Archives du mot-clé réforme

Existe-t-il des territoires kanak ?
Depuis plusieurs décennies, la relation fusionnelle des Kanaks avec leur terre ancestrale a été mise en lumière par les sciences humaines. Mais s’agit-il pour autant de territoires, définis d’un point de vue occidental comme des espaces agis, appropriés et délimités par des frontières ? Dans la culture et les langues kanak, le terme de territoire n’existe pas selon cette acception. De la période pré-coloniale, où ils étaient apparentés à un réseau de lieux, de chemins et de géosymboles, jusqu’à la période coloniale, où l’administration a voulu les transformer en réserves, les territoires kanak ont subi de profondes recompositions, qui rendent nécessaires de nouveaux outils conceptuels : ceux de territorialité et de territorialisation.

Are There Such Things as Kanak Territories ?
Social sciences have studied for many decades the fusional relation Kanak people maintain with their ancestral land. But is it really accurate to talk about “territories”, in the Western definition of spaces structured, appropriated and limited by borders ? In the Kanak culture and languages, there is no word to designate territories according to this definition. From the pre-colonial period, when they were perceived as networks of places, paths and geosymbols, to the colonial times, where the Western administration attempted to transform them into reservations, Kanak territories have gone through major recompositions, which call for new concepts, like territoriality and territorialization.

Quand la mine transforme la territorialité kanak & réciproquement
La mine (le nickel) est devenue, en Nouvelle-Calédonie, un « fait social total ». Elle représente la première source de revenus du Caillou après les transferts sociaux de l’État. Si la mobilisation du lien à la terre reste le ressort privilégié des revendications qui émergent à l’interface du développement des activités minières, elle met en avant de plus en plus nettement la nature comme enjeu identitaire. Les contestations qui ont entouré la mise en œuvre du projet minier de Goro-Nickel se sont appuyées sur le droit international des peuples autochtones dans la protection de l’environnement pour contraindre l’industriel à mieux tenir compte des populations vivant à proximité des projets miniers. Ainsi, le fort développement économique lié à l’activité minière ces vingt dernières années n’a pas seulement contribué à transformer les pratiques de la territorialité kanak mais aussi à donner plus de visibilité à des revendications sur la place du monde kanak dans la pratique de la démocratie en Nouvelle-Calédonie.

When Mining Transforms Kanak Territoriality
& Reciprocally
Nickel mining in New Caledonia constitutes a total social fact. It is the first source of revenue after social redistribution by the State. If the mobilization of the relation to the land continues to play a fundamental role in the political claims raised around the development of the mining industries, nature increasingly appears as a crucial reference in terms of identity. The polemics raised by the Goro-Nickel project found support in the rights of indigenous people promulgated by International Law, and manage to force the company to pay attention to the needs of the populations living in the proximity of mining projects. The strong development of industrial mining during the last 20 years not only contributed to transform the practices of Kanak territoriality : they also increased the visibility of the claims concerning the place to be granted to Kanak people in the practice of democracy in New Caledonia.

Le court-circuitage néolibéral des volontés & des attentions
Le libéralisme se réfère à la volonté individuelle comme à son principal principe de légitimation. Or toute une série de dispositifs (médicaments, design, algorithmes, priming, nudge) mis en place sous régime néolibéral tendent à court-circuiter toute capacité de choix délibéré. À quoi ressemble ce néolibéralisme d’après la fin de l’illusion du choix ? En quoi est-il solidaire des dispositifs qui externalisent le travail de notre attention ? Ces court-cicuitages de nos choix et de nos attentions ne relèvent-ils pas eux-mêmes d’une illusion entretenue par les marketeurs d’innovations ?

Neoliberal Short-Circuiting of Individual Will and Attention
Individual will plays a fundamental role of legitimation in liberalism. A whole range of devices (performance enhancing drugs, algorithms, design, priming, nudge) currently promoted by neoliberal policies tends to short-circuit our capacity to make deliberate choices. What does liberalism look like after the end of the illusion of choice? What are its links to the various devices that externalize our attentions? Aren’t we deluded when we naïvely believe in the capacity of our digital technology to short-circuit human attention, reflection and deliberation?

