Archives du mot-clé guerre

Qui sont 
les « victimes » du quartier La Chapelle ?

  Les données statistiques françaises montrent sans ambiguïté que les violences contre les femmes sont majoritairement commises par des proches dans la sphère privée. Pourtant, un dispositif complexe de contrôle spatial de genre tend à convaincre les femmes que les espaces extérieurs sont risqués, et parallèlement conforte les hommes dans leur sentiment que ces mêmes […]

  § 1 : Il faudrait faire l’histoire de notre inattention1. Elle montrerait qu’il existe des formes de vie qui sont incapables de se reconnaître comme des formes de vie. Car c’est cette incapacité qui fait dérailler la langue au point de la faire déraisonner. Une anthropologie de l’inattention est celle d’un mode d’existence qui en […]

Kevin Quashie livre dans cette introduction à La souveraineté du recueillement (2012)1 une analyse précise et féconde du concept de quiet (« calme », « silence », « tranquillité », « recueillement ») qu’il s’efforce d’appliquer à la culture afro-américaine. L’article agit comme un plaidoyer pour une reconsidération : depuis plusieurs décennies de lutte contre l’esclavagisme puis pour les droits civils et humains que […]

Habiter l’inséparation
Nous sommes désormais entrés dans l’ontologie de l’inséparation. Un mouvement de fond nous a fait passer d’un univers humaniste composé d’entités séparables à un réel inséparé où tous les phénomènes devenus globalisés sont liés a priori (et non a posteriori), en intra-relation de co-évolution et de co-dépendance. Notre monde élabore une nouvelle condition d’existence, d’où la figure de l’Autre a disparu. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Là n’est pas la question. Cela est.

Dwelling in Inseparation
We have entered the ontology of inseparation. A deep and inescapable movement is pushing us from a humanist universe made of separable entities towards an unseparated real, where all phenomena are globalized and tied together a priori (rather than a posteriori), in intra-relations of co-evolution and co-dependence. Our world is giving birth to a new condition of existence, from which the figure of the Other has disappeared. Is it a good thing? A bad thing? That is not the question. The point is that we are unseparated, like it or not.

Logique de la frontière
À partir de la différence entre les frontières naturelles dites « bona fide », et les frontières artificielles, dites « fiat », cet article tâche de montrer qu’une frontière n’est jamais un résultat mais processus, qui fait passer l’homogène dans l’hétérogène et inversement. On en conclut que la pensée sépare ce que la vie confond en variétés intensives, et que la vie dégrade ce que la pensée sépare, « frontière » étant le nom de ce qu’opère toute vie pensante et toute pensée vivante.

Logic 
of the Border
On the basis of a distinction between natural borders (qualified as “bona fide”) and artificial (or “fiat”) borders, this article attempts to show that a border is not so much a result as a process, whereby the homogeneous enters the heterogeneous, and reciprocally. The conclusion is that thought separates what life unites in intensive varieties, and that life degrades what thought separates—“border” being the name of the action performed by any thinking life and by any living thought.

Exercice de navigation sur Notre Mer d’îles d’Epeli Hau’Ofa
Dans une conférence prononcée en 1993, le penseur et conteur fidjien Epeli Hau’Ofa propose de substituer au regard colonial réduisant le milieu de vie des peuples du Pacifique à des îles petites et isolées un regard océanique prenant acte de l’existence ancestrale d’une mer d’îles. Le présent article s’intéresse aux horizons que nous ouvre ce texte pour penser ce qui aujourd’hui nous insépare.

Navigation Exercise on Epeli Hau’Ofa’s Our Sea of Islands
In a 1993 lecture, Epeli Hau’Ofa, thinker and storyteller fom the Fidji Islands, invited us to reject a colonial gaze, reducing the life environment of Pacific islanders to scattered and isolated islands, in order to welcome a common life-form connected rather than separated by the ancestral existence of a sea of islands. This article attempts to unfold some of the horizons opened by this text in order to better understand what inseparates us in today’s world.

