Archives du mot-clé individuation

Un nouveau printemps pour l’écoféminisme ?
Convergence des luttes ! Ce mot d’ordre résonne de plus en plus fort chez les résistants au « système ». Mais pourquoi l’écoféminisme, qui justement travaille depuis quarante ans à cette convergence en déployant expériences militantes et renouvellements théoriques, reste-t-il si méconnu ? Cette introduction tente de clarifier les atouts de ce mouvement multiforme tout en exposant les critiques qui lui ont été adressées ; elle suggère aussi quelques pistes pour une possible évolution future.

A New Spring
for Ecofeminism?
A convergence of struggles! This demand resonates with increasing strength among those who resist the “system”. Why then doesn’t ecofeminism, which has attempted to materialize this convergence through activist experiences and theoretical breakthroughs over the last forty years, meet a wider public? This introduction tries to showcase the strengths of this multifarious movement, as well as the criticisms it has had to face. A few possibilities for further evolutions are discussed along the way.

La question de la technoécologie
Si la nature surgit comme problème ou comme ressource de l’activité technique, c’est qu’elle vient du dehors de la communauté technique qui tisse ses réseaux en relation avec elle. La nature est refus d’être portée complètement à la lumière. La technique s’articule à la nature par la reconnaissance des formes et leur invention permanente. C’est cette inventivité de la nature et de la technique que l’écologie devrait protéger et évaluer par rapport à la capacité de créer des liens productifs entre communautés techniques.

The Techno-Ecological Question
If nature emerges as a problem or as a resource for technical activity, it is because it comes from the outside of the technical community who weaves its networks in relation with it. Nature refuses to be fully exposed to the light of reason. Technicity articulates itself to nature through the recognition of forms and through their permanent reinvention. Ecology should protect and valorize this inventiveness of nature and technicity through its capacity to generate productive links between technical communities.

Sensibilité, imagination, techno-esthétique

À partir d’une lecture de Kant et d’une analyse de quelques expériences de nos interactions avec la réalité matérielle, cet article développe une pensée de l’aisthesis qui précise la nature de la différence entre les perceptions qui nous viennent à travers des médiations techniques (au-jourd’hui numériques) et les perceptions que nous avons des formes qui constituent notre envi-ronnement présentiel. Sans aucune technophobie, il aide à comprendre en quoi l’autoréférentialité de la représentation ne cesse de croître en même temps que nos percep-tions sont de plus en plus filtrées par des médiations numériques.

Sensibility, imagination, techno-aesthetics

Starting from a reading of Kant’s aesthetics and from the analysis of a few forms of interaction with material reality, this article develops a theory of the aesthesis which helps to pin down the difference between the perceptions we draw from technical images (now digital) and those we draw from our unmediated interactions with our present environment. Without any technophobia, it explains how the self-referentiality of our representations tends to increase as our perceptions are increasingly filtered by digital mediations.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: http://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

Subjectivités computationnelles et consciences appareillées

Cet article revient sur la notion de « subjectivité computationnelle » formulée par David M. Berry visant à développer une approche critique des technologies numériques. Afin de comprendre les implications philosophiques d’un tel rapprochement entre « subjectivation » et « computation », nous revenons tout d’abord, via Leibniz et Hannah Arendt, sur l’émergence des sciences modernes qui visent à faire du « sujet » classique une entité calculante. Nous voyons ensuite comment les sciences « comportementales » ont influencé la conception des ordinateurs en substituant à la raison humaine des modélisations rationnelles déléguées à des machines. Pour sortir de l’impasse d’une déshumanisation annoncée dès la fin des années 1970 par des auteurs comme Ivan Illich ou Gilles Deleuze, nous envisageons enfin la « subjectivation » comme un processus qui ne nécessite pas qu’il y ait sujet. Le concept d’« appareil », tel que le propose Pierre-Damien Huyghe à propos de la photographie et du cinéma, peut ainsi être étendu aux machines computationnelles pour penser de possibles « consciences appareillées ».

Computational Subjectivities and Apparatus-Consciousness

In continuation with David M. Berry’s considerations on “computational subjectivities”, this paper goes back to the emergence of modern science, via Leibniz to Arendt, questioning the attempt to see the classical “subject” as a calculating machine. After behaviorism had greatly influenced computer science, after Ivan Illich or Gilles Deleuze’s redefinition of the subject, we can now envisage processes of subjectivation without a subject. The concept of apparatus, as theorized by Pierre-Damien Huyghe’s analysis of the photographic camera, can be extended to computation and help us conceive of “apparatus-consciousness”.