Le nudge
Embarras du choix & paternalisme libertarien
Au titre d’un « paternalisme libertarien », certains libéraux proposent de reconsidérer nos interactions sociales du point de vue des « architectures de choix » qui les conditionnent en sous-main à notre insu. La doctrine du « nudge » (coup de pouce dans le bon sens) propose une méthode douce d’influencer nos comportements basée sur des conditionnements souvent imperceptibles. Depuis la réforme des systèmes de santé ou de retraite jusqu’à l’organisation spatiale d’une cantine scolaire, le monde social devient le terrain d’exercice d’une activité de design potentiellement omniprésente, supposée bienveillante mais néanmoins inquiétante.

Nudging
Embarrassment of Choices and Libertarian Paternalism
In the name of “Libertarian Paternalism”, certain thinkers invite us to reconsider our social interactions from the point of view of the “choice architectures” that condition them unbeknownst to the agents themselves. The theory and practices of “nudging” provide us with soft methods to influence our behaviors on the basis of infra-perceptible conditionings. From Health Systems to Retirement Plans and school cafeteria, the social world becomes a playground for a potentially ubiquitous agency of design, reputed to be benevolent but nevertheless worrying in its implications.

Yanis Varoufakis, qui avait interpellé Jean-Luc Mélenchon en l’invitant à prendre position sans barguigner vraiment pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, a été aussi un des premiers à faire une déclaration d’opposant au nouveau président intronisé : « Selon Yanis Varoufakis, qui argue de conversations personnelles avec Emmanuel Macron, ce dernier a conscience de la […]

Introduction

Tout bouge trop vite autour de nous, tout se transforme, tout se reconfigure. Seuls les discours politiques dominants ont l’air congelés dans des vieilles recettes d’un autre âge. Relancer la croissance ? Retrouver le plein-emploi ? Revenir à l’équilibre budgétaire ? Refermer les frontières ? Restaurer notre identité nationale ?

Du renouveau. Nos nouveaux problèmes ne seront résolus ni avec les anciens outils, ni par les anciens contremaîtres. La scène électorale de 2017 est peuplée de répliquants, qui se battent pour gérer des pots de chagrin. Mieux vaut ouvrir les fenêtres, créer un grand courant d’air, lever les yeux vers l’horizon, viser l’avenir.

Il n’y a pas d’alternative aux alternatives. Les politiques « réalistes » nous promettent depuis quarante ans de sortir d’une « crise » devenue permanente. Droite et gauche de gouvernement tiennent ensemble la même rengaine : « Encore un peu d’austérité pour sortir du tunnel… » C’est le ravage de nos ressources environnementales et l’exacerbation des inégalités sociales qui sont au bout de ce tunnel. Il faudrait être fou pour continuer à s’enfoncer dans les mêmes impasses. Le réalisme exige de défier le réalisme.

Accélérons la politique. Nos technologies, nos modes de communication, nos rapports sociaux, nos attentes : tout s’est dramatiquement accéléré depuis une vingtaine d’années. Tout sauf la mise en place de réelles alternatives politiques : nos souffrances et nos épuisements tiennent largement à cette inertie de structures idéologiques obsolètes, au retard de nos discours et de nos structures institutionnelles. Bien loin de devoir tout ralentir, il nous faut apprendre à accélérer sélectivement le frayage de nouvelles formes politiques.

Il est urgent de mettre fin à l’état d’urgence. Toutes les mesures politiques récentes ont été prises (ou mises en place) au nom d’une urgence qui paralyse toute transformation conséquente. Cet état d’urgence permanente plombe le présent dans les ornières du passé et encourage les violences policières. Nous lui substituons trois exigences :

– Un moratoire des réformes strictement économiques : elles se suivent sans rien changer, et ne se donnent pas le temps de réfléchir à ce qu’il faudrait changer.

