Archives du mot-clé internet

Vers un horizon post‑capitaliste des dérives financières ?
Et si c’était dans les arcanes de la finance que prenait d’ores et déjà forme l’un des replis constitutifs du post-capitalisme ? Toute une série de penseurs (post?-)marxistes, les plus stimulants parce que les plus hétérodoxes, se sont retrouvés récemment autour d’une analyse croisée de la notion de produits dérivés (derivatives) et des blockchains qui mérite de retenir toute notre attention. Cet article essaie d’en faire un survol rapide.

Towards a Post-Capitalist Horizon of Financial Derivatives
What if a strange form of post-capitalism was already brewing in the arcane procedures of financial derivatives? Following the suggestion made by an improbable constellation of (post-?)Marxist thinkers, this article attempts to map a few hypotheses leading us to view financial derivatives and blockchains as pushing a certain dynamic of capitalism to its point of reversal, where the privatization of every aspect of our lives hollows private property from its customary substance—and opens the way for new apprehensions of the common and of the future.

Total Record
Les protocoles blockchain face au post-capitalisme
Le protocole Bitcoin (2009) s’inscrit dans le prolongement des utopies crypto-anarchistes visant à développer une monnaie numérique sécurisée et distribuée sur le réseau Internet pour échapper à la centralisation du pouvoir par les banques et les gouvernements. Récupérées en grande partie par la finance spéculative, ces technologies à chaînes de blocs (blockchain) se sont progressivement développées et dépassent désormais largement le champ monétaire (applications distribuées, contrats intelligents, jetons de valeurs, etc.). Malgré la persistance de certains freins sociaux et techniques, les protocoles blockchain pourraient-ils prendre de vitesse la logique destructrice du capitalisme financier ?

Total Record
Blockchain Protocols and Post-Capitalism
Bitcoin (2009) is an extension of crypto-anarchist utopias aimed at developing a secure and distributed digital currency on the Internet network. It thus aims to escape the centralization of power by banks and governments. Caught up by speculative finance, blockchain technologies now extend beyond the financial field (decentralized applications, smart-contracts, tokens, etc.). Despite some remaining social and technical barriers, could blockchain protocols encourage the emergence of post-capitalist futures?

L’avenir de la crypto-finance
Le pouvoir de la finance ne se limite pas à lever des fonds ou gagner de l’argent. Il constitue aussi une invitation à risquer et à spéculer collectivement pour ouvrir de nouvelles possibilités d’agencement collectif. Pour la majorité d’entre nous, la finance est une pratique prédatrice et extractive, qui prend plus qu’elle ne donne. Mais qu’en serait-il d’une finance fondée sur une logique non pas de la capture et de la prise, mais de l’offre et du don ? Un geste rituel d’offrande – la création d’un intervalle de temps selon la forme dérivée du don – qui initie de nouveaux espaces économiques ?

Economic Space Agency and the Space platform
The power of finance in our hands doesn’t need to be just about raising funds or making money. It can be an invitation to risk and speculate together to open up new possibilities and modes of coming together. For most of us, finance is a predatory and extractive practice that takes more than it gives. But what if at the heart of finance we found a logic of active offering? A ritual offering gesture–the creation of a time interval in the derivative form of a gift –that both opens up and holds open new economic spaces?

Le revenu universel, condition d’une finance post‑capitaliste
À la lecture de l’ensemble des contributions de cette majeure, Dériver la finance, quelques questions se posent. La blockchain qui consigne toutes les transactions au sein d’une communauté délocalisée de hackers, dit « mineurs », est-elle utilisable plus largement ? La recherche d’un surplus systématique peut-elle alimenter une multiplicité de valeurs ? Un revenu universel n’est-il pas une condition de base pour cet investissement tous azimuts dans la cyber-économie ? Comment se partage la formation nécessaire pour y participer ? Que permettent les nouvelles technologies par rapport à des tentatives plus anciennes de remise en cause de la valeur travail ? Comment ces nouvelles tentatives traitent-elles la valeur égalité présente au cœur de leurs ainées ?

