Archives du mot-clé sociologie

Hawad,
Le Mage des  déserts
Furigraphie
Ce texte sur la poésie de l’Amazigh (i.e. « berbère ») nigérien Hawad (Prix international Argana 2017 de la poésie, Maroc) dissémine, pour la reconfigurer, une épistémologie déterritorialisée des « extrémités de la douleur ». « La douleur d’être déplacés. Déplacés par la force dans le cas des Noirs d’Amérique. On les a arrachés à eux-mêmes. L’ogre, qui avait besoin de leur chair, les a amenés dans son centre, dans son cadre, pour bien les manger. C’est la même chose pour les nomades ». Les dits, les écrits et la peinture d’Hawad donnent à voir le degré atteint par la dépossession tous azimuts des puissances processuelles de la condition amazighe et, par ricochet, de l’Afrique actuelle et de ses diasporas. La poésie d’Hawad arrache les multitudes humaines dites « autochtones » ou « indigènes » à leur réduction « subalternisante ».

Hawad, The  Deserts’  Sorcerer
Furigraphie
This text about the poetry of the Amazigh Nigerian writer Hawad (who won the 2017 Argana International Prize for Poetry in Morrocco) disseminates a deterritorialized epistemology of “extreme pains”, in order to reconfigure reconfigure it. “The pain of being displaced. Displaced by violence in the case of African-Americans. They have been torn from themselves. The Oger, which needed their flesh, brought them to his center, into his frame, better to eat them.” Hawad’s words, writings and paintings display the high degree of disposession of the processual powers of the Amazigh condition, which can be extended to contemporary Africa at large, as well as to its diasporas. Hawad’s poetry pulls the so-called “indigeneous” human multitudes away from their reduction to mere “subalterns”.

L’hétérarchie de l’intellect général
Cet article élabore le problème de la structure de l’Intellect Général, dont la théorie se développe dans le mouvement intellectuel post-opéraiste. Synonyme de la capacité cognitive de la société, qui peut soit ouvrir la voie d’une libération, soit être exploité par le capitalisme, l’Intellect Général est à la fois une capacité de la société à analyser, à poser des objectifs et à produire, et un corps virtuel composé topologiquement par les connexions sociales entre « la multitude de singularités corporelles ». Ici l’Intellect Général est analysé comme une propriété de cette structure de connexion sociale, nommée comme l’hétérarchie. L’hétérarchie est un ensemble, dont les différentes parties se lient comme autant d’ensembles singuliers et contribuent à ses changements, sans pouvoir être réduites à un système de valeurs unique, transitif et cohérent. L’argument principal de cet article est que, si l’Intellect Général peut dénoter la capacité auto-organisationnelle de la société, il est impossible de l’identifier avec une organisation institutionnelle unique ou avec un régime politique cohérent et englobant.

The Heterarchy of the General Intellect
This paper explores the problem of the structure of General Intellect. Given as a synonym of the cognitive capacity of a society, a capacity which may either provide liberation from capitalism or be exploited by the capitalistic organisation of society, General Intellect is analyzed as a property of a social connection structure, named here as heterarchy. As a connection structure, heterarchy forms different kinds of singularities: aggregations made by statistical repetitions of relations and individual egos making values through their goal setting and other intellectual activity. The main argument of the article is that, though to some extent General Intellect may denote capacity for the self-organization of society, it is nevertheless difficult to identify it with only one particular institutional organisation or political regime. General Intellect appears in any type of social structuring through self-organizing processes.

Design au Multitudocène
Suivre les lignes, suivre les luttes
Si le design, tout au long du XXe siècle, a stimulé la croissance industrielle avec des projets de développement qui suivaient des idéaux d’universalité, il semble vouloir s’orienter aujourd’hui vers les potentiels de croissance pluriverselle : face aux crises économiques mais aussi écologiques, résistances, résiliences et résurgences font partie des préoccupations et des pratiques des designers contemporains. Elles constituent ce temps de correspondances, de controverses et aussi, de conflits que l’on peut désigner par Multitudocène où suivre les lignes revient surtout à suivre les luttes locales et globales.

Design at the Multitudocene
Follow the lines, follow the struggles
If the design throughout the twentieth century stimulated industrial growth with development projects that followed the ideals of universality, it seems to be moving today towards the possibilities of a pluriversal growth: in the face of economic but also ecological crises, resistance, resilience and resurgence are among the concerns and practices of contemporary designers. They constitute this time of correspondences, of controversies and, also, of conflicts which one can designate by Multitudocene and where to follow the lines means to follow the local and global struggles.

