Archives du mot-clé expérience

  Si Molière était encore parmi nous, qu’aurait-il pensé de notre Bourgeois numérique de cette fin d’année 2018, si enchanté de découvrir les miracles de l’intelligence artificielle (IA) ? N’aurait-il pas gratifié cet héritier du Bourgeois gentilhomme, inspiré comme il se doit par sa Mama IA Google, d’un nouveau titre de grand Mamamouchi ? Tandis que sa […]

Qui sont 
les « victimes » du quartier La Chapelle ?

  Les données statistiques françaises montrent sans ambiguïté que les violences contre les femmes sont majoritairement commises par des proches dans la sphère privée. Pourtant, un dispositif complexe de contrôle spatial de genre tend à convaincre les femmes que les espaces extérieurs sont risqués, et parallèlement conforte les hommes dans leur sentiment que ces mêmes […]

  § 1 : Il faudrait faire l’histoire de notre inattention1. Elle montrerait qu’il existe des formes de vie qui sont incapables de se reconnaître comme des formes de vie. Car c’est cette incapacité qui fait dérailler la langue au point de la faire déraisonner. Une anthropologie de l’inattention est celle d’un mode d’existence qui en […]

Kevin Quashie livre dans cette introduction à La souveraineté du recueillement (2012)1 une analyse précise et féconde du concept de quiet (« calme », « silence », « tranquillité », « recueillement ») qu’il s’efforce d’appliquer à la culture afro-américaine. L’article agit comme un plaidoyer pour une reconsidération : depuis plusieurs décennies de lutte contre l’esclavagisme puis pour les droits civils et humains que […]

Habiter l’inséparation
Nous sommes désormais entrés dans l’ontologie de l’inséparation. Un mouvement de fond nous a fait passer d’un univers humaniste composé d’entités séparables à un réel inséparé où tous les phénomènes devenus globalisés sont liés a priori (et non a posteriori), en intra-relation de co-évolution et de co-dépendance. Notre monde élabore une nouvelle condition d’existence, d’où la figure de l’Autre a disparu. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Là n’est pas la question. Cela est.

Dwelling in Inseparation
We have entered the ontology of inseparation. A deep and inescapable movement is pushing us from a humanist universe made of separable entities towards an unseparated real, where all phenomena are globalized and tied together a priori (rather than a posteriori), in intra-relations of co-evolution and co-dependence. Our world is giving birth to a new condition of existence, from which the figure of the Other has disappeared. Is it a good thing? A bad thing? That is not the question. The point is that we are unseparated, like it or not.

Inséparer

Inséparer
« Nous sommes embarqués », certainement ; le tout est de savoir comment. On peut bien invoquer une condition commune, qui est celle des habitants d’une planète exposée aux risques de transformations soudaines. Mais cela ne nous autorise pas à dire que cette condition est celle de l’inséparation. Ce qu’il y a d’inséparé entre les êtres est toujours localisé. Il correspond à ce que Gilbert Simondon appelle le « transindividuel ». L’inséparé, qui existe localement entre quelques êtres, est l’enjeu d’un travail dialectique – un travail d’inséparation. Un travail qui se reconnaît à ceci qu’il permet d’abriter l’expérience d’un temps commun. L’existence même du temps commun est l’enjeu essentiel de la politique aujourd’hui, et la condition d’une action à la mesure de la situation. Car ce qu’impose avant tout l’ennemi aujourd’hui, c’est bien une certaine forme du temps, qu’il s’agit de briser.

Inseparating
“We are all onboard the same ship”, certainly. The problem is to understand how. One can of course refer to a common condition, that of dwellers of a planet exposed to threats of sudden transformations. But this does not authorize us to claim that this condition is one of inseparation. What is inseparated among beings is always localized. It corresponds to what Gilbert Simondon called the “transindividual”. The inseparated which exists locally between beings is a matter of dialectic work—a work of inseparation. This work is characterized by its capacity to provide a space for experiencing a common time. The existence of such a common time is crucially at stake in what we call « politics » today, it is the precondition to acting in face of a certain situation. For what is imposed by our enemy today is first and foremost a certain form of time, which needs to be broken.

