Archives du mot-clé proposition

Politiser la jeunesse kanak
Au-delà d’une tradition calédonienne de boycott électoral, la jeunesse kanak délaisse un droit de vote chèrement acquis pour une sorte d’indifférence politique. Peut-on interpréter cette dépolitisation comme une rébellion, une fatigue démocratique face au recul permanent de la date du référendum ? Ou n’est-ce pas, plus fondamentalement, le signe de l’entrée de cette jeunesse dans la « modernité », mêlant individualité et rejet des tactiques politiciennes ? Quoi qu’il en soit, la reconquête citoyenne de cette frange de la population est, pour le mouvement indépendantiste, primordiale. Elle ne pourra se faire que par l’offre d’un projet de société et de perspectives crédibles d’insertion professionnelle ou de « reconnexion » à la terre.

Mobilizing the Kanak Youth
Beyond a tradition of electoral boycott, the Kanak youth looks away when voting time comes. Should this be interpreted as a form of rebellion, as democratic fatigue due to the constant pushing back of the date of the independence referendum, or as the sign of an entrance in “modernity”, in a mix of individualism and rejection of the politicians’ antics ? Reconquering this segment of the population is a crucial objective for the independentist movement. This can only be achieved by providing a credible project of society as well as new perspectives in terms of employment and “reconnection” to the land.

Prêter attention au commun qui vient
Conversation avec Martin Givors & Jacopo Rasmi
Dans cet entretien réalisé en exclusivité pour Multitudes par Martin Givors et Jacopo Rasmi, l’anthropologue Tim Ingold réfléchit aux implications politiques de son travail. Il éclaire ainsi en quoi les questions de lignes, d’attention, d’éducation ou d’habitation dont il parle dans ses travaux touchent profondément à des questions de démocratie et de commun, de liberté et de diversité. Il suggère au passage que l’art et l’anthropologie peuvent entrer ensemble en correspondance avec un renouvellement de la pensée de la démocratie comme manière de mener nos vies en commun par la différentiation et l’attention.

Paying Attention to the Coming Commons
An Interview with Martin Givors & Jacopo Rasmi
In this interview with Martin Givors and Jacopo Rasmi, anthropologist Tim Ingold discusses the political implications of his previous and current work. He suggests a number of ways in which the questions of lines, attention, education, wayfaring or dwelling elaborated in his books and articles might shed a relevant light on issues of democracy, community, freedom and diversity. He comes to the conclusion that art and anthropology can be brought together into correspondence with a rethinking of democracy as a way of leading common life through differentiation and attention.

L’écoféminisme ou comment faire de la politique autrement
Né de la rencontre entre aspirations féministes et luttes écologiques, liant la critique de la domination de la nature et celle de la domination des femmes, refusant de séparer production et reproduction (biologique et sociale), l’écoféminisme se développe en une diversité de mouvements, aux États-Unis, mais également dans différents pays du Sud, qui ont en commun de ne pas mettre la politique au service de la nature, mais de faire de la nature, vue comme une communauté de vie, une politique nouvelle.

Ecofeminism or How to do Politics Differently
Ecofeminism resulted from the encounter between feminist aspirations and ecological struggles, tying together a critique of domination upon nature and upon women, refusing to separate production from reproduction (biological and social). It has developed into a rich diversity of movements, in the USA but also in various countries from the South. These movements share a common refusal to put politics in the service of nature, as well as a common attempt to find in nature, considered as a community of life, the source of a new politics.

Yanis Varoufakis, qui avait interpellé Jean-Luc Mélenchon en l’invitant à prendre position sans barguigner vraiment pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, a été aussi un des premiers à faire une déclaration d’opposant au nouveau président intronisé : « Selon Yanis Varoufakis, qui argue de conversations personnelles avec Emmanuel Macron, ce dernier a conscience de la […]

Pour un écoféminisme de l’égalité

Pour un écoféminisme de l’égalité
Dans cet article, on propose un écoféminisme non essentialiste qui relève d’une réflexion éthique et politique sur les rapports de l’être humain à la Nature. Orienté vers l’écojustice et la durabilité, cet écoféminisme critique se caractérise par la défense des principes d’égalité et d’autonomie, le dialogue interculturel, une acceptation de la science et de la technique limitée par le principe de précaution ainsi que l’universalisation de l’éthique de la sollicitude.

