Archives du mot-clé empire

  § 1 : Il faudrait faire l’histoire de notre inattention1. Elle montrerait qu’il existe des formes de vie qui sont incapables de se reconnaître comme des formes de vie. Car c’est cette incapacité qui fait dérailler la langue au point de la faire déraisonner. Une anthropologie de l’inattention est celle d’un mode d’existence qui en […]

Logique de la frontière
À partir de la différence entre les frontières naturelles dites « bona fide », et les frontières artificielles, dites « fiat », cet article tâche de montrer qu’une frontière n’est jamais un résultat mais processus, qui fait passer l’homogène dans l’hétérogène et inversement. On en conclut que la pensée sépare ce que la vie confond en variétés intensives, et que la vie dégrade ce que la pensée sépare, « frontière » étant le nom de ce qu’opère toute vie pensante et toute pensée vivante.

Logic 
of the Border
On the basis of a distinction between natural borders (qualified as “bona fide”) and artificial (or “fiat”) borders, this article attempts to show that a border is not so much a result as a process, whereby the homogeneous enters the heterogeneous, and reciprocally. The conclusion is that thought separates what life unites in intensive varieties, and that life degrades what thought separates—“border” being the name of the action performed by any thinking life and by any living thought.

Raviver un souffle post-capitaliste
Après tant d’annonces de la fin prochaine, de l’effondrement ou du dépassement du capitalisme, comment et pourquoi y croire encore ? Peut-être convient-il de regarder ailleurs que là où l’on se tourne habituellement. Non pas seulement du côté de ses « ennemis », qui résistent bruyamment contre lui, mais tout autant en direction de cela même qui paraît aujourd’hui annoncer son triomphe : le numérique, l’information, l’automation, les métamorphoses du capital et l’hétérogénéité de ce qu’il rassemble. Les alternatives grouillent peut-être déjà sous l’apparence trompeuse d’une victoire de surface.

Reopening a Post-Capitalist Horizon
Once Again?
After so many announcements about the forthcoming end, collapse or overcoming of capitalism, how and why should anyone still put any faith in such perspectives? We may want to look somewhere else than in the usual direction. Not only towards the traditional “enemies” of capitalism, who loudly protest against it, but just as much towards the very things which appear to showcase its triumph: digital technologies, information, automation, metamorphoses of capital and the very heterogeneity of what it assembles. Alternatives are already brewing under a deceptive surface of victory.

Géopolitique des  masses
Entre plèbes et multitudes, rente  et  corruption
Rente, plèbe et corruption sont certainement « pré-capitalistes », emblématisant les ennemis archaïques que le nouvel ordre économique s’efforce depuis deux siècles d’éradiquer, pour leur substituer le « profit » (entrepreneurial), des « populations » (expertes) et « l’état de droit » (commercial). Mais rente, plèbe et corruption constituent aussi bien le présent de la gestion de l’information dans un monde socio-économique non dénué de « frictions », où des inégalités et des asymétries de plus en plus patentes échouent à entraîner l’adhésion de multitudes bien assez intelligentes pour ne pas croire au conte de fées de l’enfumage néolibéral.

Geopolitics of  the  Masses
Between Plebs and  Multitudes, Rent  and  Corruption
The rent, the plebs and corruption certainly are “pre-capitalist” phenomena, illustrations of the archaic enemies that the emerging capitalist order of things tried hard to eradicate for centuries, in order to replace them (entrepreneurial) “profit”, (expert) populations and (commercial) rule of law. But rent, plebs and corruption play nevertheless a fundamental role in the present management of information within a socio-economic world affected by countless sources of “frictions”. Increasingly visible inequalities and asymmetries fail to attract multitudes smart enough not to believe in the neoliberal fairy tale.

  À première vue, le premier acte de la sécession catalane qui s’est joué en octobre 2017 avec un référendum largement empêché par Madrid et le recours à l’article 155 de la Constitution de l’Espagne, aboutit à une déroute en rase campagne du Parlement régional, marquée par la destitution du gouvernement de la Généralité, la fuite […]

L’Afrique, autrement
Dépasser la crise
Bien que la crise soit clairement définie par une conjoncture historique bien précise (guerre, récession, famine) – ou par un moment de bifurcation dans l’histoire – elle est devenue depuis trois décennies déjà la condition ontologique du continent africain, son état permanent. Peut-on parler d’un état de crise sur le long terme ? Comment penser l’Afrique autrement que sous le signe de la crise ? C’est la question centrale de cet article. Au lieu d’argumenter « contre » la crise, l’auteur prône une pratique du concept de crise, qui veut explorer les potentialités d’ouverture – ou de fermeture – que la crise contient.