Exercice de navigation sur Notre Mer d’îles d’Epeli Hau’Ofa
Dans une conférence prononcée en 1993, le penseur et conteur fidjien Epeli Hau’Ofa propose de substituer au regard colonial réduisant le milieu de vie des peuples du Pacifique à des îles petites et isolées un regard océanique prenant acte de l’existence ancestrale d’une mer d’îles. Le présent article s’intéresse aux horizons que nous ouvre ce texte pour penser ce qui aujourd’hui nous insépare.

Navigation Exercise on Epeli Hau’Ofa’s Our Sea of Islands
In a 1993 lecture, Epeli Hau’Ofa, thinker and storyteller fom the Fidji Islands, invited us to reject a colonial gaze, reducing the life environment of Pacific islanders to scattered and isolated islands, in order to welcome a common life-form connected rather than separated by the ancestral existence of a sea of islands. This article attempts to unfold some of the horizons opened by this text in order to better understand what inseparates us in today’s world.

Hors de la maison
De l’alimentation ou de la métaphysique de la réincarnation
Dès ses origines, l’écologie a toujours voulu présupposer l’existence parmi les êtres vivants non-humains d’un ordre, d’un équilibre naturel qu’il est nécessaire d’affirmer pour nier ou refouler l’apparente « guerre de tous contre tous » censée régner entre les différentes espèces naturelles. L’article essaie de définir les présupposés théologiques de cette idée d’ordre, et de montrer qu’au centre de l’interaction entre toutes les espèces, il y a une activité d’inclusion et d’inséparation qui se manifeste par l’alimentation.

Outside of the Home
On Alimentation, or On the Metphysics of Reincarnation
From its origins, ecology always presupposed the existence, among non-human living beings, of a natural order and balance it needed to assert in order to negate or repress the “war of all against everyone” perceived between various natural species. This article attempts to define the theological requirements of the idea of such an order, and to show that, at the very core of the interaction between species, one finds an activity of inclusion and inseparation, which manifests itself through alimentation.

Timothy Morton
Hyperobjets
Le déréglement climatique est sans doute l’exemple le plus dramatique d’« hyperobjet », à savoir d’entités de dimensions temporelles et spatiales si disproportionnées à nos habitudes de perception que nos cadres de pensée et de compréhension s’en trouvent déjoués. Cet article explique ce que sont les hyperobjets et évoque leur impact sur nos modes de pensée ainsi que sur les façons dont nous devons apprendre à coexister. Les hyperobjets nous forcent à prendre en compte l’inséparé.

Hyperobjects
Global warming is perhaps the most dramatic example of “hyperobjects”—entities of such vast temporal and spatial dimensions that they defeat traditional ideas about what a thing is in the first place. This article explains what hyperobjects are, and their impact on how we think and must learn to coexist. Hyperobjects force us to account for the inseparated.

Une offre morale plastique
L’offensive 
de l’ONG World Vision au Liban
Depuis quinze ans, le monde arabe, en particulier le Liban, est le théâtre d’une campagne dynamique d’évangélisation, lancée par le protestantisme évangélique, qui accorde une place prépondérante à la conversion. L’organisation non gouvernementale (ONG) est la structure privilégiée des évangélistes. Elle s’adapte parfaitement aux caractères d’une mouvance qui fonctionne en réseau, au plan transnational, et investit de larges pans du social et de l’économique. Dans cet article, on questionne les valeurs dont se réclame une ONG évangélique particulière, World Vision, et la manière dont elles sont reçues par les convertis. En analysant les parcours de deux protagonistes, Melkon et Mona, on tente de montrer que les valeurs morales alléguées par l’ONG permettent aux individus de donner sens et cohérence à leurs parcours conversionnels. Si World Vision travaille à la valorisation des individus et met en relief les manquements de la société libanaise en matière de solidarité, l’ONG participe paradoxalement à fragiliser la cohésion familiale.

A Flexible 
Moral Offer
The Offensive 
of the NGO World Vision in Lebanon
For fifteen years, the Arab world, in particular Lebanon, has experienced a dynamic campaign of evangelization, launched by evangelical Protestantism, which gives a preponderant place to conversion. NGOs are the privileged structures of the Evangelists. They perfectly adapt to the characteristics of a transnational movement that operates as a network and invests large parts of the social and economic spheres. This article questions the values ​​of a particular evangelical NGO, World Vision, and their reception by converts. By analyzing the trajectories of two protagonists, Melkon and Mona, we try to show that the moral values ​​alleged by the NGO allow individuals to give meaning and coherence to their conversion paths. While World Vision works to promote individuals and highlights the failings of Lebanese society in terms of solidarity, the NGO paradoxically contributes to weaken family cohesion.

