Archives du mot-clé empire

La Nouvelle-Calédonie fantôme
La Nouvelle-Calédonie se présente comme un territoire hétérogène marqué par le déploiement de contre-emplacements disciplinaires tels que le bagne, la réserve et la mine. Le présent article entend retrouver, à travers la formation de ces hétérotopies, ce qui module les identités, corrélativement au rapport à la terre, par le jeu insidieux des normes disciplinaires et régulatrices. Par-delà l’ethnologie qui s’attache à rendre compte de la primitivité du peuple kanak, on propose ici une mise à plat des préjugés, en revenant à la formation des identités colonisées. Le kanak n’est pas le contemporain de l’européen. C’est là une asymétrie temporelle qui s’apparie à une asymétrie spatiale pour dominer un peuple d’insoumis et lui prêter les traits du sauvage et du délinquant. Ce peuple et son territoire n’ont pas à être émancipés par la voie de la « modernisation » : ils appartiennent au présent et à l’avenir, n’en déplaise à ses détracteurs.

Ghostly New Caledonia
New Caledonia is a heterogeneous territory haunted by disciplinary counter-spaces like the penal colony, the reservation and the mine. This article attempts to retrieve, through such heterotopias, that which modulates identities, in correlation with the land, through the insidious play of disciplinary and regulating norms. An ethnological approach of the “primitiveness” of the Kanak people fights prejudices by revisiting colonized identities. The Kanak is not contemporaneous of the European. This temporary asymmetry parallels a spatial asymmetry staged to dominate this unsubjugated people in order to portray it as savage and delinquent. This people and its territory do not need to be emancipated by modernization; they belong to the present and the past, like it or not.

Des couvre-feux, des barrages routiers, des points de contrôle sur les autoroutes menant à Al Hoceima au nord-est du Maroc, des quartiers entourés de camions militaires, la police qui s’en prend physiquement aux manifestants, des arrestations massives, des militants enlevés dans les rues : depuis le 26 mai – le premier jour du Ramadan – la ville d’Al […]

Prendre la mesure du renoncement négocié
L’injonction numérique conduit à un renoncement au cœur duquel des négociations se déploient. La dialectique du renoncement négocié ouvre sur une recherche critique sur les usages numériques visant à cerner les enjeux des stratégies de l’ordre informationnel et communicationnel.

The Stakes of Negotiated Renunciation
The dialectic of negotiated renunciation opens to a critical research on digital uses, under injunction, aimed to identify the stakes of the strategies of the informational and communicational order.

Prévention, dissuasion, préemption. Changements de logiques de la menace

Prévention, dissuasion, préemption
Changements de logiques de la menace
Après avoir distingué trois types de stratégies visant à neutraliser une menace – la prévention, la dissuasion, la préemption – Brian Massumi analyse le fonctionnement et les implications de cette dernière, dans la façon dont l’administration de G.W. Bush l’a théorisée et implémentée dans sa « guerre contre le terrorisme ». À la fois épistémologie et ontologie à tendance auto-propulsive, la préemption est une logique opératoire du pouvoir qui définit notre époque politique de manière aussi insidieusement infiltrante et infiniment extensive que la logique de la « dissuasion » qui a défini l’époque de la Guerre froide. Cette analyse est de la plus grande actualité pour comprendre à quoi nous engagent les politiques menées désormais en France et en Europe au nom de la même « guerre contre le terrorisme ».

Prevention, Deterrence, Preemption
Transformations
in the Logics of Threat
After distinguishing three different strategies aiming at neutralizing threats—prevention, deterrence, preemption—Brian Massumi analyses the latter in its theorization and implementation during the G.W. Bush era. Both an epistemology and an ontology endowed with a self-propelling tendency, preemption is an operative logic of power defining a political epoch in as infinitely space-filling and insidiously infiltrating a way as the logic of deterrence defined the Cold War era. Such an analysis is extremely timely in order to understand the implications of the “War on Terror” currently waged by the French and many other European governments.

Portrait d’une écoféministe dans les Cévennes
Mon écoféminisme est directement enraciné dans mon style de vie expérimental, il évolue, s’affine et se radicalise au gré de mes expériences de femme, de ma réflexion, et par l’immersion constante en forêt où j’habite. Je partage ce vécu en offrant des séjours sur mon éco-lieu à des femmes en quête d’authenticité, j’organise des rencontres entre sœurs hors système, au plus près des besoins essentiels. Mon écoféminisme est donc plus un esprit qu’une pensée ou une idéologie, plus une pratique qu’une revendication.