Africa, otherwise
Beyond Crisis
Although crisis typically refers to a historical conjuncture (war, economic recession, famine) – or to a moment in history, a turning point – it has been taken to be the defining characteristic of teh african continent for some three decades now. Can on speak of a state of enduring crisis ? How can one think “think” Africa otherwise that under the sign of crisis ? This is the central question of this essay. Instead of arguing “against” crisis, the author commends a practice of the concept of crisis. Therefore, we can better understand how the terme enables and forcloses various kinds of questions.

Afrocomputation

Afrocomputation
L’explosion des usages des techniques de communication en Afrique puise ses racines dans l’imaginaire pré-colonial, qui portait sur l’extension du monde au-delà du perceptible, du corporel, du conscient. Dans cette cosmogonie, les objets techniques et artefacts étaient doués d’une vitalité qui en faisaient des interfaces, des seuils à transgresser pour accéder aux horizons infinis de l’univers, dans une sorte de transmutation. Le téléphone portable et Internet parlent à l’inconscient archaïque et aux mémoires techniques des sociétés africaines, leur permettant de passer sans transition de l’âge de pierre à l’âge numérique. L’Afrique était déjà numérique à une époque pré-numérique, car les sociétés africaines se sont constituées par la circulation et le mouvement, inscrits dans les mythes africains de l’origine. Qui dit migration dit expérience de la nouveauté, plasticité permanente, extension du possible. Cette souplesse et cette aptitude à l’innovation constante, c’est aussi l’esprit d’Internet et du numérique.

Afrocomputation
The explosion of uses of communication techniques throughout Africa has roots that go deep into the pre-colonial imaginary, which extended its world beyond the perceptible, the corporeal, the conscious. In this cosmogony, technical objects and artefacts were endowed with a vitality generating interfaces, thresholds to transgress in order to reach the universe’s infinite horizons. Smartphones and the Internet speak to this archaic unconscious as well as to the technical memories of African societies, allowing them to move without transition from the stone age to the digital age.Africa was digital before the digital age, as African societies were constituted by circulation and movement, written in the myths of origins. Migration means a readiness to experience novelty, permanent plasticity, extension of the possible. This subtle aptitude constantly to innovate also animates the spirit of the Internet and of the digital.

Les involontaires de la patrie
À rebours des politiques indigénistes, ce manifeste appelle à la résistance/rexistence de tous les indigènes du Brésil, qu’ils soient indiens ou non, de tous les pauvres et opprimés natifs de cette terre qui en ont été lentement et sûrement dépossédés par l’État pour en faire des « citoyens » assujetis, exploités, surveillés, assistés. Car pour l’auteur, appartenir à la terre au lieu d’en être propriétaire est ce qui définit l’indigène. Alors, le processus de brésilianisation, qui a commencé par la « désindinisation » des Indiens, n’a eu de cesse de séparer tous les indigènes de leur relation organique à la terre, le sol d’un baraquement de favela ou le jardin d’une arrière-cour, pour en faire des travailleurs ou des soldats. C’est pourquoi la lutte des Indiens est celle de tous les indigènes brésiliens, qu’ils soient pauvres, blancs, noirs, métis, LGBT ou femmes.

The Un-Volunteers of the Fatherland
To the opposite of indigenist politics, this manifesto calls for the resistance/rexistence of all indigenous people living in Brazil, Indian or not, of all the poor and oppressed natives who have been dispossessed of this land by the State, so that they would become submissive « citizens », exploited, watched-over, assisted. According to the author, being indigenous means belonging to a place, rather than owning it. The process of Brazilianization, which started with the dis-indianization of Indians, has persistently separated the indigenous from their relation to their territory, from the floor of their favela shack or from the garden of their backyard, in order to tranform them into workers and soldiers. That is why the Indians’ struggle is the struggle of all of Brazil’s indigenous people, whether they are white, black, mixed-blood, LGBT or women.