La démocratie comme enquête et comme forme de vie
La notion de forme de vie se retrouve aujourd’hui dans des contextes théoriques divers – Théorie critique, Wittgenstein, biopolitique, étude des styles et anthropologies de la vie. Elle permet de penser de nouvelles formes de critique et d’éthique dans un monde touché par le changement global et la radicalisation des inégalités sociales, sanitaires et environnementales. Au-delà de la vulnérabilité des formes de (la) vie humaine, apparue en situations de désastre ou de dénuement, le concept de formes de vie s’est également développé à l’articulation du social et de la vie pour décrire les diverses façons de faire inventivité et créer de nouvelles formes de vie. Cette présentation vise à rendre compte de la transformation en cours que signale cet usage dans des domaines tels le travail, la critique sociale ou l’innovation démocratique et les lieux où s’expérimentent de nouvelles formes de vie démocratique.

Democracy as an investigation and a form of life
The notion of form of life is actually found in various theoretical contexts – Critical Theory, Wittgenstein, biopolitics, study of styles of life and anthropology of life. It makes possible to think of new forms of criticism and ethics in a world affected by global change and radicalization of social, health and environmental inequalities. Beyond the vulnerability of the forms of (the) human life, sprung in situations of disaster or bareness, the concept of forms of life has also developed at the articulation of the social and the life, to describe the various ways of doing inventiveness and creating new forms of life. The purpose of this presentation is to report on the ongoing transformation of the use of this concept in areas such as work, social criticism or social innovation, as well as place where new forms of democratic life are experimenting.

Formes de vie, milieux de vie
La forme-occupation
Les occupations actuelles, comme celle des universités, des bocages de Notre-Dame-des Landes ou des forêts de Bure sont exemplaires de la recherche d’une politique d’autonomie appuyée sur des formes de vie encourageant la cohérence entre mode de vie, pensée et activité pratique. Une occupation est le fait d’ouvrir une brèche dans le temps et l’espace en explorant des formes variées de vie qui se soustraient de la réalité sociale et du système marchand. L’article expose plusieurs des formes de vie conciliant monde sensible et puissance d’agir, à l’œuvre par exemple dans les ZAD.

Forms of life
Living environments
Occupation of places
Squats and current occupations, such as Notre-Dame-des-Landes or Bure (France), high point of contestations are seeking for a politic of autonomy, supported by “forms of life” encouraging the coherence between way of living and thinking and practical activity. What we call form-occupation is opening a gap in time and space by exploring various forms of life that are escaping from social reality and from the capitalist system. The article exposes many of these forms of life in the Zones to be defended (Zad) that reconcile the sensible world and the power of acting.

La question démocratique
Politique et forme de vie
Si le système de gouvernement représentatif a perdu une grande part de sa légitimité, c’est que les personnes qui font l’expérience des manières ordinaires d’exercer les droits et devoirs attachés à leur statut de citoyen ont développé une conception du politique qui leur permet de porter des jugements sur l’action des pouvoirs publics, de contester la façon dont ceux-ci assurent le bien commun, et de revendiquer de nouveaux droits. Au lieu de considérer la disparition du consentement aveugle des gouvernés comme une preuve d’infantilisme ou d’irrationalité, il faut y voir l’extension de la vigilance des citoyen.ne.s à l’égard de ceux et celles qui les représentent. Cette vigilance tient sa légitimité de l’idée de démocratie comme forme de vie. La question démocratique, telle qu’elle se pose aujourd’hui, est celle de la reconnaissance de la capacité politique pleine et entière des citoyen.ne.s, à laquelle la pensée de l’antidémocratie s’oppose de façon obstinée. C’est à cette pensée qu’il faut donc renoncer.

