Archives du mot-clé esthétique

Vers une politique du dividualisme

Vers une politique du dividualisme
L’individu de la gouvernance néolibérale mérite d’être envisagé comme un « dividuel » secoué par les rassemblements turbulents de tendances hétérogènes, divisé entre elles dans sa relation à soi. Du fait des urgences et des surcharges attentionnelles auxquelles il est soumis, l’intuition se substitue souvent chez lui au choix réfléchi et délibéré. C’est à des dividuels que s’adressent les techniques de priming (amorçage) par lesquelles les logiques néolibérales restructurent nos comportements. Comment parvenir à y identifier un contre-ontopouvoir immanent ? Comment en faire émerger une politique du dividualisme ? C’est dans une catalyse activiste qu’il faut reconnaître aujourd’hui un art affectif de la politique.

Towards a Politics of Dividualism
The individual produced by neoliberal governance ought to be identified as a “dividual”, set in tensions by a turbulence of heterogeneous tendencies, divided between them in his relation to himself. Because of the emergency and attentional overload to which he is exposed, intuition often substitutes for deliberate choice. Techniques of priming are addressed to such dividuals, in their attempt to restructure our behaviors along neoliberal injunctions. How can one identify immanent forms of counter-ontopower in such a situation? How can one help the emergence of a politics of dividualism? An activist catalysis may pave the way for an affective art of politics.

Le nudge
Embarras du choix & paternalisme libertarien
Au titre d’un « paternalisme libertarien », certains libéraux proposent de reconsidérer nos interactions sociales du point de vue des « architectures de choix » qui les conditionnent en sous-main à notre insu. La doctrine du « nudge » (coup de pouce dans le bon sens) propose une méthode douce d’influencer nos comportements basée sur des conditionnements souvent imperceptibles. Depuis la réforme des systèmes de santé ou de retraite jusqu’à l’organisation spatiale d’une cantine scolaire, le monde social devient le terrain d’exercice d’une activité de design potentiellement omniprésente, supposée bienveillante mais néanmoins inquiétante.

Nudging
Embarrassment of Choices and Libertarian Paternalism
In the name of “Libertarian Paternalism”, certain thinkers invite us to reconsider our social interactions from the point of view of the “choice architectures” that condition them unbeknownst to the agents themselves. The theory and practices of “nudging” provide us with soft methods to influence our behaviors on the basis of infra-perceptible conditionings. From Health Systems to Retirement Plans and school cafeteria, the social world becomes a playground for a potentially ubiquitous agency of design, reputed to be benevolent but nevertheless worrying in its implications.

Petite introduction à la lecture de Tim Ingold

  L’entretien qui suit a été réalisé le 27 mai 2017, à Aberdeen, à la fin d’une semaine de rencontres du réseau européen Knowing from the inside, qui rassemble tant des praticiens que des théoriciens autour de la question d’une connaissance vivante et immanente que Tim Ingold travaille depuis de nombreuses années, de façon généralement collective. […]

La théâtralisation d’une lutte « écoféministe »
Cet article d’anthropologie propose de premières pistes pour penser l’écoféminisme en lien avec le champ d’études théâtrales, et notamment la tension entre performance et représentativité. Il se base sur un mouvement paysan, qui lutte contre la construction d’une usine de ciment, et qui s’est fait connaître pour le rôle qu’y jouent les femmes par le biais d’actions théâtralisées qui font les liens entre leurs corps et la nature. Nous interrogeons dans quelle mesure l’écoféminisme agit comme une nouvelle norme globale permettant d’intégrer une lutte au système de représentativité dominant.

Dramatization of an Ecofeminist Struggle
This anthropological study sketches an attempt to think ecofeminism in light of drama studies, namely through the tension between performance and representation. It analyzes a peasant movement of, which fights against the construction of a cement factory, a struggle famous for the prominent role played by women through the use of drama to foster the connections between their body and nature. The article questions the possibility for ecofeminism to provide a new global norm allowing to integrate a struggle into the dominant system of representation.