Universal income, a condition for post-capitalist finance
In reading all the contributions of this Major, Deriving Finance, some questions arise. The blockchain that record all transactions within a community of hackers, called “minors”, is it usable more widely? Can the search for a systematic surplus feed a multiplicity of values? Is not a universal income a basic condition for this all-round investment in the cyber economy? How to share the training necessity to participate? What do new technologies allow compared to older attempts to question the value of work? How do these new attempts treat the value of equality, which is at the heart of their elders?

La neutralité du Net n’a pas eu lieu

Le 14 décembre 2017, l’administration Trump frappe directement à la tête du marché de l’innovation numérique. La FCC (Federal Communication Commission) promulgue l’abrogation de la « neutralité du Net »1 et offre ainsi sans réserve aux Fournisseurs d’Accès à Internet (AT&T, Verizon, Sprint Nextel, Qwest etc.) une emprise sur le marché des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) […]

Raviver un souffle post-capitaliste
Après tant d’annonces de la fin prochaine, de l’effondrement ou du dépassement du capitalisme, comment et pourquoi y croire encore ? Peut-être convient-il de regarder ailleurs que là où l’on se tourne habituellement. Non pas seulement du côté de ses « ennemis », qui résistent bruyamment contre lui, mais tout autant en direction de cela même qui paraît aujourd’hui annoncer son triomphe : le numérique, l’information, l’automation, les métamorphoses du capital et l’hétérogénéité de ce qu’il rassemble. Les alternatives grouillent peut-être déjà sous l’apparence trompeuse d’une victoire de surface.

Reopening a Post-Capitalist Horizon
Once Again?
After so many announcements about the forthcoming end, collapse or overcoming of capitalism, how and why should anyone still put any faith in such perspectives? We may want to look somewhere else than in the usual direction. Not only towards the traditional “enemies” of capitalism, who loudly protest against it, but just as much towards the very things which appear to showcase its triumph: digital technologies, information, automation, metamorphoses of capital and the very heterogeneity of what it assembles. Alternatives are already brewing under a deceptive surface of victory.

L’appropriation du capital fixe : une  métaphore ?
L’auteur revisite ici son intuition de base, qui renverse l’axiome central soumettant le travailleur au capitaliste du fait de la propriété exclusive dont bénéficie celui-ci sur les moyens de production (le capital fixe, l’usine, les machines). En parlant de « réappropriation du capital fixe » par le travailleur de l’âge des réseaux numériques, il précise ici qu’il ne s’agit pas d’une simple métaphore, mais bien d’un axiome véritablement transformateur de nos horizons socio-politiques.

The Appropriation of Fixed Capital: a  Metaphor?
The author revisits his basic intuition, which turns the central axiom of capitalism on its head: while, in the industrial mode of production, the worker used to be subjected to the capital-owner who held exclusive property of the means of production (the factory), cognitive capitalism has to face a new situation, wherein fixed capital takes the form the worker’s capacity, located in the worker’s body and mind. “Reappropriation” is not to be understood as a mere metaphor, but rather as an axiom of socio-political transformations.

L’hétérarchie de l’intellect général
Cet article élabore le problème de la structure de l’Intellect Général, dont la théorie se développe dans le mouvement intellectuel post-opéraiste. Synonyme de la capacité cognitive de la société, qui peut soit ouvrir la voie d’une libération, soit être exploité par le capitalisme, l’Intellect Général est à la fois une capacité de la société à analyser, à poser des objectifs et à produire, et un corps virtuel composé topologiquement par les connexions sociales entre « la multitude de singularités corporelles ». Ici l’Intellect Général est analysé comme une propriété de cette structure de connexion sociale, nommée comme l’hétérarchie. L’hétérarchie est un ensemble, dont les différentes parties se lient comme autant d’ensembles singuliers et contribuent à ses changements, sans pouvoir être réduites à un système de valeurs unique, transitif et cohérent. L’argument principal de cet article est que, si l’Intellect Général peut dénoter la capacité auto-organisationnelle de la société, il est impossible de l’identifier avec une organisation institutionnelle unique ou avec un régime politique cohérent et englobant.