Hors de la maison
De l’alimentation ou de la métaphysique de la réincarnation
Dès ses origines, l’écologie a toujours voulu présupposer l’existence parmi les êtres vivants non-humains d’un ordre, d’un équilibre naturel qu’il est nécessaire d’affirmer pour nier ou refouler l’apparente « guerre de tous contre tous » censée régner entre les différentes espèces naturelles. L’article essaie de définir les présupposés théologiques de cette idée d’ordre, et de montrer qu’au centre de l’interaction entre toutes les espèces, il y a une activité d’inclusion et d’inséparation qui se manifeste par l’alimentation.

Outside of the Home
On Alimentation, or On the Metphysics of Reincarnation
From its origins, ecology always presupposed the existence, among non-human living beings, of a natural order and balance it needed to assert in order to negate or repress the “war of all against everyone” perceived between various natural species. This article attempts to define the theological requirements of the idea of such an order, and to show that, at the very core of the interaction between species, one finds an activity of inclusion and inseparation, which manifests itself through alimentation.

Du don à l’investissement
Les métamorphoses de la solidarité
Depuis les années 1980, les organisations non gouvernementales ont développé un marché de l’aide humanitaire, qui a été relayé dans les années 1990 par les organisations internationales. L’importance du capital émotionnel susceptible d’être rassemblé par ces motifs a conduit les entreprises à vouloir également se placer sur ce marché pour se positionner comme acteur majeur de la société. La gouvernance d’entreprise devient le modèle suivi par toute institution, tandis que l’entreprise prétend devenir bien commun pour sauver la planète. La finance se convertit aux investissements socialement responsables. Comme l’affiche une entreprise chinoise : « le marché est le self-service du bonheur ».

From Giving to Investing
Metamorphoses 
of Solidarity
From the 1980s onwards, NGOs developed a market for humanitarian aid, relayed in the 1990s by international organizations. The considerable emotional capital collected around such initiatives led companies to enter this market, and to reposition themselves as major players on social issues. Company management becomes the model for all institutions, while companies claim to save the planet in the name of our common good. Meanwhile, finance converts itself to socially responsible investments. A poster by a Chinese company recently read: “The market is self-service for happiness”.

Le boum de la philanthropie
À la suite des États-Unis, où le don a été façonné par les milliardaires comme produit financier de rêve et acte de satisfaction morale, les classes moyennes françaises donnent de plus en plus à des associations d’intérêt général. Le financement privé par le mécénat populaire connait un véritable succès de marketing, que l’on peut qualifier de « marketing social ». Mais, parallèlement au développement du mouvement associatif, on assiste, depuis les années 90, à l’émergence de nouveaux samaritains, véritables despotes éclairés : les fondations. À côté des donateurs charitables de la société civile, le donateur philanthropique se positionne entre l’action de l’État-providence et les organismes paritaires chargés de porter l’intérêt général. Leur puissance leur permet de redéfinir cet intérêt général à leur profit. Le boum de la philanthropie est donc lié à une certaine incapacité de l’État-providence, grand redistributeur central, à étendre sa couverture à tous les citoyens, et surtout, aux causes lointaines. Un avenir radieux est donc promis à la philanthropie.

The Boom of Philanthropy
Following the United-States, where philanthropy was shaped by billionaires as a dream financial product and an act of moral satisfaction, the French middle classes increasingly donate to associations of general interest. Private sponsorship through popular philanthropy is a marketing success, which can be described as “social marketing”. But, parallel to the development of the associative movement, we have witnessed, since the 90s, the emergence of new Samaritans, real enlightened despots: the foundations. Next to the charitable donors of civil society, the philanthropic donor is positioned between the policies of the Welfare State and the joint bodies in charge of the general interest. Their power allows them to redefine this general interest to their advantage. The boom of philanthropy is thus linked to a certain incapacity of the Welfare State, the great central redistributor, to extend its coverage to all citizens, and especially to distant causes. A bright future is promised to philanthropy.

