Archives par mot-clé : information

L’embrasement du musée de Rio

  Une métaphore du Brésil   Le 2 septembre 2018, un violent incendie a réduit en cendres la presque totalité des collections du Museu Nacional do Rio de Janeiro. Seuls les murs de l’imposant palais néoclassique sont restés debout, squelette remplaçant celui des dinosaures écrasés sous les décombres. Dans le quartier de la Quinta da Boa […]

Luttes et impasses dans la logistique La grève des camionneurs brésiliens survenue le 21  mai 2018 a provoqué un blocage sans précédent : pendant 11 jours, pratiquement toute la circulation des marchandises s’est trouvée paralysée au niveau national, contraignant des dizaines de villes à déclarer un état de catastrophe et d’urgence publique. Les autoroutes brésiliennes se […]

La transparence est notre censure
Contrairement à ce qu’on continue d’affirmer, l’âge de la censure n’a pas été remplacé par un âge de la transparence. Dans les régimes post-répressifs qui caractérisent nos sociétés, la transparence représente une forme nouvelle, particulièrement efficace – car imperceptible – de censure. Si la nature de ce nouveau mécanisme de sélection nous échappe encore, c’est parce que nous restons prisonniers d’une conception moderne – et prohibitive – de ce qu’est la censure. Pourtant, à ses origines, l’institution du « census » n’avait pas pour but d’interdire mais de recenser les vies afin de les gouverner plus efficacement.

Transparency is our Censorship
Contrary to common belief, the age of censorship has not been replaced by an age of transparency. In our post-repressive societies, transparency is a new and efficient—because unnoticeable—form of censorship. We fail to see it because we remain trapped in modern (prohibitionist) conception of censorship. But originally, the institution of the census did not intent to forbid, but to count and compute people’s life in order to govern them more easily.

L’hypercapitalisme de la transparence

L’hypercapitalisme de la transparence
Au XVIIIe siècle, Jeremy Bentham avait imaginé un dispositif carcéral où les détenus seraient surveillés par un gardien omni-voyant. Dans le panoptique digital, nous ne sommes plus de simples détenus, mais participons activement à son façonnement. Personne ne semble s’en émouvoir outre mesure. Il n’y a pas si longtemps encore, en Allemagne les gens montaient sur les barricades contre le recensement démographique d’État : cette époque semble bien lointaine, au vu de notre inclination à partager toutes nos données avec les appareils de capture de l’hypercapitalisme.

Transparency and Hypercapitalism
In the 18th century, Bentham imagined a prison wherein the inmates would be watched over by an all-seeing guardian. In our digital panopticon, we no longer are mere inmates: we actively participate in its making. And nobody seems to mind. Not so long ago, in Germany, people took the streets against a State-sponsored census. Now we spontaneously share our data with the apparatuses of capture set in place by and for hypercapitalism.

Onze thèses sur la transparence
L’informatique de la domination s’est non seulement emparée de l’utopie de la transparence, elle l’a radicalisée. Nouveau « code » civil, assorti d’une injonction à une visibilité intégrale, la transparence innerve aujourd’hui le code-source des plates-formes numériques, sur la trame desquelles se tisse désormais un nombre toujours croissant de nos interactions. Par un démontage en règle de nouvel outillage idéologique de l’asservissement, ces onze « thèses » plongent au cœur de l’alliance un peu trop heureuse entre logique du capital et devenir-numérique du monde.

Eleven Theses on Transparency
Digital domination has not only invested the utopia of transparency, it also radicalized it. New civil “code”, resting on an imperative of total visibility, transparency inhabits the source-code of digital platforms, the very canvas which weaves our daily interactions. Debunking this new ideological toolbox of servitude, these eleven theses invite the reader to plunge into the all-too-happy alliance between the logic of capital and the becoming-digital of the world.