L’algorithmique a ses comportements que le comportement ne connaît pas

La présente contribution cherche à reconceptualiser certains enjeux fondamentaux du machine-learning en problématisant la question du « comportement » à l’aune de la théorie du cycle de l’image de Gilbert Simondon. En prenant au sérieux les positions théoriques et les ambitions techniques dans le domaine des algorithmes auto-apprenants, nous proposons de rendre compte de certaines transformations de l’algorithmique en la qualifiant de deux idéaux-types : mécanique et comportementale. Sans suggérer une quelconque opposition binaire, nous proposons plutôt de voir ces deux pôles comme des structurations successives, des phases d’existence qui transforment la nature du problème à résoudre, qui opèrent un passage de structure en structure. À la suite de Simondon, ce passage est requalifié de transductif, de façon à esquisser une image du comportement appelant une réinvention de nos cadres politiques et éthiques. Et si la question était : quel est le collectif qui advient, et que nous désirons voir advenir, quand nous nous comportons avec des algorithmes ?

Algorithms Have Reasons Behavior Ignores

The present contribution seeks to reconsider some of the fundamental stakes underlying machine-learning. The question of « behavior » will be problematized in light of Gilbert Simondon’s theory of the image cycle. By taking theoretical positions and technical ambi-tions in the field of machine-learning seriously, we suggest to frame the transformations of algorithmics in terms of two ideal-types: mechanical and behavioral. While taking care to avoid any binary opposition, we treat these two poles as successive structurations, phases of existence that transform the nature of the problem to be resolved, that operate a passage from one structure to another. Following Simondon, we qualify this passage as transductive so as to sketch an image of behavior that calls for a reinventing of our political and ethical frameworks. What if the question were: what collective is eventuated, or do we wish to eventuate, when we behave with algorithms?

Événement majeur, tournant, génération « Bataclan », état d’urgence interne, état de guerre extérieure ? Les mots et réactions se bousculent pour qualifier la soirée du 13 novembre et ses suites. Mais le consensus assez « naturel » sur l’état d’urgence après de tels actes de terreur ne cache ni ne doit masquer les arrières pensées en tout genre. D’autant […]

L’ubérisation est un populisme

Derrière la prétention de résoudre tous les problèmes de nos sociétés par les nouvelles technologies se cache un populisme d’un nouveau genre, non plus par excès mais par défaut de politique, celle-ci s’étant dissoute dans l’économie hyper-capitaliste. L’ubérisation est l’arme de « disruption » massive de ce populisme paradoxal, porté par l’esprit libertarien de la Silicon Valley et qui porte en lui la perspective d’une société homogénéisée de femmes et d’hommes sans qualité.

Uberization is a Form of Populism

Behind the pretense of solving all our social problems with a technological fix, one finds a new type of populism characterized by a lack, rather than by an excess, of politics, as it dissolves itself in the hyper-capitalist economy. Uberization is the weapon of mass disruption carried by this new kind of paradoxical populism, riding on the libertarian spirit of Silicon Valley, announcing a homogenized society of women and men without quality.

De l’imaginaire dans le testimonial

Dans cet entretien avec David Christoffel, la cinéaste décrit et analyse les attentes qui ont pesé sur elle durant le tournage et la réalisation de son film La Vie de Château, qui donne la parole à des demandeurs d’asile regroupés dans un centre d’accueil du cœur de Bruxelles. Pour déjouer les clichés auxquels menace sans cesse de se réduire leur image, elle a réintroduit de la fiction et du merveilleux afin de mieux documenter leurs parcours complexes.

Imaginary Dimensions of Testimonies

In this interview with David Christoffel, the director describes and analyzes the expectations which weighted on the shooting of La vie de Château, a film devoted to asylum-seekers in Brussels. Eager to undo the stereotypes which constantly threaten to reduce and mutilate their image, she decided to reinject a dose of fiction and marvel, in order better to document their complex trajectories.

Sortir de l’anthropocène

L’Anthropocène est un « Entropocène », c’est-à-dire une période de production massive d’entropie précisément en cela que les savoirs ayant été liquidés et automatisés, ce ne sont plus des savoirs, mais des systèmes fermés, c’est-à-dire entropiques. Le nouveau critère de redistribution qu’il s’agit de mettre en œuvre dans l’économie du Néguanthropocène doit être fondé sur une capacité de désautomatisation qu’il faut ressusciter.

