Archives du mot-clé psychologie

Vers une politique du dividualisme

Vers une politique du dividualisme
L’individu de la gouvernance néolibérale mérite d’être envisagé comme un « dividuel » secoué par les rassemblements turbulents de tendances hétérogènes, divisé entre elles dans sa relation à soi. Du fait des urgences et des surcharges attentionnelles auxquelles il est soumis, l’intuition se substitue souvent chez lui au choix réfléchi et délibéré. C’est à des dividuels que s’adressent les techniques de priming (amorçage) par lesquelles les logiques néolibérales restructurent nos comportements. Comment parvenir à y identifier un contre-ontopouvoir immanent ? Comment en faire émerger une politique du dividualisme ? C’est dans une catalyse activiste qu’il faut reconnaître aujourd’hui un art affectif de la politique.

Towards a Politics of Dividualism
The individual produced by neoliberal governance ought to be identified as a “dividual”, set in tensions by a turbulence of heterogeneous tendencies, divided between them in his relation to himself. Because of the emergency and attentional overload to which he is exposed, intuition often substitutes for deliberate choice. Techniques of priming are addressed to such dividuals, in their attempt to restructure our behaviors along neoliberal injunctions. How can one identify immanent forms of counter-ontopower in such a situation? How can one help the emergence of a politics of dividualism? An activist catalysis may pave the way for an affective art of politics.

Le court-circuitage néolibéral des volontés & des attentions
Le libéralisme se réfère à la volonté individuelle comme à son principal principe de légitimation. Or toute une série de dispositifs (médicaments, design, algorithmes, priming, nudge) mis en place sous régime néolibéral tendent à court-circuiter toute capacité de choix délibéré. À quoi ressemble ce néolibéralisme d’après la fin de l’illusion du choix ? En quoi est-il solidaire des dispositifs qui externalisent le travail de notre attention ? Ces court-cicuitages de nos choix et de nos attentions ne relèvent-ils pas eux-mêmes d’une illusion entretenue par les marketeurs d’innovations ?

Neoliberal Short-Circuiting of Individual Will and Attention
Individual will plays a fundamental role of legitimation in liberalism. A whole range of devices (performance enhancing drugs, algorithms, design, priming, nudge) currently promoted by neoliberal policies tends to short-circuit our capacity to make deliberate choices. What does liberalism look like after the end of the illusion of choice? What are its links to the various devices that externalize our attentions? Aren’t we deluded when we naïvely believe in the capacity of our digital technology to short-circuit human attention, reflection and deliberation?

Le débat sur le « moral bioenhancement » entre dressage & perfectionnement
Les discours et pratiques relevant de l’augmentation de notre volonté morale (moral enhancement) par voie médicamenteuse illustrent un cas où la volonté de réussir pousse la volonté à reconnaître ses limites physiologiques. Dès lors que nos choix résultent, entre autres choses, de certains taux de neurotransmetteurs dans nos cerveaux, l’absorption de certaines substances chimiques peut nous aider à « mieux vouloir », c’est-à-dire à choisir ce que nous ne choisissons pas spontanément, mais que nous devrions vouloir choisir, si notre désir (subjectif) pouvait s’aligner sur notre intérêt (objectif). Cette morale médicamentée prétend court-circuiter notre volonté spontanée pour imposer cet alignement par la force irrésistible de la chimie.

The Debate on Moral Bioenhancement between Taming and Perfectionism
The recourse to medication in order to enhance our moral will is displays an exemplary case wherein our will to succeed drives our will to face its physiological limits. Insofar as our choices result, among other factors, from the relative rates of neurotransmitters present in our brain, absorbing certain chemical substances can help us to “improve our will”, i.e., to choose what we would not spontaneously choose, but that we ought to choose if our (subjective) desire could align itself with our (objective) interest. This pharmaceutical brand of moralizing intends to short-circuit our spontaneous will in order to impose such an alignment through the irresistible force of chemistry.