The democratic question
Politics and life form
If the system of representative
government has lost much of its
legitimacy, it is because people who experience ordinary ways of exercising the rights and duties attached to their citizenship have developed a conception of politics that makes it possible to make judgements about the action of public authorities, to dispute the way in which they insure the common good and to claim new rights. Instead of considering the disappearance of the blind consent of the governed as a proof of infantilism or irrationality, it must be seen as an extension of the vigilance of citizens towards those who represent them. This vigilance derives its legitimacy from the idea of democracy as a form of life. The democratic question, as it is posed today, is that of the recognition of the full political capacity of the citizens, to which anti democracy thinking stubbornly opposes. It is to this thought that we must renounce.

La critique comme forme de vie démocratique
L’actualité bouillonnante de l’idée de formes de vie a accouché de tentatives multiples de conceptualiser la démocratie comme forme de vie. Cet article met en évidence certains écueils de cette réflexion en train de s’ébaucher, en particulier l’accent placé sur les enjeux de connaissance de la démocratie, la primauté conférée à l’idée de règle pour penser les institutions, et le retour à la vertu comme ressort de la démocratie. Il défend, par opposition, une conception de la démocratie comme permettant et exigeant la critique de la ou des forme(s) de vie instituée(s).

Criticism as a form of democratic life
The bubbling news of the idea of life forms has given rise to multiple attempts to conceptualize democracy as a form of life. This article highlights some of the pitfalls of this emerging reflection, in particular the emphasis on the issues of knowledge of democracy, the primacy of the idea of rule for thinking institutions, and the return to virtue as a spring of democracy. It defends, by contrast, a conception of democracy as permitting and demanding criticism of the instituted form(s) of life.

Habiter le travail
La forme
de vie coopérative
Dans une Scop, les capacités d’agir des coopérateurs ne se trouvent pas uniquement dans des formes de résistance aux normes dont les défaillances ont tendance à les écarter de fait comme alternative valable, mais également dans « les multiples façons d’habiter les normes ». Le concept d’« habiter », renvoyant davantage aux pratiques et aux discours plutôt qu’aux règles et aux valeurs, permet d’ouvrir le champ d’interprétation de la dimension participative de la Scop. Cette approche conduit à réactualiser le projet démocratique de la Scop, en dessinant les contours d’une expérience de vie participative au travail qui s’inscrit dans l’idée de démocratie comme forme de vie.

Inhabiting the work
Cooperative life form
In a Scop, the capacity of the cooperators to act is not only in forms of resistance to norms whose failures tend to dismiss them as a valid alternative, but also in “the many ways of inhabiting the norms”. The concept of “inhabiting”, referring more to practices ans discourses than to rules and values, opens a field to interpret the participative dimension of the Scop, by drawing the contours of an experience of participative life at work, which is part of the idea of democracy as a form of life.

Réévaluer la valeur pour sortir du capitalisme

Réévaluer la valeur pour sortir du capitalisme
Cet article présente des extraits des 99 thèses sur la réévaluation de la valeur. Un manifeste post-capitaliste, à paraître à Duke University Press en 2018. Il suggère qu’il est temps de redéfinir la notion même de valeur. Aux yeux de beaucoup, la valeur a été disqualifiée comme un concept trop compromis et trop englué dans un corset normatif et trop complice des puissances capitalistes pour mériter d’être réhabilité. Cette attitude a seulement conduit à abandonner la valeur aux marchands de normativité et aux apologistes de l’oppression économique. Mais la valeur est trop précieuse pour être abandonnées à de telles mains.

A Few Theses on the Reevaluation of Value
This article excerpts and translates some of the
99 Theses on the Reevaluation of Value. A Post-Capitalist Manifesto, to be published by Duke University Press in 2018. It argues that it is time to take back value. For many, value has long been dismissed as a concept so thoroughly compromised, so soaked in normative strictures and stained by complicity with capitalist power, as to be unredeemable. This has only abandoned value to purveyors of normativity and apologists of economic oppression. Value is too valuable to be left in those hands.

Le revenu universel, condition d’une finance post‑capitaliste
À la lecture de l’ensemble des contributions de cette majeure, Dériver la finance, quelques questions se posent. La blockchain qui consigne toutes les transactions au sein d’une communauté délocalisée de hackers, dit « mineurs », est-elle utilisable plus largement ? La recherche d’un surplus systématique peut-elle alimenter une multiplicité de valeurs ? Un revenu universel n’est-il pas une condition de base pour cet investissement tous azimuts dans la cyber-économie ? Comment se partage la formation nécessaire pour y participer ? Que permettent les nouvelles technologies par rapport à des tentatives plus anciennes de remise en cause de la valeur travail ? Comment ces nouvelles tentatives traitent-elles la valeur égalité présente au cœur de leurs ainées ?