Exiting the Anthropocene

The anthropocene should be written “entropocene”, i.e., a period of mass production of entropy due to the fact that many fields of knowledge have been abolished and liquidated : they no longer belong to human knowledge, but offer closed systems of automatic reactions, which, as such, present high levels of entropy. The new criterion of redistribution needed in our age of Neguanthropocene must be based on our capacity to disautomatize and resuscitate a whole range of human operations.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

L’usage de la vie

Nous faisons usage de machines, de chaussures, de cartes, en vue de notre vie, de sa conservation et de son développement. Mais c’est la vie elle-même qui est avant tout « usable », et pour laquelle machines, chaussures, cartes sont utilisées. L’usage de soi, de son existence, est le présupposé et la poutre maîtresse de tous les autres usages. Or l’usage de soi se fonde sur le détachement de soi. Est utilisée une existence à laquelle on ne peut pas toujours s’identifier, qui ne se possède pas entièrement et qui, sans être vraiment étrangère, n’est pas non plus complètement familière. Autrement dit, l’usage de la vie concerne l’espèce qui, en plus de vivre, doit rendre sa vie possible. Le jeu de scène théâtral récapitule et amplifie les procédés par lesquels l’être humain se sert de son existence. L’activité de l’acteur est un modèle incomparable de l’usage de la vie et du souci de soi. Pour reconstituer avec précision les « technologies du soi », il convient de regarder de près les écrits de Stanislavski, Mejerchol’d, Brecht et Grotowski.

The Use of Life

We make use of machines, shoes, maps, for our life, its conservation and its development. But it is life itself that is primary usable – in view of which machines, shoes, maps are used. The use of oneself, of one’s existence, is both the premise and the cornerstone of all other uses. The use of oneself is based on the detachment of self. The existence which comes to be used is one with which one cannot always identify, one that is not fully possessed, and that is not completely familiar, while also not being really strange. In other words, the use of life relates to the species which, in addition to living, must make its life possible. The theatrical stage recapitulates and amplifies the processes by which the human being makes use of its existence. Acting is an incomparable life’s use and care of the self model. In order to reconstitute with precision the « technologies of self », it is advisable to take a close look at the writings of Stanislavski, Mejerchol’d, Brecht and Grotowski.

L’énergie radicale de Touki Bouki


Le film Mille soleils de la cinéaste Mati Diop (Grand prix du FID de Marseille 2013) nous convie aujourd’hui à revoir le film de Djibril Diop Mambety, son premier long-métrage, Touki Bouki, le voyage de la hyène, considéré comme un classique du cinéma après avoir reçu le prix de la critique internationale du festival de Cannes en 1973. Par ses caractéristiques formelles très audacieuses et par les thèmes toujours actuels qu’il traite, ce film continue à nous questionner : que nous dit-il sur l’histoire du cinéma depuis lors ? De quelles manières Mati Diop le convoque-t-elle ? Comment dialogue-t-il avec le Sénégal contemporain ? Mais également avec les relations France-Afrique ? Ou avec l’Occident ?

The Radical Energy of Touki Bouki

Mati Diop’s recent film Mille Soleils (2013) invites us to revisit Djibril Diop Mambety’s classical but still avant-gardist movie Touki Bouki («The Hyena’s Travel »), which received the International Critics’Award at Cannes in 1973. Its audacious formal choices as well as its socio-political themes continue to question us : what does it tell us about the evolution of cinema after 1973 ? About today’s Senegal ? About the relations between France and Africa ? About the West ?

La lutte des réfugiés
Entre droit de fuite et droit de rester
Les migrations se font maintenant plutôt vers les pays du Sud, refuges de 80 % des demandeurs d’asile. 4 % des Brésiliens sont étrangers, ce qui est faible du fait d’une législation défavorable élaborée pendant la dictature. Les immigrants viennent de Colombie et du Congo, après être venus d’Angola. Ces derniers se sont établis dans le quartier le plus pauvre de Rio. Malgré leur pauvreté, les étrangers participent par leur désir de changement à la nouvelle multitude locale.

Refugees’ struggles
Between a right to flee and a right to stay
Migrations mostly take place between countries from the South, where 80 % of asylum seekers are currently located. Only 4 % of the Brazilian population are foreigners, coming from Colombia and Congo, after earlier waves from Angola, who have settled in the poorest neighborhood in Rio. In spite of their poverty, these foreigners often play a more active political role in their new multitude than in their home country.