Le nudge
Embarras du choix & paternalisme libertarien
Au titre d’un « paternalisme libertarien », certains libéraux proposent de reconsidérer nos interactions sociales du point de vue des « architectures de choix » qui les conditionnent en sous-main à notre insu. La doctrine du « nudge » (coup de pouce dans le bon sens) propose une méthode douce d’influencer nos comportements basée sur des conditionnements souvent imperceptibles. Depuis la réforme des systèmes de santé ou de retraite jusqu’à l’organisation spatiale d’une cantine scolaire, le monde social devient le terrain d’exercice d’une activité de design potentiellement omniprésente, supposée bienveillante mais néanmoins inquiétante.

Nudging
Embarrassment of Choices and Libertarian Paternalism
In the name of “Libertarian Paternalism”, certain thinkers invite us to reconsider our social interactions from the point of view of the “choice architectures” that condition them unbeknownst to the agents themselves. The theory and practices of “nudging” provide us with soft methods to influence our behaviors on the basis of infra-perceptible conditionings. From Health Systems to Retirement Plans and school cafeteria, the social world becomes a playground for a potentially ubiquitous agency of design, reputed to be benevolent but nevertheless worrying in its implications.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: http://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

Décomposition et recombinaison à l’âge de la précarité

Cet article analyse l’« automation cognitive », c’est-à-dire l’uniformisation des procédures de perception, d’imagination et d’énonciation. La transformation digitale de l’info-travail est une condition de la précarisation finale, et l’info-travail est ainsi le point d’arrivée d’un processus d’abstraction de l’activité humaine cognitive dé-singularisée et dé-corporalisée. Le temps dé-singularisé et la cognition dé-personnalisée sont les agents ultimes du processus de valorisation : ils ne tombent pas malades, n’ont pas de revendication syndicale ni de droit politique ; ils sont là, pulsatoires et disponibles, comme une étendue cérébrale jamais hors d’atteinte. Des cellules de temps productif pré-formaté peuvent ainsi être mobilisées et recombinées grâce à la sonnerie du smartphone, qui permet d’agencer le cerveau individuel selon les flux du réseau.

Decomposition and Recombination in the Age of Precariousness

This paper analyzes « cognitive automation », i.e., the uniformization of the processes of perception, imagination and enunciation. The digital transformation of info-labor is a condition of its final precarization, as info-work is the point of arrival of a process of abstraction of human cognitive activity, after it has been de-singularized and dis-embodied. De-singularized time and de-personalized cognition are the ultimate agents in the process of valorization : they never fall sick, do not resist through trade unions nor claim political rights ; they are there available, as a cerebral openness out of reach. Cells of pre-formatted productive time can be mobilized and recombined through the tone of a smartphone, re-assembling the individual brains according to the flows in the network.

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

L’algorithmique a ses comportements que le comportement ne connaît pas

La présente contribution cherche à reconceptualiser certains enjeux fondamentaux du machine-learning en problématisant la question du « comportement » à l’aune de la théorie du cycle de l’image de Gilbert Simondon. En prenant au sérieux les positions théoriques et les ambitions techniques dans le domaine des algorithmes auto-apprenants, nous proposons de rendre compte de certaines transformations de l’algorithmique en la qualifiant de deux idéaux-types : mécanique et comportementale. Sans suggérer une quelconque opposition binaire, nous proposons plutôt de voir ces deux pôles comme des structurations successives, des phases d’existence qui transforment la nature du problème à résoudre, qui opèrent un passage de structure en structure. À la suite de Simondon, ce passage est requalifié de transductif, de façon à esquisser une image du comportement appelant une réinvention de nos cadres politiques et éthiques. Et si la question était : quel est le collectif qui advient, et que nous désirons voir advenir, quand nous nous comportons avec des algorithmes ?

Algorithms Have Reasons Behavior Ignores

The present contribution seeks to reconsider some of the fundamental stakes underlying machine-learning. The question of « behavior » will be problematized in light of Gilbert Simondon’s theory of the image cycle. By taking theoretical positions and technical ambi-tions in the field of machine-learning seriously, we suggest to frame the transformations of algorithmics in terms of two ideal-types: mechanical and behavioral. While taking care to avoid any binary opposition, we treat these two poles as successive structurations, phases of existence that transform the nature of the problem to be resolved, that operate a passage from one structure to another. Following Simondon, we qualify this passage as transductive so as to sketch an image of behavior that calls for a reinventing of our political and ethical frameworks. What if the question were: what collective is eventuated, or do we wish to eventuate, when we behave with algorithms?

