Archives du mot-clé simondon

Habiter l’inséparation
Nous sommes désormais entrés dans l’ontologie de l’inséparation. Un mouvement de fond nous a fait passer d’un univers humaniste composé d’entités séparables à un réel inséparé où tous les phénomènes devenus globalisés sont liés a priori (et non a posteriori), en intra-relation de co-évolution et de co-dépendance. Notre monde élabore une nouvelle condition d’existence, d’où la figure de l’Autre a disparu. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Là n’est pas la question. Cela est.

Dwelling in Inseparation
We have entered the ontology of inseparation. A deep and inescapable movement is pushing us from a humanist universe made of separable entities towards an unseparated real, where all phenomena are globalized and tied together a priori (rather than a posteriori), in intra-relations of co-evolution and co-dependence. Our world is giving birth to a new condition of existence, from which the figure of the Other has disappeared. Is it a good thing? A bad thing? That is not the question. The point is that we are unseparated, like it or not.

Inséparer

Inséparer
« Nous sommes embarqués », certainement ; le tout est de savoir comment. On peut bien invoquer une condition commune, qui est celle des habitants d’une planète exposée aux risques de transformations soudaines. Mais cela ne nous autorise pas à dire que cette condition est celle de l’inséparation. Ce qu’il y a d’inséparé entre les êtres est toujours localisé. Il correspond à ce que Gilbert Simondon appelle le « transindividuel ». L’inséparé, qui existe localement entre quelques êtres, est l’enjeu d’un travail dialectique – un travail d’inséparation. Un travail qui se reconnaît à ceci qu’il permet d’abriter l’expérience d’un temps commun. L’existence même du temps commun est l’enjeu essentiel de la politique aujourd’hui, et la condition d’une action à la mesure de la situation. Car ce qu’impose avant tout l’ennemi aujourd’hui, c’est bien une certaine forme du temps, qu’il s’agit de briser.

Inseparating
“We are all onboard the same ship”, certainly. The problem is to understand how. One can of course refer to a common condition, that of dwellers of a planet exposed to threats of sudden transformations. But this does not authorize us to claim that this condition is one of inseparation. What is inseparated among beings is always localized. It corresponds to what Gilbert Simondon called the “transindividual”. The inseparated which exists locally between beings is a matter of dialectic work—a work of inseparation. This work is characterized by its capacity to provide a space for experiencing a common time. The existence of such a common time is crucially at stake in what we call « politics » today, it is the precondition to acting in face of a certain situation. For what is imposed by our enemy today is first and foremost a certain form of time, which needs to be broken.

L’appropriation du capital fixe : une  métaphore ?
L’auteur revisite ici son intuition de base, qui renverse l’axiome central soumettant le travailleur au capitaliste du fait de la propriété exclusive dont bénéficie celui-ci sur les moyens de production (le capital fixe, l’usine, les machines). En parlant de « réappropriation du capital fixe » par le travailleur de l’âge des réseaux numériques, il précise ici qu’il ne s’agit pas d’une simple métaphore, mais bien d’un axiome véritablement transformateur de nos horizons socio-politiques.

The Appropriation of Fixed Capital: a  Metaphor?
The author revisits his basic intuition, which turns the central axiom of capitalism on its head: while, in the industrial mode of production, the worker used to be subjected to the capital-owner who held exclusive property of the means of production (the factory), cognitive capitalism has to face a new situation, wherein fixed capital takes the form the worker’s capacity, located in the worker’s body and mind. “Reappropriation” is not to be understood as a mere metaphor, but rather as an axiom of socio-political transformations.

Vers une politique du dividualisme

Vers une politique du dividualisme
L’individu de la gouvernance néolibérale mérite d’être envisagé comme un « dividuel » secoué par les rassemblements turbulents de tendances hétérogènes, divisé entre elles dans sa relation à soi. Du fait des urgences et des surcharges attentionnelles auxquelles il est soumis, l’intuition se substitue souvent chez lui au choix réfléchi et délibéré. C’est à des dividuels que s’adressent les techniques de priming (amorçage) par lesquelles les logiques néolibérales restructurent nos comportements. Comment parvenir à y identifier un contre-ontopouvoir immanent ? Comment en faire émerger une politique du dividualisme ? C’est dans une catalyse activiste qu’il faut reconnaître aujourd’hui un art affectif de la politique.