Le reste de la transparence

Le reste de la transparence
La gouvernementalité algorithmique répond à l’appel à la transparence par la mise en corrélation de données numériques semblant créer un double du réel parfaitement adéquat. Cette opération de représentation du réel peut être questionnée comme celle d’un langage, et même d’une écriture ; mais en s’appuyant sur les travaux de Jacques Derrida, on peut s’apercevoir que ce langage serait alors privé de sa capacité à induire reprise, correction, ajustement. C’est sur ce mythe d’une totalité close sur elle-même, sans reste, que repose le mot d’ordre de la transparence.

Transparency and its Leftover
Algorithmic governmentality responds to the imperative of transparency by correlating digital data in order to generate a perfectly adequate mirror-image of reality. This operation of re-presentation can be addressed as an issue of language and writing; but it also can questioned in its incapacity to allow for reiteration, correction, adjustment. The call for transparency rests on this myth of a totality closed upon itself, deprived of any leftover.

Interrompre la distriveillance
Les sujets numérisés sont façonnés par ce qu’il faudrait appeler, à la suite de Rancière, le partage numérique du sensible – un arrangement qui détermine ce qui est visible, dicible et connaissable. Or cet arrangement implique des formes de surveillance distribuée, qu’on appellera « distriveillance », caractérisées par un transfert de la surveillance d’État vers les sujets eux-mêmes. Il est urgent d’interrompre ce partage de données automatisé pour ouvrir à nouveau à d’autres mises en commun.

Interrupting Shareveillance
In describing shareveillance as, after Jacques Rancière, a distribution of the (digital) sensible, this article posits a politico-ethical injunction to cut into the share and flow of data in order to arrange a more enabling assemblage of data and its affects. It identifies and examines a “shareveillant” subjectivity: a form configured by the sharing and watching that subjects have to withstand and enact in the contemporary data assemblage. Our challenge is now to imagine a collective political subjectivity and relationality according to the important question of what it means to “share well” beyond the veillant expectations of the State.

Le design de la transparence
Une rhétorique au cœur des interfaces numériques
Historiquement, un des objectifs du design est de rendre le monde intelligible en structurant la médiation du visible. Cette opération de sélection va nécessairement à l’encontre d’une compréhension (transparence) totale du réel, que vise la mathématisation du monde propre à l’informatique. Celle-ci s’est répandue parmi nous via le développement des interfaces numériques, qui tendent à devenir des médiateurs incontournables de toute activité humaine. Le design se trouve pris dans trois injonctions paradoxales, que cet article articule et s’efforce de dépasser.

The Design of Transparency
Rhetoric of Digital Interfaces
Historically, one of design’s objectives was to make the world intelligible by structuring the mediation of the visible. Such an operation of selection necessarily runs against a (transparent) understanding of the real, as fantasized by mathematical computation. Computation spread through digital interfaces which become unavoidable mediators of any form of human activity. As a consequence, design finds itself trapped between three double-binds, which this article attempts to investigate and overcome.

Logistique de la « dématérialisation »
La dimension immatérielle de notre réalité, grâce aux prothèses informatiques et médiatiques, est devenue de plus en plus étendue et puissante. Cet article suggère que la prétendue « dématérialisation » comporte le recel des conditions matérielles nécessaires à son propre essor. Il examine le rôle joué par la logistique dans ce processus de refoulement systématique de la jointure entre matériel et immatériel. Permettant que la marchandise puisse « apparaître » presque magiquement sur les rayons des magasins ou directement chez nous, et que les déchets puissent « disparaître » tout aussi magiquement, l’organisation logistique actuelle repose sur un mix unique de transparence et d’opacisation.

The Logistics of “Dematerialization”
The immaterial dimension of our reality, powered by our computational and medialized prostheses, is becoming ever wider and more powerful. This article suggests that the so-called “dematerialization” hides away the material conditions that are necessary to its dominance. It inquires into the role played by logistics in this systematic repression of the articulation between the material and the immaterial. By allowing commodities magically to “appear”, and trash no less magically to “disappear”, the logistical organization currently in place rests on a unique mix between transparency and opacity.