Précarité africaine
Pour une généalogie et une critique
La norme du travail salarié à plein temps n’a jamais réussi à s’imposer en Afrique, pas plus que l’éthique du consumérisme fondée sur l’épargne à long terme. Elle sert pourtant de référence aux projections économiques des leaders nationalistes et aux gouvernements postcoloniaux, ainsi qu’aux politiques d’ajustement structurel de la Banque Mondiale. Il en résulte un maintien des modalités d’exploitation coloniale et une incapacité à proposer une vision de l’économie originale, fondée sur les réalités du continent. La précarité représente de ce point de vue une modalité de résistance, une fuite potentiellement émancipatrice. Cependant, la récente théorisation de la précarité en Europe échoue à proposer un modèle alternatif parce qu’elle s’ancre dans l’impératif du travail. Seuls les discours religieux autorisent d’autres représentations et ils sont dès lors largement mobilisés en Afrique.

African Precariousness
For a Genealogy and a Critique
The norm of full-time wage labor never imposed itself on Africa, nor did a consumer esthics based on long-term savings. It remains nevertheless as the main reference within economic projections of African political leaders, postcolonial governments and structural adjustment policies promoted by the World Bank. The result is a continuation of colonial modes of exploitation and an incapacity to envisage a vision of economics truthful to African realities. Precariousness can thus be seen as a mode of resistance, a potentially emancipatory line of flight. However, the European theorizations of precariousness fail to propose a truly alternative model, since they hang on to the imperative of wage labor. Only religious discourses foster alternative representations, and they are massively mobilized in Africa.

L’avenir est un champ de bataille
Réflexion sur une forme spécifique de conflictualité sociale
Cette contribution, à l’interface de la sociologie et de la philosophie politique, s’interroge sur le type de conflictualité sociale dont le temps, et plus particulièrement l’imagination du futur, peut être l’opérateur. Nous vivons, en effet, à une époque de remise en cause radicale, dans l’ordre de la pensée et de la pratique conflictuelle, du slogan tant philosophique que politique TINA (There Is No Alternative). Or une telle remise en cause, dont Nuit debout est une manifestation organique, en ce qu’il a conduit des milliers de citoyens ordinaires à s’interroger sur le type de futur démocratique dont ils voulaient être les acteurs, a sa propre histoire. Cet article en ponctue quelques jalons, entre la philosophie (Bloch, Benjamin) et la sociologie (Elias), en montrant en quoi cette archéologie du « possible » permet de comprendre les usages contestataires du temps qui ont vu le jour sur la Place de la République entre avril et juillet 2016.

The Future is a Battlefield
Reflection on a Specific Form of Conflictuality
This contribution, at the interface of sociology and political philosophy, questions the type of social conflictuality revolving around time, and more particularly around the imagination of the future. We live, indeed, in a age of radical questioning of the philosophical and political slogan “There is no alternative”. But such a questioning – of which Nuit debout was an organic manifestation, inofar as it led thousands of ordinary citizens to put into question the type of democratic future of which they wanted to be the actors – has its own history. This article revisits some milestones of this history, between philosophy (Bloch, Benjamin) and sociology (Elias), showing how this archeology of the “possible” helps to understand the contesting uses of time that have come to light on the Place de la République between April and July 2016.

Politiser la jeunesse kanak
Au-delà d’une tradition calédonienne de boycott électoral, la jeunesse kanak délaisse un droit de vote chèrement acquis pour une sorte d’indifférence politique. Peut-on interpréter cette dépolitisation comme une rébellion, une fatigue démocratique face au recul permanent de la date du référendum ? Ou n’est-ce pas, plus fondamentalement, le signe de l’entrée de cette jeunesse dans la « modernité », mêlant individualité et rejet des tactiques politiciennes ? Quoi qu’il en soit, la reconquête citoyenne de cette frange de la population est, pour le mouvement indépendantiste, primordiale. Elle ne pourra se faire que par l’offre d’un projet de société et de perspectives crédibles d’insertion professionnelle ou de « reconnexion » à la terre.

Mobilizing the Kanak Youth
Beyond a tradition of electoral boycott, the Kanak youth looks away when voting time comes. Should this be interpreted as a form of rebellion, as democratic fatigue due to the constant pushing back of the date of the independence referendum, or as the sign of an entrance in “modernity”, in a mix of individualism and rejection of the politicians’ antics ? Reconquering this segment of the population is a crucial objective for the independentist movement. This can only be achieved by providing a credible project of society as well as new perspectives in terms of employment and “reconnection” to the land.