– Un observatoire des mutations : au lieu de planifier un futur abstrait, il convient de comprendre ce qui se fait dans le présent. Apprenons de ce qui se transforme sur le terrain.

– Un curatoire des initiatives : d’innombrables expérimentations prometteuses méritent d’être soutenues, promues, accompagnées, généralisées.

Ce numéro de Multitudes essaie de faire le point sur ce que nous croyons pouvoir repérer dans le présent, et sur les espoirs à en tirer pour le futur. Nous partageons ces idées et ces suggestions, ces initiatives et ces revendications. Nous avons décidé de profiter de l’élection quelque peu éculée de notre monarque républicain pour lancer ce vrai faux programme politique : 24 idées et suggestions que nous espérons décapantes et dont nous aimerions qu’elles alimentent les débats.

Cinq ou dix ans de néolibéralisme honteux ou effréné, voire de fascisme décomplexé, ne feront que nous enfoncer davantage dans le tunnel actuel. L’impératif est au rassemblement derrière un changement de cap qui pourrait se préciser au fur et à mesure de coalitions. Ces textes, qui résument et poursuivent plus de quinze ans de réflexions des multiples acteurs de la revue Multitudes, ne représentent qu’une infime partie des chantiers à envisager et à engager ensemble. Pour reprendre l’expression de Swift, voici donc nos modestes propositions, pour que notre futur ne soit pas javellisé. Et devienne jubilatoire.

  Depuis quelques mois, la proposition d’instaurer un revenu universel d’existence a le vent en poupe. Tout revenu universel n’est pas souhaitable. Pour initier une nouvelle donne sociale et politique, ce revenu doit être suffisant et s’associer à une réforme fiscale, taxant tous les flux financiers et monétaires. Les sept caractéristiques d’un revenu universel 1. Un revenu […]

Ce sont nos structures actuelles de communication de masse qui donnent au « populisme » et au « terrorisme » leur pouvoir de nuisance. Plutôt que leur déclarer une « guerre » absurde, se lamenter de leur fatalité ou les dénoncer à renfort de moraline, pourquoi ne pas s’attaquer à ce qui les produit ? C’est-à-dire à la façon dont certaines structures […]

Soutenir et multiplier les lanceurs d’alertes

La société commence aujourd’hui à défendre les lanceurs d’alerte, mais avec quelle mollesse ! Car elle se méfie des salariés accusés de trahir leur entreprise ou de pratiquer la délation. Engageant contre eux des actions en justice quand ils donnent à leurs révélations une forme très visible, le patronat résiste à leur reconnaissance officielle – que la […]

La vie s’organise dans le quotidien par des relations sociales ordinaires et des liens faibles – liens d’échange, d’intérêt, de coopération et de voisinage dans l’espace public. Cela donne leur tonalité aux pratiques instituées de la politique. Car c’est dans ces territoires de vie qu’émergent les désirs et les revendications de droit, de liberté, de dignité […]

Reprendre le corps, raconter la ville

Avec les Jeux Olympiques de 2016, la ville de Rio de Janeiro semble avoir renouvelé des processus de colonisation aujourd’hui déguisés en « rénovation urbaine ». Celle-ci transforme la ville sans se soucier des profondeurs de son territoire ni des entrailles des corps qui l’ont habité ou l’habitent encore. L’une des parties les plus touchées par ce […]

Pour la première fois, l’assemblée générale de l’ONU sur la lutte contre les drogues qui s’est tenue en avril 2014 ne fait plus référence à la guerre à la drogue. Tel était pourtant l’objectif du programme de dix ans en cours jusqu’en 2019, mais le Mexique, la Colombie et le Guatemala étaient dans l’urgence. En 2012, […]