Being an Ecofeminist in France
My ecofeminism is directly rooted in my experimental lifestyle, it evolves, refines and radicalizes itself along the way of my experiences as a woman, of my reflection and of my constant immersion in the forest in which I live. I share this experience by welcoming in my eco-place women in search of authenticity, I organize encounters between sisters, remaining as close as possible to our essential basic needs. My ecofeminism is therefore more a spirit than a thought or an ideology, more a practice than a claim.

Yanis Varoufakis, qui avait interpellé Jean-Luc Mélenchon en l’invitant à prendre position sans barguigner vraiment pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, a été aussi un des premiers à faire une déclaration d’opposant au nouveau président intronisé : « Selon Yanis Varoufakis, qui argue de conversations personnelles avec Emmanuel Macron, ce dernier a conscience de la […]

Matières à penser Depuis l’avènement du capitalisme financier, le spéculateur entend donner des leçons de réalisme au politique. Les services, les idées, la conscience et sa capacité d’attention : même l’immatériel se réifie pour pouvoir se vendre et s’échanger – « librement » – à la manière des choses. Il est par conséquent très urgent de renvoyer de la réalité […]

Camps et campements
Des économies aux principes opposés

Les camps fournissent du travail forcé aux pouvoirs qui les constituent alors que les campements autogèrent des opportunités et des hasards productifs. L’article recense plusieurs cas actuels de camps de travail forcé dans le monde et plusieurs cas historiques d’enfermement de main-d’œuvre qualifiée, utilisée dans l’économie locale. Le recours actuel à l’internement de masse pour contrôler les migrations implique des grandes entreprises et des associations qui en emportent les marchés. Dans les campements au contraire les ressources matérielles mobilisées et monétaires sont limitées mais l’installation est dépendante de ressources sociales et relationnelles suffisantes. Les frontières entre les formes camp et campement, économie formelle et économie informelle sont poreuses, comme l’illustrent quelques exemples en région Île de France.

Camps and Encampments
Two Economies with Contrary Principles

Camps provide forced labor to the powers that institute them, while encampments self-manage productive opportunities and chance meetings. This article surveys several current cases of forced labor camps around the world, as well as several historical examples of locking up qualified workforce, exploited within a local economy. The current management of migrations by mass incarceration involves large firms and associations struggling to win new markets. In encampments, on the other hand, the material and monetary resources mobilized are limited, but the installation depends on available social and relational resources. The distinction between camps and encampments, formal and informal economies, are porous, as illustrated, with a few examples from the Paris region.

  If it were done when ’tis done, then ’twere well It were done quickly. (« Si cela est fait quand ce sera fait ; ce serait bien Que ce soit fait rapidement. ») Shakespeare, Macbeth, Acte 1, Scène 7 Ainsi l’incertitude britannique à se décider sur l’Europe aura duré soixante ans. Finalement ce sera non. Non pas […]

Revenu inconditionnel d’existence et économie générale de l’attention

Un revenu inconditionnel d’existence devrait être envisagé au sein d’une pluralité de formes de revenus, basés sur des logiques hétérogènes. Parmi ces justifications, la prise en compte des dynamiques de l’économie de l’attention (dont Google et Facebook tirent d’ores et déjà des revenus énormes) pourrait jouer un rôle central. Un revenu d’existence apparaîtrait alors comme un investissement social permettant à chacun(e) de diriger son attention vers ce qui lui semble le plus important. Mais cela impliquerait de passer d’une économie restreinte à une économie générale, dans laquelle le moment de l’attention réflexive ne serait pas considéré comme un luxe inutile, mais comme un besoin d’avenir.

Universal Basic Income within a General Attention Economy

A Basic Universal Income (UBI) should be considered among a plurality of heterogeneous logics for rewards and incentives. Taking into consideration the attention economy (which already provides enormous incomes to Google and Facebook) could play a central role in such argu-ments. The UBI would then be seen as a form of investment allowing each recipient to direct his or her attention where
s/he judges would be more needed. This would require us, however, to evolve from a restricted economy to a general economy, where reflexive attention would no longer be considered as a wasteful luxury, but as a growing need for the future.

Vers différents régimes de présence ?

Cet article analyse quelques dispositifs proposés par différents artistes contemporains qui placent la présence physique de l’artiste, ainsi que sa coprésence avec les spectateurs, au cœur de leur expérimentation et de leur pouvoir de suggestion. Cela pose des questions troublantes mais suggestives sur ce qu’est la présence dans un monde de médialisation ubiquitaire, et sur ce que l’être-là-ensemble apporte à la circulation des images, des sons et des octets d’information.