Universal income, a condition for post-capitalist finance
In reading all the contributions of this Major, Deriving Finance, some questions arise. The blockchain that record all transactions within a community of hackers, called “minors”, is it usable more widely? Can the search for a systematic surplus feed a multiplicity of values? Is not a universal income a basic condition for this all-round investment in the cyber economy? How to share the training necessity to participate? What do new technologies allow compared to older attempts to question the value of work? How do these new attempts treat the value of equality, which is at the heart of their elders?

Variations d’intensité
Cet article est une réplique à Tristan Garcia, qui a développé une critique de l’idéal moderne de la « vie intense ». La défense de l’intensité consiste à en penser la logique sur un exemple. Le rock sert ici d’expérience cruciale pour départager les deux conceptions rivales de l’intensité. La critique de Garcia repose en effet sur une opposition indue entre identité et intensité. Le mode d’existence phonographique des œuvres rock réfute cette opposition. L’article s’efforce ensuite de tirer les conséquences éthiques de cette nouvelle conception logique de l’intensité.

Intensity Variations
This article is a reply to Tristan Garcia’s criticism of the modern ideal of “intense life”. In this attempt to re-think the logic of intensity, rock music functions as a crucial experience in order to decide between the two competing conceptions of intensity. Garcia’s criticism is based on an inaccurate opposition between intensity and identity. The phonographic mode of existence of the musical work in rock music disproves this opposition. The article attempts to draw the ethical consequences of this re-thinking of intensity.

« On n’y voit rien ! » Il est vrai, parfois, le spectateur n’est pas au spectacle. Les pratiques artistiques résistent à cet arrêt emphatique, au monumental, à l’ambitieux. Il ne s’agit pas d’écraser le regard sous du spectaculaire, provoquant le sublime ou l’éblouissement. Il y a des gestes artistiques qui se glissent dans des creux, dans du […]

Et si ce n’était même plus du capitalisme, mais quelque chose d’encore bien pire ?
Le capital a pensé trouver le moyen d’esquiver la confrontation avec les travailleurs en se fiant au vecteur d’information. La mondialisation, la désindustrialisation et la sous-traitance permettraient de s’affranchir du pouvoir dont disposaient les travailleurs pour bloquer les flux de la production. Il est temps, toutefois, de se demander si ce qui est apparu en plus et au-dessus du mode de production capitaliste ne serait pas quelque chose de qualitativement différent, qui se trouve en train de générer de nouvelles formes de domination de classe, de nouvelles formes d’extraction de plus-value, voire même de nouveaux types de formation de classe. De même que le capital a dominé la propriété foncière, subsumant son contrôle sur la terre dans une forme de propriété plus abstraite et fongible, de même la classe vectorialiste a subsumé et débordé le capital en s’appuyant sur une forme plus abstraite de valorisation.

What if this is not even capitalism any more, but something  worse?
Capital thought it found it by escaping from labor along the information vector. Globalization, deindustrialization, and outsourcing would enable it to be free from the power of labor to block the flows of production. We should now ask whether what has emerged, in addition to and on top of a capitalist mode of production, is something qualitatively different, but which generates new forms of class domination, new forms of the extraction of surplus, even new kinds of class formation. Just as capital came to dominate landed property, subsuming its control over land in a more abstract and fungible property form, so too the vectoralist class has subsumed and outflanked capital in a more abstract form.

La construction du  commun comme politique post‑ capitaliste
Aujourd’hui la planète est confrontée à l’absence de gestion de communs vitaux tels que l’air, le climat, l’eau. Il importe de construire des modalités collectives de gestion de ces communs, impliquant le maximum de parties prenantes. Pour cela, il faut sortir du capitalocentrisme, parallèle au phallocentrisme dénoncé par les féministes, pour lequel le commun serait engendré inévitablement par les contradictions du capitalisme. Il vaut mieux analyser la manière dont le commun se construit progressivement en mettant une ressource en commun quel que soit le régime de propriété. Trois exemples sont donnés : la qualité de l’air dans une ville australienne jouxtant une mine de charbon, où habitants et industriels ont reconnu peu à peu la nécessité de prévenir la pollution ; la menace sur la couche d’ozone qui a été conjurée à la fois par le Protocole de Montréal de 1985 et par une multitude d’actions en ce sens ; le développement des installations solaires domestiques par les citoyens australiens. À chaque fois une communauté d’acteurs s’est formée transversalement aux lignes de clivages de classe, et c’est une prolifération de ces communautés qui peut mettre l’énergie, l’atmosphère et d’autres ressources planétaires en commun. Il faudrait cependant que cette politique ait un nom, pour lequel l’article propose « La construction du commun ».

