles, tying together a critique of domination upon nature and upon women, refusing to separate production from reproduction (biological and social). It has developed into a rich diversity of movements, in the USA but also in various countries from the South. These movements share a common refusal to put politics in the service of nature, as well as a common attempt to find in nature, considered as a community of life, the source of a new politics.

Un nouveau printemps pour l’écoféminisme ?
Convergence des luttes ! Ce mot d’ordre résonne de plus en plus fort chez les résistants au « système ». Mais pourquoi l’écoféminisme, qui justement travaille depuis quarante ans à cette convergence en déployant expériences militantes et renouvellements théoriques, reste-t-il si méconnu ? Cette introduction tente de clarifier les atouts de ce mouvement multiforme tout en exposant les critiques qui lui ont été adressées ; elle suggère aussi quelques pistes pour une possible évolution future.

A New Spring
for Ecofeminism?
A convergence of struggles! This demand resonates with increasing strength among those who resist the “system”. Why then doesn’t ecofeminism, which has attempted to materialize this convergence through activist experiences and theoretical breakthroughs over the last forty years, meet a wider public? This introduction tries to showcase the strengths of this multifarious movement, as well as the criticisms it has had to face. A few possibilities for further evolutions are discussed along the way.

La théâtralisation d’une lutte « écoféministe »
Cet article d’anthropologie propose de premières pistes pour penser l’écoféminisme en lien avec le champ d’études théâtrales, et notamment la tension entre performance et représentativité. Il se base sur un mouvement paysan, qui lutte contre la construction d’une usine de ciment, et qui s’est fait connaître pour le rôle qu’y jouent les femmes par le biais d’actions théâtralisées qui font les liens entre leurs corps et la nature. Nous interrogeons dans quelle mesure l’écoféminisme agit comme une nouvelle norme globale permettant d’intégrer une lutte au système de représentativité dominant.

Dramatization of an Ecofeminist Struggle
This anthropological study sketches an attempt to think ecofeminism in light of drama studies, namely through the tension between performance and representation. It analyzes a peasant movement of, which fights against the construction of a cement factory, a struggle famous for the prominent role played by women through the use of drama to foster the connections between their body and nature. The article questions the possibility for ecofeminism to provide a new global norm allowing to integrate a struggle into the dominant system of representation.

Portrait d’une écoféministe dans les Cévennes
Mon écoféminisme est directement enraciné dans mon style de vie expérimental, il évolue, s’affine et se radicalise au gré de mes expériences de femme, de ma réflexion, et par l’immersion constante en forêt où j’habite. Je partage ce vécu en offrant des séjours sur mon éco-lieu à des femmes en quête d’authenticité, j’organise des rencontres entre sœurs hors système, au plus près des besoins essentiels. Mon écoféminisme est donc plus un esprit qu’une pensée ou une idéologie, plus une pratique qu’une revendication.

Being an Ecofeminist in France
My ecofeminism is directly rooted in my experimental lifestyle, it evolves, refines and radicalizes itself along the way of my experiences as a woman, of my reflection and of my constant immersion in the forest in which I live. I share this experience by welcoming in my eco-place women in search of authenticity, I organize encounters between sisters, remaining as close as possible to our essential basic needs. My ecofeminism is therefore more a spirit than a thought or an ideology, more a practice than a claim.

Pour un écoféminisme de l’égalité

Pour un écoféminisme de l’égalité
Dans cet article, on propose un écoféminisme non essentialiste qui relève d’une réflexion éthique et politique sur les rapports de l’être humain à la Nature. Orienté vers l’écojustice et la durabilité, cet écoféminisme critique se caractérise par la défense des principes d’égalité et d’autonomie, le dialogue interculturel, une acceptation de la science et de la technique limitée par le principe de précaution ainsi que l’universalisation de l’éthique de la sollicitude.

For an Ecofeminism of Equality
This article describes a non-essentialist form of ecofeminism which questions ethically and politically the relations between mankind and nature. Geared towards ecojustice and sustainability, this ecofeminist critique stresses principles of equality and autonomy, of intercultural dialogue, of an acceptation of technoscience limited by the precautionary principle, and by the universalization of an ethics of care.

