Archives du mot-clé kant

Logique de la frontière
À partir de la différence entre les frontières naturelles dites « bona fide », et les frontières artificielles, dites « fiat », cet article tâche de montrer qu’une frontière n’est jamais un résultat mais processus, qui fait passer l’homogène dans l’hétérogène et inversement. On en conclut que la pensée sépare ce que la vie confond en variétés intensives, et que la vie dégrade ce que la pensée sépare, « frontière » étant le nom de ce qu’opère toute vie pensante et toute pensée vivante.

Logic 
of the Border
On the basis of a distinction between natural borders (qualified as “bona fide”) and artificial (or “fiat”) borders, this article attempts to show that a border is not so much a result as a process, whereby the homogeneous enters the heterogeneous, and reciprocally. The conclusion is that thought separates what life unites in intensive varieties, and that life degrades what thought separates—“border” being the name of the action performed by any thinking life and by any living thought.

Dialectique de la séparation
Au-delà d’une opposition entre approches néo-matérialistes, qui insistent sur l’inséparé (l’immanence de la matière) et réalismes spéculatifs, qui affirment une séparation ontologique (la transcendance de l’objet), je propose dans cet article une dialectique de la séparation dont l’objectif est de montrer comment la séparation travaille de l’intérieur l’immanence de la matière.

Dialectic of Separation
Beyond the opposition between neo-materialist approaches, which insist on the inseparated (the immanence of matter), and speculative realisms, which assert an ontological separation (the transcendence of the object), I propose in this article a dialectic of separation, by which I attempt to show how separation elaborates from within the immanence of matter.

Timothy Morton
Hyperobjets
Le déréglement climatique est sans doute l’exemple le plus dramatique d’« hyperobjet », à savoir d’entités de dimensions temporelles et spatiales si disproportionnées à nos habitudes de perception que nos cadres de pensée et de compréhension s’en trouvent déjoués. Cet article explique ce que sont les hyperobjets et évoque leur impact sur nos modes de pensée ainsi que sur les façons dont nous devons apprendre à coexister. Les hyperobjets nous forcent à prendre en compte l’inséparé.

Hyperobjects
Global warming is perhaps the most dramatic example of “hyperobjects”—entities of such vast temporal and spatial dimensions that they defeat traditional ideas about what a thing is in the first place. This article explains what hyperobjects are, and their impact on how we think and must learn to coexist. Hyperobjects force us to account for the inseparated.

De la douceur musicale comme faux positif du présentisme contemporain

De la douceur musicale comme faux positif du présentisme contemporain
Il y a 100 ans, le présentisme futuriste des avant-gardes en appelait au bruitisme pour incorporer les sons urbains dans l’art des sons. Aujourd’hui, le présentisme catastrophiste prescrit de la musique douce à titre de soulagement survivaliste. Les vieilles berceuses trouvent une seconde utilité, mais l’aimable retoucherie esthétique réduit la musique à ses vertus anxiolytiques. Mais plus les bienfaits sonores promettent de boucler les belles détentes de l’esprit, plus ils laissent impensés les potentiels critiques qu’une dilatation perceptive des durées pourrait occasionner. Faute d’espoir plus solide, l’article se termine par un paradoxe sur l’hypothèse d’une hypnose libertarienne.

Soft music as a false positive of contemporary presentism
100 years ago, the futurist form of presentism cultivated by the avant-gardes hoped for bruitism to incorporate urban noises in the art of sound. Today a catastrophist form of presentism orders soothing music to relax survivalist anxieties. Old nursery rimes are offered a second life, reducing music to psychotherapy. But the more relaxing benefits are found in sounds, the less one reflects upon the critical potentials of the perceptual dilatation made possible by musical time. In guise of hope, the paper concludes on a paradoxical hypothesis about libertarian hypnosis.

Plus simple que d’élaborer une « politicité » du temps, il s’agit aujourd’hui, de plus en plus, d’élaborer des méthodes de défenestrations temporelles. L’avenir – cette idée si souvent travaillée par une promesse pour asseoir en l’air une fuite en avant – a été confisqué au point d’apparaître réfrigérée par autant de comptes-temps. Au lieu de subir des rythmes […]

Interrelationnisme. Horreur ou merveille.