Racisme et terrorisme environnemental au Maranhão
Les provocations violentes des forestiers contre les autochtones se sont multipliées en 2010 sur la frontière orientale de la forêt amazonienne. Le gouvernement a envoyé la police et l’armée rétablir l’ordre en 2013. La mise sous tutelle politico-administrative des autochtones favorise la discrimination par l’ensemble des institutions. Fin 2015, l’élection d’un gouverneur de l’état communiste, donc développementiste, autorise la reprise des violences contre les autochtones et le redémarrage des feux de forêt. Plus que de développementisme, il faut parler de croissancisme, de passion de faire croître l’exploitation à toutes les échelles, notamment par de grands projets subordonnant l’action de l’État aux intérêts privés.

Racism and Environment Terrorism in Maranhão
Violent provocation by forest developers against native populations have significantly increased in 2010 on the East border of the Amazonian forest. The government sent the police and the army to restore order in 2013. The legal status granted to native population maintains them under political-administrative tutelage, which favors widespread discrimination. At the end of 2015; the election of a communist, hence developmentalist, governor has led to a new wave of violence against natives and to the start of new forest fires. More than developmentalism, one should speak of “growthism”, a furious passion to see exploitation grow at all levels, most notably through large scale project aligning State intervention with private interests.

Le développement régional détruit les territoires des peuples autochtones
Depuis les années 2000, la politique d’agriculture exportatrice remet en cause les droits reconnus aux autochtones par la Constitution brésilienne de 1988. De plus, le statut de l’Indien n’a pas changé depuis 1973, car les projets n’ont pas encore abouti. Pourtant les organisations autochtones se sont multipliées et maintiennent un niveau élevé de conflits. La démarcation des terres indigènes qu’elles continuent de revendiquer, conformément au statut de 1973, est remise en cause par les lenteurs de l’administration. Les ruralistes et les entrepreneurs tentent de criminaliser les autochtones qui cherchent à faire valoir leurs droits, et ceux qui les soutiennent.

How Regional Development Destroys the Land of native people
Since the years 2000, agricultural policies geared towards exports erode the rights granted to native people by the 1988 Brazilian Constitution. The status recognized to the Indians has not evolved since 1973, due to the failure of the projects elaborated to update it. Native political movements have nevertheless thrived and maintain a high degree of conflicts. The reclaiming of indigenous land, agreed by the 1973 status, is slowed down by the slow pace of administrative procedures. Developers attempt to criminalize native people when they claim to have their rights respected, as well as those who support them.

Une urgence pour une autre
L’ère du sursis

Le traitement des étrangers, migrants et demandeurs d’asile met en avant la notion d’urgence qui signifie concrètement mise en attente, à durée indéterminée. Ceux qui ont fui une situation autrement urgente sont soumis à ce qui apparaît une chronopolitique, un jeu sur l’assujettissement par les variations du temps. Les urgences propres aux migrants sont nouvelles par rapport à l’époque des migrations économiques ou contrôlées militairement, et vont augmenter avec le changement climatique. Elles ne coïncident pas nécessairement avec les urgences quantitatives et qualitatives des pays d’accueil.

One Emergency for Another
Towards an Era of Suspended-Sentencing

Our dealings with foreigners, migrants and asylum seekers rely on a feeling of emergency, which concretely translates into making people wait endlessly. Those who had to flee a much more dramatic emergency situation are subjected to a chronopolitical form of domination, based on variations in temporality. The type of emergencies specific to migrants are new compared with the past era of economic or military-controlled migrations, but they will increase as global climate change worsens. The emergencies are not in phase with the quantitative and qualitative emergencies of the hosting countries.