Different Regimes of Being There In Common Presence

This article analyses situations devised by various contemporary artists which feature the physical presence of the artist, along with the spectator’s copresence, as a prominent energy of experimentation and experience. This raises disturbing but empowering questions on what presence can be and do in our world of ubiquitous media, as well as on what being-there-together brings to the circulation of sounds, images and digital bits of information.

La rupture de barrages de rétention des déchets des mines de fer à Mariana, dans l’État de Minas Gerais, est désignée comme la plus grave catastrophe industrielle qui ait jamais eu lieu au Brésil et la plus importante de ce type dans le monde depuis 1915[1]. C’est en même temps une radiographie de la triste […]

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

L’euro, la souveraineté monétaire en question

Les contraintes budgétaires mises par les traités européens à des États dont les banques privées sont mondialisées n’ont pas protégé contre la crise des subprimes. Mais c’est la Banque centrale européenne qui donne un peu de marge de manœuvre aux États et aux investisseurs. Les critiques actuelles contre l’Europe ne sont pas fondées : c’est dans plus d’Europe, voulu depuis une vingtaine d’années par les Allemands, qu’on trouvera les voies vers le futur, tel le revenu garanti pour tous.

The Euro and the Question of Monetary Sovereignty

The budgetary constraints set in place by European Treaties to national States whose banks are globalized did not manage to protect us against the subprime crisis. It is the European Central Bank which opens a little space of action to States and investors. The current attacks against Europe are unfounded: the solutions will come from more European integration, as it has been pushed forward by the Germans over the last twenty years, solutions which must include a universal guaranteed basic income.

Quelques scénarios géomonétaires

Le déclin américain n’est pas sûr puisque les États-Unis continuent d’attirer les investissements étrangers, mais la crise dure et beaucoup d’économies se contractent. Le FMI actuel est trop limité pour l’ampleur des relations internationales. Un nouveau FMI serait en gestation qui rétablirait la souveraineté économique des nations, mais qui risque de bloquer le développement du biocapitalisme, celui qui finance l’État-providence et l’endettement privé sur le marché mondial. Jusqu’à maintenant, la Chine donnait sa préférence au biocapitalisme américain, mais elle cherche à diversifier ses partenaires. Une vraie monnaie internationale serait nécessaire.

A Few Geomonetary Scenarios

The decline of the USA is not a certainty, since they continue to attract foreign investments, but the crisis lingers on as many economies are contracting. The current IMF is too limitind in its scope by the complexities of International relations. A new IMF may be in preparation, to reassert the economic sovereignty of Nation-States, but it threatens to block the development of biocapitalism, the current source of financing of the Welfare-State and of private debt on the world market. Up to now China had a preference for US biocapitalism, but it currently seeks to diversify its partners. There is an increasing need for a true international currency.

Populisme tu m’aimes, moi non plus

Le populisme européen invite à se défaire des deux inventions politiques essentielles que sont l’Europe et l’écologie politique. Comme tous les populismes, il rassemble pour des raisons électorales des courants incompatibles et rallie à des signifiants sans contenus. Ce populisme est l’effet d’un manque fédéral de l’Europe.

Populism, You Love Me, Neither Do I

European populism wants us to abandon these two most important political inventions: Europe and political ecology. Like all forms of populism, it aggregates incompatible currents of thoughts for purely electoral reasons, by agitating signifiers without signified. This populism results from the lack of a federal Europe.

Pour un populisme du motley crew

Dans cet entretien, Marcus Rediker décrit comment certains combats d’hier (l’anti-esclavagisme) ou d’aujourd’hui (la lutte contre la peine de mort et les biais du système juridique contre les popu-lations afro-américaines) sont parvenus à mobiliser des forces très hétérogènes autour de revendi-cations unificatrices. Il souligne le besoin de pratiquer un certain travail d’agitation, parfois nourri par de sentiments de colère et dynamisé par des slogans qui ne simplifient la réalité que pour l’orienter vers sa nécessaire transformation.

For a Populism of the Motley Crew

In this interview, Marcus Rediker comments on past and recent struggles (for the abolition of slav-ery or against the racist death penalty), showing how they managed to assemble heterogeneous forces around a common cause. He stresses the need to agitate, in order to mobilize political movements where certain forms of rage and certain simplifying slogans can help to keep our eyes on the more important goals.

