Archives du mot-clé Majeure

Interrelationnisme. Horreur ou merveille.

Interrelationnisme
Horreur ou merveille
Manuscrit inachevé, retrouvé parmi les papiers non classés du Pr Carpenter après sa mystérieuse disparition, ce texte est considéré par certains comme une preuve de la folie tardive de son auteur. Dans un style analytique, il commence par rejeter à la fois le subjectivisme et les ontologies de l’objet, également écocidaires, au profit d’une conception « interrelationniste » de la réalité. Puis il se termine par des notes fragmentaires que leur densité rend très hermétiques, mais qui témoignent d’une crise intellectuelle radicale et d’une conversion ultime.

Interrelationnism
Horror or Wonder
This unfinished manuscript, found among the unclassified papers of Pr Carpenter after he disappeared mysteriously, is considered by some as a proof of the late madness of his author. In an analytical style, the text begins by rejecting subjectivism and object-oriented-ontologies, which are equally ecocidal, to the benefit of an “interralionnist” conception of reality. Then it ends with fragmentary notations that their density makes very hermetic, but that bear witness to a radical intellectual crisis and to an ultimate conversion.

Debout avec la terre. Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones.

Debout avec la terre
Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones
De plus en plus de mouvements activistes luttant contre la destruction des milieux de vie, notamment par les industries extractives qui précipitent les transformations climatiques et empoisonnent les eaux et l’air, cherchent des alliances et des sources d’inspiration auprès de peuples autochtones, tels les Aborigènes d’Australie, qui n’ont pas la même vision de la Terre que celle consistant à nier la nature sous prétexte qu’elle aurait succombé aux technologies humaines. Il est proposé ici de répondre à la réduction des ontologies en anthropologie par une « slow anthropology » qui soit « Debout avec la terre », fondée sur une expérience de terrain écosophiquement inspirée des visions et de la créativité des peuples autochtones et de leurs alliés en passant par la SF selon Haraway, Stengers et Meillassoux.

Standing with the Earth
Aboriginal Cosmopolitics and Autochthon Solidarities
More and more activist movements struggling against the destruction of their living environments – especially because of the extractive industries that accelerate the climate change and poison the water and the air, – look for alliance and inspiration in the autochthon people, such as the Aborigines of Australia, whose vision of the Earth is not to deny nature on the pretext that it would have succumbed to human technologies. This article proposes to respond to the reduction of ontologies in anthropology with a “slow anthropology” that would be “standing with the Earth”, a slow anthropology based on a field experience, ecosophically inspired by visions and creativity of the autochthon people and of their allies, and by the Science Fiction according to Haraway, Stengers and Meillassoux.

Nue comme une vere. Une fable matérialiste.

Nue comme une vere
Une fable matérialiste
Une vere de terre s’en va faire un tour dans l’espace, histoire de respirer mieux. Fuyant les brutalités terrestres, elle espère trouver asile et une herbe accueillante. Après un temps, elle se sent cependant obligée de rentrer.

Naked as a Sheworm
A Materialist Fable
A sheworm goes strolling in outer space, just to breathe better. Avoiding terrestrial brutalities, she hopes to find asylum and some welcoming grass. After a while, she however feels obliged to come back.

Pour une éthique du pli

Pour une éthique du pli
Comment se fait-il qu’un corps en vienne à penser qu’il devrait être quelque chose, que le monde devrait être quelque chose, plutôt que d’être purement ce qu’il est ? L’éthique est la manière dont les corps plient le temps en eux-mêmes et, en particulier, la manière dont les êtres plient le futur en eux-mêmes, dans leur devenir relié au monde qu’ils impliquent. Le grand ennemi d’une éthique du pli est l’abstraction, quand nous pensons les corps comme des « objets », comme s’ils étaient de micro-souverains séparés de leur champ.

For an Ethics of the Fold
How is it that a body comes to think it ought to be something, that the world ought to be something, rather than being merely what it is? Ethics is the way in which bodies fold time into themselves and, in particular, the way beings fold the future into themselves, in their becoming and their relation to the world that they enfold. The great enemy of an ethics of the fold is abstraction, when we think bodies as “objects” or as micro-sovereigns severed from their field.

L’insistance des possibles. Pour un pragmatisme spéculatif.