La Nouvelle-Calédonie fantôme
La Nouvelle-Calédonie se présente comme un territoire hétérogène marqué par le déploiement de contre-emplacements disciplinaires tels que le bagne, la réserve et la mine. Le présent article entend retrouver, à travers la formation de ces hétérotopies, ce qui module les identités, corrélativement au rapport à la terre, par le jeu insidieux des normes disciplinaires et régulatrices. Par-delà l’ethnologie qui s’attache à rendre compte de la primitivité du peuple kanak, on propose ici une mise à plat des préjugés, en revenant à la formation des identités colonisées. Le kanak n’est pas le contemporain de l’européen. C’est là une asymétrie temporelle qui s’apparie à une asymétrie spatiale pour dominer un peuple d’insoumis et lui prêter les traits du sauvage et du délinquant. Ce peuple et son territoire n’ont pas à être émancipés par la voie de la « modernisation » : ils appartiennent au présent et à l’avenir, n’en déplaise à ses détracteurs.

Ghostly New Caledonia
New Caledonia is a heterogeneous territory haunted by disciplinary counter-spaces like the penal colony, the reservation and the mine. This article attempts to retrieve, through such heterotopias, that which modulates identities, in correlation with the land, through the insidious play of disciplinary and regulating norms. An ethnological approach of the “primitiveness” of the Kanak people fights prejudices by revisiting colonized identities. The Kanak is not contemporaneous of the European. This temporary asymmetry parallels a spatial asymmetry staged to dominate this unsubjugated people in order to portray it as savage and delinquent. This people and its territory do not need to be emancipated by modernization; they belong to the present and the past, like it or not.

Des couvre-feux, des barrages routiers, des points de contrôle sur les autoroutes menant à Al Hoceima au nord-est du Maroc, des quartiers entourés de camions militaires, la police qui s’en prend physiquement aux manifestants, des arrestations massives, des militants enlevés dans les rues : depuis le 26 mai – le premier jour du Ramadan – la ville d’Al […]

Prendre la mesure du renoncement négocié
L’injonction numérique conduit à un renoncement au cœur duquel des négociations se déploient. La dialectique du renoncement négocié ouvre sur une recherche critique sur les usages numériques visant à cerner les enjeux des stratégies de l’ordre informationnel et communicationnel.

The Stakes of Negotiated Renunciation
The dialectic of negotiated renunciation opens to a critical research on digital uses, under injunction, aimed to identify the stakes of the strategies of the informational and communicational order.

Prévention, dissuasion, préemption. Changements de logiques de la menace

Prévention, dissuasion, préemption
Changements de logiques de la menace
Après avoir distingué trois types de stratégies visant à neutraliser une menace – la prévention, la dissuasion, la préemption – Brian Massumi analyse le fonctionnement et les implications de cette dernière, dans la façon dont l’administration de G.W. Bush l’a théorisée et implémentée dans sa « guerre contre le terrorisme ». À la fois épistémologie et ontologie à tendance auto-propulsive, la préemption est une logique opératoire du pouvoir qui définit notre époque politique de manière aussi insidieusement infiltrante et infiniment extensive que la logique de la « dissuasion » qui a défini l’époque de la Guerre froide. Cette analyse est de la plus grande actualité pour comprendre à quoi nous engagent les politiques menées désormais en France et en Europe au nom de la même « guerre contre le terrorisme ».

Prevention, Deterrence, Preemption
Transformations
in the Logics of Threat
After distinguishing three different strategies aiming at neutralizing threats—prevention, deterrence, preemption—Brian Massumi analyses the latter in its theorization and implementation during the G.W. Bush era. Both an epistemology and an ontology endowed with a self-propelling tendency, preemption is an operative logic of power defining a political epoch in as infinitely space-filling and insidiously infiltrating a way as the logic of deterrence defined the Cold War era. Such an analysis is extremely timely in order to understand the implications of the “War on Terror” currently waged by the French and many other European governments.

Yanis Varoufakis, qui avait interpellé Jean-Luc Mélenchon en l’invitant à prendre position sans barguigner vraiment pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, a été aussi un des premiers à faire une déclaration d’opposant au nouveau président intronisé : « Selon Yanis Varoufakis, qui argue de conversations personnelles avec Emmanuel Macron, ce dernier a conscience de la […]

Portrait d’une écoféministe dans les Cévennes
Mon écoféminisme est directement enraciné dans mon style de vie expérimental, il évolue, s’affine et se radicalise au gré de mes expériences de femme, de ma réflexion, et par l’immersion constante en forêt où j’habite. Je partage ce vécu en offrant des séjours sur mon éco-lieu à des femmes en quête d’authenticité, j’organise des rencontres entre sœurs hors système, au plus près des besoins essentiels. Mon écoféminisme est donc plus un esprit qu’une pensée ou une idéologie, plus une pratique qu’une revendication.