Prendre la mesure du renoncement négocié
L’injonction numérique conduit à un renoncement au cœur duquel des négociations se déploient. La dialectique du renoncement négocié ouvre sur une recherche critique sur les usages numériques visant à cerner les enjeux des stratégies de l’ordre informationnel et communicationnel.

The Stakes of Negotiated Renunciation
The dialectic of negotiated renunciation opens to a critical research on digital uses, under injunction, aimed to identify the stakes of the strategies of the informational and communicational order.

Un nouveau printemps pour l’écoféminisme ?
Convergence des luttes ! Ce mot d’ordre résonne de plus en plus fort chez les résistants au « système ». Mais pourquoi l’écoféminisme, qui justement travaille depuis quarante ans à cette convergence en déployant expériences militantes et renouvellements théoriques, reste-t-il si méconnu ? Cette introduction tente de clarifier les atouts de ce mouvement multiforme tout en exposant les critiques qui lui ont été adressées ; elle suggère aussi quelques pistes pour une possible évolution future.

A New Spring
for Ecofeminism?
A convergence of struggles! This demand resonates with increasing strength among those who resist the “system”. Why then doesn’t ecofeminism, which has attempted to materialize this convergence through activist experiences and theoretical breakthroughs over the last forty years, meet a wider public? This introduction tries to showcase the strengths of this multifarious movement, as well as the criticisms it has had to face. A few possibilities for further evolutions are discussed along the way.

« Ni les Femmes
ni la Terre ! »
À la recherche de la convergence des luttes entre féminisme et écologie en Argentine et Bolivie
Ni les Femmes ni la Terre ! est un documentaire tourné en Argentine et Bolivie, au plus près des femmes qui luttent contre le système Monsanto, la destruction de l’environnement par les entreprises extractivistes, les féminicides (meurtres de femmes parce qu’elles sont des femmes). Elles combattent pour le droit à disposer de leur corps, pour un changement de cap des modèles économiques, pour la reconnaissance de leur légitimité et de leur dignité. Elles dessinent des voies pour une révolution écoféministe.

Neither Women nor Earth!
In Search for a Convergence of Struggles in Argentina and Bolivia
Neither Women nor Earth! is a documentary film shot in Argentina and Bolivia, closely following women who struggle against Monsanto and its system, against the destruction of the environment by extractivist corporations, and against “feminicides” (the killing of women because they are women). These activists fight for the right to own their body, to change economic models, to see their legitimacy and dignity recognized. They pave the way for an ecofeminist revolution.

  Cette Mineure entend, à partir d’objets audiovisuels divers mettant en scène la ville (docu-fictions de vidéastes, films de l’industrie du cinéma, séries TV, documentaires scientifiques), interroger le rapport que ces objets créent (suggèrent / permettent / …) entre des configurations sensibles – spécialement sonores, sans s’y limiter – et notre perception de ce qui compte. Par […]

Le génocide des Amérindiens d’Amazonie brésilienne
Les politiciens brésiliens, au nom du « développement », laissent envahir par les forestiers et les nouveaux ruraux les terres dont l’usage est garanti aux Amérindiens par la constitution de 1988. Les violences contre les Amérindiens sont permanentes, et les assassinats, objet d’une recension officielle, sont sous-évalués. Les pratiques génocidaires sont liées au maintien du paradigme colonial qui fait de l’expansion territoriale la condition de la croissance.

The genocide of Amerindians in the Brazilian Amazon
In the name of “development”, Brazilian politicians allow for agro — and timber industries to invade land which has been guaranteed to Amerindians by the 1988 Constitution. Violence against Amerindians is permanent and the killings, while officially recorded, remain under-evaluated. These genocidal policies are linked to the persistence of a colonial paradigm which has made territorial expansion a condition to growth.

Camps et campements
Des économies aux principes opposés

Les camps fournissent du travail forcé aux pouvoirs qui les constituent alors que les campements autogèrent des opportunités et des hasards productifs. L’article recense plusieurs cas actuels de camps de travail forcé dans le monde et plusieurs cas historiques d’enfermement de main-d’œuvre qualifiée, utilisée dans l’économie locale. Le recours actuel à l’internement de masse pour contrôler les migrations implique des grandes entreprises et des associations qui en emportent les marchés. Dans les campements au contraire les ressources matérielles mobilisées et monétaires sont limitées mais l’installation est dépendante de ressources sociales et relationnelles suffisantes. Les frontières entre les formes camp et campement, économie formelle et économie informelle sont poreuses, comme l’illustrent quelques exemples en région Île de France.