Sensibilités climatiques entre mouvances écoféministes et queer
Cet article explore quelques liens et frictions qui existent entre deux mouvements et courants de pensée qui sont d’abord des expériences militantes, des vécus, des rencontres. Il retrace quelques lieux de connexion et de divergence des pratiques activistes et identités queer vis-à-vis de l’écoféminisme. Dialogue et récits entremêlés espèrent faire sentir différemment la manière dont ces liens s’articulent à la fois dans les pratiques de résistance et dans les ressentis militants quotidiens.

Convergence between Feminist and Queer Movements in Mobilizations on Climate Issues
This article explores a few links and points of friction between movements which are first and foremost activist experiences, lived moments and encounters. Connections and divergences between queer practices and ecofeminism are investigated through a dialogue and narrations that help us feel how such links articulate practices of resistance with daily activist experiences.

Solidarité versus identification
Le débat entre écoféminisme et deep ecology
Le débat entre l’écologie profonde et l’écoféminisme définit une constante dans le développement de ces deux courants de pensée. En resserrant notre attention autour des deux figures centrales de chacun de ces courants que furent Arne Naess et Val Plumwood, nous souhaiterions montrer que la proposition clé qu’avance cette dernière d’une solidarité politique avec la nature demande pour être comprise d’être située en relation polémique avec la thèse d’une identification entre humains et non humains défendue par le théoricien de la deep ecology.

Solidarity vs. Identification
The Debate between Ecofeminism and Deep Ecology
The debate between deep ecology and ecofeminism revolves around a constant feature of both currents of thought. By focusing attention on a central figure of each movement—Arne Naess and Val Plumwood—this article attempts to show that the key proposition elaborated by the latter, that of a political solidarity with nature, can only be understood in polemical relation with the thesis of an identification between humans and non-humans, as defended by the theorist of deep ecology.

Les Sorcières
sont de retour
Dans cet entretien, Xavière Gauthier, fondatrice de la revue Sorcières, revient avec sa sœur Danièle Carrer sur l’histoire méconnue de l’écoféminisme français des années 1980. Autour de cette revue, consacrée à la création littéraire et artistique des femmes, gravitaient plusieurs autrices engagées pour l’écologie et contre le nucléaire. Xavière Gauthier explique ici comment elles reliaient féminisme et écologie, domination des femmes et domination de la nature, objets d’une seule et même répression, celle de l’hyper-capitalisme, qui va jusqu’à désirer s’approprier le vivant. Nulle notion de magie ici, mais une mise en cause radicale des rapports de reproduction et de production.

The Witches Are Back
In this conversation, Xavière Gauthier, founder of the periodical Sorcières, discusses with her sister Danièle Carrer the neglected history of French ecofeminism in the 1980s. This periodical, dedicated to literary and artistic creation by women, gathered many women writers involved in ecological and anti-nuclear struggles. They tied together feminism and ecology, domination of women and domination of nature, all repressed by hyper-capitalism and its desire to appropriate life itself. No magic here, only a radical questioning of the relations of production and reproduction.

Un discours, qui monte depuis plus d’une décennie, se répand aujourd’hui au nom du peuple, de ses sentiments et de ses émotions qui seraient par définition légitimes. Le populisme aurait un fond de vérité parce que le peuple serait majoritaire. Ce discours est porté par des « intellectuels » à l’aura médiatique importante. Une des caractéristiques de […]

Ce sont nos structures actuelles de communication de masse qui donnent au « populisme » et au « terrorisme » leur pouvoir de nuisance. Plutôt que leur déclarer une « guerre » absurde, se lamenter de leur fatalité ou les dénoncer à renfort de moraline, pourquoi ne pas s’attaquer à ce qui les produit ? C’est-à-dire à la façon dont certaines structures […]

Au travail, à la maison, dans la rue, la vie ordinaire souffre d’un manque de reconnaissance des valeurs qui s’y trouvent produites et potentiellement vécues, de telle sorte qu’elles y passent le plus souvent inaperçues. Plutôt qu’à entretenir l’ordre établi des valeurs dans leur apparente objectivité, une politique plus radicale suppose de contester les systèmes […]

Depuis janvier 2015, les attentats se succèdent : sans quitter leurs anciennes terres de prédilection au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie, les djihadistes ont essaimé et frappé plus particulièrement la Turquie, l’Afrique, l’Europe. Les messages menaçants se sont multipliés et les attaques touchent régulièrement des cibles symboliques d’un mode de vie consumériste et ostentatoire. Ainsi se sont […]