Une offre morale plastique
L’offensive 
de l’ONG World Vision au Liban
Depuis quinze ans, le monde arabe, en particulier le Liban, est le théâtre d’une campagne dynamique d’évangélisation, lancée par le protestantisme évangélique, qui accorde une place prépondérante à la conversion. L’organisation non gouvernementale (ONG) est la structure privilégiée des évangélistes. Elle s’adapte parfaitement aux caractères d’une mouvance qui fonctionne en réseau, au plan transnational, et investit de larges pans du social et de l’économique. Dans cet article, on questionne les valeurs dont se réclame une ONG évangélique particulière, World Vision, et la manière dont elles sont reçues par les convertis. En analysant les parcours de deux protagonistes, Melkon et Mona, on tente de montrer que les valeurs morales alléguées par l’ONG permettent aux individus de donner sens et cohérence à leurs parcours conversionnels. Si World Vision travaille à la valorisation des individus et met en relief les manquements de la société libanaise en matière de solidarité, l’ONG participe paradoxalement à fragiliser la cohésion familiale.

A Flexible 
Moral Offer
The Offensive 
of the NGO World Vision in Lebanon
For fifteen years, the Arab world, in particular Lebanon, has experienced a dynamic campaign of evangelization, launched by evangelical Protestantism, which gives a preponderant place to conversion. NGOs are the privileged structures of the Evangelists. They perfectly adapt to the characteristics of a transnational movement that operates as a network and invests large parts of the social and economic spheres. This article questions the values ​​of a particular evangelical NGO, World Vision, and their reception by converts. By analyzing the trajectories of two protagonists, Melkon and Mona, we try to show that the moral values ​​alleged by the NGO allow individuals to give meaning and coherence to their conversion paths. While World Vision works to promote individuals and highlights the failings of Lebanese society in terms of solidarity, the NGO paradoxically contributes to weaken family cohesion.

Formes de vie, milieux de vie
La forme-occupation
Les occupations actuelles, comme celle des universités, des bocages de Notre-Dame-des Landes ou des forêts de Bure sont exemplaires de la recherche d’une politique d’autonomie appuyée sur des formes de vie encourageant la cohérence entre mode de vie, pensée et activité pratique. Une occupation est le fait d’ouvrir une brèche dans le temps et l’espace en explorant des formes variées de vie qui se soustraient de la réalité sociale et du système marchand. L’article expose plusieurs des formes de vie conciliant monde sensible et puissance d’agir, à l’œuvre par exemple dans les ZAD.

Forms of life
Living environments
Occupation of places
Squats and current occupations, such as Notre-Dame-des-Landes or Bure (France), high point of contestations are seeking for a politic of autonomy, supported by “forms of life” encouraging the coherence between way of living and thinking and practical activity. What we call form-occupation is opening a gap in time and space by exploring various forms of life that are escaping from social reality and from the capitalist system. The article exposes many of these forms of life in the Zones to be defended (Zad) that reconcile the sensible world and the power of acting.

Femme, noire, favelada, lesbienne, militante des droits humains et conseillère municipale élue par le PsoL (Parti Socialisme et Liberté) de Rio de Janeiro, Marielle Franco a été assassinée. Par qui ? Cet assassinat n’est pas encore élucidé. Des images montrent deux voitures « clonées » – c’est-à-dire dont les plaques d’immatriculation ont été clonées à deux autres voitures identiques – […]

Vers un horizon post‑capitaliste des dérives financières ?
Et si c’était dans les arcanes de la finance que prenait d’ores et déjà forme l’un des replis constitutifs du post-capitalisme ? Toute une série de penseurs (post?-)marxistes, les plus stimulants parce que les plus hétérodoxes, se sont retrouvés récemment autour d’une analyse croisée de la notion de produits dérivés (derivatives) et des blockchains qui mérite de retenir toute notre attention. Cet article essaie d’en faire un survol rapide.

Towards a Post-Capitalist Horizon of Financial Derivatives
What if a strange form of post-capitalism was already brewing in the arcane procedures of financial derivatives? Following the suggestion made by an improbable constellation of (post-?)Marxist thinkers, this article attempts to map a few hypotheses leading us to view financial derivatives and blockchains as pushing a certain dynamic of capitalism to its point of reversal, where the privatization of every aspect of our lives hollows private property from its customary substance—and opens the way for new apprehensions of the common and of the future.