Au travail, à la maison, dans la rue, la vie ordinaire souffre d’un manque de reconnaissance des valeurs qui s’y trouvent produites et potentiellement vécues, de telle sorte qu’elles y passent le plus souvent inaperçues. Plutôt qu’à entretenir l’ordre établi des valeurs dans leur apparente objectivité, une politique plus radicale suppose de contester les systèmes […]

Autopsie urbaine
Sur Le Géant de Michael Klier
Le Géant (1982), film de Michael Klier, est un montage d’images de vidéosurveillance et policières, enregistrées dans de grandes villes d’Allemagne de l’Ouest (RFA). Au-delà d’une simple critique dénonciatrice, ce détournement artistique interroge de manière spéculative nos regards de spectateur sur les espaces urbains. En dépassant l’association convenue entre mise en visibilité et capacité de contrôle, il ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur les expériences urbaines.

Urban Autopsy
On Michael Klier’s
The Giant
Michael Klier’s film
The Giant (1982) edits images of video-surveillance taken by the police and recorded in West Germany’s larger cities. Beyond a mere critique denouncing police surveillance, this artistic détournement questions in a speculative way our gaze as viewers of urban spaces. By overcoming the clichés associating visibility and control, it breaks new reflexive grounds about urban experiences.

Des gestes sur l’écran aux gestes de rue
City Lights de Charlie Chaplin
L’ingéniosité et l’audace de Charlie Chaplin sont observées et analysées à travers la scène d’ouverture de City Lights. L’artiste dégage un certain nombre de parades et d’élans qui permutent les relations de pouvoir. Les places de chacun sont réorganisées via de multiples gestes critiques. Ode à la perturbation, en vue de les prolonger dans nos villes, dans nos quotidiens, l’article tente d’entraîner le lecteur dans de potentielles actions et interactions rediscutant l’espace public.

From Gestures on the Screen to Gestures in the Streets
Charlie Chaplin’s
City Lights
Chaplin’s ingenious and audacious creativity is analyzed through City Lights’ opening scene, where the actor-filmmaker stages a number of parades and impulses that permutate relations of power. The agents’ places are reconfigured through a variety of critical gestures. Conceived as an ode to perturbations extendable to our cities and daily lives, the article invites the reader to pursue actions and interactions questioning the potentials of public spaces.

Interrelationnisme. Horreur ou merveille.

Interrelationnisme
Horreur ou merveille
Manuscrit inachevé, retrouvé parmi les papiers non classés du Pr Carpenter après sa mystérieuse disparition, ce texte est considéré par certains comme une preuve de la folie tardive de son auteur. Dans un style analytique, il commence par rejeter à la fois le subjectivisme et les ontologies de l’objet, également écocidaires, au profit d’une conception « interrelationniste » de la réalité. Puis il se termine par des notes fragmentaires que leur densité rend très hermétiques, mais qui témoignent d’une crise intellectuelle radicale et d’une conversion ultime.

Interrelationnism
Horror or Wonder
This unfinished manuscript, found among the unclassified papers of Pr Carpenter after he disappeared mysteriously, is considered by some as a proof of the late madness of his author. In an analytical style, the text begins by rejecting subjectivism and object-oriented-ontologies, which are equally ecocidal, to the benefit of an “interralionnist” conception of reality. Then it ends with fragmentary notations that their density makes very hermetic, but that bear witness to a radical intellectual crisis and to an ultimate conversion.

Debout avec la terre
Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones
De plus en plus de mouvements activistes luttant contre la destruction des milieux de vie, notamment par les industries extractives qui précipitent les transformations climatiques et empoisonnent les eaux et l’air, cherchent des alliances et des sources d’inspiration auprès de peuples autochtones, tels les Aborigènes d’Australie, qui n’ont pas la même vision de la Terre que celle consistant à nier la nature sous prétexte qu’elle aurait succombé aux technologies humaines. Il est proposé ici de répondre à la réduction des ontologies en anthropologie par une « slow anthropology » qui soit « Debout avec la terre », fondée sur une expérience de terrain écosophiquement inspirée des visions et de la créativité des peuples autochtones et de leurs alliés en passant par la SF selon Haraway, Stengers et Meillassoux.

Standing with the Earth
Aboriginal Cosmopolitics and Autochthon Solidarities
More and more activist movements struggling against the destruction of their living environments – especially because of the extractive industries that accelerate the climate change and poison the water and the air, – look for alliance and inspiration in the autochthon people, such as the Aborigines of Australia, whose vision of the Earth is not to deny nature on the pretext that it would have succumbed to human technologies. This article proposes to respond to the reduction of ontologies in anthropology with a “slow anthropology” that would be “standing with the Earth”, a slow anthropology based on a field experience, ecosophically inspired by visions and creativity of the autochthon people and of their allies, and by the Science Fiction according to Haraway, Stengers and Meillassoux.