Interrelationnisme
Horreur ou merveille
Manuscrit inachevé, retrouvé parmi les papiers non classés du Pr Carpenter après sa mystérieuse disparition, ce texte est considéré par certains comme une preuve de la folie tardive de son auteur. Dans un style analytique, il commence par rejeter à la fois le subjectivisme et les ontologies de l’objet, également écocidaires, au profit d’une conception « interrelationniste » de la réalité. Puis il se termine par des notes fragmentaires que leur densité rend très hermétiques, mais qui témoignent d’une crise intellectuelle radicale et d’une conversion ultime.

Interrelationnism
Horror or Wonder
This unfinished manuscript, found among the unclassified papers of Pr Carpenter after he disappeared mysteriously, is considered by some as a proof of the late madness of his author. In an analytical style, the text begins by rejecting subjectivism and object-oriented-ontologies, which are equally ecocidal, to the benefit of an “interralionnist” conception of reality. Then it ends with fragmentary notations that their density makes very hermetic, but that bear witness to a radical intellectual crisis and to an ultimate conversion.

L’insistance des possibles
Pour un pragmatisme spéculatif
Cet article s’efforce de reprendre l’appel de Whitehead : « la philosophie ne peut rien exclure ». La philosophie spéculative prolonge ainsi l’empirisme radical de W. James. Sa tâche est de se situer sur le terrain de l’expérience dans sa multiplicité, et de préserver ce que l’expérience fait importer. Mais l’importance ne peut jamais être réduite à un état de fait. Faire importer une situation, c’est intensifier le sens des possibles qu’elle recèle et qui insistent en elle, à travers les luttes et revendications pour une autre manière de la faire exister.

The Insistence of the Possible
For a Speculative Pragmatism
This article strives to continue the call of Whitehead: “Philosophy cannot exclude anything”. Thus speculative philosophy extends W. James’ radical empiricism. Its task is to locate itself on the ground of experience in its multifariousness, and to preserve what experience makes important. But importance can never be reduced to a matter of fact. To make a situation important consists in intensifying the sense of the possible that it holds in itself and that insists in it, through struggles and claims for another way of making it exist.

Matières à penser Depuis l’avènement du capitalisme financier, le spéculateur entend donner des leçons de réalisme au politique. Les services, les idées, la conscience et sa capacité d’attention : même l’immatériel se réifie pour pouvoir se vendre et s’échanger – « librement » – à la manière des choses. Il est par conséquent très urgent de renvoyer de la réalité […]

Sensibilité, imagination, techno-esthétique

À partir d’une lecture de Kant et d’une analyse de quelques expériences de nos interactions avec la réalité matérielle, cet article développe une pensée de l’aisthesis qui précise la nature de la différence entre les perceptions qui nous viennent à travers des médiations techniques (au-jourd’hui numériques) et les perceptions que nous avons des formes qui constituent notre envi-ronnement présentiel. Sans aucune technophobie, il aide à comprendre en quoi l’autoréférentialité de la représentation ne cesse de croître en même temps que nos percep-tions sont de plus en plus filtrées par des médiations numériques.

Sensibility, imagination, techno-aesthetics

Starting from a reading of Kant’s aesthetics and from the analysis of a few forms of interaction with material reality, this article develops a theory of the aesthesis which helps to pin down the difference between the perceptions we draw from technical images (now digital) and those we draw from our unmediated interactions with our present environment. Without any technophobia, it explains how the self-referentiality of our representations tends to increase as our perceptions are increasingly filtered by digital mediations.

Subjectivités computationnelles et consciences appareillées

Cet article revient sur la notion de « subjectivité computationnelle » formulée par David M. Berry visant à développer une approche critique des technologies numériques. Afin de comprendre les implications philosophiques d’un tel rapprochement entre « subjectivation » et « computation », nous revenons tout d’abord, via Leibniz et Hannah Arendt, sur l’émergence des sciences modernes qui visent à faire du « sujet » classique une entité calculante. Nous voyons ensuite comment les sciences « comportementales » ont influencé la conception des ordinateurs en substituant à la raison humaine des modélisations rationnelles déléguées à des machines. Pour sortir de l’impasse d’une déshumanisation annoncée dès la fin des années 1970 par des auteurs comme Ivan Illich ou Gilles Deleuze, nous envisageons enfin la « subjectivation » comme un processus qui ne nécessite pas qu’il y ait sujet. Le concept d’« appareil », tel que le propose Pierre-Damien Huyghe à propos de la photographie et du cinéma, peut ainsi être étendu aux machines computationnelles pour penser de possibles « consciences appareillées ».