Fondations liquides
L’abstraction financière
au risque de la fuite des investis
Cet article cherche à comprendre ce qui arrive lorsque les investis – ceux qui ont contracté une dette immobilière ou un crédit – se désinvestissent du contrat déontologique implicite de l’endettement. Que se passe-t-il lorsque ceux qui ont emprunté pour consommer choisissent le défaut de paiement comme une stratégie plus rentable que le remboursement ? Lorsque des incertitudes liées aux contrats ou aux titres de propriété conduisent à des transgressions massives d’attentes de re-paiement ? Lorsque ceux qui sont chargés d’une dette étudiante préfèrent disparaître et se cacher plutôt que faire face à leurs obligations irrémissibles ? Voilà quelques-unes des stratégies auxquelles ont eu recours, en masse, des investis au lendemain de la crise financière de 2008. Cet article tente de montrer que la vision dominante des marchés financiers, une vision monologique, doit être remplacée par une compréhension dialogique des relations entre investisseurs et investis, au sein de laquelle le consensus ne peut plus être traité comme acquis.
The Strategy of Default
Liquid Foundations in the House of Finance
This article investigates what happens when personal investors disinvest from the implicit deontic contract of indebtedness. What happens, when consumer debtors begin to default strategically, before due time? When the uncertainty of contract, title and ownership leads to mass trespass? When student debtors decide to abscond rather than pay off loans that cannot be discharged in bankruptcy? These are some of the strategies that personal debtors have resorted to, en masse, in the “aftermath” of the financial crisis. This article argues that the monological vision of financial markets needs to be replaced by a dialogic understanding of debtor and creditor relations which does not treat consensus as a given.

La logique sociale de la dérivation financière
Cet article propose quelques extraits du livre Knowledge LTD, publié de façon posthume après la disparition précoce de l’auteur. Il ne présente pas les produits dérivés de la finance comme de simples contrats financiers destinés à spéculer sur le prix des risques, mais il montre comment la dérivation financière reconfigure les fondements des échanges économiques, au point de menacer l’unité même de ce que nous appelons encore, de façon désormais obsolète, « l’économie ». Il esquisse de ce fait un réagencement plus large de ce qui constituait autrefois les sphères séparées de l’économie, de la politique et de la culture. Il nous aide ainsi à comprendre la signification sociale des logiques de dérivation financière.

The Social Logic of Financial Derivatives
This article is excerpted from the book entitled Knowledge LTD, published posthumously. It not only treats derivatives as financial contracts for pricing risk, but also shows how the derivative works in economic terms, where the very unity of the economy is undone. It ultimately points to a more comprehensive reordering of the once separate spheres of economy, polity, and culture. It thus provides a new way of understanding the social significance of the all-pervasive derivative logic.

Le désir est partout

Multitudes, dans la continuité de Mai 68, fête ici ses 18 ans avec Gérard Fromanger, à qui nous devons la couverture du premier numéro de la revue en 2000. Si Gérard a très activement participé durant tout le joli mai à l’Atelier populaire des Beaux-Arts de Paris et à ses fameuses affiches, ses créations accompagnent […]

Entretien avec Laurent Greilsamer : Fromanger, Foucault & Guattari

  Tout au long de l’année 2017, Gérard Fromanger a accepté de répondre aux questions de Laurent Greilsamer. Ces conversations très libres sur la peinture et la vie d’artiste sont publiées in Fromanger De toutes les couleurs, éditions Gallimard – collection Témoins de l’art. Gérard y évoque largement ses liens avec Jacques Prévert, Giacometti, César, Jean-Luc […]

  J’en ai vraiment marre de tous les discours que les serviteurs de l’état français débitent dans notre pays, la Polynésie française, comme des crachats sur nos intelligences1. Lors de sa récente visite en janvier 2018 Annick Girardin2, nous a offert une parfaite maîtrise de la perversité intellectuelle des politiques français, véritables virtuoses des détournements […]