  « Ce qui est mesuré s’améliore. » Peter Drucker Une brève note biographique pour commencer : à l’été 2014, j’ai reçu un financement de recherche du gouvernement britannique pour réaliser un projet intitulé « Interroger le tableau de bord : données, indicateurs et prise de décision ». Le projet comprenait trois études de cas de « tableaux de bord », dont l’un […]

Sous les pavés, le sillage
À travers quels langages, outils et pratiques pouvons-nous comprendre la destruction écologique et la violence racialisée en tant que processus unifié à l’œuvre dans la production du monde ? Comment pouvons-nous, à la fois, habiter et interrompre cette conjoncture catastrophique ? Qui sommes-nous pour cela, d’ailleurs ? Je m’inspire de la provocation de Christina Sharpe (2016) en faveur du « travail de sillage » pour étudier ces questions dans le contexte du monde océanique. En travaillant à travers différents genres et en puisant dans diverses sources, j’expérimente des thèmes de perte, de sensation, d’échelle, d’incertitude, de persistance et de temps, pour chercher un récit qui pourrait suggérer un avenir différent au milieu d’une catastrophe en cours.

Under the Cobblestones, the Wake
Through what languages, tools, and practices can we understand ecological destruction and racialized violence as one world-making process ? How can we both inhabit and interrupt this catastrophic conjuncture ? Who are “we”, anyway ? I take inspiration from Christina Sharpe’s (2016) provocation toward “wake work” to investigate these queries in the context of the oceanic world. Working across genre and draw from a range of sources, I experiment with themes of loss, sensation, scale, uncertainty, persistence, and time to seek a narrative that might suggest different futures in the midst of ongoing disaster.

  Si Molière était encore parmi nous, qu’aurait-il pensé de notre Bourgeois numérique de cette fin d’année 2018, si enchanté de découvrir les miracles de l’intelligence artificielle (IA) ? N’aurait-il pas gratifié cet héritier du Bourgeois gentilhomme, inspiré comme il se doit par sa Mama IA Google, d’un nouveau titre de grand Mamamouchi ? Tandis que sa […]

Habiter l’inséparation
Nous sommes désormais entrés dans l’ontologie de l’inséparation. Un mouvement de fond nous a fait passer d’un univers humaniste composé d’entités séparables à un réel inséparé où tous les phénomènes devenus globalisés sont liés a priori (et non a posteriori), en intra-relation de co-évolution et de co-dépendance. Notre monde élabore une nouvelle condition d’existence, d’où la figure de l’Autre a disparu. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Là n’est pas la question. Cela est.

Dwelling in Inseparation
We have entered the ontology of inseparation. A deep and inescapable movement is pushing us from a humanist universe made of separable entities towards an unseparated real, where all phenomena are globalized and tied together a priori (rather than a posteriori), in intra-relations of co-evolution and co-dependence. Our world is giving birth to a new condition of existence, from which the figure of the Other has disappeared. Is it a good thing? A bad thing? That is not the question. The point is that we are unseparated, like it or not.

Timothy Morton
Hyperobjets
Le déréglement climatique est sans doute l’exemple le plus dramatique d’« hyperobjet », à savoir d’entités de dimensions temporelles et spatiales si disproportionnées à nos habitudes de perception que nos cadres de pensée et de compréhension s’en trouvent déjoués. Cet article explique ce que sont les hyperobjets et évoque leur impact sur nos modes de pensée ainsi que sur les façons dont nous devons apprendre à coexister. Les hyperobjets nous forcent à prendre en compte l’inséparé.

Hyperobjects
Global warming is perhaps the most dramatic example of “hyperobjects”—entities of such vast temporal and spatial dimensions that they defeat traditional ideas about what a thing is in the first place. This article explains what hyperobjects are, and their impact on how we think and must learn to coexist. Hyperobjects force us to account for the inseparated.