L’insistance des possibles
Pour un pragmatisme spéculatif
Cet article s’efforce de reprendre l’appel de Whitehead : « la philosophie ne peut rien exclure ». La philosophie spéculative prolonge ainsi l’empirisme radical de W. James. Sa tâche est de se situer sur le terrain de l’expérience dans sa multiplicité, et de préserver ce que l’expérience fait importer. Mais l’importance ne peut jamais être réduite à un état de fait. Faire importer une situation, c’est intensifier le sens des possibles qu’elle recèle et qui insistent en elle, à travers les luttes et revendications pour une autre manière de la faire exister.

The Insistence of the Possible
For a Speculative Pragmatism
This article strives to continue the call of Whitehead: “Philosophy cannot exclude anything”. Thus speculative philosophy extends W. James’ radical empiricism. Its task is to locate itself on the ground of experience in its multifariousness, and to preserve what experience makes important. But importance can never be reduced to a matter of fact. To make a situation important consists in intensifying the sense of the possible that it holds in itself and that insists in it, through struggles and claims for another way of making it exist.

Anthropocène, Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène. Faire des parents.

Donna Haraway
Anthropocène, Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène
Faire des parents
Nous sommes dans le « Chthulucène », l’époque au long cours où s’enchevêtrent des temporalités multiples, des forces non seulement humaines mais aussi plus qu’humaines et inhumaines, des noms-de-Terre dont Gaïa n’est qu’un exemple parmi d’autres. Une telle mise en perspective transhistorique considère l’Anthropocène non pas comme sommet de créativité anthropomorphique, mais comme terrible appauvrissement écologique, social et culturel. Dès lors la question devient : comment faire en sorte que l’Anthropocène ne puisse pas durer ? La réponse que donne Haraway est la suivante : « Faites des Parents pas des Bébés ! ».

Anthropocene, Capitalocene, Plantationocene, Chthulucene
Making Kin
We are in the “Chthulucene”, the long-term epoch in which a multiplicity of temporalities, of forces – not only human forces but also more-than-human and inhuman ones – and of names for the Earth – not only Gaia – intertwine. Such a transhistorical perspective considers the Anthropocene not as an apex of anthropomorphic creativity, but as a terrible ecological, social, and cultural impoverishment. The question then becomes: how can we ensure that the Anthropocene will not last? Haraway’s answer is : “Make Kin Not Babies!”

L’être le plus faible possible

L’être le plus faible possible
Dans cet entretien, Tristan Garcia revient sur le premier principe de son « ontologie plate » : laisser être toutes choses également, concevoir « quelque chose » comme l’être si faible que rien de plus faible ne peut être conçu. L’intérêt d’une telle ontologie libérale est de permettre la reconstruction de métaphysiques, après la postmodernité, mais d’interdire aux métaphysiques de s’absolutiser et de passer pour des ontologies par défaut. L’ontologie la plus faible est là pour court-circuiter les constructions métaphysiques, en réaffirmant à tous les étages de la construction que n’importe quoi est également quelque chose.

The Being as Weak as Possible
In this interview, Tristan Garcia explains the first principle of his “flat ontology”: let all things equally be, conceive “something” as the being so weak that nothing weaker can be conceived. The interest of such a liberal ontology is to allow the reconstruction of metaphysics, after postmodernity, but to prevent metaphysics to become absolute and to pass for ontologies in the absence of a true one. The weakest ontology is there to short-circuit the metaphysical constructions, by reasserting at every step of the construction that anything is equally something.

Les matériaux de la vie

Les matériaux de la vie
Dans le Chapitre 2 de son livre Making, T. Ingold raconte certaines expérimentations menées avec ses étudiants dans son cours sur les 4 As. Ces expérimentations conduisent à reconsidérer les objets comme des matériaux solidifiés, et le « faire » comme un processus de croissance, qui échappe au modèle hylémorphique. Les matériaux eux-mêmes sont des potentiels actifs, et la fabrication consiste à unir nos forces aux leurs. En ce sens, l’alchimie est peut-être la plus apte à décrire la nature énigmatique des matériaux.

The Materials of Life
In Chapter 2 of his book Making, T. Ingold relates some experiments he carried out along with students of his 4 As course. These experiments lead to reconsider objects as solidified materials, and to reconsider “making” as a process of growth that eludes the hylomorphic model. The materials themselves are active potentials, and the making process consists in joining our forces with theirs. For this reason, alchemy may best describe the riddle of materials.