Quelle souveraineté monétaire ?

Les grandes difficultés que rencontre aujourd’hui la politique européenne, aussi bien dans ses sommets institutionnels que dans les expériences des mouvements sociaux, sont liées principalement à une incapacité à affronter la crise en posant la nécessité de réformer le système monétaire dans une perspective bottom up. Cela devrait conduire 1) à s’interroger sur le sens de la souveraineté monétaire en Europe et 2) à comprendre ce que signifie « partir d’en bas » lorsqu’il s’agit d’instituer une monnaie. Pour affronter ces problèmes l’article retrace les différentes étapes qui ont mené de la crise financière américaine de 2007 à la crise européenne, en construisant un dialogue entre les thèses avancées par Christian Marazzi dans La Brutalité financière et les analyses produites par des économistes hétérodoxes français (A. Orléan, F. Chesnais, les économistes atterrés).

What Type of Monetary Sovereignty?

The current problems faced by European economic policies, as seen both in European summit and in social movements, result from an incapacity to reform the financial system through a bottom-up approach. This should lead to 1) questioning the meaning of European monetary sovereignty and to 2) understand what a “bottom-up” approach means in terms of monetary institutionalization. This paper discusses the recent financial events, from the subprime crisis in the USA to the European crisis, by confronting the propositions and analyses made by Christian Marazzi in his book on Financial Brutality, and by French heterodox economists like André Orléan, François Chesnais and the Économistes atterrés).

Dispositifs populistes et régimes médiarchiques : neuf hippothèses

Les discours populistes sont habituellement décrits comme des perversions des procédures démocratiques, alors qu’ils méritent bien plutôt d’être interprétés comme des révélateurs de la nature « médiarchique » de nos régimes politiques. Neuf « hippothèses » cavalières esquissent une ana-lyse invitant à considérer les populismes en termes d’effets mass-médiatiques qui se nourrissent des perversions qu’ils font mine de dénoncer.

Populist Devices and Mediarchic Regimes : Nine Hippotheses

Populist discourses are usually described as perversions of democratic procedures, but they should rather be interpreted as symptoms of the mediarchic nature of our political regimes. The article rides over nine “hippotheses” which consider populisms as mass-mediatic effects which fuel the perversions they pretend to denounce.

Le « nouveau monde » des histoires

Les thèses défendues ici par l’un des membres du collectif Wu Ming prennent le contrepied des discours habituels tenus sur le populisme. Raconter des histoires, s’armer des pouvoirs propres du storytelling ne revient pas nécessairement à embobiner les masses dans des bobards : sous certaines conditions, cela peut au contraire aider à la circulation de récits émancipants, qui élèvent l’intelligence de ceux qui les racontent comme de ceux qui les écoutent.

The “New World” of Stories

The theses defended by a member of the Wu Ming collective go against the grain of the common discourses against populism. The practices of storytelling do not necessarily lead to luring the masses by lying to them: under certain conditions, it can put into circulation empowering myths which elevate the intelligence of those who tell the tales as of those who listen to them.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

L’usage de la vie

Nous faisons usage de machines, de chaussures, de cartes, en vue de notre vie, de sa conservation et de son développement. Mais c’est la vie elle-même qui est avant tout « usable », et pour laquelle machines, chaussures, cartes sont utilisées. L’usage de soi, de son existence, est le présupposé et la poutre maîtresse de tous les autres usages. Or l’usage de soi se fonde sur le détachement de soi. Est utilisée une existence à laquelle on ne peut pas toujours s’identifier, qui ne se possède pas entièrement et qui, sans être vraiment étrangère, n’est pas non plus complètement familière. Autrement dit, l’usage de la vie concerne l’espèce qui, en plus de vivre, doit rendre sa vie possible. Le jeu de scène théâtral récapitule et amplifie les procédés par lesquels l’être humain se sert de son existence. L’activité de l’acteur est un modèle incomparable de l’usage de la vie et du souci de soi. Pour reconstituer avec précision les « technologies du soi », il convient de regarder de près les écrits de Stanislavski, Mejerchol’d, Brecht et Grotowski.