Towards a Politics of Dividualism
The individual produced by neoliberal governance ought to be identified as a “dividual”, set in tensions by a turbulence of heterogeneous tendencies, divided between them in his relation to himself. Because of the emergency and attentional overload to which he is exposed, intuition often substitutes for deliberate choice. Techniques of priming are addressed to such dividuals, in their attempt to restructure our behaviors along neoliberal injunctions. How can one identify immanent forms of counter-ontopower in such a situation? How can one help the emergence of a politics of dividualism? An activist catalysis may pave the way for an affective art of politics.

Debout avec la terre
Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones
De plus en plus de mouvements activistes luttant contre la destruction des milieux de vie, notamment par les industries extractives qui précipitent les transformations climatiques et empoisonnent les eaux et l’air, cherchent des alliances et des sources d’inspiration auprès de peuples autochtones, tels les Aborigènes d’Australie, qui n’ont pas la même vision de la Terre que celle consistant à nier la nature sous prétexte qu’elle aurait succombé aux technologies humaines. Il est proposé ici de répondre à la réduction des ontologies en anthropologie par une « slow anthropology » qui soit « Debout avec la terre », fondée sur une expérience de terrain écosophiquement inspirée des visions et de la créativité des peuples autochtones et de leurs alliés en passant par la SF selon Haraway, Stengers et Meillassoux.

Standing with the Earth
Aboriginal Cosmopolitics and Autochthon Solidarities
More and more activist movements struggling against the destruction of their living environments – especially because of the extractive industries that accelerate the climate change and poison the water and the air, – look for alliance and inspiration in the autochthon people, such as the Aborigines of Australia, whose vision of the Earth is not to deny nature on the pretext that it would have succumbed to human technologies. This article proposes to respond to the reduction of ontologies in anthropology with a “slow anthropology” that would be “standing with the Earth”, a slow anthropology based on a field experience, ecosophically inspired by visions and creativity of the autochthon people and of their allies, and by the Science Fiction according to Haraway, Stengers and Meillassoux.

La question de la technoécologie
Si la nature surgit comme problème ou comme ressource de l’activité technique, c’est qu’elle vient du dehors de la communauté technique qui tisse ses réseaux en relation avec elle. La nature est refus d’être portée complètement à la lumière. La technique s’articule à la nature par la reconnaissance des formes et leur invention permanente. C’est cette inventivité de la nature et de la technique que l’écologie devrait protéger et évaluer par rapport à la capacité de créer des liens productifs entre communautés techniques.

The Techno-Ecological Question
If nature emerges as a problem or as a resource for technical activity, it is because it comes from the outside of the technical community who weaves its networks in relation with it. Nature refuses to be fully exposed to the light of reason. Technicity articulates itself to nature through the recognition of forms and through their permanent reinvention. Ecology should protect and valorize this inventiveness of nature and technicity through its capacity to generate productive links between technical communities.

Sensibilité, imagination, techno-esthétique

À partir d’une lecture de Kant et d’une analyse de quelques expériences de nos interactions avec la réalité matérielle, cet article développe une pensée de l’aisthesis qui précise la nature de la différence entre les perceptions qui nous viennent à travers des médiations techniques (au-jourd’hui numériques) et les perceptions que nous avons des formes qui constituent notre envi-ronnement présentiel. Sans aucune technophobie, il aide à comprendre en quoi l’autoréférentialité de la représentation ne cesse de croître en même temps que nos percep-tions sont de plus en plus filtrées par des médiations numériques.

Sensibility, imagination, techno-aesthetics

Starting from a reading of Kant’s aesthetics and from the analysis of a few forms of interaction with material reality, this article develops a theory of the aesthesis which helps to pin down the difference between the perceptions we draw from technical images (now digital) and those we draw from our unmediated interactions with our present environment. Without any technophobia, it explains how the self-referentiality of our representations tends to increase as our perceptions are increasingly filtered by digital mediations.