For an Ecofeminism of Equality
This article describes a non-essentialist form of ecofeminism which questions ethically and politically the relations between mankind and nature. Geared towards ecojustice and sustainability, this ecofeminist critique stresses principles of equality and autonomy, of intercultural dialogue, of an acceptation of technoscience limited by the precautionary principle, and by the universalization of an ethics of care.

Solidarité versus identification
Le débat entre écoféminisme et deep ecology
Le débat entre l’écologie profonde et l’écoféminisme définit une constante dans le développement de ces deux courants de pensée. En resserrant notre attention autour des deux figures centrales de chacun de ces courants que furent Arne Naess et Val Plumwood, nous souhaiterions montrer que la proposition clé qu’avance cette dernière d’une solidarité politique avec la nature demande pour être comprise d’être située en relation polémique avec la thèse d’une identification entre humains et non humains défendue par le théoricien de la deep ecology.

Solidarity vs. Identification
The Debate between Ecofeminism and Deep Ecology
The debate between deep ecology and ecofeminism revolves around a constant feature of both currents of thought. By focusing attention on a central figure of each movement—Arne Naess and Val Plumwood—this article attempts to show that the key proposition elaborated by the latter, that of a political solidarity with nature, can only be understood in polemical relation with the thesis of an identification between humans and non-humans, as defended by the theorist of deep ecology.

« Ni les Femmes
ni la Terre ! »
À la recherche de la convergence des luttes entre féminisme et écologie en Argentine et Bolivie
Ni les Femmes ni la Terre ! est un documentaire tourné en Argentine et Bolivie, au plus près des femmes qui luttent contre le système Monsanto, la destruction de l’environnement par les entreprises extractivistes, les féminicides (meurtres de femmes parce qu’elles sont des femmes). Elles combattent pour le droit à disposer de leur corps, pour un changement de cap des modèles économiques, pour la reconnaissance de leur légitimité et de leur dignité. Elles dessinent des voies pour une révolution écoféministe.

Neither Women nor Earth!
In Search for a Convergence of Struggles in Argentina and Bolivia
Neither Women nor Earth! is a documentary film shot in Argentina and Bolivia, closely following women who struggle against Monsanto and its system, against the destruction of the environment by extractivist corporations, and against “feminicides” (the killing of women because they are women). These activists fight for the right to own their body, to change economic models, to see their legitimacy and dignity recognized. They pave the way for an ecofeminist revolution.

Introduction

Tout bouge trop vite autour de nous, tout se transforme, tout se reconfigure. Seuls les discours politiques dominants ont l’air congelés dans des vieilles recettes d’un autre âge. Relancer la croissance ? Retrouver le plein-emploi ? Revenir à l’équilibre budgétaire ? Refermer les frontières ? Restaurer notre identité nationale ?

Du renouveau. Nos nouveaux problèmes ne seront résolus ni avec les anciens outils, ni par les anciens contremaîtres. La scène électorale de 2017 est peuplée de répliquants, qui se battent pour gérer des pots de chagrin. Mieux vaut ouvrir les fenêtres, créer un grand courant d’air, lever les yeux vers l’horizon, viser l’avenir.

Il n’y a pas d’alternative aux alternatives. Les politiques « réalistes » nous promettent depuis quarante ans de sortir d’une « crise » devenue permanente. Droite et gauche de gouvernement tiennent ensemble la même rengaine : « Encore un peu d’austérité pour sortir du tunnel… » C’est le ravage de nos ressources environnementales et l’exacerbation des inégalités sociales qui sont au bout de ce tunnel. Il faudrait être fou pour continuer à s’enfoncer dans les mêmes impasses. Le réalisme exige de défier le réalisme.