The Use of Life

We make use of machines, shoes, maps, for our life, its conservation and its development. But it is life itself that is primary usable – in view of which machines, shoes, maps are used. The use of oneself, of one’s existence, is both the premise and the cornerstone of all other uses. The use of oneself is based on the detachment of self. The existence which comes to be used is one with which one cannot always identify, one that is not fully possessed, and that is not completely familiar, while also not being really strange. In other words, the use of life relates to the species which, in addition to living, must make its life possible. The theatrical stage recapitulates and amplifies the processes by which the human being makes use of its existence. Acting is an incomparable life’s use and care of the self model. In order to reconstitute with precision the « technologies of self », it is advisable to take a close look at the writings of Stanislavski, Mejerchol’d, Brecht and Grotowski.

Les robots oscillent entre vivant et inerte

Les robots oscillent entre vivant et inerte

Il est impossible d’ouvrir un dossier consacré à la robotique sans rencontrer de multiples prophéties annonçant dans un futur proche que nous vivrons entourés de robots anthropomorphes ou zoomorphes et que nous nous machinerons par des voies que nous ne pouvons pour le moment qu’entrevoir. Peut-on envisager une approche de la robotique un peu moins prophétique et donc décevante, un peu plus pragmatique et donc plus surprenante, un peu plus réflexive et donc habitée par un principe de précaution ? Faut-il continuer à faire passer les machines pour autre chose que ce qu’elles sont ou doit-on arrêter de les prendre pour ce qu’elles ne sont pas (des animaux, des humains) ? Faut-il considérer qu’elles constituent un « règne » à part entière, à côté du minéral et du végétal, ou bien faut-il continuer de les reléguer dans l’instrumental, ce grand bazar ? Ce « manifeste » reprend quelques-unes des observations faites par ceux qui, dans le champ de l’anthropologie principalement, observent la « révolution robotique », suivent ses essais d’expérimentation/implémentation et abordent la diversité des interactions homme-machine avec les outils de l’enquête de terrain.

Robots Oscillate Between the Inert and the Living

Impossible to discuss about robotics without stiring many prophecies announcing that we will live surrounded by zoomorphic or anthropomorphic robots and transform ourselves in ways we can not yet imagine. Is it possible to adopt a slightly less prophetic approach, a little more pragmatic and therefore more surprising, a bit more reflective and thus inhabited by a precautionary principle? Should we continue comparing or assimilating machines with other kinds of beings (animals, humans) ? Should we accept that they are a « reign » in itself, next to the mineral, the vegetal or should we continue to relegate them into the instrumental, this big bazaar ? This manifesto summarises some of the observations made by anthropologists who observe the « robot revolution » with ethnographic tools, following experimental processes/implementation tests and the very concrete situations of interaction in which robots can be experienced.

Le Cobot, 
la coopération entre l’utilisateur et la machine

En 1996, le terme de « cobot », 
contraction de « robotique collaborative », apparut sous la plume de deux chercheurs américains travaillant pour l’industrie automobile. Il s’applique aujourd’hui à un nouveau champ de la recherche en robotique, la « cobotique », qui s’attache à concevoir des machines asservies ou pseudo-autonomes susceptibles d’être utilisées au sein d’un environnement humain. Le cobot se différencie donc essentiellement du robot par son absence d’autonomie puisque, par définition, il ne peut pas fonctionner sans l’action d’un opérateur. L’approche collaborative, tout en dépassant la simple « utilisation » qui pourrait être faite d’un outil, valorise le travail de l’humain et laisse présager d’une meilleure acceptabilité sociale du cobot, qui n’aurait pas pour vocation de remplacer l’homme, mais de l’épauler.

The Cobot : a New Form of Human-Machine Interaction

An abbreviation for « Collaborative Robotics », the term cobot was coined in 1996 by two American researchers working for the car industry. It refers to a new field of research – cobotics – which designs pseudo-autonomous or servant machines to be used in human environment. A cobot differs from a robot insofar as it cannot function without the action of a human operator. This collaborative approach goes beyond the mere « use » to be made of a tool : it valorizes human labor and makes the cobot a more acceptable partner, since it does not lead to the replacement of the human, but to his assistance.