Camps and Encampments
Two Economies with Contrary Principles

Camps provide forced labor to the powers that institute them, while encampments self-manage productive opportunities and chance meetings. This article surveys several current cases of forced labor camps around the world, as well as several historical examples of locking up qualified workforce, exploited within a local economy. The current management of migrations by mass incarceration involves large firms and associations struggling to win new markets. In encampments, on the other hand, the material and monetary resources mobilized are limited, but the installation depends on available social and relational resources. The distinction between camps and encampments, formal and informal economies, are porous, as illustrated, with a few examples from the Paris region.

La mendicité comme moyen de revendication. L’exemple des femmes balayeuses de rue à Abidjan

L’entreprise ASH, société de ramassage d’ordures, emploie un bon nombre de femmes dans le balayage de rue. Ces femmes travaillent dans les différentes communes d’Abidjan, mais la relation entre les employées et l’entreprise s’est progressivement détériorée et marquée de tension. Le non-paiement de leur salaire de plusieurs mois fut la source de cette tension à partir de 2004. Au fil de ce conflit, certaines de ces femmes, après leur travail, se sont retrouvées et se sont adonnées à la mendicité de 2005 à 2010. Elles ont trouvé un point stratégique de mendicité : le grand carrefour de l’Indenié, dans la commune d’Adjamé.

À partir de midi, elles se retrouvent à ce lieu dans leur blouse de travail. Ainsi, elles abordent aux feux tricolores les usagers de la route pour leur solliciter humblement un peu d’aide financière. Ces femmes sont toutefois confrontées à cet endroit à de nombreux problèmes. D’abord, l’occupation de l’espace est source de conflits. Elles sont opposées à d’autres types de mendiants, handicapés ou non, enfants, hommes et femmes âgés. Ces derniers considèrent la présence des femmes balayeuses comme une « force d’occupation » constituant une menace pour leurs intérêts. Souvent, une pièce de monnaie jetée par un usager devient objet de dispute. Ensuite, elles sont victimes d’injures publiques de toutes sortes de la part des usagers de la route. Enfin, elles sont aussi victimes des coups de pierre lancées par des apprentis-chauffeurs. Cela crée des inimitiés entre elles et indispose encore plus les usagers de la route.

Mais, malgré les difficultés auxquelles ces femmes sont confrontées, elles demeurent toujours fidèles à leur lieu de mendicité. Comment en dépit de toutes ces menaces dont elles sont victimes, ces femmes persistent dans leur comportement ? Comment en sont-elles arrivées à la mendicité ? Quel sens prend cette mendicité ?

 

De balayeuses à mendiantes

Nous avons mené des entretiens semi-directifs avec certaines de ces femmes s’adonnant à la mendicité selon une méthode qui consiste à ajouter à un premier noyau d’individus (les personnes considérées comme influentes par exemple) tous ceux qui sont en relation (d’affaires, de travail, d’amitié, etc.) avec eux et ainsi de suite. Ainsi, les premières personnes interrogées nous ont conduits à d’autres personnes concernées par l’enquête. Une soixantaine d’entretiens ont été ainsi réalisés avec les femmes, les autorités administratives de l’entreprise ASH ainsi qu’avec quelques personnes en relation avec la pratique de ces femmes[1].

Il en est résulté que les femmes sans conjoint sont en majorité veuves, donc chefs de famille. Leur âge est compris entre 38 et 60 ans. Les femmes employées par ASH sont rémunérées en raison de 1 400 francs CFA par jour, versés mensuellement comme un salaire de 36 400 francs CFA (sans les dimanches) et 42 000 francs CFA (avec les dimanches). Mais, depuis août 2004, ces femmes n’ont plus entièrement ou plus du tout perçu leur salaire. Cela serait dû à aux difficultés économiques d’ASH, qui sont liées à une crise interne à l’entreprise, mais aussi au non-paiement d’une facture de deux milliards de francs CFA par l’État de Côte d’Ivoire. En effet, l’entreprise ASH a pour seules ressources financières le revenu de toutes ses activités. En vertu de la convention signée entre elle et la ville d’Abidjan, elle devait être rémunérée au tonnage d’ordures mises en décharge. Aussi, le balayage des rues et le curage des caniveaux ont-ils fait l’objet d’un prix forfaitaire. Le paiement des salaires des employés en général, et en particulier des femmes, est conditionné par le respect des engagements de l’État envers l’entreprise. C’est le défaut de paiement de l’État qui a causé le non-paiement des salaires qui a mis les femmes dans une situation de vulnérabilité. Cette vulnérabilité traduit leur difficulté à assurer certains besoins vitaux : se nourrir, se soigner, etc. Face à cette situation, comme tout employé, les femmes ont revendiqué leur salaire.