Subjectivités computationnelles et consciences appareillées

Cet article revient sur la notion de « subjectivité computationnelle » formulée par David M. Berry visant à développer une approche critique des technologies numériques. Afin de comprendre les implications philosophiques d’un tel rapprochement entre « subjectivation » et « computation », nous revenons tout d’abord, via Leibniz et Hannah Arendt, sur l’émergence des sciences modernes qui visent à faire du « sujet » classique une entité calculante. Nous voyons ensuite comment les sciences « comportementales » ont influencé la conception des ordinateurs en substituant à la raison humaine des modélisations rationnelles déléguées à des machines. Pour sortir de l’impasse d’une déshumanisation annoncée dès la fin des années 1970 par des auteurs comme Ivan Illich ou Gilles Deleuze, nous envisageons enfin la « subjectivation » comme un processus qui ne nécessite pas qu’il y ait sujet. Le concept d’« appareil », tel que le propose Pierre-Damien Huyghe à propos de la photographie et du cinéma, peut ainsi être étendu aux machines computationnelles pour penser de possibles « consciences appareillées ».

Computational Subjectivities and Apparatus-Consciousness

In continuation with David M. Berry’s considerations on “computational subjectivities”, this paper goes back to the emergence of modern science, via Leibniz to Arendt, questioning the attempt to see the classical “subject” as a calculating machine. After behaviorism had greatly influenced computer science, after Ivan Illich or Gilles Deleuze’s redefinition of the subject, we can now envisage processes of subjectivation without a subject. The concept of apparatus, as theorized by Pierre-Damien Huyghe’s analysis of the photographic camera, can be extended to computation and help us conceive of “apparatus-consciousness”.

L’algorithmique a ses comportements que le comportement ne connaît pas

La présente contribution cherche à reconceptualiser certains enjeux fondamentaux du machine-learning en problématisant la question du « comportement » à l’aune de la théorie du cycle de l’image de Gilbert Simondon. En prenant au sérieux les positions théoriques et les ambitions techniques dans le domaine des algorithmes auto-apprenants, nous proposons de rendre compte de certaines transformations de l’algorithmique en la qualifiant de deux idéaux-types : mécanique et comportementale. Sans suggérer une quelconque opposition binaire, nous proposons plutôt de voir ces deux pôles comme des structurations successives, des phases d’existence qui transforment la nature du problème à résoudre, qui opèrent un passage de structure en structure. À la suite de Simondon, ce passage est requalifié de transductif, de façon à esquisser une image du comportement appelant une réinvention de nos cadres politiques et éthiques. Et si la question était : quel est le collectif qui advient, et que nous désirons voir advenir, quand nous nous comportons avec des algorithmes ?

Algorithms Have Reasons Behavior Ignores

The present contribution seeks to reconsider some of the fundamental stakes underlying machine-learning. The question of « behavior » will be problematized in light of Gilbert Simondon’s theory of the image cycle. By taking theoretical positions and technical ambi-tions in the field of machine-learning seriously, we suggest to frame the transformations of algorithmics in terms of two ideal-types: mechanical and behavioral. While taking care to avoid any binary opposition, we treat these two poles as successive structurations, phases of existence that transform the nature of the problem to be resolved, that operate a passage from one structure to another. Following Simondon, we qualify this passage as transductive so as to sketch an image of behavior that calls for a reinventing of our political and ethical frameworks. What if the question were: what collective is eventuated, or do we wish to eventuate, when we behave with algorithms?

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du Tiers-Langage

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du tiers langage

La «Guerre des Demoiselles » éclate en Ariège au début du XIXe siècle en réaction à la disparition des droits d’usage ancestraux qui fondaient l’habitabilité du territoire et la survie de ses habitants. Bien qu’elle emprunte de façon générale certains aspects de la guérilla, nous verrons que cette rébellion se signale aussi par le déploiement d’un langage symbolique et poétique qui à la fois « habite » et « hante » son milieu, montrant la consubstantialité et la mise en crise simultanée du prosaïque et du poétique, de l’habitat et du discours.

