Archives du mot-clé science

Migrations, mondialisation

  Misère du monde ou misère des politiques migratoires ? Pour repousser une régularisation massive (de quelques dizaines de milliers de sans-papiers), Michel Rocard, loin d’être le plus bête ou le plus pusillanime des hommes politiques de la gauche française, avait lâché la célèbre bourde : « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. » Pourquoi une […]

La neutralité du Net n’a pas eu lieu

Le 14 décembre 2017, l’administration Trump frappe directement à la tête du marché de l’innovation numérique. La FCC (Federal Communication Commission) promulgue l’abrogation de la « neutralité du Net »1 et offre ainsi sans réserve aux Fournisseurs d’Accès à Internet (AT&T, Verizon, Sprint Nextel, Qwest etc.) une emprise sur le marché des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) […]

Hawad,
Le Mage des  déserts
Furigraphie
Ce texte sur la poésie de l’Amazigh (i.e. « berbère ») nigérien Hawad (Prix international Argana 2017 de la poésie, Maroc) dissémine, pour la reconfigurer, une épistémologie déterritorialisée des « extrémités de la douleur ». « La douleur d’être déplacés. Déplacés par la force dans le cas des Noirs d’Amérique. On les a arrachés à eux-mêmes. L’ogre, qui avait besoin de leur chair, les a amenés dans son centre, dans son cadre, pour bien les manger. C’est la même chose pour les nomades ». Les dits, les écrits et la peinture d’Hawad donnent à voir le degré atteint par la dépossession tous azimuts des puissances processuelles de la condition amazighe et, par ricochet, de l’Afrique actuelle et de ses diasporas. La poésie d’Hawad arrache les multitudes humaines dites « autochtones » ou « indigènes » à leur réduction « subalternisante ».

Hawad, The  Deserts’  Sorcerer
Furigraphie
This text about the poetry of the Amazigh Nigerian writer Hawad (who won the 2017 Argana International Prize for Poetry in Morrocco) disseminates a deterritorialized epistemology of “extreme pains”, in order to reconfigure reconfigure it. “The pain of being displaced. Displaced by violence in the case of African-Americans. They have been torn from themselves. The Oger, which needed their flesh, brought them to his center, into his frame, better to eat them.” Hawad’s words, writings and paintings display the high degree of disposession of the processual powers of the Amazigh condition, which can be extended to contemporary Africa at large, as well as to its diasporas. Hawad’s poetry pulls the so-called “indigeneous” human multitudes away from their reduction to mere “subalterns”.

Et si ce n’était même plus du capitalisme, mais quelque chose d’encore bien pire ?
Le capital a pensé trouver le moyen d’esquiver la confrontation avec les travailleurs en se fiant au vecteur d’information. La mondialisation, la désindustrialisation et la sous-traitance permettraient de s’affranchir du pouvoir dont disposaient les travailleurs pour bloquer les flux de la production. Il est temps, toutefois, de se demander si ce qui est apparu en plus et au-dessus du mode de production capitaliste ne serait pas quelque chose de qualitativement différent, qui se trouve en train de générer de nouvelles formes de domination de classe, de nouvelles formes d’extraction de plus-value, voire même de nouveaux types de formation de classe. De même que le capital a dominé la propriété foncière, subsumant son contrôle sur la terre dans une forme de propriété plus abstraite et fongible, de même la classe vectorialiste a subsumé et débordé le capital en s’appuyant sur une forme plus abstraite de valorisation.

What if this is not even capitalism any more, but something  worse?
Capital thought it found it by escaping from labor along the information vector. Globalization, deindustrialization, and outsourcing would enable it to be free from the power of labor to block the flows of production. We should now ask whether what has emerged, in addition to and on top of a capitalist mode of production, is something qualitatively different, but which generates new forms of class domination, new forms of the extraction of surplus, even new kinds of class formation. Just as capital came to dominate landed property, subsuming its control over land in a more abstract and fungible property form, so too the vectoralist class has subsumed and outflanked capital in a more abstract form.