La grandeur de l’infinitésimal. Nuages de champignons, écologies du néant, et topologies étranges de l’espacetempsmatérialisant

La grandeur de l’infinitésimal
Nuages de champignons, écologies du néant, et topologies étranges de l’espacetempsmatérialisant
Comment considérer l’unité de l’espace, du temps, et de la matière ? Comme « espacetempsmatérialisant ». Ce terme étrange a été fondu par l’éclair d’Hiroshima. Comme l’anthropologue Joe Masco nous y exhorte, « nous avons besoin d’examiner les effets de la bombe, non seulement au niveau de l’État-nation, mais aussi au niveau de l’écosystème local, de l’organisme, et, finalement, de la cellule ». Dès lors, quels outils d’analyse peut-on utiliser pour comprendre non seulement les enchevêtrements de phénomènes qui traversent les échelles, mais aussi la très itérative (re)constitution et sédimentation des configurations spécifiques de l’espace, du temps, et de la matière ? Comment finir pas comprendre qu’il n’y a pas de séparation entre le niveau micro et le niveau macro, qu’il n’y a pas de petite matière, que l’infinitésimal est grand, que le néant nous presse ?

No Small Matter
Mushroom Clouds, Ecologies of Nothingness, and Strange Topologies of Spacetimemattering
How can we consider the unity of space, time, and matter ? As “spacetimemattering”. This weird word melted when Hiroshima bomb detonated. As anthropologist Joseph Masco urges, “we need to examine the effects of the bomb not only at the level of the nation-state but also at the level of the local ecosystem, the organism, and ultimately, the cell”. Then, what analytical tools might we use to understand not merely the entanglements of phenomena across scales but the very iterative (re)constituting and sedimenting of specific configurations of space, time, and matter ? When and how will we understand that there is no separation between the micro level and the macro level, that there is not any small matter, that an infinitesimal is big, and that nothingness presses us ?

Excursus XI (Modelage de vie)

Reza Negarestani
Excursus XI (Modelage de vie)
Après une brève présentation de l’artiste et philosophe iranien Reza Negarestani et de la réception de son livre Cyclonopedia : Complicity with Anonymous Materials (re.press, 2008) dans la nébuleuse du réalisme spéculatif, S. Labrecque présente la première traduction française de l’un des nombreux « excursus » de cet ouvrage. Le court texte intitulé « Modelage de vie » propose une conception à la fois séduisante et horrifiante de la « créativité lépreuse », qui demeure inassignable au divin comme à l’humain puisqu’elle concerne précisément l’affaissement, voire le pourrissement et le mélange boueux de ces deux plans qu’on tente parfois de distinguer sous les noms de transcendance et d’immanence, ou d’idéalité et de matérialité.

Excursus XI (Life Modeling)
After a short presentation of Iranian artist and philosopher Reza Negarestani and the reception of his book
Cyclonopedia: Complicity with Anonymous Materials (re.press, 2008) linked to the speculative realism nebula, we present the first French translation of one of the many “excursus” of this work. The short text entitled “Life Modeling” proposes a seductive and horrifying conception of “leper creativity”, which remains unassignable to the divine as to the human since it concerns precisely the collapse – even the rotting and the mixture – of these two planes that we sometimes try to differentiate under the names of transcendence and immanence, or of ideality and materiality.

Enquête sur le Nouveau Champ Spéculatif

Matières à penser Depuis l’avènement du capitalisme financier, le spéculateur entend donner des leçons de réalisme au politique. Les services, les idées, la conscience et sa capacité d’attention : même l’immatériel se réifie pour pouvoir se vendre et s’échanger – « librement » – à la manière des choses. Il est par conséquent très urgent de renvoyer de la réalité […]

Les Britanniques à Calais

Les Britanniques à Calais
La solidarité européenne à l’échelle locale dans une ville frontière

Comment fonctionnent ceux qu’on appelle les Anglais dans le camp de Calais ? Les volontaires internationaux ont remplacé peu à peu les touristes dans l’animation de la ville, à partir de 2013 ; à partir de fin 2015, la mobilisation est plus forte mais toujours peu organisée. La préoccupation est de rendre le camp plus habitable, de construire avec les migrants des lieux de vie pour les femmes et les enfants, pour les repas, pour le théâtre, pour la bibliothèque. Ces hauts lieux seront épargnés de la destruction par la justice. Mais cette nouvelle urbanité n’est pas exempte de rapports de pouvoir. L’aide britannique se restructure à partir du Hangar, hors du camp, pour pratiquer l’aide sur un mode quasi-industriel par son efficacité. Les volontaires deviennent plus distants des migrants, et leur vie se déroule plutôt hors du camp. Français et Britanniques se rejoignent cependant dans le traitement des mineurs isolés et le conseil juridique.