Le rêve mondial d’un univers urbain sans « bidonvilles »
Discours, mobilisations et mythe

Près de la moitié de la croissance urbaine, due à l’exode rural et aux migrations, se fait de façon informelle dans des « bidonvilles ». Alors qu’ils sont détruits dans les pays riches, ils sont réhabilités, « urbanisés », dans les pays du Sud, non sans déplacement des habitants comme le montre l’exemple du Maroc. Les opérations-phares cachent l’insuffisance des investissements dédiés et la poursuite des évictions, malgré les déclarations des sommets Habitat de l’ONU qui se succèdent depuis 1976. L’article souligne les inégalités de traitement entre ces quartiers selon les populations ciblées. La sécurisation foncière demandée par tous les acteurs pourrait être un préalable à la mise sur le marché ou à la mise en place d’un financement plus solidaire de l’urbain.

The Global Dream of a Slumless Urban Universe
Discourse, Mobilisations and Myths

About half of urban growth, due to movements from the countryside to towns and due to migrations, ends up in informal slums. While those are destroyed in wealthy countries, they are rehabilited and “urbanized” in the South, often by displacing populations, as illustrated by the example of Morocco. High-visibility operations fail to hide the lack of investments and the persistent policies of eviction, in spite of the official declarations periodically reiterated during UN Summits on Habitat since 1976. This article addresses the inequality of treatment between the neighborhoods, depending on the targeted populations. Real-estate securization demanded by all actors could be a first step towards the marketization of housing or towards the establishment of more socially-oriented forms of financing.

  Commençons par la fin. Il n’y a pas eu de « coup d’état » au Brésil, mais une glasnost qui entraîne un début d’implosion du consortium politique qui gouvernait et gouverne le pays : un cartel maffieux de grandes entreprises privées et étatiques, composé par quelques dizaines de « patrons » publics et privés. Évidemment, la corruption systémique n’est […]

La Turquie. Le régime tout puissant de Recep Tayyip Erdogan

Trois ans après l’écrasement violent par les forces de l’ordre du soulèvement populaire le plus important de l’histoire de la République turque, commencé au parc Gezi dans le centre-ville d’Istanbul, la situation démocratique en Turquie est plus que jamais préoccupante. Devenu en 2014 le premier président de la République élu au suffrage universel en Turquie, […]

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive
Financé par une taxe pollen

Le revenu d’existence sort du ghetto des utopies. Cet article formule sept caractéristiques qui doivent présider aux mises en œuvre de cette nouvelle base d’un système de protection sociale adéquat aux transformations de l’activité, du travail rétribué et de l’emploi salarié – trois notions qui ne se recouvrent que partiellement. Quelques principes peuvent servir de guide pour l’action : un montant bas ou même moyen du revenu de base en ferait volens nolens un auxiliaire d’une politique néolibérale ; un montant élevé qui supprime vraiment la pauvreté est la clé de l’acceptation sociale d’une telle réforme révolutionnaire auprès des principaux intéressés ; le financement du revenu de base serait au mieux assuré par l’instauration d’une taxe Pollen.

For a Basic Income of Contributive Pollinization
Financed by a Pollen Tax

The proposal for an unconditional basic income no longer sounds like a utopia. This paper spells out seven features to frame this new form of welfare adapted to the new conditions of economic activity and waged labor. The main guidelines are the following : a low level of basic income would make it a tool for neoliberal policies ; a high level would not only suppress poverty but would be the key to mak-ing it socially acceptable ; it would be best financed by a Pollen Tax on all financial transactions.

Imaginaires post-travail

La gauche devrait se mobiliser autour d’un consensus sur le post-travail. Cela lui permettrait de viser non seulement des gains appréciables – tels que la réduction de la corvée et de la pauvre-té – mais aussi la construction, chemin faisant, d’une puissance politique. Cela implique au moins trois revendications : l’automation aussi complète que possible, une réduction du temps de travail sans réduction des salaires et l’instauration d’un revenu de base universel.

Post-Work Imaginaries

The Left should mobilize around a post-work consensus. Our first demand is for a fully-automated economy. Our second demand is for reducing the length of the working week. Our third demand calls for the implementation of a universal basic income.