Accélérons la politique. Nos technologies, nos modes de communication, nos rapports sociaux, nos attentes : tout s’est dramatiquement accéléré depuis une vingtaine d’années. Tout sauf la mise en place de réelles alternatives politiques : nos souffrances et nos épuisements tiennent largement à cette inertie de structures idéologiques obsolètes, au retard de nos discours et de nos structures institutionnelles. Bien loin de devoir tout ralentir, il nous faut apprendre à accélérer sélectivement le frayage de nouvelles formes politiques.

Il est urgent de mettre fin à l’état d’urgence. Toutes les mesures politiques récentes ont été prises (ou mises en place) au nom d’une urgence qui paralyse toute transformation conséquente. Cet état d’urgence permanente plombe le présent dans les ornières du passé et encourage les violences policières. Nous lui substituons trois exigences :

– Un moratoire des réformes strictement économiques : elles se suivent sans rien changer, et ne se donnent pas le temps de réfléchir à ce qu’il faudrait changer.

– Un observatoire des mutations : au lieu de planifier un futur abstrait, il convient de comprendre ce qui se fait dans le présent. Apprenons de ce qui se transforme sur le terrain.

– Un curatoire des initiatives : d’innombrables expérimentations prometteuses méritent d’être soutenues, promues, accompagnées, généralisées.

Ce numéro de Multitudes essaie de faire le point sur ce que nous croyons pouvoir repérer dans le présent, et sur les espoirs à en tirer pour le futur. Nous partageons ces idées et ces suggestions, ces initiatives et ces revendications. Nous avons décidé de profiter de l’élection quelque peu éculée de notre monarque républicain pour lancer ce vrai faux programme politique : 24 idées et suggestions que nous espérons décapantes et dont nous aimerions qu’elles alimentent les débats.

Cinq ou dix ans de néolibéralisme honteux ou effréné, voire de fascisme décomplexé, ne feront que nous enfoncer davantage dans le tunnel actuel. L’impératif est au rassemblement derrière un changement de cap qui pourrait se préciser au fur et à mesure de coalitions. Ces textes, qui résument et poursuivent plus de quinze ans de réflexions des multiples acteurs de la revue Multitudes, ne représentent qu’une infime partie des chantiers à envisager et à engager ensemble. Pour reprendre l’expression de Swift, voici donc nos modestes propositions, pour que notre futur ne soit pas javellisé. Et devienne jubilatoire.

  Depuis quelques mois, la proposition d’instaurer un revenu universel d’existence a le vent en poupe. Tout revenu universel n’est pas souhaitable. Pour initier une nouvelle donne sociale et politique, ce revenu doit être suffisant et s’associer à une réforme fiscale, taxant tous les flux financiers et monétaires. Les sept caractéristiques d’un revenu universel 1. Un revenu […]

Ce sont nos structures actuelles de communication de masse qui donnent au « populisme » et au « terrorisme » leur pouvoir de nuisance. Plutôt que leur déclarer une « guerre » absurde, se lamenter de leur fatalité ou les dénoncer à renfort de moraline, pourquoi ne pas s’attaquer à ce qui les produit ? C’est-à-dire à la façon dont certaines structures […]

  Refusons de reprendre à notre compte les discours que les États relayés par la presse communiquent, nous enjoignant de croire à l’engorgement des migrants aux portes terrestres et maritimes de l’Europe, alors que les États européens sont incapables de se mettre d’accord sur une politique d’accueil de populations qui représentent moins de 1 % de […]

Autopsie urbaine
Sur Le Géant de Michael Klier
Le Géant (1982), film de Michael Klier, est un montage d’images de vidéosurveillance et policières, enregistrées dans de grandes villes d’Allemagne de l’Ouest (RFA). Au-delà d’une simple critique dénonciatrice, ce détournement artistique interroge de manière spéculative nos regards de spectateur sur les espaces urbains. En dépassant l’association convenue entre mise en visibilité et capacité de contrôle, il ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur les expériences urbaines.