La construction du  commun comme politique post‑ capitaliste
Aujourd’hui la planète est confrontée à l’absence de gestion de communs vitaux tels que l’air, le climat, l’eau. Il importe de construire des modalités collectives de gestion de ces communs, impliquant le maximum de parties prenantes. Pour cela, il faut sortir du capitalocentrisme, parallèle au phallocentrisme dénoncé par les féministes, pour lequel le commun serait engendré inévitablement par les contradictions du capitalisme. Il vaut mieux analyser la manière dont le commun se construit progressivement en mettant une ressource en commun quel que soit le régime de propriété. Trois exemples sont donnés : la qualité de l’air dans une ville australienne jouxtant une mine de charbon, où habitants et industriels ont reconnu peu à peu la nécessité de prévenir la pollution ; la menace sur la couche d’ozone qui a été conjurée à la fois par le Protocole de Montréal de 1985 et par une multitude d’actions en ce sens ; le développement des installations solaires domestiques par les citoyens australiens. À chaque fois une communauté d’acteurs s’est formée transversalement aux lignes de clivages de classe, et c’est une prolifération de ces communautés qui peut mettre l’énergie, l’atmosphère et d’autres ressources planétaires en commun. Il faudrait cependant que cette politique ait un nom, pour lequel l’article propose « La construction du commun ».

Commoning as a postcapitalist politics
Today the planet faces a genuine tragedy of the unmanaged “commons” (like air, climate, water). In this article, we explore how the process of commoning offers a politics for the Anthropocene. To reveal the political potential of commoning, however, we need to step outside of the capitalocentric ways that the commons have generally been understood, and that feminist thinkers have denounced as parallel to phallocentrism. We argue that commons can be conceived of as a process—commoning—that is applicable to any form of property, whether private, or state-owned, or open access. We turn to three examples from the past and the present that provide insights into ways of commoning the atmosphere (air quality in an Australian town, the international response to the threat on the ozone layer, the development of domestic solar energy by Australien citizens). We reveal how a politics of commoning has been enacted through assemblages comprised of social movements, technological advances, institutional arrangements and non-human “others.”

L’appropriation du capital fixe : une  métaphore ?
L’auteur revisite ici son intuition de base, qui renverse l’axiome central soumettant le travailleur au capitaliste du fait de la propriété exclusive dont bénéficie celui-ci sur les moyens de production (le capital fixe, l’usine, les machines). En parlant de « réappropriation du capital fixe » par le travailleur de l’âge des réseaux numériques, il précise ici qu’il ne s’agit pas d’une simple métaphore, mais bien d’un axiome véritablement transformateur de nos horizons socio-politiques.

The Appropriation of Fixed Capital: a  Metaphor?
The author revisits his basic intuition, which turns the central axiom of capitalism on its head: while, in the industrial mode of production, the worker used to be subjected to the capital-owner who held exclusive property of the means of production (the factory), cognitive capitalism has to face a new situation, wherein fixed capital takes the form the worker’s capacity, located in the worker’s body and mind. “Reappropriation” is not to be understood as a mere metaphor, but rather as an axiom of socio-political transformations.

L’hétéromation
La numérisation de l’économie –  comme de la vie quotidienne  – a transformé la division du travail entre humains et machines, versant beaucoup de gens dans du travail qui est à la fois caché, mal payé ou accepté comme incombant à « l’usager » de la technologie digitale. À travers clics, balayages, connexions, profils, emails et courriers, nous sommes les participants plus ou moins volontaires à des pratiques digitales dont la valeur profite à d’autres, mais peu ou pas à nous. Hamid Ekbia et Bonnie Nardi nomment hétéromation ce type de participation : l’extraction de valeur économique au moyen de travail pas cher ou gratuit caché sous des apparences d’automation algorithmique. Ils explorent ici les processus sociaux et technologiques par lesquels la valeur est extraite du travail numérisé.

Heteromation
The computerization of the economy—and everyday life—has transformed the division of labor between humans and machines, shifting many people into work that is hidden, poorly compensated, or accepted as part of being a “user” of digital technology. Through our clicks and swipes, logins and profiles, emails and posts, we are, more or less willingly, participating in digital activities that yield economic value to others but little or no return to us. Hamid Ekbia and Bonnie Nardi call this kind of participation—the extraction of economic value from low-cost or free labor in computer-mediated networks—“heteromation.”

L’hétérarchie de l’intellect général
Cet article élabore le problème de la structure de l’Intellect Général, dont la théorie se développe dans le mouvement intellectuel post-opéraiste. Synonyme de la capacité cognitive de la société, qui peut soit ouvrir la voie d’une libération, soit être exploité par le capitalisme, l’Intellect Général est à la fois une capacité de la société à analyser, à poser des objectifs et à produire, et un corps virtuel composé topologiquement par les connexions sociales entre « la multitude de singularités corporelles ». Ici l’Intellect Général est analysé comme une propriété de cette structure de connexion sociale, nommée comme l’hétérarchie. L’hétérarchie est un ensemble, dont les différentes parties se lient comme autant d’ensembles singuliers et contribuent à ses changements, sans pouvoir être réduites à un système de valeurs unique, transitif et cohérent. L’argument principal de cet article est que, si l’Intellect Général peut dénoter la capacité auto-organisationnelle de la société, il est impossible de l’identifier avec une organisation institutionnelle unique ou avec un régime politique cohérent et englobant.