Commoning as a postcapitalist politics
Today the planet faces a genuine tragedy of the unmanaged “commons” (like air, climate, water). In this article, we explore how the process of commoning offers a politics for the Anthropocene. To reveal the political potential of commoning, however, we need to step outside of the capitalocentric ways that the commons have generally been understood, and that feminist thinkers have denounced as parallel to phallocentrism. We argue that commons can be conceived of as a process—commoning—that is applicable to any form of property, whether private, or state-owned, or open access. We turn to three examples from the past and the present that provide insights into ways of commoning the atmosphere (air quality in an Australian town, the international response to the threat on the ozone layer, the development of domestic solar energy by Australien citizens). We reveal how a politics of commoning has been enacted through assemblages comprised of social movements, technological advances, institutional arrangements and non-human “others.”

L’appropriation du capital fixe : une  métaphore ?
L’auteur revisite ici son intuition de base, qui renverse l’axiome central soumettant le travailleur au capitaliste du fait de la propriété exclusive dont bénéficie celui-ci sur les moyens de production (le capital fixe, l’usine, les machines). En parlant de « réappropriation du capital fixe » par le travailleur de l’âge des réseaux numériques, il précise ici qu’il ne s’agit pas d’une simple métaphore, mais bien d’un axiome véritablement transformateur de nos horizons socio-politiques.

The Appropriation of Fixed Capital: a  Metaphor?
The author revisits his basic intuition, which turns the central axiom of capitalism on its head: while, in the industrial mode of production, the worker used to be subjected to the capital-owner who held exclusive property of the means of production (the factory), cognitive capitalism has to face a new situation, wherein fixed capital takes the form the worker’s capacity, located in the worker’s body and mind. “Reappropriation” is not to be understood as a mere metaphor, but rather as an axiom of socio-political transformations.

L’hétérarchie de l’intellect général
Cet article élabore le problème de la structure de l’Intellect Général, dont la théorie se développe dans le mouvement intellectuel post-opéraiste. Synonyme de la capacité cognitive de la société, qui peut soit ouvrir la voie d’une libération, soit être exploité par le capitalisme, l’Intellect Général est à la fois une capacité de la société à analyser, à poser des objectifs et à produire, et un corps virtuel composé topologiquement par les connexions sociales entre « la multitude de singularités corporelles ». Ici l’Intellect Général est analysé comme une propriété de cette structure de connexion sociale, nommée comme l’hétérarchie. L’hétérarchie est un ensemble, dont les différentes parties se lient comme autant d’ensembles singuliers et contribuent à ses changements, sans pouvoir être réduites à un système de valeurs unique, transitif et cohérent. L’argument principal de cet article est que, si l’Intellect Général peut dénoter la capacité auto-organisationnelle de la société, il est impossible de l’identifier avec une organisation institutionnelle unique ou avec un régime politique cohérent et englobant.

The Heterarchy of the General Intellect
This paper explores the problem of the structure of General Intellect. Given as a synonym of the cognitive capacity of a society, a capacity which may either provide liberation from capitalism or be exploited by the capitalistic organisation of society, General Intellect is analyzed as a property of a social connection structure, named here as heterarchy. As a connection structure, heterarchy forms different kinds of singularities: aggregations made by statistical repetitions of relations and individual egos making values through their goal setting and other intellectual activity. The main argument of the article is that, though to some extent General Intellect may denote capacity for the self-organization of society, it is nevertheless difficult to identify it with only one particular institutional organisation or political regime. General Intellect appears in any type of social structuring through self-organizing processes.