L’entreprise à mission et ses partenaires
La crise de 2008 est une crise de gouvernance des entreprises, notamment des banques, qui, pour faire des profits élevés, sont allées jusqu’à compromettre leur existence. Comment faire en sorte que l’entreprise ne soit pas seulement préoccupée de maximiser le cours de l’action, alors que jusque dans les sciences sociales, elle est réduite à cela ? L’entreprise est apparue à la fin du XIXe siècle pour révolutionner la vie quotidienne grâce aux découvertes scientifiques. L’entreprise est une association de partenaires dans une création collective de modes de vie, dont les partenaires financiers, mais aussi les ingénieurs, les consommateurs, le personnel. Il faut refonder l’entreprise et qu’elle se donne une mission qui exprime son projet à long terme et à laquelle souscrivent les actionnaires.

The Mission-based Company and its Partners
The 2008 crisis was a crisis in company governance, most notably banks which, lured by the hope of high profits, went as far as risking their very existence. How can companies be made to set other ends for themselves than the mere maximization of their shares, when everything reduces them to that sole objective, including within the social sciences? From the end of the 19th century, they emerged to revolutionize daily life thanks to scientific discoveries. They consist in an association of partners within a collective creation of new modes of life. They need to be re-conceived around a mission that expresses their long-term project in agreement with their shareholders.

La démocratie comme enquête et comme forme de vie
La notion de forme de vie se retrouve aujourd’hui dans des contextes théoriques divers – Théorie critique, Wittgenstein, biopolitique, étude des styles et anthropologies de la vie. Elle permet de penser de nouvelles formes de critique et d’éthique dans un monde touché par le changement global et la radicalisation des inégalités sociales, sanitaires et environnementales. Au-delà de la vulnérabilité des formes de (la) vie humaine, apparue en situations de désastre ou de dénuement, le concept de formes de vie s’est également développé à l’articulation du social et de la vie pour décrire les diverses façons de faire inventivité et créer de nouvelles formes de vie. Cette présentation vise à rendre compte de la transformation en cours que signale cet usage dans des domaines tels le travail, la critique sociale ou l’innovation démocratique et les lieux où s’expérimentent de nouvelles formes de vie démocratique.

Democracy as an investigation and a form of life
The notion of form of life is actually found in various theoretical contexts – Critical Theory, Wittgenstein, biopolitics, study of styles of life and anthropology of life. It makes possible to think of new forms of criticism and ethics in a world affected by global change and radicalization of social, health and environmental inequalities. Beyond the vulnerability of the forms of (the) human life, sprung in situations of disaster or bareness, the concept of forms of life has also developed at the articulation of the social and the life, to describe the various ways of doing inventiveness and creating new forms of life. The purpose of this presentation is to report on the ongoing transformation of the use of this concept in areas such as work, social criticism or social innovation, as well as place where new forms of democratic life are experimenting.

Vers un horizon post‑capitaliste des dérives financières ?
Et si c’était dans les arcanes de la finance que prenait d’ores et déjà forme l’un des replis constitutifs du post-capitalisme ? Toute une série de penseurs (post?-)marxistes, les plus stimulants parce que les plus hétérodoxes, se sont retrouvés récemment autour d’une analyse croisée de la notion de produits dérivés (derivatives) et des blockchains qui mérite de retenir toute notre attention. Cet article essaie d’en faire un survol rapide.

Towards a Post-Capitalist Horizon of Financial Derivatives
What if a strange form of post-capitalism was already brewing in the arcane procedures of financial derivatives? Following the suggestion made by an improbable constellation of (post-?)Marxist thinkers, this article attempts to map a few hypotheses leading us to view financial derivatives and blockchains as pushing a certain dynamic of capitalism to its point of reversal, where the privatization of every aspect of our lives hollows private property from its customary substance—and opens the way for new apprehensions of the common and of the future.