Urban Autopsy
On Michael Klier’s
The Giant
Michael Klier’s film
The Giant (1982) edits images of video-surveillance taken by the police and recorded in West Germany’s larger cities. Beyond a mere critique denouncing police surveillance, this artistic détournement questions in a speculative way our gaze as viewers of urban spaces. By overcoming the clichés associating visibility and control, it breaks new reflexive grounds about urban experiences.

Des gestes sur l’écran aux gestes de rue
City Lights de Charlie Chaplin
L’ingéniosité et l’audace de Charlie Chaplin sont observées et analysées à travers la scène d’ouverture de City Lights. L’artiste dégage un certain nombre de parades et d’élans qui permutent les relations de pouvoir. Les places de chacun sont réorganisées via de multiples gestes critiques. Ode à la perturbation, en vue de les prolonger dans nos villes, dans nos quotidiens, l’article tente d’entraîner le lecteur dans de potentielles actions et interactions rediscutant l’espace public.

From Gestures on the Screen to Gestures in the Streets
Charlie Chaplin’s
City Lights
Chaplin’s ingenious and audacious creativity is analyzed through City Lights’ opening scene, where the actor-filmmaker stages a number of parades and impulses that permutate relations of power. The agents’ places are reconfigured through a variety of critical gestures. Conceived as an ode to perturbations extendable to our cities and daily lives, the article invites the reader to pursue actions and interactions questioning the potentials of public spaces.

Interrelationnisme. Horreur ou merveille.

Interrelationnisme
Horreur ou merveille
Manuscrit inachevé, retrouvé parmi les papiers non classés du Pr Carpenter après sa mystérieuse disparition, ce texte est considéré par certains comme une preuve de la folie tardive de son auteur. Dans un style analytique, il commence par rejeter à la fois le subjectivisme et les ontologies de l’objet, également écocidaires, au profit d’une conception « interrelationniste » de la réalité. Puis il se termine par des notes fragmentaires que leur densité rend très hermétiques, mais qui témoignent d’une crise intellectuelle radicale et d’une conversion ultime.

Interrelationnism
Horror or Wonder
This unfinished manuscript, found among the unclassified papers of Pr Carpenter after he disappeared mysteriously, is considered by some as a proof of the late madness of his author. In an analytical style, the text begins by rejecting subjectivism and object-oriented-ontologies, which are equally ecocidal, to the benefit of an “interralionnist” conception of reality. Then it ends with fragmentary notations that their density makes very hermetic, but that bear witness to a radical intellectual crisis and to an ultimate conversion.

Debout avec la terre
Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones
De plus en plus de mouvements activistes luttant contre la destruction des milieux de vie, notamment par les industries extractives qui précipitent les transformations climatiques et empoisonnent les eaux et l’air, cherchent des alliances et des sources d’inspiration auprès de peuples autochtones, tels les Aborigènes d’Australie, qui n’ont pas la même vision de la Terre que celle consistant à nier la nature sous prétexte qu’elle aurait succombé aux technologies humaines. Il est proposé ici de répondre à la réduction des ontologies en anthropologie par une « slow anthropology » qui soit « Debout avec la terre », fondée sur une expérience de terrain écosophiquement inspirée des visions et de la créativité des peuples autochtones et de leurs alliés en passant par la SF selon Haraway, Stengers et Meillassoux.

Standing with the Earth
Aboriginal Cosmopolitics and Autochthon Solidarities
More and more activist movements struggling against the destruction of their living environments – especially because of the extractive industries that accelerate the climate change and poison the water and the air, – look for alliance and inspiration in the autochthon people, such as the Aborigines of Australia, whose vision of the Earth is not to deny nature on the pretext that it would have succumbed to human technologies. This article proposes to respond to the reduction of ontologies in anthropology with a “slow anthropology” that would be “standing with the Earth”, a slow anthropology based on a field experience, ecosophically inspired by visions and creativity of the autochthon people and of their allies, and by the Science Fiction according to Haraway, Stengers and Meillassoux.