Lignes théoriques et iconiques
Lignes théoriques, lignes iconiques, lignes poétiques et politiques. Les théoriciens écrivent droit même quand ils pensent de travers, malgré les zigzags de la recherche. Les artistes et les poètes sont tentés par le dépassement et le déplacement des lignes, car ils en éprouvent plus que d’autres la plasticité, même quand elles sont droites. La richesse plastique et sémantique des lignes devient le terreau d’actions artistiques et politiques.

Theorical and iconic lines
Theoretical lines, iconic lines, poetic and political lines. Theorists write right even when they think crooked, despite the zigzags of the search. Artists and poets are tempted by passing and moving lines, for they experience plasticity more than others, even when these lines are straight. The plastic and semantic richness of lines becomes the breeding ground for artistic and political actions.

Lignes de fuite du marronage
Le « lyannaj » ou l’esprit de la forêt
À la lumière de l’expérience historique du marronnage, des fuites et résistances créatrices des afro descendants dans les Amériques et les îles de l’Océan indien (Réunion, Maurice, etc.), ce texte tente de dégager les enjeux et les différentes dimensions de l’image-concept du « lyannaj » – une expression issue, à l’origine, du créole des Antilles françaises et du vocabulaire du travail esclave. Le modèle végétal de la liane apparaît ainsi comme une des matrices des cosmopolitiques amérindiennes et marronnes.

Leackage lines of the “marronage”
“Lyannaj” or the spirit of the forest
In light of the historical experience of “marronage”, of the leaks and creative resistances of afro descendants in the Americas and islands of the Indian Ocean (Réunion, Mauritius, etc.), this text tries to identify the stakes and different dimension of the concept-image of “lyannaj”—an expression originally derived from the “creole” of the French West Indies and the vocabulary of slave labor. The plant model of the creeper thus appears as one of the matrices of amerindian and “marron” cosmopolitics.

Design au Multitudocène
Suivre les lignes, suivre les luttes
Si le design, tout au long du XXe siècle, a stimulé la croissance industrielle avec des projets de développement qui suivaient des idéaux d’universalité, il semble vouloir s’orienter aujourd’hui vers les potentiels de croissance pluriverselle : face aux crises économiques mais aussi écologiques, résistances, résiliences et résurgences font partie des préoccupations et des pratiques des designers contemporains. Elles constituent ce temps de correspondances, de controverses et aussi, de conflits que l’on peut désigner par Multitudocène où suivre les lignes revient surtout à suivre les luttes locales et globales.

Design at the Multitudocene
Follow the lines, follow the struggles
If the design throughout the twentieth century stimulated industrial growth with development projects that followed the ideals of universality, it seems to be moving today towards the possibilities of a pluriversal growth: in the face of economic but also ecological crises, resistance, resilience and resurgence are among the concerns and practices of contemporary designers. They constitute this time of correspondences, of controversies and, also, of conflicts which one can designate by Multitudocene and where to follow the lines means to follow the local and global struggles.

Il faut danser, en dansant
Essai de fabulation spéculative
En cherchant à suivre la vie des lignes, et en les considérant comme des processus de correspondence (Tim Inglod), cet article propose de tisser ces lignes avec quelques autres lancées par Donna Haraway et Isabelle Stengers. Dessins, peintures, films et animations sont quelques-unes des façons avec lesquelles est tentée une anthropologie graphique ou une anthropologie « à travers le design », selon Ingold. Dans cet essai de fabulation spéculative, qui prend appui sur l’œuvre d’Ilana Paterman Brasil et sa rencontre avec Maria Eni Moreira, membre d’un terreiro dans la zone nord de Rio, les lignes sont abordées comme des alliances ou des pratiques de correspondance. L’artiste articule art, design, cinéma, animation et observation participante pour animer les danses traditionnelles de candomblé. Avec ce travail, les auteures revendiquent la possibilité de réaliser d’autres modes de recherche en design, en lien avec l’anthropologie mais aussi en lien avec celles et ceux que l’université a tenu à mettre de côté et oublier.

It is necessary to dance, while dancing
Essay of speculative fabulation
By following the life of lines and considering them, like Tim Ingold, as practices of correspondence, this article proposes to weave these lines with a few others, launched by Donna Haraway and Isabelle Stengers. Drawings, paintings, films and animations are some of the means by which is rehearsed a graphic anthropology or anthropology “by means of design”, as proposed by Ingold. In this essay of speculative fabulation, taking as a starting point the work of Ilana Paterman Brasil and her meeting with Maria Eni Moreira, a member of a “terreiro” at the north suburnban area of Rio, line are considered as alliances or practices of correspondence. The artist articulates art, design, film, motion graphics and participant observation to animate traditional dances of candomblé. Within this work, the authors reclaim the necessity to experiment other means for design research, with both anthropology and those who the university aims to move away and forget.