L’être le plus faible possible
Dans cet entretien, Tristan Garcia revient sur le premier principe de son « ontologie plate » : laisser être toutes choses également, concevoir « quelque chose » comme l’être si faible que rien de plus faible ne peut être conçu. L’intérêt d’une telle ontologie libérale est de permettre la reconstruction de métaphysiques, après la postmodernité, mais d’interdire aux métaphysiques de s’absolutiser et de passer pour des ontologies par défaut. L’ontologie la plus faible est là pour court-circuiter les constructions métaphysiques, en réaffirmant à tous les étages de la construction que n’importe quoi est également quelque chose.

The Being as Weak as Possible
In this interview, Tristan Garcia explains the first principle of his “flat ontology”: let all things equally be, conceive “something” as the being so weak that nothing weaker can be conceived. The interest of such a liberal ontology is to allow the reconstruction of metaphysics, after postmodernity, but to prevent metaphysics to become absolute and to pass for ontologies in the absence of a true one. The weakest ontology is there to short-circuit the metaphysical constructions, by reasserting at every step of the construction that anything is equally something.

Le site de la Linière à Grande Synthe
Camp ou quartier?

Le lieu de vie construit par les migrants à Grande Synthe est en cœur d’agglomération ; les exilés peuvent bénéficier des services de la ville et de nombreux services ont été installés par les associations. Il ne s’agit pas réellement d’un camp. Cette initiative s’inscrit dans le projet d’autonomie des villes par rapport aux États. Du point de vue architectural il s’agit d’un lieu ouvert capable de s’adapter aux arrivées et départs de population, capable de voir se développer des activités productives. C’est un quartier d’accueil et d’intégration.

The Linière Site at the Grande Synthe
Camp or Neighborhood?

The living space built by migrants at the Grande Synthe is located in the core of the city; exiled people can benefit from the townhouse services and several services are provided by associations. Is it really a “camp”? This is part of the increasing autonomy claimed by cities towards national States. From an architectural point of view, it is an open place designed to adapt to the incoming and outgoing of populations, which can host productive activities. It is a neighborhood geared towards welcoming and integration.

Considérant ce qui s’affirme

Considérant ce qui s’affirme
Sciences et politiques dissidentes du PEROU dans les camps, bidonvilles et refuges de France

Dans cet entretien avec Luc Gwadzinzky, Sébastien Thiery, coordonnateur du PEROU, affirme chercher au contact des migrants et des exclus les formes émergentes de la ville de demain, celle qui fera place à tous ceux qu’exclut la métropolisation. Il s’agit de déplacer le regard, d’englober migrants et habitants dans une même question. La démarche se déplace de site en site, en faisant jurisprudence à partir de chaque cas, en produisant fictions et créations avec migrants, habitants et artistes, en reconnaissant les pratiques d’hospitalité et l’immensité des ressources potentielles qu’elles mobilisent. Un programme de recherche et de formation, l’École des situations, est en préparation.

Considering What Asserts Itself
Dissident Sciences and Politics by Perou in French Slums and Camps

In this interview with Luc Gwadzinzky, Sébastien Thiery, coordinator of the PEROU collective, explains how working with migrants and castaways helps understanding the emergent features of tomorrow’s cities, which will have to find room for all those excluded by our current metropolis. In order to displace our point of view and to develop a common perspective between migrants and locals, their work goes from site to site, generating jurisprudence based on singular cases, producing fictions and creations shared by migrants, locals and artists, documenting the incredibly resourceful wealth of hospitality and solidarity. A research program entitled the School of Situations is in preparation.

Des cartes Des architectes, professionnels et étudiants, des géographes, des sociologues, la plupart attachés au PEROU, ont passé des mois dans la ville de Calais et dans la Jungle. Devenu-e-s familier-e-s du campement, ayant noué des relations avec les réfugiés, ils et elles ont, selon leur compétences, leur sensibilité, leurs affinités avec les quartiers et […]

La présence médiale des corps étrangers

Des pratiques artistiques aux discours sur l’immigration, les présences qui nous hantent en masse vivent de la tension entre leurs réalités médiales, nos désirs d’immédiateté et nos rêves d’immunité. Ce sont les plis générés entre ces trois registres qui rendent nos modes de présence très compliqués.