The Heterarchy of the General Intellect
This paper explores the problem of the structure of General Intellect. Given as a synonym of the cognitive capacity of a society, a capacity which may either provide liberation from capitalism or be exploited by the capitalistic organisation of society, General Intellect is analyzed as a property of a social connection structure, named here as heterarchy. As a connection structure, heterarchy forms different kinds of singularities: aggregations made by statistical repetitions of relations and individual egos making values through their goal setting and other intellectual activity. The main argument of the article is that, though to some extent General Intellect may denote capacity for the self-organization of society, it is nevertheless difficult to identify it with only one particular institutional organisation or political regime. General Intellect appears in any type of social structuring through self-organizing processes.

Afrocomputation

Afrocomputation
L’explosion des usages des techniques de communication en Afrique puise ses racines dans l’imaginaire pré-colonial, qui portait sur l’extension du monde au-delà du perceptible, du corporel, du conscient. Dans cette cosmogonie, les objets techniques et artefacts étaient doués d’une vitalité qui en faisaient des interfaces, des seuils à transgresser pour accéder aux horizons infinis de l’univers, dans une sorte de transmutation. Le téléphone portable et Internet parlent à l’inconscient archaïque et aux mémoires techniques des sociétés africaines, leur permettant de passer sans transition de l’âge de pierre à l’âge numérique. L’Afrique était déjà numérique à une époque pré-numérique, car les sociétés africaines se sont constituées par la circulation et le mouvement, inscrits dans les mythes africains de l’origine. Qui dit migration dit expérience de la nouveauté, plasticité permanente, extension du possible. Cette souplesse et cette aptitude à l’innovation constante, c’est aussi l’esprit d’Internet et du numérique.

Afrocomputation
The explosion of uses of communication techniques throughout Africa has roots that go deep into the pre-colonial imaginary, which extended its world beyond the perceptible, the corporeal, the conscious. In this cosmogony, technical objects and artefacts were endowed with a vitality generating interfaces, thresholds to transgress in order to reach the universe’s infinite horizons. Smartphones and the Internet speak to this archaic unconscious as well as to the technical memories of African societies, allowing them to move without transition from the stone age to the digital age.Africa was digital before the digital age, as African societies were constituted by circulation and movement, written in the myths of origins. Migration means a readiness to experience novelty, permanent plasticity, extension of the possible. This subtle aptitude constantly to innovate also animates the spirit of the Internet and of the digital.

L’intermédiation algorithmique, pourquoi maintenant ?
L’adoption des technologies numériques accroît la densité du réseau de communication entre humains, appareils et institutions. Le numérique contribue à l’émergence de nouvelles temporalités et de nouveaux modes d’organisation, facilitant les échanges directs entre acteurs ainsi qu’une utilisation frugale des ressources. Cette transformation est contemporaine de la fin de l’abondance, avec des ressources naturelles essentielles qui deviennent rares. Est-ce une coïncidence? Dans les écosystèmes naturels, la pénurie des ressources favorise la reproduction sexuée, augmentant ainsi la complexité du réseau d’interactions, faisant écho aux interdépendances croissantes du monde numérique. La rareté des ressources pourrait-elle favoriser la montée en puissance des plateformes numériques, dans une boucle de rétroaction positive.

Algorithmic Intermediation, why now ?
The adoption of digital technologies increases the density of the communication network between humans, machines and institutions. The digital contributes to the emergence of new temporalities and new modes of organization, facilitating direct exchanges between actors and a potentially frugal use of resources. This transformation is contemporary with the end of abundance, with essential natural resources becoming scarce. Is this a coincidence? In natural ecosystems, scarcity of resources promotes sexual reproduction, thus increasing the complexity of the network of interactions, echoing the growing interdependencies of the digital world. Could scarcity of resources support the rise of digital platforms in a positive feedback loop?

Le pouvoir des formatages à l’heure de la balconisation
Entretien avec Joël Vacheron
Cet entretien permet à Constant Dullaart de préciser sa définition de la « balconisation » et de commenter son intervention sur les logiciels de Facebook et d’Instagram ainsi que dans les racines idéologiques du logiciel Photoshop (à travers son œuvre Jennifer in Paradise). Comment des pratiques indissociablement artistiques et activistes peuvent-elles court-circuiter ce qui court-circuite nos attentions ?