L’insistance des possibles
Pour un pragmatisme spéculatif
Cet article s’efforce de reprendre l’appel de Whitehead : « la philosophie ne peut rien exclure ». La philosophie spéculative prolonge ainsi l’empirisme radical de W. James. Sa tâche est de se situer sur le terrain de l’expérience dans sa multiplicité, et de préserver ce que l’expérience fait importer. Mais l’importance ne peut jamais être réduite à un état de fait. Faire importer une situation, c’est intensifier le sens des possibles qu’elle recèle et qui insistent en elle, à travers les luttes et revendications pour une autre manière de la faire exister.

The Insistence of the Possible
For a Speculative Pragmatism
This article strives to continue the call of Whitehead: “Philosophy cannot exclude anything”. Thus speculative philosophy extends W. James’ radical empiricism. Its task is to locate itself on the ground of experience in its multifariousness, and to preserve what experience makes important. But importance can never be reduced to a matter of fact. To make a situation important consists in intensifying the sense of the possible that it holds in itself and that insists in it, through struggles and claims for another way of making it exist.

L’être le plus faible possible
Dans cet entretien, Tristan Garcia revient sur le premier principe de son « ontologie plate » : laisser être toutes choses également, concevoir « quelque chose » comme l’être si faible que rien de plus faible ne peut être conçu. L’intérêt d’une telle ontologie libérale est de permettre la reconstruction de métaphysiques, après la postmodernité, mais d’interdire aux métaphysiques de s’absolutiser et de passer pour des ontologies par défaut. L’ontologie la plus faible est là pour court-circuiter les constructions métaphysiques, en réaffirmant à tous les étages de la construction que n’importe quoi est également quelque chose.

The Being as Weak as Possible
In this interview, Tristan Garcia explains the first principle of his “flat ontology”: let all things equally be, conceive “something” as the being so weak that nothing weaker can be conceived. The interest of such a liberal ontology is to allow the reconstruction of metaphysics, after postmodernity, but to prevent metaphysics to become absolute and to pass for ontologies in the absence of a true one. The weakest ontology is there to short-circuit the metaphysical constructions, by reasserting at every step of the construction that anything is equally something.

Si le vote britannique de juin dernier sur la sortie de l’Union européenne a suscité des réactions consternées, que dire de celles qui suivent l’élection de Donald Trump à la Présidence des États-Unis contre Hillary Clinton ? Pour ces deux événements, que Trump avait pris soin de lier dans ses discours de campagne, les mêmes explications […]

Le développement régional détruit les territoires des peuples autochtones
Depuis les années 2000, la politique d’agriculture exportatrice remet en cause les droits reconnus aux autochtones par la Constitution brésilienne de 1988. De plus, le statut de l’Indien n’a pas changé depuis 1973, car les projets n’ont pas encore abouti. Pourtant les organisations autochtones se sont multipliées et maintiennent un niveau élevé de conflits. La démarcation des terres indigènes qu’elles continuent de revendiquer, conformément au statut de 1973, est remise en cause par les lenteurs de l’administration. Les ruralistes et les entrepreneurs tentent de criminaliser les autochtones qui cherchent à faire valoir leurs droits, et ceux qui les soutiennent.

How Regional Development Destroys the Land of native people
Since the years 2000, agricultural policies geared towards exports erode the rights granted to native people by the 1988 Brazilian Constitution. The status recognized to the Indians has not evolved since 1973, due to the failure of the projects elaborated to update it. Native political movements have nevertheless thrived and maintain a high degree of conflicts. The reclaiming of indigenous land, agreed by the 1973 status, is slowed down by the slow pace of administrative procedures. Developers attempt to criminalize native people when they claim to have their rights respected, as well as those who support them.