The Medial Presence of Foreign Bodies

From artistic experimentations to discourses on immigration, we are haunted by presences where realities of mediation, desires of immediacy and dreams of immunity are folded upon each other. The entanglements between these three registers make our modes of presence extremely complicated.

Sensibilité, imagination, techno-esthétique

À partir d’une lecture de Kant et d’une analyse de quelques expériences de nos interactions avec la réalité matérielle, cet article développe une pensée de l’aisthesis qui précise la nature de la différence entre les perceptions qui nous viennent à travers des médiations techniques (au-jourd’hui numériques) et les perceptions que nous avons des formes qui constituent notre envi-ronnement présentiel. Sans aucune technophobie, il aide à comprendre en quoi l’autoréférentialité de la représentation ne cesse de croître en même temps que nos percep-tions sont de plus en plus filtrées par des médiations numériques.

Sensibility, imagination, techno-aesthetics

Starting from a reading of Kant’s aesthetics and from the analysis of a few forms of interaction with material reality, this article develops a theory of the aesthesis which helps to pin down the difference between the perceptions we draw from technical images (now digital) and those we draw from our unmediated interactions with our present environment. Without any technophobia, it explains how the self-referentiality of our representations tends to increase as our perceptions are increasingly filtered by digital mediations.

Subjectivités computationnelles et consciences appareillées

Cet article revient sur la notion de « subjectivité computationnelle » formulée par David M. Berry visant à développer une approche critique des technologies numériques. Afin de comprendre les implications philosophiques d’un tel rapprochement entre « subjectivation » et « computation », nous revenons tout d’abord, via Leibniz et Hannah Arendt, sur l’émergence des sciences modernes qui visent à faire du « sujet » classique une entité calculante. Nous voyons ensuite comment les sciences « comportementales » ont influencé la conception des ordinateurs en substituant à la raison humaine des modélisations rationnelles déléguées à des machines. Pour sortir de l’impasse d’une déshumanisation annoncée dès la fin des années 1970 par des auteurs comme Ivan Illich ou Gilles Deleuze, nous envisageons enfin la « subjectivation » comme un processus qui ne nécessite pas qu’il y ait sujet. Le concept d’« appareil », tel que le propose Pierre-Damien Huyghe à propos de la photographie et du cinéma, peut ainsi être étendu aux machines computationnelles pour penser de possibles « consciences appareillées ».

Computational Subjectivities and Apparatus-Consciousness

In continuation with David M. Berry’s considerations on “computational subjectivities”, this paper goes back to the emergence of modern science, via Leibniz to Arendt, questioning the attempt to see the classical “subject” as a calculating machine. After behaviorism had greatly influenced computer science, after Ivan Illich or Gilles Deleuze’s redefinition of the subject, we can now envisage processes of subjectivation without a subject. The concept of apparatus, as theorized by Pierre-Damien Huyghe’s analysis of the photographic camera, can be extended to computation and help us conceive of “apparatus-consciousness”.

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

Joseph Yosef Dadoune .رخالا / רחאה

quatrième de couverture: Joseph Dadoune, Border Notes, 08/07/2014 − 26/08/2014, suite de 50 dessins, 48 x 32,9 cm, reproduction photographique : Aurélien Mole   deuxième de couverture: Joseph Dadoune, 358, 2015, papier beaux-arts, 60 x 80 cm     troisième de couverture: Joseph Dadoune, Serpent plié en deux, 2015, papier beaux-arts, 100 x 150 cm   […]

Le populisme et le populaire

La dénonciation du populisme est analysée ici comme une manière de structurer le champ politique selon une certaine distribution des capacités et des incapacités, qui dissout a priori l’objet qu’elle prétend mettre en lumière. À cette attitude s’opposent les usages communs du terme « populaire », en particulier dans les textes de Stanley Cavell sur le cinéma hollywoodien, qui se poursuivent aujourd’hui dans certaines études sur les séries télévisées : dans les deux cas, un parti pris de perfectionnisme démocratique fait apparaître l’ordinaire comme un terreau d’intelligence davantage que comme la banalité du vulgaire.