Britons in Calais
European Solidarity at the Local Level in a Bordertown

How do those referred to as “les Anglais” operate in Calais? International volunteers have progressively replaced tourists in the animation of the city, starting from 2013. Since the last months of 2015, the mobilization is still strong but little organized. Efforts concentrate on making the camp more hospitable, on constructing with the migrants a better place for women and children, improving meals, establishing a theater, a library — these sites being spared the destruction waged by the authorities. This new urbanity is not free from relations of power, however. British aid was restructured around the “Hangar”, away from the camp, on a quasi-industrial mode of management geared towards efficiency. The volunteers have become more distant towards the migrants, as their life is now located outside of the camp. French and British volunteers, however, are in tune concerning the help brought to isolated children and legal counseling.

Le site de la Linière à Grande Synthe

Le site de la Linière à Grande Synthe
Camp ou quartier?

Le lieu de vie construit par les migrants à Grande Synthe est en cœur d’agglomération ; les exilés peuvent bénéficier des services de la ville et de nombreux services ont été installés par les associations. Il ne s’agit pas réellement d’un camp. Cette initiative s’inscrit dans le projet d’autonomie des villes par rapport aux États. Du point de vue architectural il s’agit d’un lieu ouvert capable de s’adapter aux arrivées et départs de population, capable de voir se développer des activités productives. C’est un quartier d’accueil et d’intégration.

The Linière Site at the Grande Synthe
Camp or Neighborhood?

The living space built by migrants at the Grande Synthe is located in the core of the city; exiled people can benefit from the townhouse services and several services are provided by associations. Is it really a “camp”? This is part of the increasing autonomy claimed by cities towards national States. From an architectural point of view, it is an open place designed to adapt to the incoming and outgoing of populations, which can host productive activities. It is a neighborhood geared towards welcoming and integration.

Une urgence pour une autre

Une urgence pour une autre
L’ère du sursis

Le traitement des étrangers, migrants et demandeurs d’asile met en avant la notion d’urgence qui signifie concrètement mise en attente, à durée indéterminée. Ceux qui ont fui une situation autrement urgente sont soumis à ce qui apparaît une chronopolitique, un jeu sur l’assujettissement par les variations du temps. Les urgences propres aux migrants sont nouvelles par rapport à l’époque des migrations économiques ou contrôlées militairement, et vont augmenter avec le changement climatique. Elles ne coïncident pas nécessairement avec les urgences quantitatives et qualitatives des pays d’accueil.

One Emergency for Another
Towards an Era of Suspended-Sentencing

Our dealings with foreigners, migrants and asylum seekers rely on a feeling of emergency, which concretely translates into making people wait endlessly. Those who had to flee a much more dramatic emergency situation are subjected to a chronopolitical form of domination, based on variations in temporality. The type of emergencies specific to migrants are new compared with the past era of economic or military-controlled migrations, but they will increase as global climate change worsens. The emergencies are not in phase with the quantitative and qualitative emergencies of the hosting countries.

Les routes euro-méditerranéennes discrètes de l’exode moyen-oriental

Les routes euro-méditerranéenne discrètes de l’exode moyen-oriental
Mobilités et accueils

Devenus indésirables dans les pays riches, des migrants ont développé de nouvelles initiatives économiques, le long de trois territoires circulatoires distincts, où ils réalisent une mondialisation entre pauvres, en s’appuyant sur les quartiers maghrébins des villes européennes traversées. La Bulgarie est une plaque tournante du troisième réseau, du fait de ses relations de longue date avec la Syrie. L’article relate l’exode d’une trentaine de Syriens étonnés de ne pas trouver suffisamment d’opportunités en Bulgarie, mais profitant tout au long de la route de l’aide de parents et amis, et tissant au fur et à mesure de nouvelles relations transnationales.

The Discreet Euro-Mediterranean Inroads of the Middle-East Exodus
Rejected from wealthy countries, migrants have developed new economic initiatives along three distinct circulatory territories, where they enact a form of globalization of the poor, with the help of the population from the Maghreb they meet in European cities. Bulgaria is a keystone of the third network, due to its well-established relations with Syria. This article narrates the exodus of thirty Syrians surprised not to find enough opportunities in Bulgaria, but taking advantage of relatives’and friends’help, weaving new transnational relations along the way.