Hawad,
Le Mage des  déserts
Furigraphie
Ce texte sur la poésie de l’Amazigh (i.e. « berbère ») nigérien Hawad (Prix international Argana 2017 de la poésie, Maroc) dissémine, pour la reconfigurer, une épistémologie déterritorialisée des « extrémités de la douleur ». « La douleur d’être déplacés. Déplacés par la force dans le cas des Noirs d’Amérique. On les a arrachés à eux-mêmes. L’ogre, qui avait besoin de leur chair, les a amenés dans son centre, dans son cadre, pour bien les manger. C’est la même chose pour les nomades ». Les dits, les écrits et la peinture d’Hawad donnent à voir le degré atteint par la dépossession tous azimuts des puissances processuelles de la condition amazighe et, par ricochet, de l’Afrique actuelle et de ses diasporas. La poésie d’Hawad arrache les multitudes humaines dites « autochtones » ou « indigènes » à leur réduction « subalternisante ».

Hawad, The Deserts’ Wise Man
Furigraphie
This text about the poetry of the Amazigh Nigerien writer Hawad (who won the 2017 Argana International Prize for Poetry in Morrocco) disseminates a deterritorialized epistemology of “extreme pains”, in order to reconfigure it. “The pain of being displaced. Displaced by violence in the case of African-Americans. They have been torn from themselves. The Oger, which needed their flesh, brought them to his center, into his frame, better to eat them. The same thing affects the nomads.” Hawad’s words, writings and paintings display the high degree of disposession of the processual powers of the Amazigh condition, which can be extended to contemporary Africa at large, as well as to its diasporas. Hawad’s poetry pulls the so-called “indigeneous” human multitudes away from their reduction to mere “subalterns”.

La construction du  commun comme politique post‑ capitaliste
Aujourd’hui la planète est confrontée à l’absence de gestion de communs vitaux tels que l’air, le climat, l’eau. Il importe de construire des modalités collectives de gestion de ces communs, impliquant le maximum de parties prenantes. Pour cela, il faut sortir du capitalocentrisme, parallèle au phallocentrisme dénoncé par les féministes, pour lequel le commun serait engendré inévitablement par les contradictions du capitalisme. Il vaut mieux analyser la manière dont le commun se construit progressivement en mettant une ressource en commun quel que soit le régime de propriété. Trois exemples sont donnés : la qualité de l’air dans une ville australienne jouxtant une mine de charbon, où habitants et industriels ont reconnu peu à peu la nécessité de prévenir la pollution ; la menace sur la couche d’ozone qui a été conjurée à la fois par le Protocole de Montréal de 1985 et par une multitude d’actions en ce sens ; le développement des installations solaires domestiques par les citoyens australiens. À chaque fois une communauté d’acteurs s’est formée transversalement aux lignes de clivages de classe, et c’est une prolifération de ces communautés qui peut mettre l’énergie, l’atmosphère et d’autres ressources planétaires en commun. Il faudrait cependant que cette politique ait un nom, pour lequel l’article propose « La construction du commun ».

Commoning as a postcapitalist politics
Today the planet faces a genuine tragedy of the unmanaged “commons” (like air, climate, water). In this article, we explore how the process of commoning offers a politics for the Anthropocene. To reveal the political potential of commoning, however, we need to step outside of the capitalocentric ways that the commons have generally been understood, and that feminist thinkers have denounced as parallel to phallocentrism. We argue that commons can be conceived of as a process—commoning—that is applicable to any form of property, whether private, or state-owned, or open access. We turn to three examples from the past and the present that provide insights into ways of commoning the atmosphere (air quality in an Australian town, the international response to the threat on the ozone layer, the development of domestic solar energy by Australien citizens). We reveal how a politics of commoning has been enacted through assemblages comprised of social movements, technological advances, institutional arrangements and non-human “others.”