The Demoiselles’ War or the Insurrection of the Third Language

1829 saw the start of one of the eeriest peasant revolts in French modern history, “the Demoiselles’War”, a mountain guerilla aimed at earning back ancestral land rights. However, the rebellion is also characterized by the deployment of a fantastic and poetical language across the landscape, marking a shift from habitation to haunting as well as the simultaneous crisis of the prosaic and the poetical, of habitation and discourse.

Sortir de l’anthropocène

L’Anthropocène est un « Entropocène », c’est-à-dire une période de production massive d’entropie précisément en cela que les savoirs ayant été liquidés et automatisés, ce ne sont plus des savoirs, mais des systèmes fermés, c’est-à-dire entropiques. Le nouveau critère de redistribution qu’il s’agit de mettre en œuvre dans l’économie du Néguanthropocène doit être fondé sur une capacité de désautomatisation qu’il faut ressusciter.

Exiting the Anthropocene

The anthropocene should be written “entropocene”, i.e., a period of mass production of entropy due to the fact that many fields of knowledge have been abolished and liquidated : they no longer belong to human knowledge, but offer closed systems of automatic reactions, which, as such, present high levels of entropy. The new criterion of redistribution needed in our age of Neguanthropocene must be based on our capacity to disautomatize and resuscitate a whole range of human operations.

Inconscient technologique et connaissances positionnelles

Cet article donne une première description de notre « inconscient technologique », terme qui désigne les formes basiques de positionnement et de juxtapositionnement qui rendent possible la « structure atomique » de base de la vie contemporaine en Amérique du Nord et en Europe. Il montre comment, au cours des dernières années, la mise en pratique de ces grilles de repérage ont évolué au fil d’une standardisation considérable de nos espaces, standardisation qui a conduit graduellement à la cristallisation d’un nouveau type d’inconscient technologique. L’article analyse l’émergence de quelques-uns des appareils à travers lesquels cet « inconscient technologique » structure aujourd’hui notre expérience du quotidien : l’adressage postal, le code-barres, la carte SIM, la puce RFID.

The Technological Unconscious

This paper provides a description and preliminary analysis of the current “technological unconscious”. I use this term to signify the basic forms of positioning and juxtapositioning which make up the basic “atomic structure” of contemporary Euro-American life. I argue that in recent years the practice of these templates has been changing as a full-blown standardisation of space has taken hold. This standardisation is gradually leading to the crystallisation of a new kind of technological unconscious. I further argue that the traces of this new kind of unconscious are taking hold in social theory as well, leading to the assumption of a quite different event horizon which can be thought of as a different kind of materiality.

La lutte des réfugiés
Entre droit de fuite et droit de rester
Les migrations se font maintenant plutôt vers les pays du Sud, refuges de 80 % des demandeurs d’asile. 4 % des Brésiliens sont étrangers, ce qui est faible du fait d’une législation défavorable élaborée pendant la dictature. Les immigrants viennent de Colombie et du Congo, après être venus d’Angola. Ces derniers se sont établis dans le quartier le plus pauvre de Rio. Malgré leur pauvreté, les étrangers participent par leur désir de changement à la nouvelle multitude locale.

Refugees’ struggles
Between a right to flee and a right to stay
Migrations mostly take place between countries from the South, where 80 % of asylum seekers are currently located. Only 4 % of the Brazilian population are foreigners, coming from Colombia and Congo, after earlier waves from Angola, who have settled in the poorest neighborhood in Rio. In spite of their poverty, these foreigners often play a more active political role in their new multitude than in their home country.

À travers une lecture de deux textes peu connus de Félix Guattari, l’article vise à montrer les points de convergence qui existent entre le projet écosophique qu’il était en train de développer à la fin de sa vie et les enjeux contemporains du design. Un nouveau design («  mineur ») devrait aspirer à produire des «  artefacts-interfaces » resingularisés et resingularisants, lieux d’une hétérogenèse qui associe éléments naturels et culturels, subjectifs et techniques. Une fois sorti de son «  ère paléolithique », le design pourrait ainsi devenir (selon Guattari) un «  art majeur » de l’écosophie.