Fondations liquides
L’abstraction financière
au risque de la fuite des investis
Cet article cherche à comprendre ce qui arrive lorsque les investis – ceux qui ont contracté une dette immobilière ou un crédit – se désinvestissent du contrat déontologique implicite de l’endettement. Que se passe-t-il lorsque ceux qui ont emprunté pour consommer choisissent le défaut de paiement comme une stratégie plus rentable que le remboursement ? Lorsque des incertitudes liées aux contrats ou aux titres de propriété conduisent à des transgressions massives d’attentes de re-paiement ? Lorsque ceux qui sont chargés d’une dette étudiante préfèrent disparaître et se cacher plutôt que faire face à leurs obligations irrémissibles ? Voilà quelques-unes des stratégies auxquelles ont eu recours, en masse, des investis au lendemain de la crise financière de 2008. Cet article tente de montrer que la vision dominante des marchés financiers, une vision monologique, doit être remplacée par une compréhension dialogique des relations entre investisseurs et investis, au sein de laquelle le consensus ne peut plus être traité comme acquis.
The Strategy of Default
Liquid Foundations in the House of Finance
This article investigates what happens when personal investors disinvest from the implicit deontic contract of indebtedness. What happens, when consumer debtors begin to default strategically, before due time? When the uncertainty of contract, title and ownership leads to mass trespass? When student debtors decide to abscond rather than pay off loans that cannot be discharged in bankruptcy? These are some of the strategies that personal debtors have resorted to, en masse, in the “aftermath” of the financial crisis. This article argues that the monological vision of financial markets needs to be replaced by a dialogic understanding of debtor and creditor relations which does not treat consensus as a given.

Total Record
Les protocoles blockchain face au post-capitalisme
Le protocole Bitcoin (2009) s’inscrit dans le prolongement des utopies crypto-anarchistes visant à développer une monnaie numérique sécurisée et distribuée sur le réseau Internet pour échapper à la centralisation du pouvoir par les banques et les gouvernements. Récupérées en grande partie par la finance spéculative, ces technologies à chaînes de blocs (blockchain) se sont progressivement développées et dépassent désormais largement le champ monétaire (applications distribuées, contrats intelligents, jetons de valeurs, etc.). Malgré la persistance de certains freins sociaux et techniques, les protocoles blockchain pourraient-ils prendre de vitesse la logique destructrice du capitalisme financier ?

Total Record
Blockchain Protocols and Post-Capitalism
Bitcoin (2009) is an extension of crypto-anarchist utopias aimed at developing a secure and distributed digital currency on the Internet network. It thus aims to escape the centralization of power by banks and governments. Caught up by speculative finance, blockchain technologies now extend beyond the financial field (decentralized applications, smart-contracts, tokens, etc.). Despite some remaining social and technical barriers, could blockchain protocols encourage the emergence of post-capitalist futures?

L’avenir de la crypto-finance
Le pouvoir de la finance ne se limite pas à lever des fonds ou gagner de l’argent. Il constitue aussi une invitation à risquer et à spéculer collectivement pour ouvrir de nouvelles possibilités d’agencement collectif. Pour la majorité d’entre nous, la finance est une pratique prédatrice et extractive, qui prend plus qu’elle ne donne. Mais qu’en serait-il d’une finance fondée sur une logique non pas de la capture et de la prise, mais de l’offre et du don ? Un geste rituel d’offrande – la création d’un intervalle de temps selon la forme dérivée du don – qui initie de nouveaux espaces économiques ?

Economic Space Agency and the Space platform
The power of finance in our hands doesn’t need to be just about raising funds or making money. It can be an invitation to risk and speculate together to open up new possibilities and modes of coming together. For most of us, finance is a predatory and extractive practice that takes more than it gives. But what if at the heart of finance we found a logic of active offering? A ritual offering gesture–the creation of a time interval in the derivative form of a gift –that both opens up and holds open new economic spaces?