Les Britanniques à Calais
La solidarité européenne à l’échelle locale dans une ville frontière

Comment fonctionnent ceux qu’on appelle les Anglais dans le camp de Calais ? Les volontaires internationaux ont remplacé peu à peu les touristes dans l’animation de la ville, à partir de 2013 ; à partir de fin 2015, la mobilisation est plus forte mais toujours peu organisée. La préoccupation est de rendre le camp plus habitable, de construire avec les migrants des lieux de vie pour les femmes et les enfants, pour les repas, pour le théâtre, pour la bibliothèque. Ces hauts lieux seront épargnés de la destruction par la justice. Mais cette nouvelle urbanité n’est pas exempte de rapports de pouvoir. L’aide britannique se restructure à partir du Hangar, hors du camp, pour pratiquer l’aide sur un mode quasi-industriel par son efficacité. Les volontaires deviennent plus distants des migrants, et leur vie se déroule plutôt hors du camp. Français et Britanniques se rejoignent cependant dans le traitement des mineurs isolés et le conseil juridique.

Britons in Calais
European Solidarity at the Local Level in a Bordertown

How do those referred to as “les Anglais” operate in Calais? International volunteers have progressively replaced tourists in the animation of the city, starting from 2013. Since the last months of 2015, the mobilization is still strong but little organized. Efforts concentrate on making the camp more hospitable, on constructing with the migrants a better place for women and children, improving meals, establishing a theater, a library — these sites being spared the destruction waged by the authorities. This new urbanity is not free from relations of power, however. British aid was restructured around the “Hangar”, away from the camp, on a quasi-industrial mode of management geared towards efficiency. The volunteers have become more distant towards the migrants, as their life is now located outside of the camp. French and British volunteers, however, are in tune concerning the help brought to isolated children and legal counseling.

Prises de position autochtones
Journalistes et anthropologues conjuguent leurs efforts pour attirer l’attention sur la valeur des modes de vie des Autochtones et sur les violences qu’ils subissent. Comment s’expriment ces derniers face aux autorités brésiliennes et au monde entier ? Quatre textes ont été choisis pour en donner un aperçu : une lettre d’adieu du Mouvement Xingu à Dilma Roussef, initiatrice du barrage de Belo Monte qui a détruit leur territoire ; une lettre ouverte de leaders du peuple Tupinamba aux autorités brésiliennes et mondiales contre la spoliation de leur territoire par un projet d’aménagement du littoral ; un ensemble de conseils de comportements écologiques et respectueux par l’alliance des peuples autochtones, « gardiens de mère nature », publiés à l’occasion de la conférence du climat à Paris en décembre 2015 ; une méditation sur les conditions d’une résistance efficace aux nouvelles formes de violence par un membre de l’association Kirapalan du village Altamira.

Native Claims
Journalists and anthropologists both invite us to pay more attention to the value of native ways of life and to the violence they face. What are native people telling the Brazilian and worldwide leaders? Four texts were selected as a sample: a farewell letter addressed by the Xingu Movement to Dilma Roussef, who initiated the Belo Monte dam which destroyed their land; an open letter by the leaders of the Tupinamba people to the Brazilian and world leaders against the looting of their territory; a list of advice for respectful and ecological forms of behavior published by an alliance of native people, caring for Mother Nature, during the 2015 Paris Conference on climate change; a meditation by a member of the Kirapalan association from the Altamira village on an efficient form of resistance against new forms of violence.

Tests osseux pour les mineurs étrangers isolés

Les tests osseux infligés aux jeunes étrangers isolés pour déterminer leur minorité ou leur majorité représentent un enjeu de taille : être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance ou être à la rue. De recommandation, faisant l’objet d’une circulaire, cette notification du test est devenue une loi en novembre 2015 sur la demande du gouvernement contre les autorités et experts de la santé, des droits humanitaires et de l’enfant, et des avis européens consultés. Comment est-ce possible ? Comment le gouvernement et l’assemblée qui l’a votée ont-ils pu prendre une telle mesure ?

Wrist X-Rays Analysis for Foreign Teenagers

Wrist X-rays analysis imposed to parentless young foreigners in order to determine their age as minors or adults have serious consequences, since they decide whether they will be provided assis-tance due to youth or whether they will be abandoned to the streets. From a mere recommendation, it has become mandatory practice since a new law promulgated in November 2015, against the opposition of health experts, advocates for human and children’s rights. This article tries to under-stand how the government and the Parliament have been led to impose it against such resistance.