The Power of Formating in the Age of Balconization
An Interview with Joël Vacheron
In this interview Constant Dullaart discusses his definition of “balconization” and comments his interventions on Facebook and Instagram, as well as the ideological roots of Photoshop (staged by his work entitled Jennifer in Paradise). How can artistic and activist practices short-circuit what short-circuits our attentions?

Travail d’édition & écriture algorithmique
Entretien avec Nicolas Nova
Silvio Lorusso met en place des protocoles éditoriaux qui prennent à rebrousse-poil les logiques fluides permettant aux plateformes de s’infiltrer dans nos désirs et nos comportements. Il en présente quelques exemples dans cet entretien, tout en réfléchissant sur les enjeux plus généraux de ce type d’intervention médiartiviste.

Algorithmic Writing and Editing
An Interview with Nicolas Nova
Silvio Lorusso elaborates editorial protocols that run against the grain of the fluid logics that allow platforms to infiltrate our desires and behaviors. He presents some of them in this interview, while discussing the wider stakes of such mediartivist interventions.

Vers une politique du dividualisme

Vers une politique du dividualisme
L’individu de la gouvernance néolibérale mérite d’être envisagé comme un « dividuel » secoué par les rassemblements turbulents de tendances hétérogènes, divisé entre elles dans sa relation à soi. Du fait des urgences et des surcharges attentionnelles auxquelles il est soumis, l’intuition se substitue souvent chez lui au choix réfléchi et délibéré. C’est à des dividuels que s’adressent les techniques de priming (amorçage) par lesquelles les logiques néolibérales restructurent nos comportements. Comment parvenir à y identifier un contre-ontopouvoir immanent ? Comment en faire émerger une politique du dividualisme ? C’est dans une catalyse activiste qu’il faut reconnaître aujourd’hui un art affectif de la politique.

Towards a Politics of Dividualism
The individual produced by neoliberal governance ought to be identified as a “dividual”, set in tensions by a turbulence of heterogeneous tendencies, divided between them in his relation to himself. Because of the emergency and attentional overload to which he is exposed, intuition often substitutes for deliberate choice. Techniques of priming are addressed to such dividuals, in their attempt to restructure our behaviors along neoliberal injunctions. How can one identify immanent forms of counter-ontopower in such a situation? How can one help the emergence of a politics of dividualism? An activist catalysis may pave the way for an affective art of politics.

Le court-circuitage néolibéral des volontés & des attentions
Le libéralisme se réfère à la volonté individuelle comme à son principal principe de légitimation. Or toute une série de dispositifs (médicaments, design, algorithmes, priming, nudge) mis en place sous régime néolibéral tendent à court-circuiter toute capacité de choix délibéré. À quoi ressemble ce néolibéralisme d’après la fin de l’illusion du choix ? En quoi est-il solidaire des dispositifs qui externalisent le travail de notre attention ? Ces court-cicuitages de nos choix et de nos attentions ne relèvent-ils pas eux-mêmes d’une illusion entretenue par les marketeurs d’innovations ?

Neoliberal Short-Circuiting of Individual Will and Attention
Individual will plays a fundamental role of legitimation in liberalism. A whole range of devices (performance enhancing drugs, algorithms, design, priming, nudge) currently promoted by neoliberal policies tends to short-circuit our capacity to make deliberate choices. What does liberalism look like after the end of the illusion of choice? What are its links to the various devices that externalize our attentions? Aren’t we deluded when we naïvely believe in the capacity of our digital technology to short-circuit human attention, reflection and deliberation?

Le nudge
Embarras du choix & paternalisme libertarien
Au titre d’un « paternalisme libertarien », certains libéraux proposent de reconsidérer nos interactions sociales du point de vue des « architectures de choix » qui les conditionnent en sous-main à notre insu. La doctrine du « nudge » (coup de pouce dans le bon sens) propose une méthode douce d’influencer nos comportements basée sur des conditionnements souvent imperceptibles. Depuis la réforme des systèmes de santé ou de retraite jusqu’à l’organisation spatiale d’une cantine scolaire, le monde social devient le terrain d’exercice d’une activité de design potentiellement omniprésente, supposée bienveillante mais néanmoins inquiétante.