Design and ecosophy

By reading two little-known texts by Felix Guattari this paper aims to show the converging points which exist between the ecosophical paradigm that Guattari was developing at the end of his life and contemporary issues of design. A new kind of “minor” design should aspire to produce resingularized and resingularizing “artefacts-interfaces”, locations of heterogenesis connecting natural and cultural, subjective and technical elements. Once design escapes from its “paleolithic era”, it could therefore become (according to Guattari) a “major art” of ecosophy.

Les nouvelles technologies ont été mises à la disposition du public dans des espaces publics de statuts divers où des individus passionnés ont partagé leurs connaissances sans poser de conditions préalables avec ceux que cela intéressait. Ont émergé ainsi de nouveaux lieux d’apprentissage et de travail en commun. Cette dynamique est étudiée ici dans le cas exemplaire du Comptoir numérique à Saint-Étienne. Il reste à banaliser le vocabulaire de ces expérimentations pour les rendre complètement accessibles.

Democratizing
« third spaces »
New technologies are now accessible to everyone in public spaces of all kinds where individuals driven by their passion happily share their knowledge without prerequisite with anyone interested. Hence new spaces for learning and practicing as communities have blossomed. This dynamics is exposed here through the study case of the “Comptoir Numérique” in Saint-Étienne. What remains to be done is to simplify the vocabulary used in these experiences to make them fully accessible to everyone.

De quoi parlons-nous à travers les références actuellement omniprésentes à « la crise » ? Et surtout : de quoi ne parlons-nous pas quand nous parlons de « la crise » ? Multitudes a ouvert ses pages à des auteurs très divers pour esquisser quelques réponses, qui figurent ici sous la forme d’un abécédaire : une suite d’entrées plus ou moins brèves qui visent à prendre […]

Notre rapport aux technologies médiatiques ne nous met pas tant en présence de nouveaux objets que de nouveaux environnements. C’est donc à partir d’une écologie générale qu’il nous faut tenter de comprendre les médias, nouveaux et anciens. Les réflexions de Félix Guattari, Gilbert Simondon, mais aussi l’agentivité environnementale de Mark Hansen ou la « struction » de Jean-Luc Nancy sont convoqués ici comme autant de pistes fécondes en direction d’une techno-écologie du sens.

The New Ecological Paradigm
Our relations with media technologies does not so much expose us to new objects, but rather to new environments. We therefore need a general ecology in order to understand media, new and old. Félix Guattari, Gilbert Simondon, Mark Hansen and Jean-Luc Nancy are discussed here, among others, in order to pave the way for a techno-ecology of meaning.

Qu’est-ce aujourd’hui qu’un collectif ? Telle est peut-être la question des questions qui se pose à notre époque. Sociologues et théoriciens de la politique y réfléchissent bien entendu depuis des siècles, mais elle devient de plus en plus urgente au fur et à mesure que nos modes d’interaction et d’interdépendance se complexifient, s’intensifient et se […]

Entretien d’Isabelle Stengers avec Frédéric NeyratCet entretien tente de situer les pratiques de désobéissance civile dans le cadre de la « barbarie qui vient », du rapport à l’Etat et à la notion de progrès, et de la prise en considération politique de l’« intrusion de Gaïa ».

Dreaming the Dark is just undo his opposition to the Light

This interview attempts to place the practice of civil disobedience in the context of the « barbarism to come » related to the state and the notion of progress, and taking into account policy of « invasion of Gaia. »

Aux puf : Deleuze L’empirisme transcendantal

Par Anne SauvagnarguesAnne Sauvagnargues, Deleuze. L’empirisme transcendantal, PUF, coll. Philosophie d’aujourd’hui, 2010. ISBN : 978-2-13-056708-0, 29 €. Une spectroscopie de la pensée de Deleuze, depuis ses premières monographies d’histoire de la philosophie (Nietzsche, Kant, Bergson, Spinoza, Simondon) jusqu’à son premier maître livre, Différence et Répétition (1968). Deleuze plonge la critique kantienne transcendantale dans le bain […]