Le revenu universel, condition d’une finance post‑capitaliste
À la lecture de l’ensemble des contributions de cette majeure, Dériver la finance, quelques questions se posent. La blockchain qui consigne toutes les transactions au sein d’une communauté délocalisée de hackers, dit « mineurs », est-elle utilisable plus largement ? La recherche d’un surplus systématique peut-elle alimenter une multiplicité de valeurs ? Un revenu universel n’est-il pas une condition de base pour cet investissement tous azimuts dans la cyber-économie ? Comment se partage la formation nécessaire pour y participer ? Que permettent les nouvelles technologies par rapport à des tentatives plus anciennes de remise en cause de la valeur travail ? Comment ces nouvelles tentatives traitent-elles la valeur égalité présente au cœur de leurs ainées ?

Universal income, a condition for post-capitalist finance
In reading all the contributions of this Major, Deriving Finance, some questions arise. The blockchain that record all transactions within a community of hackers, called “minors”, is it usable more widely? Can the search for a systematic surplus feed a multiplicity of values? Is not a universal income a basic condition for this all-round investment in the cyber economy? How to share the training necessity to participate? What do new technologies allow compared to older attempts to question the value of work? How do these new attempts treat the value of equality, which is at the heart of their elders?

Entretien avec Laurent Greilsamer : Fromanger, Foucault & Guattari

  Tout au long de l’année 2017, Gérard Fromanger a accepté de répondre aux questions de Laurent Greilsamer. Ces conversations très libres sur la peinture et la vie d’artiste sont publiées in Fromanger De toutes les couleurs, éditions Gallimard – collection Témoins de l’art. Gérard y évoque largement ses liens avec Jacques Prévert, Giacometti, César, Jean-Luc […]

Le 8 mars 2018, au terme d’un examen en procédure accélérée devant le Parlement, la loi ORE était promulguée. ORE pour « Orientation et Réussite des Étudiants ». Le nom ferait presque sourire. Il faudrait donc une loi pour que soit reconnue l’importance de missions que la plupart des personnels de l’université considèrent comme partie intégrante de leur […]

La neutralité du Net n’a pas eu lieu

Le 14 décembre 2017, l’administration Trump frappe directement à la tête du marché de l’innovation numérique. La FCC (Federal Communication Commission) promulgue l’abrogation de la « neutralité du Net »1 et offre ainsi sans réserve aux Fournisseurs d’Accès à Internet (AT&T, Verizon, Sprint Nextel, Qwest etc.) une emprise sur le marché des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) […]

Raviver un souffle post-capitaliste
Après tant d’annonces de la fin prochaine, de l’effondrement ou du dépassement du capitalisme, comment et pourquoi y croire encore ? Peut-être convient-il de regarder ailleurs que là où l’on se tourne habituellement. Non pas seulement du côté de ses « ennemis », qui résistent bruyamment contre lui, mais tout autant en direction de cela même qui paraît aujourd’hui annoncer son triomphe : le numérique, l’information, l’automation, les métamorphoses du capital et l’hétérogénéité de ce qu’il rassemble. Les alternatives grouillent peut-être déjà sous l’apparence trompeuse d’une victoire de surface.

Reopening a Post-Capitalist Horizon
Once Again?
After so many announcements about the forthcoming end, collapse or overcoming of capitalism, how and why should anyone still put any faith in such perspectives? We may want to look somewhere else than in the usual direction. Not only towards the traditional “enemies” of capitalism, who loudly protest against it, but just as much towards the very things which appear to showcase its triumph: digital technologies, information, automation, metamorphoses of capital and the very heterogeneity of what it assembles. Alternatives are already brewing under a deceptive surface of victory.