Le rêve mondial d’un univers urbain sans « bidonvilles »

Le rêve mondial d’un univers urbain sans « bidonvilles »
Discours, mobilisations et mythe

Près de la moitié de la croissance urbaine, due à l’exode rural et aux migrations, se fait de façon informelle dans des « bidonvilles ». Alors qu’ils sont détruits dans les pays riches, ils sont réhabilités, « urbanisés », dans les pays du Sud, non sans déplacement des habitants comme le montre l’exemple du Maroc. Les opérations-phares cachent l’insuffisance des investissements dédiés et la poursuite des évictions, malgré les déclarations des sommets Habitat de l’ONU qui se succèdent depuis 1976. L’article souligne les inégalités de traitement entre ces quartiers selon les populations ciblées. La sécurisation foncière demandée par tous les acteurs pourrait être un préalable à la mise sur le marché ou à la mise en place d’un financement plus solidaire de l’urbain.

The Global Dream of a Slumless Urban Universe
Discourse, Mobilisations and Myths

About half of urban growth, due to movements from the countryside to towns and due to migrations, ends up in informal slums. While those are destroyed in wealthy countries, they are rehabilited and “urbanized” in the South, often by displacing populations, as illustrated by the example of Morocco. High-visibility operations fail to hide the lack of investments and the persistent policies of eviction, in spite of the official declarations periodically reiterated during UN Summits on Habitat since 1976. This article addresses the inequality of treatment between the neighborhoods, depending on the targeted populations. Real-estate securization demanded by all actors could be a first step towards the marketization of housing or towards the establishment of more socially-oriented forms of financing.

Droits fondamentaux et hospitalité

Droits fondamentaux et hospitalité
L’accueil des migrants et réfugiés montre que dire la loi n’est plus ouvrir des droits. De nouvelles attitudes sont à développer chez les militants de l’hospitalité : la désobéissance civile, la défense des droits premiers que sont la dignité, la circulation et l’établissement, qui sont hiérarchiquement supérieurs au droit de propriété. Il faut chercher à développer les capabilités des personnes accueillies et se soucier de l’effectivité des droits reconnus. Cela implique de chercher à développer le « bien vivre ensemble ». Il n’y a pas à distinguer de motifs économiques, politiques, climatiques de migration. Les pratiques d’hospitalité qui se font jour un peu partout concernent toutes les victimes de l’exclusion sociale, y compris locales.

Fundamental Rights and Hospitality
Our dealings with migrants and refugees reveal that promulgating laws no longer entails the opening of rights. New attitudes must be developed by militants for hospitality: civil disobedience, defense of basic rights such as dignity, circulation and establishment, which are hierarchically superior to property rights. The capabilities of the incoming people must be developed and established rights must be enforced. This leads towards an effort for “living well together”. It is pointless to make distinctions between economic, political or climatic motives for migrations. The practices of hospitality emerging from all sides address all victims of social exclusion, including among the local populations.

Camp et campements

Camps et campements
Des économies aux principes opposés

Les camps fournissent du travail forcé aux pouvoirs qui les constituent alors que les campements autogèrent des opportunités et des hasards productifs. L’article recense plusieurs cas actuels de camps de travail forcé dans le monde et plusieurs cas historiques d’enfermement de main-d’œuvre qualifiée, utilisée dans l’économie locale. Le recours actuel à l’internement de masse pour contrôler les migrations implique des grandes entreprises et des associations qui en emportent les marchés. Dans les campements au contraire les ressources matérielles mobilisées et monétaires sont limitées mais l’installation est dépendante de ressources sociales et relationnelles suffisantes. Les frontières entre les formes camp et campement, économie formelle et économie informelle sont poreuses, comme l’illustrent quelques exemples en région Île de France.

Camps and Encampments
Two Economies with Contrary Principles

Camps provide forced labor to the powers that institute them, while encampments self-manage productive opportunities and chance meetings. This article surveys several current cases of forced labor camps around the world, as well as several historical examples of locking up qualified workforce, exploited within a local economy. The current management of migrations by mass incarceration involves large firms and associations struggling to win new markets. In encampments, on the other hand, the material and monetary resources mobilized are limited, but the installation depends on available social and relational resources. The distinction between camps and encampments, formal and informal economies, are porous, as illustrated, with a few examples from the Paris region.