Inventivité des imitations ludiques

Inventivité des imitations ludiques

Cet article présente plusieurs machines dont l’existence est intimement liée aux pratiques ludiques. Il montre que ces objets s’inscrivent aussi bien dans la recherche en robotique et en intelligence artificielle que dans les pratiques artistiques contemporaines. Il s’intéresse en particulier à l’espace de jeu ouvert par l’interaction avec les machines et propose de considérer cet espace comme le lieu privilégié d’une forme d’expérimentation anthropologique.

The Inventiveness of Playful Imitations

This paper describes several machines intimately linked to playful practices. It shows that such machines belong simultaneously to research in robotics and artificial intelligence, and to practices of contemporary art. Focusing on the space opened by these machines for interactive play, it describes it as privileged space for certain types of anthropological experimentation.

Iconomie et innervation
Pour une généalogie du regard endetté
Iconomie est un mot-valise dans lequel on entend d’une part l’icône (eikôn, c’était l’un des noms grecs pour l’image) et d’autre part l’économie, cette oikonomia qui désignait la bonne gestion des échanges. Mais l’iconomie dont il sera question ici s’inscrit dans ce que, après et d’après Marx, il faut bien décrire comme un supermarché esthétique, en y repérant ce que Walter Benjamin nous a aidé à concevoir comme une sensibilité innervée.
Iconomy and Innervation
Towards a Genealogy of the Indebted Gaze
“Iconomy” is a mix between the Greek eikôn (image, picture) and the oikonomia which referred to the fair management of exchanges. Here, however, the iconomy will be characterized by what must be described, after Marx, as an “aesthetic supermarket”, animated by what Walter Benjamin has led us to consider as an “innerved” sensibility.

De quoi parlons-nous à travers les références actuellement omniprésentes à « la crise » ? Et surtout : de quoi ne parlons-nous pas quand nous parlons de « la crise » ? Multitudes a ouvert ses pages à des auteurs très divers pour esquisser quelques réponses, qui figurent ici sous la forme d’un abécédaire : une suite d’entrées plus ou moins brèves qui visent à prendre […]

Comme des poissons dans l’eau
Les ancêtres de la téléréalité, comme l’émission américaine Candid Camera, ont su très tôt mobiliser un charisme de la réalité qui magnétise aujourd’hui un nombre croissant de nos contemporains. Ces pratiques télévisuelles se sont développées en étroite interaction avec les expérimentations faites sur la psychologie sociale et l’hypnose, révélant une convergence entre sciences, technologies médiatiques et mécanismes de pouvoir que cet article s’efforce de faire apparaître dans ses dimensions à la fois historiques et théoriques.

Like Fish
in the Water
Pioneers of Reality TV, like the producers of Candid Camera in the 1950s, soon learned to activate a charisma of reality which continues to magnetize an increasing number of our contemporaries. Such TV shows have been developed in close interaction with experiments in social psychology and in hypnosis. A major synergy took place between the social sciences, media technologies and power mechanisms, a synergy this articles attempts to analyze in its historical as well as theoretical implications.

               1. Pourquoi avons-nous besoin d’un nouveau modèle? La société de la connaissance, l’économie de la connaissance, la société apprenante, l’organisation apprenante, les territoires apprenants… ces termes sont aujourd’hui devenus familiers. La connaissance est aujourd’hui considérée comme le carburant du développement, et apprendre est reconnu comme un processus fondamental de celui-ci. Cette importance prise par […]

Le mouvement israélien pour la
justice sociale (J14) a surpris par
son intensité et sa durée. Cet entretien
revient sur les origines du
mouvement, la critique de la souveraineté
israélienne mais décrit
les voies singulières qui traversent
l’Assemblée du peuple, représentante
du vaste courant d’indignation
dans tout le pays. L’hétérogénéité
sociale et culturelle du mouvement,
la participation de minorités
nationales prenant leur part
dans la refondation de la politique,
le dépassement de la gauche classique
et du Bloc pour la paix font
que ce mouvement peut être considéré
comme durable.