Nudging
Embarrassment of Choices and Libertarian Paternalism
In the name of “Libertarian Paternalism”, certain thinkers invite us to reconsider our social interactions from the point of view of the “choice architectures” that condition them unbeknownst to the agents themselves. The theory and practices of “nudging” provide us with soft methods to influence our behaviors on the basis of infra-perceptible conditionings. From Health Systems to Retirement Plans and school cafeteria, the social world becomes a playground for a potentially ubiquitous agency of design, reputed to be benevolent but nevertheless worrying in its implications.

Prendre la mesure du renoncement négocié
L’injonction numérique conduit à un renoncement au cœur duquel des négociations se déploient. La dialectique du renoncement négocié ouvre sur une recherche critique sur les usages numériques visant à cerner les enjeux des stratégies de l’ordre informationnel et communicationnel.

The Stakes of Negotiated Renunciation
The dialectic of negotiated renunciation opens to a critical research on digital uses, under injunction, aimed to identify the stakes of the strategies of the informational and communicational order.

Les media du XXIe siècle. Sensibilité mondaine & bouclages projectifs

Les media du XXIe siècle
Sensibilité mondaine & bouclages projectifs
Un nouveau type de media, propres au XXIe siècle, ne s’adresse plus à nos consciences, ni même à nos perceptions, mais vise à connecter automatiquement différents points de sensibilité du monde (y compris au sein de notre propre corps), sans plus s’adresser à des « sujets » humains. L’internet des objets a pour vocation de fonctionner tout seul, sans se laisser entraver par l’erratisme des volontés subjectives, ni ralentir par les aléas de délibérations collectives – comme une vaste architecture de choix agencés pour notre bien, mais par des programmes. C’est bien un nouveau type de médialité qu’il faut reconnaître ici, appelant de nouveaux types d’interventions.

21st-Century Media
Worldly Sensibility and Feed-Forward Agency
A new type of media, specific to the 21st Century, no longer address themselves to our awareness, nor to our perceptions, but aim at automatically connecting various points of sensitivity in the world (as well as in our bodies), short-circuiting the will and attention we have come to identify with our subjective self. The internet of things is designed to work by itself, without being disturbed by our erratic subjective wills and without being delayed by the unpredictable outcomes of collective deliberation. 21st-century media set in place a vast architecture of choices, reputed to be run by algorithms for our own good. This new type of mediality calls for new modes of understanding and political action.

Stéphane Degoutin & Gwenola Wagon. Le rêve de la raison

Le projet World Brain, publié sur le site d’Arte Creative (worldbrain.arte.tv), propose une promenade à travers des contes folkloriques et hétéroclites : data centers, magnétisme animal, l’Internet vu comme un mythe, la vie intérieure des rats, comment rassembler un réseau de chercheurs dans la forêt, comment survivre nu dans la nature avec Wikipédia, comment connecter des […]

Des étudiants en architecture peuvent-ils s’installer, en toute liberté, pendant quelques heures sur une place quelconque de la ville, avec un léger dispositif mobilier pour dialoguer avec les passants autour de leurs maquettes d’espace public ? Pourrais-je sortir ma chaise sur le trottoir pour en faire autant ? Le Fonds d’Aide à la Création Artistique financera-t-il encore […]

Sensibilités climatiques entre mouvances écoféministes et queer
Cet article explore quelques liens et frictions qui existent entre deux mouvements et courants de pensée qui sont d’abord des expériences militantes, des vécus, des rencontres. Il retrace quelques lieux de connexion et de divergence des pratiques activistes et identités queer vis-à-vis de l’écoféminisme. Dialogue et récits entremêlés espèrent faire sentir différemment la manière dont ces liens s’articulent à la fois dans les pratiques de résistance et dans les ressentis militants quotidiens.

Convergence between Feminist and Queer Movements in Mobilizations on Climate Issues
This article explores a few links and points of friction between movements which are first and foremost activist experiences, lived moments and encounters. Connections and divergences between queer practices and ecofeminism are investigated through a dialogue and narrations that help us feel how such links articulate practices of resistance with daily activist experiences.