Et si ce n’était même plus du capitalisme, mais quelque chose d’encore bien pire ?
Le capital a pensé trouver le moyen d’esquiver la confrontation avec les travailleurs en se fiant au vecteur d’information. La mondialisation, la désindustrialisation et la sous-traitance permettraient de s’affranchir du pouvoir dont disposaient les travailleurs pour bloquer les flux de la production. Il est temps, toutefois, de se demander si ce qui est apparu en plus et au-dessus du mode de production capitaliste ne serait pas quelque chose de qualitativement différent, qui se trouve en train de générer de nouvelles formes de domination de classe, de nouvelles formes d’extraction de plus-value, voire même de nouveaux types de formation de classe. De même que le capital a dominé la propriété foncière, subsumant son contrôle sur la terre dans une forme de propriété plus abstraite et fongible, de même la classe vectorialiste a subsumé et débordé le capital en s’appuyant sur une forme plus abstraite de valorisation.

What if this is not even capitalism any more, but something  worse?
Capital thought it found it by escaping from labor along the information vector. Globalization, deindustrialization, and outsourcing would enable it to be free from the power of labor to block the flows of production. We should now ask whether what has emerged, in addition to and on top of a capitalist mode of production, is something qualitatively different, but which generates new forms of class domination, new forms of the extraction of surplus, even new kinds of class formation. Just as capital came to dominate landed property, subsuming its control over land in a more abstract and fungible property form, so too the vectoralist class has subsumed and outflanked capital in a more abstract form.

La construction du  commun comme politique post‑ capitaliste
Aujourd’hui la planète est confrontée à l’absence de gestion de communs vitaux tels que l’air, le climat, l’eau. Il importe de construire des modalités collectives de gestion de ces communs, impliquant le maximum de parties prenantes. Pour cela, il faut sortir du capitalocentrisme, parallèle au phallocentrisme dénoncé par les féministes, pour lequel le commun serait engendré inévitablement par les contradictions du capitalisme. Il vaut mieux analyser la manière dont le commun se construit progressivement en mettant une ressource en commun quel que soit le régime de propriété. Trois exemples sont donnés : la qualité de l’air dans une ville australienne jouxtant une mine de charbon, où habitants et industriels ont reconnu peu à peu la nécessité de prévenir la pollution ; la menace sur la couche d’ozone qui a été conjurée à la fois par le Protocole de Montréal de 1985 et par une multitude d’actions en ce sens ; le développement des installations solaires domestiques par les citoyens australiens. À chaque fois une communauté d’acteurs s’est formée transversalement aux lignes de clivages de classe, et c’est une prolifération de ces communautés qui peut mettre l’énergie, l’atmosphère et d’autres ressources planétaires en commun. Il faudrait cependant que cette politique ait un nom, pour lequel l’article propose « La construction du commun ».

Commoning as a postcapitalist politics
Today the planet faces a genuine tragedy of the unmanaged “commons” (like air, climate, water). In this article, we explore how the process of commoning offers a politics for the Anthropocene. To reveal the political potential of commoning, however, we need to step outside of the capitalocentric ways that the commons have generally been understood, and that feminist thinkers have denounced as parallel to phallocentrism. We argue that commons can be conceived of as a process—commoning—that is applicable to any form of property, whether private, or state-owned, or open access. We turn to three examples from the past and the present that provide insights into ways of commoning the atmosphere (air quality in an Australian town, the international response to the threat on the ozone layer, the development of domestic solar energy by Australien citizens). We reveal how a politics of commoning has been enacted through assemblages comprised of social movements, technological advances, institutional arrangements and non-human “others.”

Géopolitique des  masses
Entre plèbes et multitudes, rente  et  corruption
Rente, plèbe et corruption sont certainement « pré-capitalistes », emblématisant les ennemis archaïques que le nouvel ordre économique s’efforce depuis deux siècles d’éradiquer, pour leur substituer le « profit » (entrepreneurial), des « populations » (expertes) et « l’état de droit » (commercial). Mais rente, plèbe et corruption constituent aussi bien le présent de la gestion de l’information dans un monde socio-économique non dénué de « frictions », où des inégalités et des asymétries de plus en plus patentes échouent à entraîner l’adhésion de multitudes bien assez intelligentes pour ne pas croire au conte de fées de l’enfumage néolibéral.