Populism and the Popular

The denunciation of populism is analyzed as a way to structure the field of politics according to a certain distribution of agencies and capabilities which dissolves its very object, the power of the people. Against such an attitude, references to the “popular”, as illustrated in Stanley Cavell’s writ-ings on film and in current studies on TV series, restore a form of popular agency within the per-spective of democratic perfectionism.

Le « nouveau monde » des histoires

Les thèses défendues ici par l’un des membres du collectif Wu Ming prennent le contrepied des discours habituels tenus sur le populisme. Raconter des histoires, s’armer des pouvoirs propres du storytelling ne revient pas nécessairement à embobiner les masses dans des bobards : sous certaines conditions, cela peut au contraire aider à la circulation de récits émancipants, qui élèvent l’intelligence de ceux qui les racontent comme de ceux qui les écoutent.

The “New World” of Stories

The theses defended by a member of the Wu Ming collective go against the grain of the common discourses against populism. The practices of storytelling do not necessarily lead to luring the masses by lying to them: under certain conditions, it can put into circulation empowering myths which elevate the intelligence of those who tell the tales as of those who listen to them.

Documenter les contre-fictions

Documenter les contre-fictions

Quelques films récents donnent à voir à la fois un désir de documenter une réalité que l’appareillage dé-subjectivé de la caméra saisit mieux qu’une conscience humaine encombrée de clichés, et un besoin de réinjecter des fictions au sein de la réalité qu’on filme. Cette tension pro-duit une dynamique contre-fictionnelle qui ouvre des voies prometteuses au geste documentaire.

Documenting Counter-Fictions

A number of recent films are animated by a desire to document reality through a de-subjectified camera which captures it better than a human consciousness overtaken by stereotypes. At the same time, they need to reinject some sort of fiction into the reality they document. This tension generates a counter-fictional dynamics which paves promising new ways for the documentary gesture.

L’archipel du nouveau documentaire italien
L’exemple de Michelangelo Frammartino

Un nouveau cinéma italien, illustré ici par le film Le quattro volte de Michelangelo Frammartino, propose une redéfinition radicale d’une éthique documentaire qui se situe aux confins de l’esthétique et de l’écopolitique. En l’absence d’une construction fictionnelle, la vie s’expose dans sa totalité multiple et non hiérarchique où tout acte, tout objet, toute sensation (aussi humble, minime et singulière soit-elle) garde un droit de perception et conséquemment de pensée.

The Archipelago of the New Italian Documentary
The Example of Michelangelo Frammartino

A new current of Italian documentary films, illustrated by Michelangelo Frammartino’s Le Quattro volte, puts forth a radical redefinition of a documentary ethics located at the crossroad of aesthet-ics and ecopolitics. In the absence of a fictional construction, life exposes itself in its multiple and non-hierarchical totality, in which any action, any object, any sensation (no matter how humble, minimal, singular) preserves a right to perceive, dna therefore a right to think.

De l’imaginaire dans le testimonial

Dans cet entretien avec David Christoffel, la cinéaste décrit et analyse les attentes qui ont pesé sur elle durant le tournage et la réalisation de son film La Vie de Château, qui donne la parole à des demandeurs d’asile regroupés dans un centre d’accueil du cœur de Bruxelles. Pour déjouer les clichés auxquels menace sans cesse de se réduire leur image, elle a réintroduit de la fiction et du merveilleux afin de mieux documenter leurs parcours complexes.

Imaginary Dimensions of Testimonies

In this interview with David Christoffel, the director describes and analyzes the expectations which weighted on the shooting of La vie de Château, a film devoted to asylum-seekers in Brussels. Eager to undo the stereotypes which constantly threaten to reduce and mutilate their image, she decided to reinject a dose of fiction and marvel, in order better to document their complex trajectories.

L’histoire commence en 1996 au Congo-Brazzaville. Mon ami Titi Nganga m’y a offert un vieux morceau de tissu en raffia, un Nchakokot, sur lequel on avait cousu des morceaux de tissu venu d’occident. Je fus immédiatement surpris de cette intrusion décorative inattendue. En examinant attentivement l’envers de la pièce, j’ai remarqué que chaque morceau de […]

Dettes et anamnèse Kader Attia voyage dans le temps à travers les archives qu’il glane aux puces de Berlin ou de Paris. Il collectionne les cartes postales et les journaux de la fin du XIX et du XXe, Le Petit Journal, Le Petit Français, L’Illustration, Les faits divers illustrés, etc., dont les images exhibent des […]