Le revenu universel et le revenu contributif

Pour Bernard Stiegler, le revenu universel d’existence est une condition de démarrage d’un processus de transformation bien plus vaste de notre économie à moyen et long terme. Mais ce revenu de base n’est pas suffisant en tant que tel, et peut même s’avérer dangereux si sa mise en place ne sert que de prétexte à l’uberisation intégrale de la société. Sortir d’une économie entropique, destructrice de l’environnement et de nos singularités, pour construire peu à peu une économie qu’il qualifie à l’inverse de « néguentropique », suppose non seulement un revenu d’existence, mais surtout un revenu contributif et l’extension progressive à toute la population de la possibilité d’accéder au régime des intermittents du spectacle.

Universal Basic Income and Contributive Income

For Bernard Stiegler, a Universal Basic Income (UBI) is a precondition to a much wider social trans-formation of our economies in the medium and long run. But the UBI is not sufficient in itself, and could even be dangerous if it paved the way for an overall Uberization of society. In order to get out of our entropic economy, destructive of our environment as well as of our singularities, we need not only a UBI, but a « contributive income » which would extend to the whole population the status of intermittence currently pioneered by French artists.

Du revenu de base maintenant au revenu de base souhaitable

S’il est difficile de lever à court terme les freins – avant tout géopolitiques – qui empêchent de mettre en œuvre un revenu de base d’un montant « élevé », il faudrait néanmoins commencer par mettre un œuvre un revenu de base, même d’un montant équivalent à l’actuel RSA. Cela doit et peut se faire dès maintenant. Cet article explique comment, étape par étape.

Universal Basic Income Now ! The First Steps

Even if many obstacles—including geopolitical—make it difficult to set a high level for the first implemen-tation of a basic universal income, we should nevertheless try and put it in place, even if it cannot be raised above the most basic level of the current RSA (minimum welfare). For a policy and budget for basic income can be initiated without delay. This article suggests how it can be done, step by step.

La réalité du revenu d’existence dans le Brésil post-Lula

Cet article vise à évaluer la portée des politiques sociales réellement existantes dans le Brésil de la période Lula, du point de vue du débat général sur le revenu d’existence. Soit deux questions : ces politiques sociales – notamment les transferts monétaires – ont-elles été pensées dans la perspective d’un revenu d’existence ? Le revenu d’existence pourrait-il fonctionner comme angle privilégié de réorganisation et d’intégration de ces politiques sociales ? L’histoire de Bolsa Família, instauré dans le Brésil de Lula, montre qu’il est d’origine néolibérale et que le véritable enjeu est d’appréhender les lignes de conflit qui séparent sa précaire existence empirique actuelle de sa constitution comme base d’une nouvelle démocratie.

The Realities of Basic Income Policies in Post-Lula Brazil

This paper evaluates the realities of the social policies set in place during under Lula govern-ments. It raises two questions about the implementation of the basic income scheme entitled Bolsa Familia : was is really devised as a form of basic income ? Could it provide leverage to a reorganization of social policies ? The study tends to show that Bolsa familia originated as a neoliberal reform and that the deeper stakes of its implementation raise the question of a depar-ture from its current form towards another conception of a new form of democracy.

Politique d’activation 2.0
Quelques notes sur l’expérience finlandaise d’un revenu de base

En 2015, le Premier ministre finlandais commandait une étude préliminaire sur l’introduction d’un revenu de base. Cet article présente ses résultats provisoires. Il analyse les diverses op-tions envisagées, les implications de l’introduction d’un revenu de base quant aux incitations ou désincitations à prendre un emploi, ainsi que les reconfigurations plus lointaines qu’une telle introduction entrainerait dans le fonctionnement des allocations sociales.

Activation Politics 2.0
The Finnish Experiment of Basic Income

In 2015, the Finnish Prime Minister launched a preliminary study towards the creation of a form of basic income. This paper presents its latest results. It analyzes the various options under con-sideration, their implications in terms of incentives or disincentives to accept waged labor, as well as the further consequences such an implementation would have on current welfare bene-fits.