« Écoféminisme, art, animaux »

« Écoféminisme, art, animaux »1 « Partout triomphe un appel général à la sensibilité, la douceur, la vertu, la philanthropie, valeurs données culturellement comme le fief d’Anima, la civilisatrice du mâle, destructeur et inquisiteur Animus. » — Françoise d’Eaubonne « Histoire de l’art et lutte des sexes », 1978 À l’aune des révolutions féministes, de l’avènement dans le monde moderne […]

Créer des asiles de data autogérés par les citoyens

Les données personnelles sont l’or noir de la nouvelle économie du numérique. Les infos, les traces et les saisies de nos pérégrinations digitales, livrées de façon plus ou moins consenties, servent de carburant à de nouveaux paradis de l’économisme dominant. Ces data de nos moindres transactions et interactions via nos outils digitaux, des cartes bancaires […]

Debout avec la terre
Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones
De plus en plus de mouvements activistes luttant contre la destruction des milieux de vie, notamment par les industries extractives qui précipitent les transformations climatiques et empoisonnent les eaux et l’air, cherchent des alliances et des sources d’inspiration auprès de peuples autochtones, tels les Aborigènes d’Australie, qui n’ont pas la même vision de la Terre que celle consistant à nier la nature sous prétexte qu’elle aurait succombé aux technologies humaines. Il est proposé ici de répondre à la réduction des ontologies en anthropologie par une « slow anthropology » qui soit « Debout avec la terre », fondée sur une expérience de terrain écosophiquement inspirée des visions et de la créativité des peuples autochtones et de leurs alliés en passant par la SF selon Haraway, Stengers et Meillassoux.

Standing with the Earth
Aboriginal Cosmopolitics and Autochthon Solidarities
More and more activist movements struggling against the destruction of their living environments – especially because of the extractive industries that accelerate the climate change and poison the water and the air, – look for alliance and inspiration in the autochthon people, such as the Aborigines of Australia, whose vision of the Earth is not to deny nature on the pretext that it would have succumbed to human technologies. This article proposes to respond to the reduction of ontologies in anthropology with a “slow anthropology” that would be “standing with the Earth”, a slow anthropology based on a field experience, ecosophically inspired by visions and creativity of the autochthon people and of their allies, and by the Science Fiction according to Haraway, Stengers and Meillassoux.

La question de la technoécologie
Si la nature surgit comme problème ou comme ressource de l’activité technique, c’est qu’elle vient du dehors de la communauté technique qui tisse ses réseaux en relation avec elle. La nature est refus d’être portée complètement à la lumière. La technique s’articule à la nature par la reconnaissance des formes et leur invention permanente. C’est cette inventivité de la nature et de la technique que l’écologie devrait protéger et évaluer par rapport à la capacité de créer des liens productifs entre communautés techniques.

The Techno-Ecological Question
If nature emerges as a problem or as a resource for technical activity, it is because it comes from the outside of the technical community who weaves its networks in relation with it. Nature refuses to be fully exposed to the light of reason. Technicity articulates itself to nature through the recognition of forms and through their permanent reinvention. Ecology should protect and valorize this inventiveness of nature and technicity through its capacity to generate productive links between technical communities.

Stratégies amérindiennes en Guyane française
Décimés par la colonisation sur le littoral, puis par la ruée vers l’or dans l’intérieur, les Amérindiens ne sont devenus français qu’en 1960. La revendication autochtone de souveraineté culturelle et territoriale est apparue en 1984 (après la scolarisation d’une génération) dans un manifeste dont nous reprenons de larges extraits. L’Organisation des Nations Unies lui permet de se joindre à celle des autres peuples autochtones. Mais la reconnaissance de l’autochtonie se heurte au principe unitaire de la République française. Des droits d’usage sont cependant accordés sur certains territoires et une représentation propre aux collectivités territoriales à majorité de population autochtone est à l’étude.