Externalités africaines
Cet article d’ouverture donne les clés de la métaphore de l’externalité qui résume les formes et forces de la réinvention de l’Afrique contemporaine. Elle s’élabore par des techniques politiques, financières, juridiques, numériques, socio-culturelles particulières, innovantes ou régressives, qui relèvent tout à la fois de la sédimentation historique et de la projection dans le futur. L’extraction coloniale, l’extraversion mondiale riment avec le désir d’externalité des multitudes africaines pour se projeter vers l’extérieur, pour s’exiler vers l’ailleurs et l’au-delà et pour conquérir l’autonomie, l’émancipation et la liberté. Alors le politique devient en Afrique un champ d’expérimentation où se mêlent douloureusement l’imaginaire et le concret, la mémoire et le progrès, le local et le transnational, l’État et le coutumier, le pré-colonial et le numérique.

African Externalities
This introductory article provides the keys to the metaphor of externality which summarizes the forms and forces of reinvention in contemporary Africa. This reinvention comes through political, financial, judicial, digital and socio-cultural techniques, innovating or regressive, which simultaneously illustrate historical sedimentations and projections in the future. Colonial extraction and global extraversion accompany a desire for externality among African multitudes eager to project themselves outwards, in direction of exile, to coquer autonomy, emancipation and freedom. In Africa, politics becomes a field of experimentation where the imaginary and concrete reality, the local and the transnational, the State and common law, the pre-colonial and the digital painfully intermingle.

L’État et le coutumier au nord du Mozambique
Rémanences
Cet article décrit la nouvelle articulation entre l’appareil d’État et le domaine du « coutumier » dans le nord du Mozambique à partir de deux événements concomitants : un rituel funéraire en l’honneur d’un ancien chef et un rallie électoral du FRELIMO. La reconnaissance de la chefferie et du coutumier par l’État, demandée par les donateurs internationaux, met fin à des décades d’exclusion des autorités indigènes. Pourtant celles-ci demeurent, et leur ascendant local sur les populations semble pouvoir être mis au service de l’État, malgré leur compromission dans les violences passées.
The State and the Customary in North Mozambique
Remanence
This essay presents a history of articulations between the state apparatus and the realm of the “customary” in northern Mozambique, throughout periods of colonial rule, socialism, civil war, and postcolonial democratic regimes. The analysis pivots around the ethnographic study of magico-religious rituals combined with postsocialist political rallies. In Mozambique, current recognition of chieftaincy and the “customary” by the state, supported by international donors, reverses decades of postcolonial ban on indigenous authority and practice. This peculiar case presents a paradigmatic perspective on the complex trajectory of indigeneity in postcolonial Africa, where local autochthonous structures and identities are entangled within a history of colonial violence, political oppression, and recent harsh conflict.

L’Afrique, autrement
Dépasser la crise
Bien que la crise soit clairement définie par une conjoncture historique bien précise (guerre, récession, famine) – ou par un moment de bifurcation dans l’histoire – elle est devenue depuis trois décennies déjà la condition ontologique du continent africain, son état permanent. Peut-on parler d’un état de crise sur le long terme ? Comment penser l’Afrique autrement que sous le signe de la crise ? C’est la question centrale de cet article. Au lieu d’argumenter « contre » la crise, l’auteur prône une pratique du concept de crise, qui veut explorer les potentialités d’ouverture – ou de fermeture – que la crise contient.

Africa, otherwise
Beyond Crisis
Although crisis typically refers to a historical conjuncture (war, economic recession, famine) – or to a moment in history, a turning point – it has been taken to be the defining characteristic of teh african continent for some three decades now. Can on speak of a state of enduring crisis ? How can one think “think” Africa otherwise that under the sign of crisis ? This is the central question of this essay. Instead of arguing “against” crisis, the author commends a practice of the concept of crisis. Therefore, we can better understand how the terme enables and forcloses various kinds of questions.