Revenu universel
Le cas finlandais

Le cas finlandais est exemplaire sur les ambivalences du revenu universel. Il se voit défendu aussi bien par certains segments de la gauche que par certains courants de la droite – mais pour des raisons très différentes. Cette analyse suggère qu’il est le lieu d’un déplacement des luttes politiques vers un terrain d’avenir – qui sera tout aussi clivé qu’aujourd’hui. La question centrale pour se situer dans ce clivage repositionné est celle du montant envisagé pour le revenu universel.

Universal Basic Income
The Finnish Case

The Finnish case is exemplary insofar as the general idea is defended by the certain segments of both the right and the left—but on very different grounds. It should be read as a displacement of political conflicts on a new territory, where the old opposition will recompose. One thing is sure : the crucial issue is the level of income to be guaranteed.

Décomposition et recombinaison à l’âge de la précarité

Cet article analyse l’« automation cognitive », c’est-à-dire l’uniformisation des procédures de perception, d’imagination et d’énonciation. La transformation digitale de l’info-travail est une condition de la précarisation finale, et l’info-travail est ainsi le point d’arrivée d’un processus d’abstraction de l’activité humaine cognitive dé-singularisée et dé-corporalisée. Le temps dé-singularisé et la cognition dé-personnalisée sont les agents ultimes du processus de valorisation : ils ne tombent pas malades, n’ont pas de revendication syndicale ni de droit politique ; ils sont là, pulsatoires et disponibles, comme une étendue cérébrale jamais hors d’atteinte. Des cellules de temps productif pré-formaté peuvent ainsi être mobilisées et recombinées grâce à la sonnerie du smartphone, qui permet d’agencer le cerveau individuel selon les flux du réseau.

Decomposition and Recombination in the Age of Precariousness

This paper analyzes « cognitive automation », i.e., the uniformization of the processes of perception, imagination and enunciation. The digital transformation of info-labor is a condition of its final precarization, as info-work is the point of arrival of a process of abstraction of human cognitive activity, after it has been de-singularized and dis-embodied. De-singularized time and de-personalized cognition are the ultimate agents in the process of valorization : they never fall sick, do not resist through trade unions nor claim political rights ; they are there available, as a cerebral openness out of reach. Cells of pre-formatted productive time can be mobilized and recombined through the tone of a smartphone, re-assembling the individual brains according to the flows in the network.

Quelle souveraineté monétaire ?

Les grandes difficultés que rencontre aujourd’hui la politique européenne, aussi bien dans ses sommets institutionnels que dans les expériences des mouvements sociaux, sont liées principalement à une incapacité à affronter la crise en posant la nécessité de réformer le système monétaire dans une perspective bottom up. Cela devrait conduire 1) à s’interroger sur le sens de la souveraineté monétaire en Europe et 2) à comprendre ce que signifie « partir d’en bas » lorsqu’il s’agit d’instituer une monnaie. Pour affronter ces problèmes l’article retrace les différentes étapes qui ont mené de la crise financière américaine de 2007 à la crise européenne, en construisant un dialogue entre les thèses avancées par Christian Marazzi dans La Brutalité financière et les analyses produites par des économistes hétérodoxes français (A. Orléan, F. Chesnais, les économistes atterrés).

What Type of Monetary Sovereignty?

The current problems faced by European economic policies, as seen both in European summit and in social movements, result from an incapacity to reform the financial system through a bottom-up approach. This should lead to 1) questioning the meaning of European monetary sovereignty and to 2) understand what a “bottom-up” approach means in terms of monetary institutionalization. This paper discusses the recent financial events, from the subprime crisis in the USA to the European crisis, by confronting the propositions and analyses made by Christian Marazzi in his book on Financial Brutality, and by French heterodox economists like André Orléan, François Chesnais and the Économistes atterrés).