Computational Subjectivities and Apparatus-Consciousness

In continuation with David M. Berry’s considerations on “computational subjectivities”, this paper goes back to the emergence of modern science, via Leibniz to Arendt, questioning the attempt to see the classical “subject” as a calculating machine. After behaviorism had greatly influenced computer science, after Ivan Illich or Gilles Deleuze’s redefinition of the subject, we can now envisage processes of subjectivation without a subject. The concept of apparatus, as theorized by Pierre-Damien Huyghe’s analysis of the photographic camera, can be extended to computation and help us conceive of “apparatus-consciousness”.

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

Événement majeur, tournant, génération « Bataclan », état d’urgence interne, état de guerre extérieure ? Les mots et réactions se bousculent pour qualifier la soirée du 13 novembre et ses suites. Mais le consensus assez « naturel » sur l’état d’urgence après de tels actes de terreur ne cache ni ne doit masquer les arrières pensées en tout genre. D’autant […]

Introduction

Comment, et surtout pourquoi, parler aujourd’hui de « la nature » ? Il est souvent fait comme si le terme était discrédité depuis longtemps, comme si Victor Hugo et Karl Marx avaient été intériorisés, comme s’il y avait toujours de « l’histoire » (des interventions humaines, des rapports sociaux, des luttes politiques) derrière ce qui nous apparaissait comme « naturel ». On […]

Sortir de l’anthropocène

L’Anthropocène est un « Entropocène », c’est-à-dire une période de production massive d’entropie précisément en cela que les savoirs ayant été liquidés et automatisés, ce ne sont plus des savoirs, mais des systèmes fermés, c’est-à-dire entropiques. Le nouveau critère de redistribution qu’il s’agit de mettre en œuvre dans l’économie du Néguanthropocène doit être fondé sur une capacité de désautomatisation qu’il faut ressusciter.

Exiting the Anthropocene

The anthropocene should be written “entropocene”, i.e., a period of mass production of entropy due to the fact that many fields of knowledge have been abolished and liquidated : they no longer belong to human knowledge, but offer closed systems of automatic reactions, which, as such, present high levels of entropy. The new criterion of redistribution needed in our age of Neguanthropocene must be based on our capacity to disautomatize and resuscitate a whole range of human operations.

Le féminisme islamique et l’ambiguïté de l’engagement politique
« Le beau est affreux et l’affreux est beau »

L’ascension et la chute récentes de la loi islamiste en Égypte appellent une réflexion, non seulement sur le rôle social des idées féministes islamiques, mais aussi sur les raisons des changements politiques, ainsi que sur les questions d’opposition éthique et de principe. Mon approche de ce sujet ne reprend pas l’opposition habituelle entre laïc et islamique, ni la critique du libéralisme laïc, mais propose une critique de tout mouvement féministe, qu’il soit laïc ou islamique, qui s’autorise de lui-même à coopérer ou à être réduit au silence par des régimes politiques corrompus. La première partie de l’article traite de la question des relations fragiles entre les féministes et l’État plus particulièrement dans le contexte égyptien contemporain. La deuxième partie examine les ambiguïtés morales des positions du féminisme islamique.

Islamic feminism and the Equivocation of Political Engagement
“Fair is foul, and foul is fair”

The recent rise and fall of the Islamist rule in Egypt calls for reflection, not just on the role of Islamic feminist ideas in society, but also on the shifting political grounds and questions of ethical and principled opposition. The presentation of this subject does not take the approach of the usual secular/Islamist binary or a criticism of secular liberalism, but is rather focused on a critique of any feminist movement, be it secular or Islamic, that allows itself to be co-opted and silenced by corrupt political regimes. This article, in its first part, discusses the general issue of the precarious relationship between feminists and the state, especially in the modern Egyptian context, and, in its second part, looks into the moral ambiguities associated with Islamic feminism’s political stands.