Géopolitique des  masses
Entre plèbes et multitudes, rente  et  corruption
Rente, plèbe et corruption sont certainement « pré-capitalistes », emblématisant les ennemis archaïques que le nouvel ordre économique s’efforce depuis deux siècles d’éradiquer, pour leur substituer le « profit » (entrepreneurial), des « populations » (expertes) et « l’état de droit » (commercial). Mais rente, plèbe et corruption constituent aussi bien le présent de la gestion de l’information dans un monde socio-économique non dénué de « frictions », où des inégalités et des asymétries de plus en plus patentes échouent à entraîner l’adhésion de multitudes bien assez intelligentes pour ne pas croire au conte de fées de l’enfumage néolibéral.

Geopolitics of  the  Masses
Between Plebs and  Multitudes, Rent  and  Corruption
The rent, the plebs and corruption certainly are “pre-capitalist” phenomena, illustrations of the archaic enemies that the emerging capitalist order of things tried hard to eradicate for centuries, in order to replace them (entrepreneurial) “profit”, (expert) populations and (commercial) rule of law. But rent, plebs and corruption play nevertheless a fundamental role in the present management of information within a socio-economic world affected by countless sources of “frictions”. Increasingly visible inequalities and asymmetries fail to attract multitudes smart enough not to believe in the neoliberal fairy tale.

Lignes théoriques et iconiques
Lignes théoriques, lignes iconiques, lignes poétiques et politiques. Les théoriciens écrivent droit même quand ils pensent de travers, malgré les zigzags de la recherche. Les artistes et les poètes sont tentés par le dépassement et le déplacement des lignes, car ils en éprouvent plus que d’autres la plasticité, même quand elles sont droites. La richesse plastique et sémantique des lignes devient le terreau d’actions artistiques et politiques.

Theorical and iconic lines
Theoretical lines, iconic lines, poetic and political lines. Theorists write right even when they think crooked, despite the zigzags of the search. Artists and poets are tempted by passing and moving lines, for they experience plasticity more than others, even when these lines are straight. The plastic and semantic richness of lines becomes the breeding ground for artistic and political actions.

Lignes de fuite du marronage
Le « lyannaj » ou l’esprit de la forêt
À la lumière de l’expérience historique du marronnage, des fuites et résistances créatrices des afro descendants dans les Amériques et les îles de l’Océan indien (Réunion, Maurice, etc.), ce texte tente de dégager les enjeux et les différentes dimensions de l’image-concept du « lyannaj » – une expression issue, à l’origine, du créole des Antilles françaises et du vocabulaire du travail esclave. Le modèle végétal de la liane apparaît ainsi comme une des matrices des cosmopolitiques amérindiennes et marronnes.

Leackage lines of the “marronage”
“Lyannaj” or the spirit of the forest
In light of the historical experience of “marronage”, of the leaks and creative resistances of afro descendants in the Americas and islands of the Indian Ocean (Réunion, Mauritius, etc.), this text tries to identify the stakes and different dimension of the concept-image of “lyannaj”—an expression originally derived from the “creole” of the French West Indies and the vocabulary of slave labor. The plant model of the creeper thus appears as one of the matrices of amerindian and “marron” cosmopolitics.

Le travail des lignes

Le travail des lignes
Cet article est à la fois l’aboutissement de quelques lignes de réflexion sur la mondialisation et l’ébauche encore précaire d’un projet plus ambitieux de recherche sur le travail des lignes. La question centrale est celle du travail des lignes. Dans une première partie on discute les lignes mobilisées par Carl Schmitt pour saisir le nomos de la terre. À partir des lignes du souverain, on déplace l’attention sur les lignes non étatiques dessinées par la liberté des mers et la liberté des commerces maritimes. Cela nous amène aux lignes mouvantes de déterritorialisation et de reterritorialisation pour appréhender le nomos obscur qui perce toute sorte de murs, un désert qui se propage à l’intérieur du nomos dominant. Pour terminer, on revient sur les dynamiques de la globalisation pour mettre en son centre non plus les océans d’eaux, mais le novissimo nomos de la terre déterritorialisée qui gouverne les océans d’argent. Les lignes de ce novissimo nomos se dessinent entre l’émergence incontournable de la Chine et le rythme des algorithmes.