Being an Ecofeminist in France
My ecofeminism is directly rooted in my experimental lifestyle, it evolves, refines and radicalizes itself along the way of my experiences as a woman, of my reflection and of my constant immersion in the forest in which I live. I share this experience by welcoming in my eco-place women in search of authenticity, I organize encounters between sisters, remaining as close as possible to our essential basic needs. My ecofeminism is therefore more a spirit than a thought or an ideology, more a practice than a claim.

Matières à penser Depuis l’avènement du capitalisme financier, le spéculateur entend donner des leçons de réalisme au politique. Les services, les idées, la conscience et sa capacité d’attention : même l’immatériel se réifie pour pouvoir se vendre et s’échanger – « librement » – à la manière des choses. Il est par conséquent très urgent de renvoyer de la réalité […]

Camps et campements
Des économies aux principes opposés

Les camps fournissent du travail forcé aux pouvoirs qui les constituent alors que les campements autogèrent des opportunités et des hasards productifs. L’article recense plusieurs cas actuels de camps de travail forcé dans le monde et plusieurs cas historiques d’enfermement de main-d’œuvre qualifiée, utilisée dans l’économie locale. Le recours actuel à l’internement de masse pour contrôler les migrations implique des grandes entreprises et des associations qui en emportent les marchés. Dans les campements au contraire les ressources matérielles mobilisées et monétaires sont limitées mais l’installation est dépendante de ressources sociales et relationnelles suffisantes. Les frontières entre les formes camp et campement, économie formelle et économie informelle sont poreuses, comme l’illustrent quelques exemples en région Île de France.

Camps and Encampments
Two Economies with Contrary Principles

Camps provide forced labor to the powers that institute them, while encampments self-manage productive opportunities and chance meetings. This article surveys several current cases of forced labor camps around the world, as well as several historical examples of locking up qualified workforce, exploited within a local economy. The current management of migrations by mass incarceration involves large firms and associations struggling to win new markets. In encampments, on the other hand, the material and monetary resources mobilized are limited, but the installation depends on available social and relational resources. The distinction between camps and encampments, formal and informal economies, are porous, as illustrated, with a few examples from the Paris region.

  If it were done when ’tis done, then ’twere well It were done quickly. (« Si cela est fait quand ce sera fait ; ce serait bien Que ce soit fait rapidement. ») Shakespeare, Macbeth, Acte 1, Scène 7 Ainsi l’incertitude britannique à se décider sur l’Europe aura duré soixante ans. Finalement ce sera non. Non pas […]

Revenu inconditionnel d’existence et économie générale de l’attention

Un revenu inconditionnel d’existence devrait être envisagé au sein d’une pluralité de formes de revenus, basés sur des logiques hétérogènes. Parmi ces justifications, la prise en compte des dynamiques de l’économie de l’attention (dont Google et Facebook tirent d’ores et déjà des revenus énormes) pourrait jouer un rôle central. Un revenu d’existence apparaîtrait alors comme un investissement social permettant à chacun(e) de diriger son attention vers ce qui lui semble le plus important. Mais cela impliquerait de passer d’une économie restreinte à une économie générale, dans laquelle le moment de l’attention réflexive ne serait pas considéré comme un luxe inutile, mais comme un besoin d’avenir.

Universal Basic Income within a General Attention Economy

A Basic Universal Income (UBI) should be considered among a plurality of heterogeneous logics for rewards and incentives. Taking into consideration the attention economy (which already provides enormous incomes to Google and Facebook) could play a central role in such argu-ments. The UBI would then be seen as a form of investment allowing each recipient to direct his or her attention where
s/he judges would be more needed. This would require us, however, to evolve from a restricted economy to a general economy, where reflexive attention would no longer be considered as a wasteful luxury, but as a growing need for the future.

Vers différents régimes de présence ?

Cet article analyse quelques dispositifs proposés par différents artistes contemporains qui placent la présence physique de l’artiste, ainsi que sa coprésence avec les spectateurs, au cœur de leur expérimentation et de leur pouvoir de suggestion. Cela pose des questions troublantes mais suggestives sur ce qu’est la présence dans un monde de médialisation ubiquitaire, et sur ce que l’être-là-ensemble apporte à la circulation des images, des sons et des octets d’information.