 

Une forme originale de revendication

Elles ont commencé par la négociation avec leur employeur en 2004. Cette négociation a abouti à un sit-in dans la commune du Plateau, la cité des administrations. Mais les femmes ont été chassées par la police. Elles se sont ainsi trouvées confrontées à deux adversaires : l’entreprise ASH et l’État. Les actions ordinaires de revendication entreprises par les femmes n’ont pas eu les effets escomptés. C’est ainsi qu’elles se sont retrouvées au grand carrefour de l’Indénié, dans la commune d’Adjamé, où elles s’adonnent à la mendicité.

Au grand carrefour de l’Indenié, l’arrêt des usagers aux feux tricolores offre une occasion favorable pour permettre aux femmes de solliciter de l’aide financière de la part des automobilistes. Ces mendiantes non-ordinaires ont une particularité, qui les distingue des autres personnes demandant de l’agent à ce carrefour. Leur particularité tient à ce que la plupart d’entre elles continuent à porter leur uniforme de travail, une blouse verte portant l’insigne d’ASH.

À ce carrefour, les femmes n’agissent pas individuellement, mais se mettent par groupe de quatre à cinq. La somme recueillie est partagée par les membres du groupe. Les différents groupes de femmes sont gouvernés par des responsables, qui conduisent le mouvement. Quel est donc le sens de la mendicité des femmes ? Face aux difficultés rencontrées à se faire payer leur salaire de balayeuses, les femmes d’ASH se sont tournées vers la mendicité comme offrant un nouveau recours. Cette mendicité a un double enjeu. Il s’agit premièrement d’un moyen de survie : génératrice de revenus, la mendicité permet aux femmes de subvenir à leurs besoins. Dans cette activité organisée collectivement, elles perçoivent chacune au minimum une somme de 1 000 francs CFA par jour. Deuxièmement, au-delà des raisons socio-économiques avancées par ces femmes, elles se servent souvent de la mendicité comme d’un moyen de revendication ou de protestation pour attirer l’attention des autorités publiques sur l’injustice qui leur est faite. Les différentes rencontres avec leur employeur n’ayant jamais eu d’effets favorables, elles protestent par leur présence organisée et quotidienne dans la rue : seul le paiement de leur salaire pourra les amener à quitter les carrefours.

Cette situation est difficile pour elles. Comme le dit l’une de celles que nous avons interviewées : «Ils n’ont qu’à nous donner notre argent. Nous-mêmes, on sait que c’est pas bien. C’est pas joli quand on nous voit faire ça. Mais c’est notre argent qu’on veut ». En s’adonnant à la mendicité, elles ont certes l’impression de perdre leur honneur, mais elles se discréditent pour discréditer l’entreprise ASH, ainsi que pour ternir l’image d’Abidjan, la capitale économique, qui sont les deux causes de leur malheur. Pour mener à bien leurs actes, elles se servent de leurs blouses de travail où est marqué l’insigne « ASH’», espérant retourner à leur profit l’image déformante de la femme africaine et la situation d’inconfort qu’elles créent dans la zone de mendicité.

Ce faisant, les balayeuses déploient des stratégies nouvelles pour faire face à leur situation. Ainsi, la mendicité prend avec elles un sens symbolique. Elle met en scène des acteurs qui l’utilisent pour faire une pression psychologique sur leur employeur, dans le but d’obtenir un meilleur traitement. Malgré les sit-in, les grèves et les formes d’action plus traditionnelles, aucune solution n’avait été apportée à leur problème de paiement salarial. La mendicité a donc constitué une stratégie de contournement des contraintes et un moyen de faire une mauvaise publicité à la société les employant, à la fois l’entreprise ASH et la ville d’Abidjan.