Petit traité de navigation dans la langue migratoire

Petit traité de navigation dans la langue migratoire
La métaphore liquide s’est imposée au XIXe siècle pour décrire et représenter les mouvements migratoires. Elle conduit à les traiter de manière déshumanisante en termes de canalisation, d’endiguement ou de filtrage. En Chine également, les migrants ruraux sont évoqués comme des vagues d’illégaux flottants. Les images de l’exode des Syriens l’été 2015 mettent en scène naufrages, pluies torrentielles, flaques et quête de l’eau dans les camps. De même, la vision des camps de Calais, puis Grande Synthe, dans la boue, transforme les réfugiés en victimes indifférenciées. Maniée par les migrants la métaphore de l’eau peut-elle se retourner positivement ?

A Small Treatise on Navigating the Language of Migration
The metaphor of liquids has become dominant to describe migrations. It tends to de-humanize migrants, by treating them in terms of canalization, damns and filters — as in China, where they are mentioned as waves of floating illegalities. Images from the 2015 Syrian exodus stage shipwrecks, torrential rains, and quest for drinkable water in camps. In Calais or Grande Synthe, mud turns refugees into undifferentiated victims. In the language of the migrants themselves, can the liquid metaphor be reversed towards positive meanings?

Considérant ce qui s’affirme

Considérant ce qui s’affirme
Sciences et politiques dissidentes du PEROU dans les camps, bidonvilles et refuges de France

Dans cet entretien avec Luc Gwadzinzky, Sébastien Thiery, coordonnateur du PEROU, affirme chercher au contact des migrants et des exclus les formes émergentes de la ville de demain, celle qui fera place à tous ceux qu’exclut la métropolisation. Il s’agit de déplacer le regard, d’englober migrants et habitants dans une même question. La démarche se déplace de site en site, en faisant jurisprudence à partir de chaque cas, en produisant fictions et créations avec migrants, habitants et artistes, en reconnaissant les pratiques d’hospitalité et l’immensité des ressources potentielles qu’elles mobilisent. Un programme de recherche et de formation, l’École des situations, est en préparation.

Considering What Asserts Itself
Dissident Sciences and Politics by Perou in French Slums and Camps

In this interview with Luc Gwadzinzky, Sébastien Thiery, coordinator of the PEROU collective, explains how working with migrants and castaways helps understanding the emergent features of tomorrow’s cities, which will have to find room for all those excluded by our current metropolis. In order to displace our point of view and to develop a common perspective between migrants and locals, their work goes from site to site, generating jurisprudence based on singular cases, producing fictions and creations shared by migrants, locals and artists, documenting the incredibly resourceful wealth of hospitality and solidarity. A research program entitled the School of Situations is in preparation.

Nouvelles réflexions sur le lieu des Sans-État

Nouvelles réflexions sur le lieu des Sans-État
Calais, son camp, ses migrants

Il s’est passé dans le camp-bidonville de Calais en quelques mois des phénomènes, certes minimalistes mais bien réels, d’aménagement de l’espace, de socialisation, d’échanges avec les habitants et de politisation des occupants, qu’on retrouve en général dans les camps contemporains, mais qui ont eu lieu ici en accéléré. L’exemple de Calais permet de nouvelles réflexions sur le lieu des Sans-État aujourd’hui, sur l’édification d’un nouveau monde dans le monde, peuplé par eux et par ceux qui les accompagnent ou les visitent.

New Thoughts on the Place of the Stateless
Calais, its Camp, its Migrants

Many things have happened in the Calais camp-slum within a few months, small but real and meaningful, in terms of space allocation, socialization, exchanges with the locals and politicization of the migrants — things that are common in many camps but which happened here in a fast-forward mode, and which call for new thoughts on the place of the Stateless, on the construction of a new world within the world, inhabited by migrants, by those who accompany or visit them.

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive. Financé par une taxe pollen

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive
Financé par une taxe pollen

Le revenu d’existence sort du ghetto des utopies. Cet article formule sept caractéristiques qui doivent présider aux mises en œuvre de cette nouvelle base d’un système de protection sociale adéquat aux transformations de l’activité, du travail rétribué et de l’emploi salarié – trois notions qui ne se recouvrent que partiellement. Quelques principes peuvent servir de guide pour l’action : un montant bas ou même moyen du revenu de base en ferait volens nolens un auxiliaire d’une politique néolibérale ; un montant élevé qui supprime vraiment la pauvreté est la clé de l’acceptation sociale d’une telle réforme révolutionnaire auprès des principaux intéressés ; le financement du revenu de base serait au mieux assuré par l’instauration d’une taxe Pollen.