Different Regimes of Being There In Common Presence

This article analyses situations devised by various contemporary artists which feature the physical presence of the artist, along with the spectator’s copresence, as a prominent energy of experimentation and experience. This raises disturbing but empowering questions on what presence can be and do in our world of ubiquitous media, as well as on what being-there-together brings to the circulation of sounds, images and digital bits of information.

La rupture de barrages de rétention des déchets des mines de fer à Mariana, dans l’État de Minas Gerais, est désignée comme la plus grave catastrophe industrielle qui ait jamais eu lieu au Brésil et la plus importante de ce type dans le monde depuis 1915[1]. C’est en même temps une radiographie de la triste […]

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

L’euro, la souveraineté monétaire en question

Les contraintes budgétaires mises par les traités européens à des États dont les banques privées sont mondialisées n’ont pas protégé contre la crise des subprimes. Mais c’est la Banque centrale européenne qui donne un peu de marge de manœuvre aux États et aux investisseurs. Les critiques actuelles contre l’Europe ne sont pas fondées : c’est dans plus d’Europe, voulu depuis une vingtaine d’années par les Allemands, qu’on trouvera les voies vers le futur, tel le revenu garanti pour tous.

The Euro and the Question of Monetary Sovereignty

The budgetary constraints set in place by European Treaties to national States whose banks are globalized did not manage to protect us against the subprime crisis. It is the European Central Bank which opens a little space of action to States and investors. The current attacks against Europe are unfounded: the solutions will come from more European integration, as it has been pushed forward by the Germans over the last twenty years, solutions which must include a universal guaranteed basic income.

Quelques scénarios géomonétaires

Le déclin américain n’est pas sûr puisque les États-Unis continuent d’attirer les investissements étrangers, mais la crise dure et beaucoup d’économies se contractent. Le FMI actuel est trop limité pour l’ampleur des relations internationales. Un nouveau FMI serait en gestation qui rétablirait la souveraineté économique des nations, mais qui risque de bloquer le développement du biocapitalisme, celui qui finance l’État-providence et l’endettement privé sur le marché mondial. Jusqu’à maintenant, la Chine donnait sa préférence au biocapitalisme américain, mais elle cherche à diversifier ses partenaires. Une vraie monnaie internationale serait nécessaire.

A Few Geomonetary Scenarios

The decline of the USA is not a certainty, since they continue to attract foreign investments, but the crisis lingers on as many economies are contracting. The current IMF is too limitind in its scope by the complexities of International relations. A new IMF may be in preparation, to reassert the economic sovereignty of Nation-States, but it threatens to block the development of biocapitalism, the current source of financing of the Welfare-State and of private debt on the world market. Up to now China had a preference for US biocapitalism, but it currently seeks to diversify its partners. There is an increasing need for a true international currency.

Populisme tu m’aimes, moi non plus

Le populisme européen invite à se défaire des deux inventions politiques essentielles que sont l’Europe et l’écologie politique. Comme tous les populismes, il rassemble pour des raisons électorales des courants incompatibles et rallie à des signifiants sans contenus. Ce populisme est l’effet d’un manque fédéral de l’Europe.

Populism, You Love Me, Neither Do I

European populism wants us to abandon these two most important political inventions: Europe and political ecology. Like all forms of populism, it aggregates incompatible currents of thoughts for purely electoral reasons, by agitating signifiers without signified. This populism results from the lack of a federal Europe.

Pour un populisme du motley crew

Dans cet entretien, Marcus Rediker décrit comment certains combats d’hier (l’anti-esclavagisme) ou d’aujourd’hui (la lutte contre la peine de mort et les biais du système juridique contre les popu-lations afro-américaines) sont parvenus à mobiliser des forces très hétérogènes autour de revendi-cations unificatrices. Il souligne le besoin de pratiquer un certain travail d’agitation, parfois nourri par de sentiments de colère et dynamisé par des slogans qui ne simplifient la réalité que pour l’orienter vers sa nécessaire transformation.

For a Populism of the Motley Crew

In this interview, Marcus Rediker comments on past and recent struggles (for the abolition of slav-ery or against the racist death penalty), showing how they managed to assemble heterogeneous forces around a common cause. He stresses the need to agitate, in order to mobilize political movements where certain forms of rage and certain simplifying slogans can help to keep our eyes on the more important goals.

Le « nouveau monde » des histoires

Les thèses défendues ici par l’un des membres du collectif Wu Ming prennent le contrepied des discours habituels tenus sur le populisme. Raconter des histoires, s’armer des pouvoirs propres du storytelling ne revient pas nécessairement à embobiner les masses dans des bobards : sous certaines conditions, cela peut au contraire aider à la circulation de récits émancipants, qui élèvent l’intelligence de ceux qui les racontent comme de ceux qui les écoutent.