Taking Positions
Beyond
the Distribution
of Positions

The mobilization for social justice
(J14) has created a surprise in
Israel, because of its intensity. This
interview focuses on the origins of
the movement, the critique of Israeli
sovereignty. It describes the singularities
of the voices which compose
the popular assembly, which represents
an Indignation felt throughout
the country. The social and
cultural heterogeneity of the protestors,
the participation of the national
minorities taking place in the
political assembly, the enlargement
of the classic critique and of the leftist
critique create the conditions for
a sustainable movement.

Les machines numériques sculptent désormais des objets en référant leurs formes aux flux de données qui jaillissent de l’incessante activité des bases de données du web. Pendant que s’affole le débat sur les risques et les opportunités des big data, d’autres s’affairent à régler les algorithmes destinées à faire « parler » les données. On assiste à un renversement d’une importance énorme dans le champ des sciences sociales, laissant croire que « les chiffres parlent d’eux-mêmes ». Ce que la visualisation des nouvelles traces digitales fait alors voir, c’est que les catégories d’interprétation traditionnelles ne tiennent plus d’elles-mêmes et qu’il faut commencer par regarder avant d’interpréter

Looking at the data
Digital machines sculpt new objects along the flows of data produced by the web. While some of us worry about privacy and safety, others invent ways to find meaning in big data. Old habits in social sciences are turned upside down. Do “numbers speak for themselves”? Between the data and their meaning, a new step plays an increasingly important role: visualization. Before we can interpret data, we need to make them visible and we need to look at them.

Traiter les données

entre économie de l’attention et mycélium de la signification
Le traitement des big data (bases de données de grosse taille) pose un défi à nos intelligences collectives. Il nous contraint à inventer une autre économie de l’attention, à redéfinir la notion de « pertinence » (et d’impertinence), à nous doter d’une conception plus fine, plus souple et plus vivace de la « signification ». Cet article suggère que c’est du côté de la façon dont la littérature gère la polysémie que nous devrions chercher de quoi faire face à tous ces défis.

Managing data, between the attention economy and the mycelium of making sense
Processing big data challenges our collective intelligence. We need to invent an attention economy, redefine the notion of “relevance”, and devise a finer and broader conception of “meaning” and “sense”. This article suggests that the way literature “manages” polysemy could inspire us in facing such challenges.

Charismes du réel

L’oeuvre d’art à l’époque du marketing et du spectacleLe monde qui semble aujourd’hui s’imposer dans sa vérité est celui qui se donne, en même temps, avec un surplus de réalité (de proximité, de vie ordinaire, de banalité) et un surplus de fiction (de spectacle, de lueur médiatique, d’évasion onirique). Dans ce régime de vérité hybride, la réalité
est essentielle, car seule la proximité mimétique avec l’homme ordinaire donne à l’acte culturel toute sa force de séduction ; mais la réalité n’arrive à séduire que si – grâce à son exposition médiatique – elle se déréalise en quelque sorte, en se revêtant d’une certaine « aura ». Le problème est que ce charisme de la réalité, effet de la mise en spectacle industrielle de la réalité elle-même, se présente aujourd’hui comme une exigence propre tant à l’homme de la politique qu’à l’homme de la culture. Comme le montre l’exemple de l’Italie, la convergence obscure d’un populisme spécifiquement politique et d’un populisme plus généralement culturel rend le problème actuel du populisme d’autant plus profond et redoutable.

Charismas of the Real

The Work of Art in the Age of Marketing and Spectacle

Today’s world imposes itself with a surplus of reality (proximity, ordinary life, banality) and with a surplus of fiction (spectacle, mediatic light, dreamlike entertainment). In this regime of hybrid truth, reality is essential, since only the proximity with ordinary life provides cultural action with its force of seduction; but reality can please only when de-realized by its mediatic exposure and supplemented by a certain “aura”. This charisma
of reality imposes itself to political as well as cultural agents. The case of Italy shows the obscure convergence between a political and a cultural form of populism, making it all the more formidable.