Amerindian Strategies in French Guyana
Decimated first by coastal colonization, then by the gold rush towards the interior, the Guyana Amerindians have become French in 1960. They claimed their native rights of territorial and cultural sovereignty in 1984, after a generation went to school, in a text from which large excerpts are quoted here. The UN allowed them to join with other native people, but their claims go against the unitary principle of the French Republic. Some rights of use are nevertheless granted on some territories and a political representation of some territorial collectivities with a majority of native population is under study.

Les Britanniques à Calais
La solidarité européenne à l’échelle locale dans une ville frontière

Comment fonctionnent ceux qu’on appelle les Anglais dans le camp de Calais ? Les volontaires internationaux ont remplacé peu à peu les touristes dans l’animation de la ville, à partir de 2013 ; à partir de fin 2015, la mobilisation est plus forte mais toujours peu organisée. La préoccupation est de rendre le camp plus habitable, de construire avec les migrants des lieux de vie pour les femmes et les enfants, pour les repas, pour le théâtre, pour la bibliothèque. Ces hauts lieux seront épargnés de la destruction par la justice. Mais cette nouvelle urbanité n’est pas exempte de rapports de pouvoir. L’aide britannique se restructure à partir du Hangar, hors du camp, pour pratiquer l’aide sur un mode quasi-industriel par son efficacité. Les volontaires deviennent plus distants des migrants, et leur vie se déroule plutôt hors du camp. Français et Britanniques se rejoignent cependant dans le traitement des mineurs isolés et le conseil juridique.

Britons in Calais
European Solidarity at the Local Level in a Bordertown

How do those referred to as “les Anglais” operate in Calais? International volunteers have progressively replaced tourists in the animation of the city, starting from 2013. Since the last months of 2015, the mobilization is still strong but little organized. Efforts concentrate on making the camp more hospitable, on constructing with the migrants a better place for women and children, improving meals, establishing a theater, a library — these sites being spared the destruction waged by the authorities. This new urbanity is not free from relations of power, however. British aid was restructured around the “Hangar”, away from the camp, on a quasi-industrial mode of management geared towards efficiency. The volunteers have become more distant towards the migrants, as their life is now located outside of the camp. French and British volunteers, however, are in tune concerning the help brought to isolated children and legal counseling.

Le site de la Linière à Grande Synthe
Camp ou quartier?

Le lieu de vie construit par les migrants à Grande Synthe est en cœur d’agglomération ; les exilés peuvent bénéficier des services de la ville et de nombreux services ont été installés par les associations. Il ne s’agit pas réellement d’un camp. Cette initiative s’inscrit dans le projet d’autonomie des villes par rapport aux États. Du point de vue architectural il s’agit d’un lieu ouvert capable de s’adapter aux arrivées et départs de population, capable de voir se développer des activités productives. C’est un quartier d’accueil et d’intégration.

The Linière Site at the Grande Synthe
Camp or Neighborhood?

The living space built by migrants at the Grande Synthe is located in the core of the city; exiled people can benefit from the townhouse services and several services are provided by associations. Is it really a “camp”? This is part of the increasing autonomy claimed by cities towards national States. From an architectural point of view, it is an open place designed to adapt to the incoming and outgoing of populations, which can host productive activities. It is a neighborhood geared towards welcoming and integration.

Nouvelles réflexions sur le lieu des Sans-État
Calais, son camp, ses migrants

Il s’est passé dans le camp-bidonville de Calais en quelques mois des phénomènes, certes minimalistes mais bien réels, d’aménagement de l’espace, de socialisation, d’échanges avec les habitants et de politisation des occupants, qu’on retrouve en général dans les camps contemporains, mais qui ont eu lieu ici en accéléré. L’exemple de Calais permet de nouvelles réflexions sur le lieu des Sans-État aujourd’hui, sur l’édification d’un nouveau monde dans le monde, peuplé par eux et par ceux qui les accompagnent ou les visitent.

New Thoughts on the Place of the Stateless
Calais, its Camp, its Migrants

Many things have happened in the Calais camp-slum within a few months, small but real and meaningful, in terms of space allocation, socialization, exchanges with the locals and politicization of the migrants — things that are common in many camps but which happened here in a fast-forward mode, and which call for new thoughts on the place of the Stateless, on the construction of a new world within the world, inhabited by migrants, by those who accompany or visit them.