The “New World” of Stories

The theses defended by a member of the Wu Ming collective go against the grain of the common discourses against populism. The practices of storytelling do not necessarily lead to luring the masses by lying to them: under certain conditions, it can put into circulation empowering myths which elevate the intelligence of those who tell the tales as of those who listen to them.

L’histoire commence en 1996 au Congo-Brazzaville. Mon ami Titi Nganga m’y a offert un vieux morceau de tissu en raffia, un Nchakokot, sur lequel on avait cousu des morceaux de tissu venu d’occident. Je fus immédiatement surpris de cette intrusion décorative inattendue. En examinant attentivement l’envers de la pièce, j’ai remarqué que chaque morceau de […]

De la révolution de janvier à Sissi
Comment et pourquoi ?

Cet article tente de montrer que la révolution qui s’est produite en Égypte était porteuse d’un projet politique libéral-démocrate. Les groupes révolutionnaires et les opposants au régime de Moubarak ont réussi à mobiliser des couches sociales substantielles en 2011 en demandant le respect des droits humains de base et la représentation de la volonté du peuple. La forte présence d’ouvriers mécontents, de classes moyennes appauvries et de populations urbaines défavorisées dans le mouvement de protestation n’a jamais débouché sur un projet politique visant un changement économique et social. Leurs revendications sont restées figées dans une économie morale nassériste où les revendications économiques et sociales sont en grande partie apolitiques et totalement dissociées de la démocratisation des relations entre la société et l’État. L’absence de projet de changement socio-politique a privé le processus révolutionnaire d’une large et solide coalition sociale.

From the January revolution to Sisi
How and why?

The argument this article attempts to develop is that the revolution in Egypt had a relatively clear liberal democratic political project. Revolutionary groups and political opponents to the Mubarak regime managed to mobilize substantial social strata in 2011 asking for the respect of basic human rights and for the representation of the will of the people. The strong presence of disaffected laborers, impoverished middle classes and urban poor in the protest movement never evolved into a political project aiming at social and economic change. Their demands conversely remained by and large stuck in the Nasserist moral economy, where economic and social demands are largely apolitical and definitely dissociated from the democratization of society-state relations. The absence of a project of socio-political change deprived the revolutionary process of a solid and broad social coalition.

De la révolution de janvier à Sissi
Comment et pourquoi ?

Cet article tente de montrer que la révolution qui s’est produite en Égypte était porteuse d’un projet politique libéral-démocrate. Les groupes révolutionnaires et les opposants au régime de Moubarak ont réussi à mobiliser des couches sociales substantielles en 2011 en demandant le respect des droits humains de base et la représentation de la volonté du peuple. La forte présence d’ouvriers mécontents, de classes moyennes appauvries et de populations urbaines défavorisées dans le mouvement de protestation n’a jamais débouché sur un projet politique visant un changement économique et social. Leurs revendications sont restées figées dans une économie morale nassériste où les revendications économiques et sociales sont en grande partie apolitiques et totalement dissociées de la démocratisation des relations entre la société et l’État. L’absence de projet de changement socio-politique a privé le processus révolutionnaire d’une large et solide coalition sociale.

From the January revolution to Sisi
How and why?

The argument this article attempts to develop is that the revolution in Egypt had a relatively clear liberal democratic political project. Revolutionary groups and political opponents to the Mubarak regime managed to mobilize substantial social strata in 2011 asking for the respect of basic human rights and for the representation of the will of the people. The strong presence of disaffected laborers, impoverished middle classes and urban poor in the protest movement never evolved into a political project aiming at social and economic change. Their demands conversely remained by and large stuck in the Nasserist moral economy, where economic and social demands are largely apolitical and definitely dissociated from the democratization of society-state relations. The absence of a project of socio-political change deprived the revolutionary process of a solid and broad social coalition.

Pourquoi une République dite « laïque » réduit-elle systématiquement des citoyens à leur appartenance « religieuse » supposée ? Pourquoi des inégalités sociales, concrètes et matérielles, prennent-elles la forme de conflits « religieux » au moment où l’on crie « laïcité » sur tous les toits ? « Décoloniser la laïcité » est une hypothèse de réponse collective à ces questions. Elle suggère que ce sont des […]