La blessure de l’événement

C’est toujours depuis des bouleversements sensibles que surgissent les forces de libération politique. Notre tâche est de penser des politiques qui soient dignes de la blessure de l’événement. Cela en passe par l’épreuve in-humaine de corps « expeausés » aux forces démesurées de mondes naissants, exigeant l’invention d’idiomes et d’espacements inouïs. Ces politiques pourront être dites romantiques si elles s’ouvrent à l’expression incommensurable des écarts sublimes de la Nature, à son mouvement d’inadéquation. Seules des politiques cosmiques peuvent accueillir l’excès du sensible et l’épreuve toujours renouvelée de l’Inconnu.

The Wound of the Event
It’s always from sensitive events that loom the forces of a political liberation. Our task is to think politics worthy of the wound of the event. It requires the un-human experience of bodies exposed to the excessive forces of coming worlds, the invention of idioms and incredible distancings. These politics could be said romantic if they are open to the incommensurable expression of the sublime gaps of Nature, to its movement of incompatibility. Only cosmic politics can host the excess of the sensible and the always-new experience of the Unknown.

À la fois grandiose et ironique, la Troisième Symphonie de Gustav Mahler incarne tous les paradoxes du postromantisme. Bâti sur le contraste stylistique entre « haute » musique et musique vulgaire, le premier mouvement indique la perspective depuis laquelle la mégalomanie romantique peut devenir authentiquement révolutionnaire : la perspective minoritaire. La Symphonie donne ainsi une image de la « grande politique » dont notre temps serait capable.

Mahler as a Prophet
Both grandiose and ironic, Gustav Mahler’s Third Symphony epitomizes all the paradoxes of post-romanticism. Build on the stylistic contrast between “high” music and common one, the first movement of the Symphony points out the perspective from which the romantic megalomania can become something really revolutionary : the minority-perspective. Thus the Symphony shows how “grand politics” is nowadays still possible.

De quoi parlons-nous à travers les références actuellement omniprésentes à « la crise » ? Et surtout : de quoi ne parlons-nous pas quand nous parlons de « la crise » ? Multitudes a ouvert ses pages à des auteurs très divers pour esquisser quelques réponses, qui figurent ici sous la forme d’un abécédaire : une suite d’entrées plus ou moins brèves qui visent à prendre […]

Notre rapport aux technologies médiatiques ne nous met pas tant en présence de nouveaux objets que de nouveaux environnements. C’est donc à partir d’une écologie générale qu’il nous faut tenter de comprendre les médias, nouveaux et anciens. Les réflexions de Félix Guattari, Gilbert Simondon, mais aussi l’agentivité environnementale de Mark Hansen ou la « struction » de Jean-Luc Nancy sont convoqués ici comme autant de pistes fécondes en direction d’une techno-écologie du sens.

The New Ecological Paradigm
Our relations with media technologies does not so much expose us to new objects, but rather to new environments. We therefore need a general ecology in order to understand media, new and old. Félix Guattari, Gilbert Simondon, Mark Hansen and Jean-Luc Nancy are discussed here, among others, in order to pave the way for a techno-ecology of meaning.

Onde ou corpuscule ?

Nos médias ont (au moins) une double fonction : celle de faire circuler des « informations », à quoi nous voulons les réduire, mais aussi celle de nous mettre en « communication », au sein d’une communion primaire et primale que nous feignons trop souvent d’ignorer. Communiquer, c’est mettre ou avoir en commun, c’est participer à une hypnose ou à une transe collective, où notre existence relève plutôt d’un monde d’ondes commun(icant)es que d’un monde de particules individuelles.

Wave or Particle?
Communication’s Transitional Man
Our medias have (at least) two different functions: to exchange “information”, but also to put us in a “communication” situation, i.e., to set up a form of primary and primal communion. To communicate is to set in common, within a participative collective hypnosis or trance, where we tend to dilute within a world of waves, rather than exchange in a world of individuals.

Le 3 octobre 2011, les zombies
ont marché sur Wall Street. Cette
parade carnavalesque, inspirée
par les films de George A. Romero,
agite les fantômes des laissés pour
compte du capitalisme global.
Mais le mythe du zombie est aussi
le symbole d’une force politique
informe, qui résiste à toute organisation,
et sur laquelle se réfléchissent
les désirs morts-vivants
d’une société.