For a Basic Income of Contributive Pollinization
Financed by a Pollen Tax

The proposal for an unconditional basic income no longer sounds like a utopia. This paper spells out seven features to frame this new form of welfare adapted to the new conditions of economic activity and waged labor. The main guidelines are the following : a low level of basic income would make it a tool for neoliberal policies ; a high level would not only suppress poverty but would be the key to mak-ing it socially acceptable ; it would be best financed by a Pollen Tax on all financial transactions.

Imaginaires post-travail

Imaginaires post-travail

La gauche devrait se mobiliser autour d’un consensus sur le post-travail. Cela lui permettrait de viser non seulement des gains appréciables – tels que la réduction de la corvée et de la pauvre-té – mais aussi la construction, chemin faisant, d’une puissance politique. Cela implique au moins trois revendications : l’automation aussi complète que possible, une réduction du temps de travail sans réduction des salaires et l’instauration d’un revenu de base universel.

Post-Work Imaginaries

The Left should mobilize around a post-work consensus. Our first demand is for a fully-automated economy. Our second demand is for reducing the length of the working week. Our third demand calls for the implementation of a universal basic income.

Le revenu contributif et le revenu universel

Le revenu universel et le revenu contributif

Pour Bernard Stiegler, le revenu universel d’existence est une condition de démarrage d’un processus de transformation bien plus vaste de notre économie à moyen et long terme. Mais ce revenu de base n’est pas suffisant en tant que tel, et peut même s’avérer dangereux si sa mise en place ne sert que de prétexte à l’uberisation intégrale de la société. Sortir d’une économie entropique, destructrice de l’environnement et de nos singularités, pour construire peu à peu une économie qu’il qualifie à l’inverse de « néguentropique », suppose non seulement un revenu d’existence, mais surtout un revenu contributif et l’extension progressive à toute la population de la possibilité d’accéder au régime des intermittents du spectacle.

Universal Basic Income and Contributive Income

For Bernard Stiegler, a Universal Basic Income (UBI) is a precondition to a much wider social trans-formation of our economies in the medium and long run. But the UBI is not sufficient in itself, and could even be dangerous if it paved the way for an overall Uberization of society. In order to get out of our entropic economy, destructive of our environment as well as of our singularities, we need not only a UBI, but a « contributive income » which would extend to the whole population the status of intermittence currently pioneered by French artists.

Revenu inconditionnel d’existence et économie générale de l’attention

Revenu inconditionnel d’existence et économie générale de l’attention

Un revenu inconditionnel d’existence devrait être envisagé au sein d’une pluralité de formes de revenus, basés sur des logiques hétérogènes. Parmi ces justifications, la prise en compte des dynamiques de l’économie de l’attention (dont Google et Facebook tirent d’ores et déjà des revenus énormes) pourrait jouer un rôle central. Un revenu d’existence apparaîtrait alors comme un investissement social permettant à chacun(e) de diriger son attention vers ce qui lui semble le plus important. Mais cela impliquerait de passer d’une économie restreinte à une économie générale, dans laquelle le moment de l’attention réflexive ne serait pas considéré comme un luxe inutile, mais comme un besoin d’avenir.

Universal Basic Income within a General Attention Economy

A Basic Universal Income (UBI) should be considered among a plurality of heterogeneous logics for rewards and incentives. Taking into consideration the attention economy (which already provides enormous incomes to Google and Facebook) could play a central role in such argu-ments. The UBI would then be seen as a form of investment allowing each recipient to direct his or her attention where
s/he judges would be more needed. This would require us, however, to evolve from a restricted economy to a general economy, where reflexive attention would no longer be considered as a wasteful luxury, but as a growing need for the future.

Du revenu de base maintenant au revenu de base souhaitable

Du revenu de base maintenant au revenu de base souhaitable

S’il est difficile de lever à court terme les freins – avant tout géopolitiques – qui empêchent de mettre en œuvre un revenu de base d’un montant « élevé », il faudrait néanmoins commencer par mettre un œuvre un revenu de base, même d’un montant équivalent à l’actuel RSA. Cela doit et peut se faire dès maintenant. Cet article explique comment, étape par étape.