Subjectivités computationnelles

Nous commençons à mesurer l’importance culturelle du numérique comme nouvelle idée unificatrice d’une université totalement redimensionnée. Au-delà d’une simple question de littéracie informatique ou informationnelle, les humanités numériques nous offrent l’occasion de développer une approche critique de l’écriture numérique conçue comme une forme d’alphabétisation et de littérature, de façon à développer une culture numérique partagée comme une nouvelle forme de Bildung. Tandis que les technologies numériques produisent de nouvelles formes de subjectivités computationnelles, les humanités numériques peuvent nous aider à aller au-delà d’un rapport consumériste aux nouveaux gadgets et à casser ces boîtes noires qui, à la fois comme objets techniques et comme métaphores, absorbent aujourd’hui une si grande partie de notre attention.

Computational Subjectivities

We are beginning to see the cultural importance of the digital as the unifying idea of a redesigned and reconfigured university. Beyond a mere issue of “information literacy” or “digital literacy”, the digital humanities provide us with an opportunity to develop a critical understanding of the literature of the digital, and through that develop a shared digital culture through a form of digital Bildung. As the digital technologies are producing new forms of computational subjectivities, the digital humanities can help us move beyond the commodity layer and open these so-called black boxes, as both technologies and metaphors, that so demand our attention today.

Illégalismes et droit de la société marchande, de Foucault à Marx

À partir d’une lecture critique de Foucault, cet article revient sur l’un des premiers textes de Marx, consacré au vol de bois mort, pour analyser les liens entre le régime pénal de la sanction du vol de bois et le régime civil de la transformation de la propriété, entre la production des illégalismes et les métamorphoses de la société civile. Il en tire une vision synthétique du patrimoine considéré comme un « corps juridique artificiel », avant d’apporter un éclairage saisissant sur l’incarcération de masse qui caractérise notre époque, où il suggère de voir un moyen de contrôler des populations paupérisées, caractérisées par un « patrimoine vide ».

Illegalism and Law in Market Society, from Foucault to Marx

Starting from a critical reading of Foucault, this article analyses an early text by Marx where the penalization of the theft of dead wood resonates with the transformation of property law, with the production of new forms of illegalism and with the transformation of civil society. It reinterprets patrimony as an “artificial judicial body”, in order to shed light on today’s mass incarceration, viewed as a means of control towards pauperized populations characterized by their “empty patrimony”.

La voiture autonome et ses implications morales


Cet article soutient que les voitures autonomes sont des robots sociaux qui doivent agir comme des tenants-lieux de leurs propriétaires humains. Pour ne pas esquiver les choix moraux incombant aux utilisateurs humains de ces technologies, on pourrait programmer les véhicules de façon à ce qu’ils puissent se comporter selon différentes théories morales, en permettant aux propriétaires de choisir celle qui a leur préférence. L’article envisage également les implications éthiques d’autres problèmes pratiques liés à la technologie des voitures autonomes.

Autonomous Cars and their Moral Implications


This paper argues that autonomous cars are social robots which must act as moral proxies for their human owners. To avoid the unacceptable removal of moral choices from human users of these technologies, we could program the vehicles to act in accordance with different moral theories and allow their owners to select their preferred behaviour. The paper also considers ethical implications of other practical concerns surrounding autonomous car technology.

La vie des robots
 et la nôtre


La rupture entre ce qui est vivant ou naturel et ce qui ne l’est pas est beaucoup moins marquée dans la culture japonaise qu’elle ne l’est dans la culture occidentale – ou du moins, elle n’est pas marquée de la même manière et du même poids. En m’inspirant en partie de la pratique que l’on trouve au cimetière de Koya-san, qui consiste à donner une tombe à des objets inanimés – voiture, fusée, pompe à eau – je m’interroge sur ce que cette distinction signifie pour la robotique sociale.

Robot’s Life and Ours

The meanings of what is « artificial » take for granted a separation between, what is living and natural, and what is neither. However, this separation is not as clearly marked in Japanese culture as it is in the West, or at least is not marked the same way and with the same weight. Based on a practice observed in Koyama-san cemetery, which is to erect tombstones for inanimate objects – cars, rockets, water pumps, etc. – this paper asks what is the meaning of that distinction for social robotics.