Éric Sadin évoque au cours d’un entretien en deux parties, l’apparition récente et historiquement inédite d’un « bouillon de culture » favorable à l’instauration et à l’intensification progressive de techniques dressées en vue de pénétrer les comportements. Il décrit ce composé comme étant formé – 1/d’une architecture technologique sophistiquée – 2/d’un environnement géopolitique instable qui situe désormais la collecte de données comme le socle stratégique décisif – 3/d’une science marketing qui ambitionne de deviner en amont les désirs des consommateurs grâce à l’analyse des traces numériques disséminées par nos actions quotidiennes. La portée des incidences anthropologiques, politiques, sociales, juridiques, induites par cette « maille globale » est explorée dans la spécificité de chacune de ces dimensions autant que dans leurs complexes interactions.

The New Paradigm of Surveillance and Big Brother does not Exist (although He’s Everywhere)

In an interview in two parts, Éric Sadin analyzes the new conditions which make possible the intensification of various techniques devoted to the penetration of our behaviors. These conditions are 1) a sophisticated technological architecture, 2) a geopolitical environment which provides the collection of data with crucial strategic stakes, and 3) marketing techniques which track, compute and guess consumer behaviors. The anthropological, political, social and judicial implications of this tracking, computing and guessing are countless.

Contre l’hégémonie de Google Cultivons l’anarchisme des connaissances

Dans cet échange, Karlessi, membre du groupe Ippolita, souligne l’existence d’une face obscure de Google qui, à l’aide de « cookies », parvient à créer une technique de plus en plus fine de profilage des internautes. Cette somme d’informations se constitue afin de permettre la mise en relation de l’individu avec une publicité de mieux en mieux ciblée. Cette technique de saisissement de l’internaute s’accompagne aussi d’un appauvrissement des formes d’investigation de ce dernier, de plus en plus soumis au moteur de recherche et à son hégémonie sur le Net. C’est la raison pour laquelle la démarche collective d’Ippolita propose de sortir de la passivité vis-à-vis de la technologie et d’inventer d’autres formes de relation à la technique, ainsi qu’entre les êtres. Les « scookies » sont ainsi une de leurs propositions pour brouiller les pistes de ce fichage par Google, en permettant aux internautes d’échanger leurs « cookies ». Démarche tournée vers une quête : celle de faire de nous tous des poètes !

let’s promote Knowledge Anarchism
In this conversation, Karlessi, a member of the group Ippolita discusses the darker face of Google, which, with the help of cookies, finds ever finer ways to profile Internet users. The information is gathered in order to allow for a close match between advertisement and the individual targeted. This leads to an impoverishment of research in the Net, increasingly submitted to the hegemony of a single search engine. For this reason, Ippolita proposes a new form of agency through the use of « scookies », which allow Internet users to exchange their cookies and erase all the traces that allow Google to profile them. Ultimately, the intention is to make a poet out of each one of us !

Google ne nous est pas indispensable comme le frigidaire et l’eau courante. Impossible de le ramener à ce statut commode d’objet de consommation ou de service quotidien, et ainsi de le tenir à distance. Comme les réseaux sociaux, ce réseau des réseaux cognitifs s’immisce dans notre perception, dans notre ordonnancement des mots, des concepts, dans la visibilité de tout, dans notre mesure de toutes choses. Au-delà de son discours missionnaire, le meilleur allié de Google est la formation d’un nouveau type de travailleur de la connaissance, de cyber-sentant, de cyber-patient ou de cyber-réseaunnant (comme raison, réseau et résonnance). La force hégémonique de Google ne relève pas de la coercition (de son monopole ou de sa position dominante), mais de la captation de ce mode de constitution de nos subjectivités dont le moteur de recherche devient certes, le medium, puis en deuxième temps la matrice de média.