Fictions, mythes et hallucinationsStorytelling et autres histoires à consommer debout : les fictions du capital semblent se caractériser par une forclusion du fond nocturne de l’imagination. Testant sur ce point l’idéalisme allemand, j’appelle imagination crépusculaire ce qui préside à la formation des mondes, aux créations mythologiques comme aux œuvres cinématographiques. Si les fictions du capital savent exploiter certains effets de cette imagination, elles ne sont pas en mesure d’en libérer la charge – qu’il nous revient d’endosser, esthétiquement et politiquement, au nom d’une économie psychique de la contribution imaginative laissant une place à la passivité comme au sans-image.

Imagination at Dusk

Fictions, Myths and Hallucinations

Storytelling and other unbelievable stories: the fictions of capital seem to be characterized by a foreclosure of the dark essence of imagination. Rebounding non German idealism, I call twilight imagination that which governs the formation of worlds, mythological creations and cinematographic
works. If the fictions of the capital know how to exploit some of the effects of imagination, they are not able to release its load. e have to aesthetically and politically take responsibility for this load in the name of a psychic economy of imaginative contribution leaving a place to passivity and darkness.

Les ONG développent des représentations inadéquates dans le cas du phénomène dit des «enfants des rues», pour susciter la compassion nationale et l’apport de fonds. Les «enfants des rues» sont en fait des adolescents ou de jeunes adultes. La rue est le principal lieu de socialisation près des mosquées, des marchés, des gares et des aéroports, des parkings, des terrains vagues, des usines désaffectées. Les errants perpétuent la mémoire locale, lient les lieux de manière réversibles. Ils sont un élément fondamental
de la société qui ne peut pas être traité de manière ethnique. L’approche clinique est indispensable.

The Compassion of NGOs for “Street Children”

NGOs develop inadequate representations of the so-called “street children” phenomenon, to arouse national compassion and funding. “Street children” are actually teenagers or young adults. The street is the main area of socialization, near mosques, markets, stations and airports, parking lots, wasteland, disused factories. These wanderers perpetuate local memory, and create reversible links between places. They are a fundamental element of society and cannot be treated in an ethnic perspective. A clinical approach is indispensable.

Interspécificité

L’artiste, du duo Art Orienté objet, retrace ici l’origine, le déroulement et les conséquences de la performance biotechnologique artistique «Que le cheval vive en moi» : une autoinjection de sérum de sang de cheval. Cette expérience radicale, abordée ici d’un point-de-vue autant artistique que psychologique et anthropologique, interroge frontalement la responsabilité individuelle à travers la notion d’altérité. Elle propose un élargissement de la définition de conscience humaine par une tentative de perception de l’extra-humain, animal en particulier.

Interspecificity – On “May the Horse Live in Me”

Marion Laval-Jeantet (artist of the duo Art Object oriented) explains the origin, the development and the consequences of the artistic biotechnological performance “May the Horse Live in Me”: an injection of horse’s blood. This radical experiment questions the individual responsibility through the notion of otherness, proposing an enlargement of the definition of human consciousness on trying to get a perception of the extra-human, especially the animal.

Daniela Cesoni, psychologue italienne, nous fait partager à travers son parcours franco-italien en « rhizome » des années 70 à nos jours, ses expériences en termes de suivi et de prévention des addictions aux drogues : de son travail sur la dés institutionnalisation en Italie, à sa pratique de la méthode de la Recherche-Action-Participative, en France à partir des années 80, dans le cadre de l’association qu’elle crée : Drogues et Société. Méthode qui consiste à adapter les interventions et les services aux demandes et aux besoins des usagers.

I must confess… A franco-italian experience of prevention in Drugs Addiction

Daniela Cesoni, Italian psychologist, shows her journey through the Franco-Italian experience in “rhizome” started in the 70s and until today, her practice in terms of prevention in drug addiction: her work on the “dés institutionnalisation” in Italy, her practice of the method concerning Research-Participatory Action, and in France from the 80’s, in the association she creates: Drogues et Société. Method that is an adaptation of the interventions and services to the demands and needs of users.

Le recours à l’Internet, dans les années 1990, associé aux dynamiques et à la consommation de portails, a transformé le réseau en un gigantesque laboratoire de la publicité. Si bien que, d’une certaine façon, la dynamique de fragmentation, légitimée par le nombre infini de réseaux de petits univers centralisés, entraînait la Toile vers une expérience […]