The Heterarchy of the General Intellect
This paper explores the problem of the structure of General Intellect. Given as a synonym of the cognitive capacity of a society, a capacity which may either provide liberation from capitalism or be exploited by the capitalistic organisation of society, General Intellect is analyzed as a property of a social connection structure, named here as heterarchy. As a connection structure, heterarchy forms different kinds of singularities: aggregations made by statistical repetitions of relations and individual egos making values through their goal setting and other intellectual activity. The main argument of the article is that, though to some extent General Intellect may denote capacity for the self-organization of society, it is nevertheless difficult to identify it with only one particular institutional organisation or political regime. General Intellect appears in any type of social structuring through self-organizing processes.

Lignes de fuite du marronage
Le « lyannaj » ou l’esprit de la forêt
À la lumière de l’expérience historique du marronnage, des fuites et résistances créatrices des afro descendants dans les Amériques et les îles de l’Océan indien (Réunion, Maurice, etc.), ce texte tente de dégager les enjeux et les différentes dimensions de l’image-concept du « lyannaj » – une expression issue, à l’origine, du créole des Antilles françaises et du vocabulaire du travail esclave. Le modèle végétal de la liane apparaît ainsi comme une des matrices des cosmopolitiques amérindiennes et marronnes.

Leackage lines of the “marronage”
“Lyannaj” or the spirit of the forest
In light of the historical experience of “marronage”, of the leaks and creative resistances of afro descendants in the Americas and islands of the Indian Ocean (Réunion, Mauritius, etc.), this text tries to identify the stakes and different dimension of the concept-image of “lyannaj”—an expression originally derived from the “creole” of the French West Indies and the vocabulary of slave labor. The plant model of the creeper thus appears as one of the matrices of amerindian and “marron” cosmopolitics.

Design au Multitudocène
Suivre les lignes, suivre les luttes
Si le design, tout au long du XXe siècle, a stimulé la croissance industrielle avec des projets de développement qui suivaient des idéaux d’universalité, il semble vouloir s’orienter aujourd’hui vers les potentiels de croissance pluriverselle : face aux crises économiques mais aussi écologiques, résistances, résiliences et résurgences font partie des préoccupations et des pratiques des designers contemporains. Elles constituent ce temps de correspondances, de controverses et aussi, de conflits que l’on peut désigner par Multitudocène où suivre les lignes revient surtout à suivre les luttes locales et globales.

Design at the Multitudocene
Follow the lines, follow the struggles
If the design throughout the twentieth century stimulated industrial growth with development projects that followed the ideals of universality, it seems to be moving today towards the possibilities of a pluriversal growth: in the face of economic but also ecological crises, resistance, resilience and resurgence are among the concerns and practices of contemporary designers. They constitute this time of correspondences, of controversies and, also, of conflicts which one can designate by Multitudocene and where to follow the lines means to follow the local and global struggles.

Le travail des lignes

Le travail des lignes
Cet article est à la fois l’aboutissement de quelques lignes de réflexion sur la mondialisation et l’ébauche encore précaire d’un projet plus ambitieux de recherche sur le travail des lignes. La question centrale est celle du travail des lignes. Dans une première partie on discute les lignes mobilisées par Carl Schmitt pour saisir le nomos de la terre. À partir des lignes du souverain, on déplace l’attention sur les lignes non étatiques dessinées par la liberté des mers et la liberté des commerces maritimes. Cela nous amène aux lignes mouvantes de déterritorialisation et de reterritorialisation pour appréhender le nomos obscur qui perce toute sorte de murs, un désert qui se propage à l’intérieur du nomos dominant. Pour terminer, on revient sur les dynamiques de la globalisation pour mettre en son centre non plus les océans d’eaux, mais le novissimo nomos de la terre déterritorialisée qui gouverne les océans d’argent. Les lignes de ce novissimo nomos se dessinent entre l’émergence incontournable de la Chine et le rythme des algorithmes.