Can we do without Google ?
Google is not as essential as a refrigerator or running water. Yet, we are unable to downsize it to that convenient status of object of consumption or everyday service, and thus keep it at a safe distance. Same as social networks, this network of knowledge networks interferes in our perception, our arranging of words and concepts, in the visibility of eveyting, in our measure of all things. Besides its missionary discourse, the best ally of Google is the formation of a new type of knwledge worker, of cyber-feeling, cyber-patient or cyber-réseaunnant (from « reseau » -network- and resonance). The hegemonic power of Google is not the coercion (its monopoly or dominant position), but its coopting of our subjectivities, for which the search engine is indeed the medium, and in a second phase the matrix of media.

Commander les anciens numéros

Il est possible d’acquérir les précédents numéros de Multitudes jusqu’au n°25 inclus auprès de « Diffusion Populaire » qui gère la vente des anciens numéros. Au delà du n°25 le stock est géré par DIfpop-Pollen Diffusion. Par carte de crédit : _ 1) Accéder au site de Diffusion-Populaire : http://www.pollen-difpop.com/ _ 2) Entrer dans la […]

Petit à petit, Guattari a forgé un ensemble d’outils à même de soutenir chacun dans son désir d’échapper à l’injonction capitaliste, en s’appuyant sur ses passions, sur les actions auxquelles il participe, sur les universaux culturels qu’il reconnaît, et sur les flux libérés à la surface de la terre par l’aventure humaine. Le sujet, mis à distance de l’impuissance que la centralité de son moi engendrait, développe sa réflexion et la capacité d’action dans une infinité de situations différentes. Ces outils viennent de la psychothérapie institutionnelle et de la psychosociologie dans un premier temps ; puis Guattari se tourne vers des sémiotiques non limitées par l’effondrement des « lieux de parole », sensible depuis 1975 ; enfin il invente les « cartographies schizoanalytiques » et jette les bases de l’« écosophie ».

Guattari has progressively designed a set of tools capable of helping everyone escape from capitalist injunctions, finding support in affects, in participative action, in cultural universals and in the flows freed by the human adventure on the surface of the planet. The subject, distanced from the powerlessness generated by a central ego, develops her reflection and agency in infinitely diverse situations. He drew such tools, first, from institutional psychotherapy and psycho-sociology, later, from a form of semiotics not limited by the collapse of the « loci of speech », which finally led him to invent schizo-analytic mappings and to prepare the ground for « ecosophy ».

Peau neuve Pour sa 34ème livraison, Multitudes fait peau neuve. Après la maquette dessinée par Aris Papathéodorou prolongée par Nadège Mazars (les 10 premiers numéros), et celle de Jean-Marie Courant (numéros 10 à 24) prolongée par Myriam Barchechat, c’est donc à un nouveau graphiste que nous faisons appel. Un remerciement particulier va ici à Jean-Marie […]

Leviathan Toth, la contre-“installation” que Ernesto Neto a suspendue aux voûtes du Panthéon à l’automne 2006 n’exploite pas l’espace de ce lieu de mémoire national pour s’exposer («art environnemental»). Il affronte toutes ses coordonnées physiques, esthétiques, politiques, métaphysiques, pour s’en prendre à l’Art de la représentation dont le frontispice du Léviathan montrait, au dire même de Hobbes, le rôle constitutif-constitutionnel pour la République. Mettant en scène une manière de Critique et Clinique de la Représentation dans toutes les acceptions du terme à partir du court-circuit (qui est aussi le circuit le plus court) entre politique et esthétique, l’Opération-Neto vise à la dés-organisation expansive de la multitude vivant sous le régime «démocratique» de la représentation contractuelle dont le Panthéon est le temple. Elle donne corps à la perversion rhizomatique-bioénergétique de l’Image de l’État-Machine, de la Forme-État, en projetant un nouveau type de réalité, infra- et supra-organique, qui tire son «énergie» des forces de la multitudo dissoluta (Hobbes) dont elle propose une radicale re-composition vitale. Cette œuvre/non-œuvre qui relève d’un constructivisme politico-esthétique brésilien que l’on s’attache à redéfinir, ne peut dès lors faire l’«objet» que d’une pratique de déplacement incorporante et constituante du spectateur-participant.