Introduction

Comment, et surtout pourquoi, parler aujourd’hui de « la nature » ? Il est souvent fait comme si le terme était discrédité depuis longtemps, comme si Victor Hugo et Karl Marx avaient été intériorisés, comme s’il y avait toujours de « l’histoire » (des interventions humaines, des rapports sociaux, des luttes politiques) derrière ce qui nous apparaissait comme « naturel ». On […]

La littérature pour penser l’écologie postcoloniale caribéenne

Outre les millions de déplacés par la traite négrière, la violence inouïe de peuples amérindiens entièrement décimés, les équilibres écologiques écroulés et le rythme sanglant d’un esclavage multiséculaire, l’une des conséquences les plus importantes des colonisations européennes dans la Caraïbe demeure l’apparente disparition de récits. Cet article s’intéresse à la portée décoloniale d’une recherche et genèse de récits écologiques comme des traces de résistance à travers la littérature de cette région.

Literary Conception of Postcolonial Caribbean Ecology

In addition to the millions displaced by the slave trade, the unprecedented violence against Amerindian peoples entirely decimated, to the ecological collapse and to centuries of slavery, one of the most important consequences of European colonization of the Caribbean remains the apparent disappearance of stories. This article focuses on the decolonial scope of the search and genesis of ecological stories as traces of resistance through the literatures of this region.

Field recording, hypothèses critiques

Au travers de la multiplicité des usages du field recording, tantôt support d’étude des paysages sonores, tantôt outil de composition musical et environnemental, mais nécessairement dépendant d’un contexte (inter) culturel, David Christoffel et Guillaume Tiger explorent un certain rapport à la nature. Comment parle-t-on de nature via les field recordings ? Quel sens donner à la représentation de la nature dans la musique ? Comment « justice » est-elle rendue à la nature dans l’élaboration de paysages sonores virtuels ? Les réflexions croisées des auteurs sur ces questionnements tournent en sens inverses autour d’un même pot de sons naturels.

Field recording: Critical Hypotheses

Through the diversity of field recording’s uses (sometimes support for soundscape studies, sometimes composition tool for music and environments but always depend on—inter—cultural context), David Christoffel and Guillaume Tiger investigate some relation to nature. How do we speak of nature through field recordings? What is the meaning of Nature within musical composition processes? How do we give “justice” to nature through the creation of virtual soundscapes? The authors exchange on these matters, their points of view rotating in opposite directions around the same melting pot of natural sonorities.

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du Tiers-Langage

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du tiers langage

La «Guerre des Demoiselles » éclate en Ariège au début du XIXe siècle en réaction à la disparition des droits d’usage ancestraux qui fondaient l’habitabilité du territoire et la survie de ses habitants. Bien qu’elle emprunte de façon générale certains aspects de la guérilla, nous verrons que cette rébellion se signale aussi par le déploiement d’un langage symbolique et poétique qui à la fois « habite » et « hante » son milieu, montrant la consubstantialité et la mise en crise simultanée du prosaïque et du poétique, de l’habitat et du discours.

The Demoiselles’ War or the Insurrection of the Third Language

1829 saw the start of one of the eeriest peasant revolts in French modern history, “the Demoiselles’War”, a mountain guerilla aimed at earning back ancestral land rights. However, the rebellion is also characterized by the deployment of a fantastic and poetical language across the landscape, marking a shift from habitation to haunting as well as the simultaneous crisis of the prosaic and the poetical, of habitation and discourse.

Sortir de l’anthropocène

L’Anthropocène est un « Entropocène », c’est-à-dire une période de production massive d’entropie précisément en cela que les savoirs ayant été liquidés et automatisés, ce ne sont plus des savoirs, mais des systèmes fermés, c’est-à-dire entropiques. Le nouveau critère de redistribution qu’il s’agit de mettre en œuvre dans l’économie du Néguanthropocène doit être fondé sur une capacité de désautomatisation qu’il faut ressusciter.

Exiting the Anthropocene

The anthropocene should be written “entropocene”, i.e., a period of mass production of entropy due to the fact that many fields of knowledge have been abolished and liquidated : they no longer belong to human knowledge, but offer closed systems of automatic reactions, which, as such, present high levels of entropy. The new criterion of redistribution needed in our age of Neguanthropocene must be based on our capacity to disautomatize and resuscitate a whole range of human operations.