The labour of lines
This article is both the culmination of some lines of reflection on globalization and the still precarious draft of a more ambitious project of research on the labour of the lines. The central question is that of the labour of the lines. In a first part we discuss the lines mobilized by Carl Schmitt to seize the nomos of the earth. From the lines of the sovereign, attention is shifted to the non-state lines drawn by the freedom of the seas and the freedom of the maritime trades. This brings us to the moving lines of deterritorialization and reterritorialization to apprehend the obscure nomos that pierces all kinds of walls, a desert that spreads within the dominant nomos. Finally, we return to the dynamics of globalization to put in its center no longer the oceans of waters but the novissimo nomos of the deterritorialized land which governs the oceans of money. The lines of this novissimo nomos are drawn between the inevitable emergence of China and the rythm of the algorithms.

Il faut danser, en dansant
Essai de fabulation spéculative
En cherchant à suivre la vie des lignes, et en les considérant comme des processus de correspondence (Tim Inglod), cet article propose de tisser ces lignes avec quelques autres lancées par Donna Haraway et Isabelle Stengers. Dessins, peintures, films et animations sont quelques-unes des façons avec lesquelles est tentée une anthropologie graphique ou une anthropologie « à travers le design », selon Ingold. Dans cet essai de fabulation spéculative, qui prend appui sur l’œuvre d’Ilana Paterman Brasil et sa rencontre avec Maria Eni Moreira, membre d’un terreiro dans la zone nord de Rio, les lignes sont abordées comme des alliances ou des pratiques de correspondance. L’artiste articule art, design, cinéma, animation et observation participante pour animer les danses traditionnelles de candomblé. Avec ce travail, les auteures revendiquent la possibilité de réaliser d’autres modes de recherche en design, en lien avec l’anthropologie mais aussi en lien avec celles et ceux que l’université a tenu à mettre de côté et oublier.

It is necessary to dance, while dancing
Essay of speculative fabulation
By following the life of lines and considering them, like Tim Ingold, as practices of correspondence, this article proposes to weave these lines with a few others, launched by Donna Haraway and Isabelle Stengers. Drawings, paintings, films and animations are some of the means by which is rehearsed a graphic anthropology or anthropology “by means of design”, as proposed by Ingold. In this essay of speculative fabulation, taking as a starting point the work of Ilana Paterman Brasil and her meeting with Maria Eni Moreira, a member of a “terreiro” at the north suburnban area of Rio, line are considered as alliances or practices of correspondence. The artist articulates art, design, film, motion graphics and participant observation to animate traditional dances of candomblé. Within this work, the authors reclaim the necessity to experiment other means for design research, with both anthropology and those who the university aims to move away and forget.

L’Afrique, autrement
Dépasser la crise
Bien que la crise soit clairement définie par une conjoncture historique bien précise (guerre, récession, famine) – ou par un moment de bifurcation dans l’histoire – elle est devenue depuis trois décennies déjà la condition ontologique du continent africain, son état permanent. Peut-on parler d’un état de crise sur le long terme ? Comment penser l’Afrique autrement que sous le signe de la crise ? C’est la question centrale de cet article. Au lieu d’argumenter « contre » la crise, l’auteur prône une pratique du concept de crise, qui veut explorer les potentialités d’ouverture – ou de fermeture – que la crise contient.

Africa, otherwise
Beyond Crisis
Although crisis typically refers to a historical conjuncture (war, economic recession, famine) – or to a moment in history, a turning point – it has been taken to be the defining characteristic of teh african continent for some three decades now. Can on speak of a state of enduring crisis ? How can one think “think” Africa otherwise that under the sign of crisis ? This is the central question of this essay. Instead of arguing “against” crisis, the author commends a practice of the concept of crisis. Therefore, we can better understand how the terme enables and forcloses various kinds of questions.

Précarité africaine
Pour une généalogie et une critique
La norme du travail salarié à plein temps n’a jamais réussi à s’imposer en Afrique, pas plus que l’éthique du consumérisme fondée sur l’épargne à long terme. Elle sert pourtant de référence aux projections économiques des leaders nationalistes et aux gouvernements postcoloniaux, ainsi qu’aux politiques d’ajustement structurel de la Banque Mondiale. Il en résulte un maintien des modalités d’exploitation coloniale et une incapacité à proposer une vision de l’économie originale, fondée sur les réalités du continent. La précarité représente de ce point de vue une modalité de résistance, une fuite potentiellement émancipatrice. Cependant, la récente théorisation de la précarité en Europe échoue à proposer un modèle alternatif parce qu’elle s’ancre dans l’impératif du travail. Seuls les discours religieux autorisent d’autres représentations et ils sont dès lors largement mobilisés en Afrique.