Universal Basic Income Now ! The First Steps

Even if many obstacles—including geopolitical—make it difficult to set a high level for the first implemen-tation of a basic universal income, we should nevertheless try and put it in place, even if it cannot be raised above the most basic level of the current RSA (minimum welfare). For a policy and budget for basic income can be initiated without delay. This article suggests how it can be done, step by step.

La réalité du revenu d’existence dans le Brésil post-Lula

La réalité du revenu d’existence dans le Brésil post-Lula

Cet article vise à évaluer la portée des politiques sociales réellement existantes dans le Brésil de la période Lula, du point de vue du débat général sur le revenu d’existence. Soit deux questions : ces politiques sociales – notamment les transferts monétaires – ont-elles été pensées dans la perspective d’un revenu d’existence ? Le revenu d’existence pourrait-il fonctionner comme angle privilégié de réorganisation et d’intégration de ces politiques sociales ? L’histoire de Bolsa Família, instauré dans le Brésil de Lula, montre qu’il est d’origine néolibérale et que le véritable enjeu est d’appréhender les lignes de conflit qui séparent sa précaire existence empirique actuelle de sa constitution comme base d’une nouvelle démocratie.

The Realities of Basic Income Policies in Post-Lula Brazil

This paper evaluates the realities of the social policies set in place during under Lula govern-ments. It raises two questions about the implementation of the basic income scheme entitled Bolsa Familia : was is really devised as a form of basic income ? Could it provide leverage to a reorganization of social policies ? The study tends to show that Bolsa familia originated as a neoliberal reform and that the deeper stakes of its implementation raise the question of a depar-ture from its current form towards another conception of a new form of democracy.

Politique d’activation 2.0. Quelques notes sur l’expérience finlandaise d’un revenu de base

Politique d’activation 2.0
Quelques notes sur l’expérience finlandaise d’un revenu de base

En 2015, le Premier ministre finlandais commandait une étude préliminaire sur l’introduction d’un revenu de base. Cet article présente ses résultats provisoires. Il analyse les diverses op-tions envisagées, les implications de l’introduction d’un revenu de base quant aux incitations ou désincitations à prendre un emploi, ainsi que les reconfigurations plus lointaines qu’une telle introduction entrainerait dans le fonctionnement des allocations sociales.

Activation Politics 2.0
The Finnish Experiment of Basic Income

In 2015, the Finnish Prime Minister launched a preliminary study towards the creation of a form of basic income. This paper presents its latest results. It analyzes the various options under con-sideration, their implications in terms of incentives or disincentives to accept waged labor, as well as the further consequences such an implementation would have on current welfare bene-fits.

Revenu universel. Le cas finlandais

Revenu universel
Le cas finlandais

Le cas finlandais est exemplaire sur les ambivalences du revenu universel. Il se voit défendu aussi bien par certains segments de la gauche que par certains courants de la droite – mais pour des raisons très différentes. Cette analyse suggère qu’il est le lieu d’un déplacement des luttes politiques vers un terrain d’avenir – qui sera tout aussi clivé qu’aujourd’hui. La question centrale pour se situer dans ce clivage repositionné est celle du montant envisagé pour le revenu universel.

Universal Basic Income
The Finnish Case

The Finnish case is exemplary insofar as the general idea is defended by the certain segments of both the right and the left—but on very different grounds. It should be read as a displacement of political conflicts on a new territory, where the old opposition will recompose. One thing is sure : the crucial issue is the level of income to be guaranteed.

Quel revenu d’existence pour qui ? Réduire la conditionnalité au minimum

Quel revenu d’existence pour qui ?
Réduire la conditionnalité au minimum

Qui devrait avoir droit à recevoir un revenu d’existence ? Les citoyens ? Les résidents ? Établis depuis combien de temps ? La question montre bien les limites d’un revenu inconditionnel et à vocation universelle, qui doit néanmoins bien fixer certaines conditions d’inclusion et d’exclusion. Nous proposons de réduire cette conditionnalité au minimum.

What Basic Income for Whom ?
Minimzing Conditionality

The question of deciding who should be entitled to benefit from a universal basic income is thorny. Citizens ? Residents ? After how long ? Unconditional guaranteed income cannot help but meet a form of conditionality. We opt for reducing it to the minimum.