Zombies Walked
on Wall Street

On October 3, 2011, zombies
walked on Wall Street. This carnival-
like parade inspired by George
A. Romero’s movies raises ghosts
of those left behind by global capitalism.
But the myth of the zombies
also symbolizes a shapeless but
powerful political emergence, which
resists against all forms of organization,
and which reflects the livingdead
desires of a whole society.

Circulation migratoire des transmigrants
Les travaux de recherche en cours sous la direction d’Alain Tarrius examinent de nombreux parcours migratoires à la lumière du concept de transmigration. Les parcours des Africains vers l’Europe ne visent plus l’embauche dans une grande entreprise, mais l’institution d’une pérégrination à base commerciale ou religieuse, qui implique le retour fréquent au pays. Le départ d’Afrique se fait lui-même par étapes plus ou moins longues pour trouver les bonnes opportunités de passage. Les femmes migrantes aussi constituent des réseaux d’alliés pour pouvoir se forger des espaces d’autonomie le long de leur route. L’analyse des transmigrations gitanes montre l’importance des réseaux familiaux dans ce parcours de l’espace.

The migrating circulations of transmigrants
The trajectories of Africans coming to Europe no longer aim for employment in a large firm, but rather a commercial or religious form of peregrination which calls for frequent returns to the homeland. Leaving Africa goes through several stages in order to find the best opportunities to reach Europe. Women migrants also build networks of alliances in order to secure autonomous zones along the way. The analysis of Gypsy transmigrations shows the importance of family networks in such trajectories.

Les mondes de l’immigration des héritiers
Ancrages et transmigration
L’histoire récente montre que les deuxièmes générations rencontrent aussi un problème d’intégration. Les immigrations post-coloniales sont maintenant mondialisées, et les quartiers dortoirs d’immigration sont devenus des places de commerce cosmopolites. L’espace public dans lequel se meut l’immigration s’est différencié. L’émigré devient l’immigré, la famille se regroupe. La nouvelle génération veut incarner la tradition et n’a plus peur de marquer l’espace public des signes ostentatoires d’une présence singulière.

The worlds of second-generation immigrants
Anchorage and transmigration
Recent history shows that second generations also find it difficult to be integrated. Now that post-colonial immigrations are globalized, neighborhoods dominated by migrants have become cosmopolitan marketplaces. The public space inhabited by migrants also evolved, as emigrants become immigrants, and as families regroup. The new generation wants to embody tradition, and is no longer afraid of exhibiting ostentatious signs of identity in the public space.

Le Mouvement du 15 Mai, rassemblé environ un mois sur la Puerta del Sol de Madrid autour du chant No nos moveran (repris des combats des républicains espagnols de 1936), s’inscrit dans un vent de révolte qui agite depuis de nombreux mois tout l’espace méditerranéen. Des rues de Sidi Bouzid aux villes de Syrie, en passant […]

Le monde à la fois fluide et fracturé dans lequel nous vivons depuis la dernière vague de mondialisation exige une transformation substantielle de la pensée éthique et politique. Malgré leurs mérites respectifs, ni les approches marxistes, ni les approches micro-logiques ne sont suffisantes pour penser la nouveauté de notre monde. Seule une théorie du pouvoir comme médium rythmique peut surmonter le dualisme formel qui a dominé les sciences sociales et rendre compte des processus réels d’individuation.

Why do we need a political rhythmology?

The simultaneously fluid and broken world we live in since the last wave of globalization requires a substantial transformation of ethical and political thought. In spite of their respective merits, neither the Marxist approaches nor the micro-logical ones are sufficient to think the novelty of our world. Only a theory of power as a rhythmical medium can overcome the formal dualism which has ruled social sciences and can account for the actual processes of individuation.

Au XXe siècle, l’émancipation de la différence au cœur du concept de Rythme a libéré la répétition de sa soumission à l’identité. La répétition rythmique n’est ni métronomique (linéaire), ni périodique (cyclique). Mesure et périodicité ne sont que les enveloppes extérieures d’une polyrythmie fondamentale. Le Rythme n’est pas une structure transcendante, il coule dans une microrythmie, en reliant les uns aux autres des « instants critiques » qui sont les points de passage d’un devenir.