African Precariousness
For a Genealogy and a Critique
The norm of full-time wage labor never imposed itself on Africa, nor did a consumer esthics based on long-term savings. It remains nevertheless as the main reference within economic projections of African political leaders, postcolonial governments and structural adjustment policies promoted by the World Bank. The result is a continuation of colonial modes of exploitation and an incapacity to envisage a vision of economics truthful to African realities. Precariousness can thus be seen as a mode of resistance, a potentially emancipatory line of flight. However, the European theorizations of precariousness fail to propose a truly alternative model, since they hang on to the imperative of wage labor. Only religious discourses foster alternative representations, and they are massively mobilized in Africa.

Chronorigami
De l’art de plier le temps selon des formes libératrices
Cette contribution documente le développement de cabinets de curiosités médiales et d’ateliers d’archéologie des media permettant leur exploration. Ces derniers ont été conçus dans le but de créer une expérience temporelle complexe envisagée comme génératrice de « chronorigamis ». Après une description des modalités de conception de ces différents dispositifs, nous portons la réflexion sur la portée pédagogique de ce travail à travers l’étude des expérimentations réalisées en milieu éducatif. 

Chronorigami
An Art of Folding Time Along Emancipating Forms
This paper documents the development of cabinets of media curiosities and workshops of media archaeology that encourage their exploration. The latter have been designed in order to create a complex temporal experience considered as a generator of “chronorigamis”. After a description of the modalities of conception of these workshops, the paper concentrates on the pedagogical scope of this work through a study of several experimentations done in educational contexts.

L’intermédiation algorithmique, pourquoi maintenant ?
L’adoption des technologies numériques accroît la densité du réseau de communication entre humains, appareils et institutions. Le numérique contribue à l’émergence de nouvelles temporalités et de nouveaux modes d’organisation, facilitant les échanges directs entre acteurs ainsi qu’une utilisation frugale des ressources. Cette transformation est contemporaine de la fin de l’abondance, avec des ressources naturelles essentielles qui deviennent rares. Est-ce une coïncidence? Dans les écosystèmes naturels, la pénurie des ressources favorise la reproduction sexuée, augmentant ainsi la complexité du réseau d’interactions, faisant écho aux interdépendances croissantes du monde numérique. La rareté des ressources pourrait-elle favoriser la montée en puissance des plateformes numériques, dans une boucle de rétroaction positive.

Algorithmic Intermediation, why now ?
The adoption of digital technologies increases the density of the communication network between humans, machines and institutions. The digital contributes to the emergence of new temporalities and new modes of organization, facilitating direct exchanges between actors and a potentially frugal use of resources. This transformation is contemporary with the end of abundance, with essential natural resources becoming scarce. Is this a coincidence? In natural ecosystems, scarcity of resources promotes sexual reproduction, thus increasing the complexity of the network of interactions, echoing the growing interdependencies of the digital world. Could scarcity of resources support the rise of digital platforms in a positive feedback loop?

De la douceur musicale comme faux positif du présentisme contemporain

De la douceur musicale comme faux positif du présentisme contemporain
Il y a 100 ans, le présentisme futuriste des avant-gardes en appelait au bruitisme pour incorporer les sons urbains dans l’art des sons. Aujourd’hui, le présentisme catastrophiste prescrit de la musique douce à titre de soulagement survivaliste. Les vieilles berceuses trouvent une seconde utilité, mais l’aimable retoucherie esthétique réduit la musique à ses vertus anxiolytiques. Mais plus les bienfaits sonores promettent de boucler les belles détentes de l’esprit, plus ils laissent impensés les potentiels critiques qu’une dilatation perceptive des durées pourrait occasionner. Faute d’espoir plus solide, l’article se termine par un paradoxe sur l’hypothèse d’une hypnose libertarienne.

Soft music as a false positive of contemporary presentism
100 years ago, the futurist form of presentism cultivated by the avant-gardes hoped for bruitism to incorporate urban noises in the art of sound. Today a catastrophist form of presentism orders soothing music to relax survivalist anxieties. Old nursery rimes are offered a second life, reducing music to psychotherapy. But the more relaxing benefits are found in sounds, the less one reflects upon the critical potentials of the perceptual dilatation made possible by musical time. In guise of hope, the paper concludes on a paradoxical hypothesis about libertarian hypnosis.