Le « nouveau monde » des histoires

Les thèses défendues ici par l’un des membres du collectif Wu Ming prennent le contrepied des discours habituels tenus sur le populisme. Raconter des histoires, s’armer des pouvoirs propres du storytelling ne revient pas nécessairement à embobiner les masses dans des bobards : sous certaines conditions, cela peut au contraire aider à la circulation de récits émancipants, qui élèvent l’intelligence de ceux qui les racontent comme de ceux qui les écoutent.

The “New World” of Stories

The theses defended by a member of the Wu Ming collective go against the grain of the common discourses against populism. The practices of storytelling do not necessarily lead to luring the masses by lying to them: under certain conditions, it can put into circulation empowering myths which elevate the intelligence of those who tell the tales as of those who listen to them.

L’histoire commence en 1996 au Congo-Brazzaville. Mon ami Titi Nganga m’y a offert un vieux morceau de tissu en raffia, un Nchakokot, sur lequel on avait cousu des morceaux de tissu venu d’occident. Je fus immédiatement surpris de cette intrusion décorative inattendue. En examinant attentivement l’envers de la pièce, j’ai remarqué que chaque morceau de […]

De la révolution de janvier à Sissi
Comment et pourquoi ?

Cet article tente de montrer que la révolution qui s’est produite en Égypte était porteuse d’un projet politique libéral-démocrate. Les groupes révolutionnaires et les opposants au régime de Moubarak ont réussi à mobiliser des couches sociales substantielles en 2011 en demandant le respect des droits humains de base et la représentation de la volonté du peuple. La forte présence d’ouvriers mécontents, de classes moyennes appauvries et de populations urbaines défavorisées dans le mouvement de protestation n’a jamais débouché sur un projet politique visant un changement économique et social. Leurs revendications sont restées figées dans une économie morale nassériste où les revendications économiques et sociales sont en grande partie apolitiques et totalement dissociées de la démocratisation des relations entre la société et l’État. L’absence de projet de changement socio-politique a privé le processus révolutionnaire d’une large et solide coalition sociale.

From the January revolution to Sisi
How and why?

The argument this article attempts to develop is that the revolution in Egypt had a relatively clear liberal democratic political project. Revolutionary groups and political opponents to the Mubarak regime managed to mobilize substantial social strata in 2011 asking for the respect of basic human rights and for the representation of the will of the people. The strong presence of disaffected laborers, impoverished middle classes and urban poor in the protest movement never evolved into a political project aiming at social and economic change. Their demands conversely remained by and large stuck in the Nasserist moral economy, where economic and social demands are largely apolitical and definitely dissociated from the democratization of society-state relations. The absence of a project of socio-political change deprived the revolutionary process of a solid and broad social coalition.

De la révolution de janvier à Sissi
Comment et pourquoi ?

Cet article tente de montrer que la révolution qui s’est produite en Égypte était porteuse d’un projet politique libéral-démocrate. Les groupes révolutionnaires et les opposants au régime de Moubarak ont réussi à mobiliser des couches sociales substantielles en 2011 en demandant le respect des droits humains de base et la représentation de la volonté du peuple. La forte présence d’ouvriers mécontents, de classes moyennes appauvries et de populations urbaines défavorisées dans le mouvement de protestation n’a jamais débouché sur un projet politique visant un changement économique et social. Leurs revendications sont restées figées dans une économie morale nassériste où les revendications économiques et sociales sont en grande partie apolitiques et totalement dissociées de la démocratisation des relations entre la société et l’État. L’absence de projet de changement socio-politique a privé le processus révolutionnaire d’une large et solide coalition sociale.

From the January revolution to Sisi
How and why?

The argument this article attempts to develop is that the revolution in Egypt had a relatively clear liberal democratic political project. Revolutionary groups and political opponents to the Mubarak regime managed to mobilize substantial social strata in 2011 asking for the respect of basic human rights and for the representation of the will of the people. The strong presence of disaffected laborers, impoverished middle classes and urban poor in the protest movement never evolved into a political project aiming at social and economic change. Their demands conversely remained by and large stuck in the Nasserist moral economy, where economic and social demands are largely apolitical and definitely dissociated from the democratization of society-state relations. The absence of a project of socio-political change deprived the revolutionary process of a solid and broad social coalition.