L’énergie radicale de Touki Bouki


Le film Mille soleils de la cinéaste Mati Diop (Grand prix du FID de Marseille 2013) nous convie aujourd’hui à revoir le film de Djibril Diop Mambety, son premier long-métrage, Touki Bouki, le voyage de la hyène, considéré comme un classique du cinéma après avoir reçu le prix de la critique internationale du festival de Cannes en 1973. Par ses caractéristiques formelles très audacieuses et par les thèmes toujours actuels qu’il traite, ce film continue à nous questionner : que nous dit-il sur l’histoire du cinéma depuis lors ? De quelles manières Mati Diop le convoque-t-elle ? Comment dialogue-t-il avec le Sénégal contemporain ? Mais également avec les relations France-Afrique ? Ou avec l’Occident ?

The Radical Energy of Touki Bouki

Mati Diop’s recent film Mille Soleils (2013) invites us to revisit Djibril Diop Mambety’s classical but still avant-gardist movie Touki Bouki («The Hyena’s Travel »), which received the International Critics’Award at Cannes in 1973. Its audacious formal choices as well as its socio-political themes continue to question us : what does it tell us about the evolution of cinema after 1973 ? About today’s Senegal ? About the relations between France and Africa ? About the West ?

Art et valuation
Fabrication, diffusion et mesure de la valeur
Les pratiques artistiques proposent moins des objets (œuvres) que des enquêtes de « valuation », pour reprendre un terme inspiré par John Dewey. Cet article essaie de comprendre en quoi ces jeux artistiques de valuation nous montrent l’envers à la fois des modes de valorisation issus du marché et des pratiques d’évaluation imposées aujourd’hui au nom d’une certaine « gouvernance ».

Art and Valuation
Making, Publishing and Measuring Value
Art practices provide us less with “works” than with inquiries of “valuation” (a term inherited from John Dewey). This article attempts to understand how artistic contraptions of valuation reveal the hidden side of the modes of valorization generated by market forces, as well as of the measures of evaluation imposed in the name of good governance.

L’intangible et l’inestimable
Les biens immatériels,
le marché et le sans prix
Tandis que les biens matériels sont relativement aisés à évaluer parce qu’ils sont tangibles et quantifiables, les biens immatériels (ou « intangibles ») demandent une méthode plus complexe d’évaluation. Ainsi en va-t-il des savoirs, des services, des productions de l’esprit et de la culture en général. Il existe en effet un marché de tels biens et cela depuis qu’il existe des échanges marchands. Trois opérations le permettent : l’évaluation par unités mesure, le formatage des activités, l’échange ou le partage de ces biens. Mais au-delà de ces biens immatériels évaluables sur un marché, il y a des biens ou plutôt des valeurs qui ne le sont pas et ne le seront jamais ; ils ont rapport au talent, au don, à la confiance, à la dignité – bref à l’inestimable.

The Intangible and the Priceless
Immaterial Goods, Market and the Beyond-Pricing
Whereas the value of physical goods is relatively easy to assess, because they are tangible and quantifiable, intangible goods require a more complex mode of assessment. This is the case of forms of knowledge, services, intellectual products, and culture in general. There is a market for such goods, one as old as are commercial exchanges. Three operations make this possible: assessment through the use of units of measurement, the formatting of activities, and the exchange or sharing of the goods involved. Yet, beyond those intangible goods whose valued can be assessed in a marketplace, there are other goods−or rather values−that can never be assessed. They have to do with talent, giving, trust, dignity−that which is priceless.

Dans un texte dédié à Thoreau, Emerson, Stanley Cavell et Terrence Malick, Sandra Laugier décrit un romantisme de la démocratie, nouveau et sceptique, par lequel l’éloignement du monde se résout dans l’appropriation du commun. Voilà qui exige de renoncer au romantisme « européen » de l’exaltation du moi et de l’affect.

A Romanticism of Democracy 
From Thoreau to Malick
In an essay devoted to Thoreau, Emerson, Stanley Cavell, and Terrence Malick, Sandra Laugier describes a new and skeptical Romanticism of Democracy that transforms the distance from the world into the appropriation of the common. Such transformation requires giving up with the “European” Romanticism, its exaltation of the Ego and of the affect.