  « Si t’es festivalier et que le meilleur groupe de la journée, c’est un groupe de rappeurs trisomiques, ça te met une claque qui bouscule profondément tes représentations du handicap1 », argumente Antoine Capet, qui sous-entend une deuxième gifle : et ce constat bouleverse tout autant ta vision de la musique … Antoine Capet et son compère David […]

Les involontaires de la patrie
À rebours des politiques indigénistes, ce manifeste appelle à la résistance/rexistence de tous les indigènes du Brésil, qu’ils soient indiens ou non, de tous les pauvres et opprimés natifs de cette terre qui en ont été lentement et sûrement dépossédés par l’État pour en faire des « citoyens » assujetis, exploités, surveillés, assistés. Car pour l’auteur, appartenir à la terre au lieu d’en être propriétaire est ce qui définit l’indigène. Alors, le processus de brésilianisation, qui a commencé par la « désindinisation » des Indiens, n’a eu de cesse de séparer tous les indigènes de leur relation organique à la terre, le sol d’un baraquement de favela ou le jardin d’une arrière-cour, pour en faire des travailleurs ou des soldats. C’est pourquoi la lutte des Indiens est celle de tous les indigènes brésiliens, qu’ils soient pauvres, blancs, noirs, métis, LGBT ou femmes.

The Un-Volunteers of the Fatherland
To the opposite of indigenist politics, this manifesto calls for the resistance/rexistence of all indigenous people living in Brazil, Indian or not, of all the poor and oppressed natives who have been dispossessed of this land by the State, so that they would become submissive « citizens », exploited, watched-over, assisted. According to the author, being indigenous means belonging to a place, rather than owning it. The process of Brazilianization, which started with the dis-indianization of Indians, has persistently separated the indigenous from their relation to their territory, from the floor of their favela shack or from the garden of their backyard, in order to tranform them into workers and soldiers. That is why the Indians’ struggle is the struggle of all of Brazil’s indigenous people, whether they are white, black, mixed-blood, LGBT or women.

Plus simple que d’élaborer une « politicité » du temps, il s’agit aujourd’hui, de plus en plus, d’élaborer des méthodes de défenestrations temporelles. L’avenir – cette idée si souvent travaillée par une promesse pour asseoir en l’air une fuite en avant – a été confisqué au point d’apparaître réfrigérée par autant de comptes-temps. Au lieu de subir des rythmes […]

L’avenir est un champ de bataille
Réflexion sur une forme spécifique de conflictualité sociale
Cette contribution, à l’interface de la sociologie et de la philosophie politique, s’interroge sur le type de conflictualité sociale dont le temps, et plus particulièrement l’imagination du futur, peut être l’opérateur. Nous vivons, en effet, à une époque de remise en cause radicale, dans l’ordre de la pensée et de la pratique conflictuelle, du slogan tant philosophique que politique TINA (There Is No Alternative). Or une telle remise en cause, dont Nuit debout est une manifestation organique, en ce qu’il a conduit des milliers de citoyens ordinaires à s’interroger sur le type de futur démocratique dont ils voulaient être les acteurs, a sa propre histoire. Cet article en ponctue quelques jalons, entre la philosophie (Bloch, Benjamin) et la sociologie (Elias), en montrant en quoi cette archéologie du « possible » permet de comprendre les usages contestataires du temps qui ont vu le jour sur la Place de la République entre avril et juillet 2016.

The Future is a Battlefield
Reflection on a Specific Form of Conflictuality
This contribution, at the interface of sociology and political philosophy, questions the type of social conflictuality revolving around time, and more particularly around the imagination of the future. We live, indeed, in a age of radical questioning of the philosophical and political slogan “There is no alternative”. But such a questioning – of which Nuit debout was an organic manifestation, inofar as it led thousands of ordinary citizens to put into question the type of democratic future of which they wanted to be the actors – has its own history. This article revisits some milestones of this history, between philosophy (Bloch, Benjamin) and sociology (Elias), showing how this archeology of the “possible” helps to understand the contesting uses of time that have come to light on the Place de la République between April and July 2016.

Les politiques publiques locales à l’épreuve des disjonctions temporelles
Cette contribution analyse le décalage croissant entre la montée des désynchronisations temporelles en France et la faible prise en compte de ce phénomène au sein des politiques publiques locales. Quelques données statistiques soulignent l’aggravation des inégalités entre individus pour maîtriser les rythmes individuels et collectifs engendrés par l’accélération des activités professionnelles et personnelles. L’article analyse ce décalage sous deux angles : d’une part, une insuffisante prise en compte des « espaces-temps » dilatés par le monde politique ; d’autre part, une insuffisante prise en compte des propositions des citoyens qui, en s’appuyant sur leurs capacités d’articulation des usages quotidiens de leurs territoires, peuvent enrichir des politiques locales en s’appuyant sur des interfaces tels que les Bureaux des Temps.