The labour of lines
This article is both the culmination of some lines of reflection on globalization and the still precarious draft of a more ambitious project of research on the labour of the lines. The central question is that of the labour of the lines. In a first part we discuss the lines mobilized by Carl Schmitt to seize the nomos of the earth. From the lines of the sovereign, attention is shifted to the non-state lines drawn by the freedom of the seas and the freedom of the maritime trades. This brings us to the moving lines of deterritorialization and reterritorialization to apprehend the obscure nomos that pierces all kinds of walls, a desert that spreads within the dominant nomos. Finally, we return to the dynamics of globalization to put in its center no longer the oceans of waters but the novissimo nomos of the deterritorialized land which governs the oceans of money. The lines of this novissimo nomos are drawn between the inevitable emergence of China and the rythm of the algorithms.

Externalités africaines
Cet article d’ouverture donne les clés de la métaphore de l’externalité qui résume les formes et forces de la réinvention de l’Afrique contemporaine. Elle s’élabore par des techniques politiques, financières, juridiques, numériques, socio-culturelles particulières, innovantes ou régressives, qui relèvent tout à la fois de la sédimentation historique et de la projection dans le futur. L’extraction coloniale, l’extraversion mondiale riment avec le désir d’externalité des multitudes africaines pour se projeter vers l’extérieur, pour s’exiler vers l’ailleurs et l’au-delà et pour conquérir l’autonomie, l’émancipation et la liberté. Alors le politique devient en Afrique un champ d’expérimentation où se mêlent douloureusement l’imaginaire et le concret, la mémoire et le progrès, le local et le transnational, l’État et le coutumier, le pré-colonial et le numérique.

African Externalities
This introductory article provides the keys to the metaphor of externality which summarizes the forms and forces of reinvention in contemporary Africa. This reinvention comes through political, financial, judicial, digital and socio-cultural techniques, innovating or regressive, which simultaneously illustrate historical sedimentations and projections in the future. Colonial extraction and global extraversion accompany a desire for externality among African multitudes eager to project themselves outwards, in direction of exile, to coquer autonomy, emancipation and freedom. In Africa, politics becomes a field of experimentation where the imaginary and concrete reality, the local and the transnational, the State and common law, the pre-colonial and the digital painfully intermingle.

  À première vue, le premier acte de la sécession catalane qui s’est joué en octobre 2017 avec un référendum largement empêché par Madrid et le recours à l’article 155 de la Constitution de l’Espagne, aboutit à une déroute en rase campagne du Parlement régional, marquée par la destitution du gouvernement de la Généralité, la fuite […]

L’État et le coutumier au nord du Mozambique
Rémanences
Cet article décrit la nouvelle articulation entre l’appareil d’État et le domaine du « coutumier » dans le nord du Mozambique à partir de deux événements concomitants : un rituel funéraire en l’honneur d’un ancien chef et un rallie électoral du FRELIMO. La reconnaissance de la chefferie et du coutumier par l’État, demandée par les donateurs internationaux, met fin à des décades d’exclusion des autorités indigènes. Pourtant celles-ci demeurent, et leur ascendant local sur les populations semble pouvoir être mis au service de l’État, malgré leur compromission dans les violences passées.
The State and the Customary in North Mozambique
Remanence
This essay presents a history of articulations between the state apparatus and the realm of the “customary” in northern Mozambique, throughout periods of colonial rule, socialism, civil war, and postcolonial democratic regimes. The analysis pivots around the ethnographic study of magico-religious rituals combined with postsocialist political rallies. In Mozambique, current recognition of chieftaincy and the “customary” by the state, supported by international donors, reverses decades of postcolonial ban on indigenous authority and practice. This peculiar case presents a paradigmatic perspective on the complex trajectory of indigeneity in postcolonial Africa, where local autochthonous structures and identities are entangled within a history of colonial violence, political oppression, and recent harsh conflict.