Geopolitics of  the  Masses
Between Plebs and  Multitudes, Rent  and  Corruption
The rent, the plebs and corruption certainly are “pre-capitalist” phenomena, illustrations of the archaic enemies that the emerging capitalist order of things tried hard to eradicate for centuries, in order to replace them (entrepreneurial) “profit”, (expert) populations and (commercial) rule of law. But rent, plebs and corruption play nevertheless a fundamental role in the present management of information within a socio-economic world affected by countless sources of “frictions”. Increasingly visible inequalities and asymmetries fail to attract multitudes smart enough not to believe in the neoliberal fairy tale.

L’hétéromation
La numérisation de l’économie –  comme de la vie quotidienne  – a transformé la division du travail entre humains et machines, versant beaucoup de gens dans du travail qui est à la fois caché, mal payé ou accepté comme incombant à « l’usager » de la technologie digitale. À travers clics, balayages, connexions, profils, emails et courriers, nous sommes les participants plus ou moins volontaires à des pratiques digitales dont la valeur profite à d’autres, mais peu ou pas à nous. Hamid Ekbia et Bonnie Nardi nomment hétéromation ce type de participation : l’extraction de valeur économique au moyen de travail pas cher ou gratuit caché sous des apparences d’automation algorithmique. Ils explorent ici les processus sociaux et technologiques par lesquels la valeur est extraite du travail numérisé.

Heteromation
The computerization of the economy—and everyday life—has transformed the division of labor between humans and machines, shifting many people into work that is hidden, poorly compensated, or accepted as part of being a “user” of digital technology. Through our clicks and swipes, logins and profiles, emails and posts, we are, more or less willingly, participating in digital activities that yield economic value to others but little or no return to us. Hamid Ekbia and Bonnie Nardi call this kind of participation—the extraction of economic value from low-cost or free labor in computer-mediated networks—“heteromation.”

L’hétérarchie de l’intellect général
Cet article élabore le problème de la structure de l’Intellect Général, dont la théorie se développe dans le mouvement intellectuel post-opéraiste. Synonyme de la capacité cognitive de la société, qui peut soit ouvrir la voie d’une libération, soit être exploité par le capitalisme, l’Intellect Général est à la fois une capacité de la société à analyser, à poser des objectifs et à produire, et un corps virtuel composé topologiquement par les connexions sociales entre « la multitude de singularités corporelles ». Ici l’Intellect Général est analysé comme une propriété de cette structure de connexion sociale, nommée comme l’hétérarchie. L’hétérarchie est un ensemble, dont les différentes parties se lient comme autant d’ensembles singuliers et contribuent à ses changements, sans pouvoir être réduites à un système de valeurs unique, transitif et cohérent. L’argument principal de cet article est que, si l’Intellect Général peut dénoter la capacité auto-organisationnelle de la société, il est impossible de l’identifier avec une organisation institutionnelle unique ou avec un régime politique cohérent et englobant.

The Heterarchy of the General Intellect
This paper explores the problem of the structure of General Intellect. Given as a synonym of the cognitive capacity of a society, a capacity which may either provide liberation from capitalism or be exploited by the capitalistic organisation of society, General Intellect is analyzed as a property of a social connection structure, named here as heterarchy. As a connection structure, heterarchy forms different kinds of singularities: aggregations made by statistical repetitions of relations and individual egos making values through their goal setting and other intellectual activity. The main argument of the article is that, though to some extent General Intellect may denote capacity for the self-organization of society, it is nevertheless difficult to identify it with only one particular institutional organisation or political regime. General Intellect appears in any type of social structuring through self-organizing processes.