Local Public Policies Put to the Test of Temporal Disjunctions
This paper analyzes the increasing discrepancy between the higher levels of desynchronization observed across France and the insufficient responses to this phenomenon at the level of local public policies. Statistical data stress the worsening of inequalities when dealing with the collective and individual rhythms generated by the acceleration of professional and personal activities. The paper analyzes this discrepancy from two points of view : first, an insufficient taking into account of the dilated “spaces-times” on the part of political agents ; then, the insufficient taking into account of propositions made by the people themselves who based on their daily use of their territory, can improve local policies with interfaces such as the Offices of Time.

Politisation du temps à l’ère de l’instabilité
L’accélération de l’instabilité du monde est patente. Elle concerne aussi bien la désorganisation croissante des échelles du vivant, la raréfaction des ressources, la numérisation de nos moyens et conditions d’existences, un nouvel âge géologique communément dit « Anthropocène » – quelque critique soit l’emploi de ce terme qui convertit l’approche chronotopique en stade paradigmatique, millénariste, alors que la manière dont nous voyons le monde, nous mêlons à lui, est déjà le signe d’une hybridation entre technosphère et biosphère. Cet essai porte sur les manières de répondre aux instabilités dans un monde qui semble s’être accéléré, mais qui s’est avant tout pluralisé. Cependant, cette pluralité ne doit pas faire oublier la destruction accélérée des mondes sociaux-environnementaux, et la grande difficulté de la construction de résistances.

The Politization of Time in the Age of Instability
The acceleration of the instability of the world is obvious. It concerns the increasing disorganization of life-scales, the scarcity of resources, the digitization of our means and conditions of existence, a new geological age commonly known as the “Anthropocene”, a problematic term which converts the chronotopic approach in a paradigmatic, millenarian stage, whereas the way we see the world and mingle with it is already the sign of a hybridization between technosphere and biosphere. This essay focuses on various ways to respond to instabilities in a world that seems to have accelerated, but which has become more pluralistic. However, this plurality must not blind us to the accelerated destruction of the social-environmental worlds, nor to the great difficulty of the construction of resistances.

Économie & discordance des temps
La transition post-socialiste en Europe centrale & orientale
La transformation post-socialiste en Europe centrale et orientale au cours des années 1990 et 2000 a été l’enjeu d’une lutte des temps, qui recoupe sans s’y limiter les clivages théoriques en sciences économiques. Cet article présente les deux conceptions du temps et du changement de système qui ont eu des conséquences très concrètes pour les populations de ces pays à travers les programmes de réforme adoptés. Il souligne les limites de l’idéologie économique dominante et appelle à ne pas négliger la dimension institutionnelle des phénomènes économiques et la mémoire des compromis passés qu’elle représente.

The Economy and the Disjunctions of Time
The Post-Socialist Transition in Central and Eastern Europe
The post-socialist transformation in Central and Eastern Europe in the 1990s and the 2000s revealed two opposite visions of time that mirror the main theoretical divides in economics. This article presents these conflicting views of time and the system change which have entailed very practical consequences for the populations in these countries through the adopted reform programs. It emphasizes the limits of the mainstream ideology in economics and calls for an analysis that takes explicitly into consideration the institutional dimension of economic phenomena which embodies the memory of past compromises.

Le pouvoir des formatages à l’heure de la balconisation
Entretien avec Joël Vacheron
Cet entretien permet à Constant Dullaart de préciser sa définition de la « balconisation » et de commenter son intervention sur les logiciels de Facebook et d’Instagram ainsi que dans les racines idéologiques du logiciel Photoshop (à travers son œuvre Jennifer in Paradise). Comment des pratiques indissociablement artistiques et activistes peuvent-elles court-circuiter ce qui court-circuite nos attentions ?

The Power of Formating in the Age of Balconization
An Interview with Joël Vacheron
In this interview Constant Dullaart discusses his definition of “balconization” and comments his interventions on Facebook and Instagram, as well as the ideological roots of Photoshop (staged by his work entitled Jennifer in Paradise). How can artistic and activist practices short-circuit what short-circuits our attentions?

Travail d’édition & écriture algorithmique
Entretien avec Nicolas Nova
Silvio Lorusso met en place des protocoles éditoriaux qui prennent à rebrousse-poil les logiques fluides permettant aux plateformes de s’infiltrer dans nos désirs et nos comportements. Il en présente quelques exemples dans cet entretien, tout en réfléchissant sur les enjeux plus généraux de ce type d’intervention médiartiviste.

Algorithmic Writing and Editing
An Interview with Nicolas Nova
Silvio Lorusso elaborates editorial protocols that run against the grain of the fluid logics that allow platforms to infiltrate our desires and behaviors. He presents some of them in this interview, while discussing the wider stakes of such mediartivist interventions.