Pourquoi une République dite « laïque » réduit-elle systématiquement des citoyens à leur appartenance « religieuse » supposée ? Pourquoi des inégalités sociales, concrètes et matérielles, prennent-elles la forme de conflits « religieux » au moment où l’on crie « laïcité » sur tous les toits ? « Décoloniser la laïcité » est une hypothèse de réponse collective à ces questions. Elle suggère que ce sont des […]

1905 : quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France

1905 : Quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France

L’islam est souvent présenté comme la dernière religion implantée sur le territoire français. Elle aurait été de ce fait absente du paysage religieux français au moment de l’adoption de la loi sur la séparation des Églises et de l’État. Cet article entend battre en brèche ce récit et propose de montrer que la religion musulmane fut largement représentée en France, notamment à travers ses départements algériens, et que des débats eurent bien lieu dès 1905 à propos de l’application de la loi à cette religion. D’ailleurs, là où l’islam était la religion majoritaire dans les territoires de l’Empire colonial, l’État a soit opté pour la solution de l’inapplication de la loi, soit, lorsque la contrainte légale et la discipline républicaine étaient trop fortes, imaginé un régime d’exception exorbitant permettant la poursuite du contrôle de la religion musulmane.

1905: When Islam was (already) the Second Religion in France

Islam is often presented as a new religion in France. This article highlights the presence of Islam in 1905 France, notably in French Algeria, during the debates and the vote of this law. In the colonies where Islam was the dominant religion, the French colonial State decided to exclude it from the new legal framework. In Algeria, three French departments, an exception to French secularism (laïcité) was created in order to maintain state’s control of Islam.

« Doit-on réformer l’islam ? »
Brève histoire d’une injonction

L’article cherche à produire la généalogie de l’injonction faite aux musulmans de réformer l’islam pour s’intégrer aux sociétés laïques européennes. L’hypothèse défendue consiste à montrer que cette injonction s’enracine dans certains aspects de l’histoire coloniale. Ce sont des conseillers de l’Empire français qui considéraient une réforme laïque de l’islam comme la condition sine qua non de l’acquisition de la citoyenneté. La réforme de l’islam était alors censée rendre l’indigène digne d’être citoyen. L’article tente de conceptualiser les résurgences actuelles de cette injonction à la réforme comme le retour d’un spectre qui est plus impérial que colonial.

“Must Islam Be Reformed?”
Brief History of an Injunction

The article is a genealogy of the current injunctions to reform islam so that muslims can be assimilated in secular European societies. The text shows that this injunction is rooted in some aspects of French colonial history. Some eminent members of the French Empire used to consider a secular reform of islam as a prerequisit for the acquisition of citizenship. The reform of islam was then supposed to make the indigenous able to become a French citizen. The article tries to conceptualize this injunction to reform as the return of a spectrum better described as imperial rather than colonial.

Un mal français dès les Lumières
La prohibition de l’islam

Dans la France contemporaine, la question de l’islam implique davantage les non-musulmans que les musulmans car, d’une part, l’islam y a été de façon pérenne réduit à Mahomet, et celui-ci à la violence ; d’autre part, il a été, avec la langue arabe, socialement et politiquement prohibé. Le « bien-fondé » et « l’évidence » de cette situation n’ont de sens que relativement à une certaine idéologie empruntée aux Lumières et au passé colonial français, notamment en Algérie. La production française d’un islam postcolonial de contrebande est donc proprement postcoloniale.

The Blindspots of the Republican
Discourse and the Prohibition of Islam

In France today, the Islam issue involves non-Muslim people more than the Muslims. First Islam is a religion which was regarded – since the French Enlightenment – as led by a violent leader: Mahomet. Secondly, Islam was recently – with the Arabic language – socially and politically prohibited. The “evidence” and the “legitimacy” of such a situation must to be understood in a postcolonial context and as an inheritance of the Enlightenment as well. The French production of a smuggled Islam is actually postcolonial.

Penser le sécularisme

Ce texte, écrit à la suite des attentats du 11 septembre 2001, tente de redéfinir les notions de laïcité et de sécularisme en marge des grands récits de sécularisation. La modernité laïque n’est ni la simple séparation du politique et du religieux, ni ce qui reste lorsque la religion décline ou s’efface. Dès lors que le concept de « religion » renvoie lui-même à une construction historique qui diffère selon les espaces politiques, l’on doit affirmer que la modernité laïque est la production d’un nouveau partage entre le religieux et le politique, d’une redéfinition de ce qu’est censé être la « religion » et, avec elle, l’éthique et la politique. Le texte discute ensuite le libéralisme politique de Charles Taylor de façon critique. L’unité de la modernité politique n’est pas factuelle, c’est l’unité d’un projet moderne : elle a un but politique dont l’hégémonie se lit dans le fait que les peuples extra-européens sont perpétuellement invités à s’y mesurer. Cette analyse dessine enfin la voie d’une anthropologie du sécularisme défini comme une doctrine qui cherche à émanciper la sphère publique d’un religieux oppressif, mais aussi et surtout comme une forme de vie laïque : un ensemble d’attitudes spécifiques, un certain rapport au corps et à la souffrance ainsi qu’un modèle de subjectivité.