Thus walks Anna Crusis

In the 20th century, the emancipation of difference within the concept of Rhythm has freed repetition from its subjugation to identity. Rhythmic repetition is neither metronomic (linear), nor periodic (cyclic). Meter and periodicity are only external envelopes of a fundamental polyrhythm. Rhythm is not a transcendent structure or pattern; it flows in a microrythm, by linking one to another “critical instants” which are the crossing points of a process of becoming.

Ontologie relationnelle et pensée du commun

La pensée dominante, celle qui se réfère constamment à l’article de Garrett Hardin sur « La tragédie des communs », repose sur une ontologie atomiste : présupposer des entités individuelles revient à concevoir le commun comme espace d’externalités. Une ontologie relationnelle considérant que les entités viennent à l’existence par la relation nous conduit en revanche à penser l’individu, non comme présupposé, mais comme processus. Dès lors, le commun ne se déroule pas extérieurement à lui. L’individu s’individue par le commun, de même que le commun s’intensifie par les différentes individuations qui le texturent.

Relational Ontology and Conceptions of the Common

Dominant views, based on Garrett Hardin’s article on “The Tragedy of the Commons”, are founded upon an atomist ontology: by presupposing individual entities, they conceive the commons as a space of externalities. A relational ontology, by assuming that entities come to exist through relations,
leads us to conceive the individual, no longer as a presupposition, but rather as a process. As a consequence, the common is no longer exterior to the individual. One individuates oneself through the common, while the common is intensified by the various individuations which provide its texture.

L’essaim donne une nouvelle image du peuple. Le lexique de l’« essaimage » n’a cependant pas une valeur homogène : il code en même temps les procédés du pouvoir et les pratiques qui lui résistent, dans une ambivalence tactique qui le brouille. Un collectif en essaim est nécessairement sans sujet : il ne dit pas « nous ». Mais le peuple en essaim est d’autant plus puissant qu’il n’affronte pas le pouvoir qu’il combat, qu’il demeure imperceptible. L’essaimage fait fluer le commun à travers la dispersion et dans la solitude même de ses membres.

The People in Swarm

Swarms provide a new image for the people. The swarm-vocabulary is not homogeneous: it encodes simultaneously machines of power and the practices which resist against them, in a tactical ambivalence which blurs all borders. A swarm-collective is without subject: it cannot say “we”. But the people in swarm is all the more potent when it does not confront power, but remains imperceptible. Swarms allow for the common to flow through dispersion and within the very solitude of its members.

Sur la littérature-monde

L’exigence narrative contemporaine est non pas celle du roman-monde, d’une World fiction, mais justement de la nécessité de mettre à bas la fausse perception d’une unité du monde. Donc, l’orientation n’est pas de passer de l’unité nationale à l’unité mondiale, mais de la certitude à l’incertain, du communautaire à l’angoisse fondatrice de l’individuation.

On World-Literature

What is expected from narratives today is not a World-fiction, but the need to debunk the false perception of world unity. The orientation is not to go from national unity to world-unity, but to go from certitude to the uncertain, from the communitarian to the anxiety which feeds individuation.

L’ensemble du nouveau rapport capital/travail déborde le traditionnel affrontement de classes dans l’entreprise fordienne pour se jouer désormais dans la métropole.

Du plus petit interstice à ses grands pôles, le territoire métropolitain est investi comme lieu de vie et de travail. Au-delà du capitalisme, les visions alternatives des créativités citoyennes y génèrent un autre commun politique, économique et écologique.

Conflictual Dynamics in European Metropols

Beyond the traditional class antagonism in the enterprise, the metropolis is the new territory of the conflict relationships in the globalisation.
From small interstices to main poles, the whole metropolitan territory is invested as place of life and work. Beyond a new green capitalism, real alternative proposals as a political, economical end ecological common are now open.

Sociogenèse du mal-être cinématographiqueCet article présente de façon synthétique les transformations de l’économie de la production et de la diffusion des films dans la France des dernières décennies. Il montre que les recompositions de forces ont été multidimensionnelles et complexes, aboutissant à un mal-être qui participe autant des nouveaux modes de circulation des flux que des attitudes individualisantes qu’ils ont induites chez les agents.

Cinepathy. Sociogenesis of Cinematographic Uneasiness

This article presents in a synthetic fashion the transformations of the French film economy during the past decades. It shows that the recomposition of forces has been multidimensional and complex, leading to a state of uneasiness which emanates simultaneously from the new modes of circulation which regulate the film industry and from the individualizing attitudes developed by those who live in and from it.