Vers une politique du dividualisme

Vers une politique du dividualisme
L’individu de la gouvernance néolibérale mérite d’être envisagé comme un « dividuel » secoué par les rassemblements turbulents de tendances hétérogènes, divisé entre elles dans sa relation à soi. Du fait des urgences et des surcharges attentionnelles auxquelles il est soumis, l’intuition se substitue souvent chez lui au choix réfléchi et délibéré. C’est à des dividuels que s’adressent les techniques de priming (amorçage) par lesquelles les logiques néolibérales restructurent nos comportements. Comment parvenir à y identifier un contre-ontopouvoir immanent ? Comment en faire émerger une politique du dividualisme ? C’est dans une catalyse activiste qu’il faut reconnaître aujourd’hui un art affectif de la politique.

Towards a Politics of Dividualism
The individual produced by neoliberal governance ought to be identified as a “dividual”, set in tensions by a turbulence of heterogeneous tendencies, divided between them in his relation to himself. Because of the emergency and attentional overload to which he is exposed, intuition often substitutes for deliberate choice. Techniques of priming are addressed to such dividuals, in their attempt to restructure our behaviors along neoliberal injunctions. How can one identify immanent forms of counter-ontopower in such a situation? How can one help the emergence of a politics of dividualism? An activist catalysis may pave the way for an affective art of politics.

Le projet de cette mineure est multiple. Tout d’abord, il s’agit, dans une tension entre passé, présent et futur, de mettre en évidence, dans tout son dynamisme, le rapport à la terre des populations kanak. Relever leurs modalités propres d’existence à travers le temps et l’espace permettra de considérer les mutations de cette population avec […]

La Nouvelle-Calédonie fantôme
La Nouvelle-Calédonie se présente comme un territoire hétérogène marqué par le déploiement de contre-emplacements disciplinaires tels que le bagne, la réserve et la mine. Le présent article entend retrouver, à travers la formation de ces hétérotopies, ce qui module les identités, corrélativement au rapport à la terre, par le jeu insidieux des normes disciplinaires et régulatrices. Par-delà l’ethnologie qui s’attache à rendre compte de la primitivité du peuple kanak, on propose ici une mise à plat des préjugés, en revenant à la formation des identités colonisées. Le kanak n’est pas le contemporain de l’européen. C’est là une asymétrie temporelle qui s’apparie à une asymétrie spatiale pour dominer un peuple d’insoumis et lui prêter les traits du sauvage et du délinquant. Ce peuple et son territoire n’ont pas à être émancipés par la voie de la « modernisation » : ils appartiennent au présent et à l’avenir, n’en déplaise à ses détracteurs.

Ghostly New Caledonia
New Caledonia is a heterogeneous territory haunted by disciplinary counter-spaces like the penal colony, the reservation and the mine. This article attempts to retrieve, through such heterotopias, that which modulates identities, in correlation with the land, through the insidious play of disciplinary and regulating norms. An ethnological approach of the “primitiveness” of the Kanak people fights prejudices by revisiting colonized identities. The Kanak is not contemporaneous of the European. This temporary asymmetry parallels a spatial asymmetry staged to dominate this unsubjugated people in order to portray it as savage and delinquent. This people and its territory do not need to be emancipated by modernization; they belong to the present and the past, like it or not.

Existe-t-il des territoires kanak ?
Depuis plusieurs décennies, la relation fusionnelle des Kanaks avec leur terre ancestrale a été mise en lumière par les sciences humaines. Mais s’agit-il pour autant de territoires, définis d’un point de vue occidental comme des espaces agis, appropriés et délimités par des frontières ? Dans la culture et les langues kanak, le terme de territoire n’existe pas selon cette acception. De la période pré-coloniale, où ils étaient apparentés à un réseau de lieux, de chemins et de géosymboles, jusqu’à la période coloniale, où l’administration a voulu les transformer en réserves, les territoires kanak ont subi de profondes recompositions, qui rendent nécessaires de nouveaux outils conceptuels : ceux de territorialité et de territorialisation.

Are There Such Things as Kanak Territories ?
Social sciences have studied for many decades the fusional relation Kanak people maintain with their ancestral land. But is it really accurate to talk about “territories”, in the Western definition of spaces structured, appropriated and limited by borders ? In the Kanak culture and languages, there is no word to designate territories according to this definition. From the pre-colonial period, when they were perceived as networks of places, paths and geosymbols, to the colonial times, where the Western administration attempted to transform them into reservations, Kanak territories have gone through major recompositions, which call for new concepts, like territoriality and territorialization.