À mi-chemin entre l’art et la philosophie, Défaire l’image esthétique de l’art est appréhendé, non pas « d’après » mais après Deleuze et Guattari, sous l’idée de régime, d’agencement ou de « pensée diagrammatique ». Indissociable du déplacement de l’analyse à partir des œuvres et des pratiques (de création et de réception), la recherche donne lieu à une multiplicité d’essais proposant autant d’expériences de pensée par l’art contemporain. La Pensée-Matisse et la Pensée-Duchamp sont ainsi mises en tension d’un champ de forces « rechargé », depuis les années 1960, par les options micropolitiques dont relève la problématisation critique et clinique de l’art. Le mode d’emploi passe par Daniel Buren, Gordon Matta-Clark et Günter Brus, avec la lignée brésilienne de Hélio Oiticica à Ernesto Neto.

Undoing the Image
Of Contemporary Art
Halfway between art and philosophy, this attempt to Undo the aesthetic image of art is less “drawn from” than “taken after” Deleuze and Guattari, in terms of regimes, assemblages and diagrams. Linked to a displacement of works and practices (of creation and reception), this research provides a multiplicity of thought-experiences generated by and through contemporary art. Matisse-thinking and Duchamp-thinking constitute a field of forces recharged, from the 1960s on, with micropolitical options in critical and clinical problematizations of art. A User’s Manual would include Daniel Buren, Gordon Matta-Clark and Günter Brus, along with a Brazilian line of artists going from Hélio Oiticica to Ernesto Neto.

Le travail sexuel rémunéré connaît aujourd’hui en France un nouvel épisode dans la longue histoire de sa répression capitaliste et pudibonde. Dès l’ère victorienne on a compris comment transférer vers le travail acharné l’énergie sexuelle cadenassée, comme le montre le film d’Elio Petri La classe ouvrière va au paradis (1971). La répression est aujourd’hui d’autant […]

«  À l’époque, j’avais pris ce que beaucoup considèrent comme une position pure et dure, intransigeante, en faisant valoir que les questions de l’état de la critique d’art en Afrique devaient être laissées aux Africains. Je pensais également que cette entreprise devrait être menée, idéalement, en Afrique. Alors, l’idée même de discuter de la critique d’art et de l’Afrique, à Londres ou à New York, ne me semblait pas particulièrement appropriée. Elle ne me le semble toujours pas. » Cette conférence prononcée en 1996 par l’artiste, historien de l’art et commissaire nigérian Olu Oguibe, devant la Conférence de l’Association Internationale des Critiques d’Art, à Londres, esquisse un état des lieux prospectif pour la critique d’art africaine.

Art Criticism and Africa
Thoughts toward
a New Century

“At the time, I had taken what many saw as a hardline, uncompromising position in arguing that the business of the state of art criticism in Africa should be left with the Africans. It was my opinion, too, that this business is one that ideally should be conducted in Africa. The very idea of discussing art criticism and Africa in London or New York did not seem particularly appropriate to me then. Neither does it now. It is, I believe, a reflection of the sad state of that continent and its leaders that five years on it has fallen on us again to speak about art criticism and Africa outside the continent.” Olu Oguibe. Keynote speech delivered at the International Association of Art Critics Conference, Courtauld Institute, London, November 1996.

De quoi parlons-nous à travers les références actuellement omniprésentes à « la crise » ? Et surtout : de quoi ne parlons-nous pas quand nous parlons de « la crise » ? Multitudes a ouvert ses pages à des auteurs très divers pour esquisser quelques réponses, qui figurent ici sous la forme d’un abécédaire : une suite d’entrées plus ou moins brèves qui visent à prendre […]

Multitudes 53-54

Parution novembre 2013 : la revue multitudes propose un numéro double spécial 53-54 qui croise format papier (n°53) et extensions numériques (n°54),

Majeure du 53 – Histoires afropolitaines de l’art -
un dossier coordonné par Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff,
Mineure – Ecodesign,
Icônes : Echelle inconnue -

Majeure du 54 – Chine -
un dossier coordonné par Wang Xiaoming et Yann Moulier-Boutang,
Mineure – Luttes de classes sur le web,
Icônes : Artistes de Shangai

Histoires afropolitaines de l’art – dans le numéro spécial Multitudes n°53-54

Pour la rentrée d’automne 2013, la revue multitudes propose un numéro double spécial qui croise format papier (n°53) et extensions numériques (n°54), géopolitique et histoire de l’art. Numéro double 53-54 de la Revue Multitudes Majeure – Histoires afropolitaines de l’art Un dossier coordonné par Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff Parution : Septembre 2013 Lire la […]