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive
Financé par une taxe pollen

Le revenu d’existence sort du ghetto des utopies. Cet article formule sept caractéristiques qui doivent présider aux mises en œuvre de cette nouvelle base d’un système de protection sociale adéquat aux transformations de l’activité, du travail rétribué et de l’emploi salarié – trois notions qui ne se recouvrent que partiellement. Quelques principes peuvent servir de guide pour l’action : un montant bas ou même moyen du revenu de base en ferait volens nolens un auxiliaire d’une politique néolibérale ; un montant élevé qui supprime vraiment la pauvreté est la clé de l’acceptation sociale d’une telle réforme révolutionnaire auprès des principaux intéressés ; le financement du revenu de base serait au mieux assuré par l’instauration d’une taxe Pollen.

For a Basic Income of Contributive Pollinization
Financed by a Pollen Tax

The proposal for an unconditional basic income no longer sounds like a utopia. This paper spells out seven features to frame this new form of welfare adapted to the new conditions of economic activity and waged labor. The main guidelines are the following : a low level of basic income would make it a tool for neoliberal policies ; a high level would not only suppress poverty but would be the key to mak-ing it socially acceptable ; it would be best financed by a Pollen Tax on all financial transactions.

Imaginaires post-travail

La gauche devrait se mobiliser autour d’un consensus sur le post-travail. Cela lui permettrait de viser non seulement des gains appréciables – tels que la réduction de la corvée et de la pauvre-té – mais aussi la construction, chemin faisant, d’une puissance politique. Cela implique au moins trois revendications : l’automation aussi complète que possible, une réduction du temps de travail sans réduction des salaires et l’instauration d’un revenu de base universel.

Post-Work Imaginaries

The Left should mobilize around a post-work consensus. Our first demand is for a fully-automated economy. Our second demand is for reducing the length of the working week. Our third demand calls for the implementation of a universal basic income.

Du revenu de base maintenant au revenu de base souhaitable

S’il est difficile de lever à court terme les freins – avant tout géopolitiques – qui empêchent de mettre en œuvre un revenu de base d’un montant « élevé », il faudrait néanmoins commencer par mettre un œuvre un revenu de base, même d’un montant équivalent à l’actuel RSA. Cela doit et peut se faire dès maintenant. Cet article explique comment, étape par étape.

Universal Basic Income Now ! The First Steps

Even if many obstacles—including geopolitical—make it difficult to set a high level for the first implemen-tation of a basic universal income, we should nevertheless try and put it in place, even if it cannot be raised above the most basic level of the current RSA (minimum welfare). For a policy and budget for basic income can be initiated without delay. This article suggests how it can be done, step by step.

Volonté générale 2.0 ?
Rousseau mis à jour par Hiroki Azuma

La crise de la démocratie d’aujourd’hui a remis en cause la notion même de la solidarité. Le philosophe japonais, Hiroki Azuma, dans Volonté générale 2.0, présente un argument qui repense les conditions de participation et de présence de la politique. En prenant pour fil conducteur la notion rousseauiste de « volonté générale », il essaie de mettre à jour cette notion classique, en se référant au développement de la technologie informatique. Notre article vise à mesurer la portée politico-philosophique de la « volonté générale 2.0 ».

General Will 2.0?
Rousseau Updated by Hiroki Azuma

The crisis of democracy today questioned the idea of solidarity. Japanese philosopher, Hiroki Azuma, in General Will 2.0, presents an argument engaging our reflection on the presence of poli-tics in a digital world. As the title suggests, he tries to update Rousseau’s « general will » in light of the development of information technology. Our paper aims to examine his updated concept, « general will 2.0 » and to measure the politico-philosophical range of his argument.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: http://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

Considérant Calais

Vu la République, la fraternité en ses fondements, l’hospitalité à l’horizon. Vu les bouleversements des temps présents, la perspective de mouvements migratoires extraordinaires à venir, la démultiplication annoncée de « jungles » dans les plis et replis de nos métropoles. Considérant que la « jungle » de Calais est habitée par 5 000 exilés, non pas errants mais héros, rescapés […]

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.