L’Afrique, autrement
Dépasser la crise
Bien que la crise soit clairement définie par une conjoncture historique bien précise (guerre, récession, famine) – ou par un moment de bifurcation dans l’histoire – elle est devenue depuis trois décennies déjà la condition ontologique du continent africain, son état permanent. Peut-on parler d’un état de crise sur le long terme ? Comment penser l’Afrique autrement que sous le signe de la crise ? C’est la question centrale de cet article. Au lieu d’argumenter « contre » la crise, l’auteur prône une pratique du concept de crise, qui veut explorer les potentialités d’ouverture – ou de fermeture – que la crise contient.

Africa, otherwise
Beyond Crisis
Although crisis typically refers to a historical conjuncture (war, economic recession, famine) – or to a moment in history, a turning point – it has been taken to be the defining characteristic of teh african continent for some three decades now. Can on speak of a state of enduring crisis ? How can one think “think” Africa otherwise that under the sign of crisis ? This is the central question of this essay. Instead of arguing “against” crisis, the author commends a practice of the concept of crisis. Therefore, we can better understand how the terme enables and forcloses various kinds of questions.

Précarité africaine
Pour une généalogie et une critique
La norme du travail salarié à plein temps n’a jamais réussi à s’imposer en Afrique, pas plus que l’éthique du consumérisme fondée sur l’épargne à long terme. Elle sert pourtant de référence aux projections économiques des leaders nationalistes et aux gouvernements postcoloniaux, ainsi qu’aux politiques d’ajustement structurel de la Banque Mondiale. Il en résulte un maintien des modalités d’exploitation coloniale et une incapacité à proposer une vision de l’économie originale, fondée sur les réalités du continent. La précarité représente de ce point de vue une modalité de résistance, une fuite potentiellement émancipatrice. Cependant, la récente théorisation de la précarité en Europe échoue à proposer un modèle alternatif parce qu’elle s’ancre dans l’impératif du travail. Seuls les discours religieux autorisent d’autres représentations et ils sont dès lors largement mobilisés en Afrique.

African Precariousness
For a Genealogy and a Critique
The norm of full-time wage labor never imposed itself on Africa, nor did a consumer esthics based on long-term savings. It remains nevertheless as the main reference within economic projections of African political leaders, postcolonial governments and structural adjustment policies promoted by the World Bank. The result is a continuation of colonial modes of exploitation and an incapacity to envisage a vision of economics truthful to African realities. Precariousness can thus be seen as a mode of resistance, a potentially emancipatory line of flight. However, the European theorizations of precariousness fail to propose a truly alternative model, since they hang on to the imperative of wage labor. Only religious discourses foster alternative representations, and they are massively mobilized in Africa.

La logique de Nuremberg ne s’applique pas en Afrique
Au sortir de la Deuxième guerre mondiale, les vainqueurs ont voulu punir les responsables de l’Holocauste et s’assurer par là du non-retour des violences de masse. Les procès se tenaient au nom des victimes mais celles-ci s’étaient vu donner un territoire propre, Israël, où elles pouvaient se tenir à l’écart de leurs bourreaux. En Afrique, les puissances occidentales ont prétendu tenir le même discours avec la Cour pénale internationale, mais elles attaquaient en même temps militairement ce qui restait des milices armées. Surtout, victimes et bourreaux furent condamnés à continuer de vivre ensemble, à reconnaître leurs fautes et à aménager leurs droits et devoirs respectifs, ce à quoi s’est consacré la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (CODESA) avant même la libération de Mandela, la fin officielle de l’Apartheid et la mise en place de la Commission de Vérité et de Réconciliation. Elle eut donc un rôle politique pionnier.
The Logic of Nuremberg Does Not Apply in Africa
The nations who won World War II made sure the perpetrators of the Holocaust would be punished and their victims protected, and given a voice during a trial. A safe and distant territory, Israel, was provided so that they could escape their oppressors. In Africa, the West pretended to do the same with the International Court of Justice, while they were attacking what was left of the armed militias. But victims and perpetrators were bound to live together, to acknowledge their crimes, to devise duties and rights, as hammered out by the Convention for a Democratic South Africa (CODESA) even before the freeing of Nelson Mandela, before the end of apartheid and before the Truth and Reconciliation Commission. It played a truly pioneering political rôle.