Leviathan-Toth, Ernesto Neto’s anti/counter-installation which could be seen hanging from the vaults of the Panthéon in autumn 2006 does not seek to exploit this national memorial as a space in which to stand as an exhibition (environmental art). It responds to all of its surrounding factors – physical, aesthetic, political, and metaphysical, to attack the representative art whose constitutive-constitutional role in the republic, according to Hobbes, can be seen in Leviathan’s frontispiece. Setting up a sort of Critique et Clinique of Representation in all senses of the term beginning with the short-circuit (which is also the shortest circuit) between politics and aesthetics, Neto’s operation sets its sights on the expansive dis- organisation of the multitude living under the «democratic» regime of contractual representation of which the Panthéon is the temple. It provides a body for the rhizomatic-bioenergetic perversion of the Image of the State-Machine, of the Form-State, by projecting a new infra and supra-organic type of reality which draws its «energy» from the forces of the multitudo dissoluta (Hobbes) whose radical and vital recomposition it advocates. This work or non-work, derived from a Brazilian political-aesthetic constructivism which is undergoing redefinition, can now only take place in the context of a practice of displacement which incorporates and is constituted of the spectator-participant.

L’immersion est une disponibilité, une plongée et, en cas d’inattention, une noyade. Il s’agit de percevoir un certain espace-temps fortuit ou produit, une disposition à la fois individuelle et collective pour la création de situations de résistance aux paradigmes environnementaux, politiques et sociaux contemporains. Les performances d’immersion sont des dispositifs qui suscitent des nouvelles formes de faire politique et d’exister dans le monde. Les performances-événements «Interférence MST / Sida», «Multimédia Libre», «Folie.com» et «Eroticomia» ont constitué un réseau d’immersions au Brésil dont les auteurs analysent ici certains aspects communs.

Immersion is an availability, a submersion, a diving and, in case of distraction/inattention, a downright drowning. It is about perceiving a certain fortuitous or yielded space-time, an either individual or collective tendency in order to create situations of resistance to environmental, political and social contemporaries paradigms. The creation of new network combinations in space-time immersing are devices that spark new forms of politics making as well as new ways to be in the world. The events «Interference STD/AIDS», «Multimédia Free», «Folie.com» and «Eroticomia» have put together a network of immersing in a Brazil about which we try here to analyze certain common aspects.

Cet article est la traduction de la seconde partie de l’essai : «Il mostro politico. Nuda vita e potenza», publié dans Desiderio del mostro. Dal circo al laboratorio alla politica, U. Fadini, A. Negri, C. T. Wolfe (dir.), Rome, Manifestolibri, 2001. Dans ce texte l’auteur développe sa critique du concept de «vie nue» de Giorgio Agamben. Si l’on accepte, en effet, la rhétorique de la vie nue, on est forcement prisonnier d’une vision hobbesienne du monde. Au contraire, l’ontologie spinoziste de la puissance (potentia) montre le caractère monstrueux de la multitude, sa force collective, sa productivité, qui se donne seulement dans et par la résistance à l’Empire.

This article is the translation from Italian of the second part of the essay « Il mostro politico. Nuda vita e potenza », published in U. Fadini, A. Negri, C. T. Wolfe (a cura di), Desiderio del mostro. Dal circo al laboratorio alla politica, Manifestolibri, Roma 2001. In this text the author develops his critique of Agamben’s concept of bare life from a Spinozist point of view. To accept the rhetoric of bare life is to contain political discourse within the limits of an Hobbesian view of the world. In opposition, the Spinozist ontology of power (potentia) shows the monstrous character of the multitude, its collective force, its productivity, which only exists in and through the resistence to the Empire.

Le phénomène désormais irréversible de la mondialisation soulève sans cesse de nouvelles questions auxquelles on fournit souvent des réponses partielles et inadéquates. Que faire face à la rapidité et la violence avec lesquelles la finance globale gouverne et détermine la vie de milliards d’individus ? Comment répondre d’une manière efficace et active aux nouveaux modes […]