Thinking about secularism

The text was written at the aftermath of 9/11. It tries to redefine secularism without presupposing any narrative of the decline of religion. Secular modernity is neither the mere separation of politics and religion nor what remains after religion has withered away. Insofar that the concept of “religion” is itself a historical construction, secularism can be seen as the production of a new binary division between the secular and the religious, as a redefinition of what religion, ethics and politics are supposed to be. The text critically engages with Charles Taylor’s political liberalism. It then asserts that modernity is a hegemonic political project forcing non-European people to measure themselves to it. It eventually paves the way for an anthropology of secularism defined as both a political doctrine and a form of life – a set of attitudes, a specific relationship to the body and pain, and a mode of subjectivity.

La laïcité répressive
Anthropologie et géopolitique de l’homo laïcus

Cet article interroge les conditions du renversement actuel des principes libéraux et anti-discriminatoires de la laïcité en leur application répressive : un « méta-laïcisme », au sens où l’on a pu parler d’un métaracisme, avec lequel il a partie liée. Plutôt que dans les instrumentalisations tactiques hétéroclites faites du discours de la laïcité – qui sont une dimension du problème plutôt que son explication –, on interroge ce renversement à partir des conditions historico-politiques d’une constitution matérielle laïque, du développement inégal qui marque sa synthèse historique, et des effets résultants de la crise de son hégémonie. L’issue qui s’en dessine n’est pas seulement hypothétique, mais doublement hyperbolique, appelant un surcroît de luttes émancipatrices égalitaires, mais sur fond d’un non moins nécessaire surcroît de libéralisme politique pour accepter de reconnaître dans les cultures de l’Islam les ressources de forces idéologiques ayant droit de cité dans le champ des affrontements idéologico-politiques.

Repressive Laicism
Anthropology and Geopolitics of Homo Laïcus

This text deals with conditions of the present reversal of the liberal and anti-discriminatory principles of laïcité into their repressive application in the French context : a “meta-laicism”, as one speaks of a meta-racism (they are linked together by the way). I ponder such a reversal, not from the heterogeneous tactical instrumentalizations of the laic discourse (which is more an aspect of the problem than an element of its explanation), but from the historico-political conditions of a laic material constitution, from the unequal development which characterizes its historical synthesis, and from the resulting effects of the crisis of its hegemony. The outcome I suggest here is not merely hypothetical, but doubly hyperbolical : it claims an increase of egalitarian and emancipatory struggles, but on the background of an increase of political liberalism until cultures of Islam would be to recognized as resources for ideological forces having a legitimate place in the field of ideological and political confrontations.

Contrer ou promouvoir l’ethnicisation par les statistiques ?

Depuis une vingtaine d’années, les statistiques dites « ethniques » font l’objet en France d’un débat récurrent. Si elles aident à faire apparaître des contradictions et des inégalités centrales dans la société, elles sont une arme à double tranchant dans la mesure où elles entraînent également un effet de stigmatisation par l’assignation à une appartenance supposée communautaire non nécessairement revendiquée subjectivement. C’est peut-être en observant ce que se fait et se dit hors de France qu’on pourra mieux mesurer les effets comparés de ce dispositif profondément ambivalent.

The Ambivalence of Statistical Ethnicity

The debates on “ethnic statistics” (calling for individuals to declare their ethnicity during the census operations) has been continuous in France over the past decades. While such statistics help document, quantify, map and understand widespread mechanisms of ethnic domination, they also impose stigmatizing effects by assigning individuals to a fixed identity not necessarily chosen by their mode of subjectivation. Looking at what has been said and done outside of France may help reevaluate the profound ambivalence of such procedures.

La disparition du corps   Cécile Bourne Farrell : Tu sembles très intéressée par la disparition du corps durant la guerre d’Irak et la façon dont certains auteurs comme Paul Virillo dans Esthétique de la disparition ou Werner Herzog, en 1991, Lessons of Darkness, évoquent chacun la disparition des corps. Jananne Al-Ani : Un des moments les […]