Des stratégies enchevêtrées

Comme le remarquaient Crozier et Friedberg[2], de telles stratégies ne dépendent souvent pas d’objectifs clairs, mais se construisent en situation, en fonction des atouts que peuvent avoir les acteurs et des relations dans lesquelles ils s’insèrent. L’État a accusé un retard dans le versement des frais dus (près de 2 milliards de francs CFA) à l’entreprise ASH pour son travail de nettoyage de la ville d’Abidjan. Ce manque à gagner constitue l’une des sources du non-paiement régulier des salaires des employés en général, et des balayeuses en particulier. La mendicité, telle qu’elle est utilisée par les femmes pour harceler les automobilistes de tout ordre, est aussi un moyen dont se servent les responsables de l’entreprise ASH pour faire pression sur l’État. En effet, l’un des arguments majeurs brandis par les responsables d’ASH devant les autorités gouvernementales et du district pour obtenir le paiement des arriérés dus par l’État est la condition précaire de vie des femmes à leur charge. La mendicité des femmes ne profite donc pas seulement aux femmes ; elle est utilisée aussi par leurs responsables pour revendiquer un certain nombre de droits auprès de l’État. C’est ce qui explique que les responsables de cette entreprise ne prennent aucune disposition pour endiguer ce phénomène dans les rues d’Abidjan.

Les populations développent toujours des stratégies nouvelles pour imaginer des solutions aux obstacles qui se présentent à elles. La mendicité doit être comprise dans un tel cadre : les femmes l’utilisent comme moyen de revendication pour attirer l’attention des autorités. Au total, la mendicité doit donc être ajoutée aux modes classiques d’action de revendication utilisés par les employés ou les entrepreneurs syndicaux. C’est-à-dire qu’à côté de la grève, des manifestations, des pétitions, de l’organisation de fêtes de soutien et de la résistance au travail, il faut ajouter la mendicité. Cette mendicité collective est une forme de revendication à laquelle a conduit l’échec des modes traditionnels de revendication, amenant les femmes à changer de stratégie. Elles exploitent les effets néfastes ou dégradants de la mendicité, en faisant évoluer les modes de revendication utilisés par les employés et par les femmes pour faire entendre leurs droits. En 2011, avec le changement de régime au pouvoir, ces femmes ont été recrutées par des nouvelles entreprises de ramassage d’ordures créées par les nouveaux dirigeants. Elles ont ainsi abandonné les rues.

 

[1]     Notre analyse est par ailleurs appuyée sur certaines enquêtes antérieures : M. Assi, « Les enfants mendiants », tiré de Garçons et filles des rues dans la ville d’Abidjan, Paris, 2003 ; Y. Asso, « Étude d’une structure de gestion des déchets en milieu urbain », Mémoire de maîtrise, département de sociologie, Université de Bouaké, 2001 ; G. Doua, « Abidjan, cœur du tourisme ivoirien, sombre dans les ordures ménagères », Fraternité Matin, no11, 129, 2001, p. 11 ; K. Dua, « Mendicité à Abidjan : un problème endémique », Ivoir Soir, no3 682, 2002, p. 4-5 ; P. Gilliard, « Rue de Niamey, espace et territoire de la mendicité », Politique Africaine, no63, 1996, p. 51-60.

 

[2]     Crozier, M. et E. Friedberg, L’acteur et le système: les contraintes de l’action collective, Éditions du Seuil, Paris, 1992.

 

Événement majeur, tournant, génération « Bataclan », état d’urgence interne, état de guerre extérieure ? Les mots et réactions se bousculent pour qualifier la soirée du 13 novembre et ses suites. Mais le consensus assez « naturel » sur l’état d’urgence après de tels actes de terreur ne cache ni ne doit masquer les arrières pensées en tout genre. D’autant […]

Le populisme et le populaire

La dénonciation du populisme est analysée ici comme une manière de structurer le champ politique selon une certaine distribution des capacités et des incapacités, qui dissout a priori l’objet qu’elle prétend mettre en lumière. À cette attitude s’opposent les usages communs du terme « populaire », en particulier dans les textes de Stanley Cavell sur le cinéma hollywoodien, qui se poursuivent aujourd’hui dans certaines études sur les séries télévisées : dans les deux cas, un parti pris de perfectionnisme démocratique fait apparaître l’ordinaire comme un terreau d’intelligence davantage que comme la banalité du vulgaire.

Populism and the Popular

The denunciation of populism is analyzed as a way to structure the field of politics according to a certain distribution of agencies and capabilities which dissolves its very object, the power of the people. Against such an attitude, references to the “popular”, as illustrated in Stanley Cavell’s writ-ings on film and in current studies on TV series, restore a form of popular agency within the per-spective of democratic perfectionism.

Subjectivités computationnelles

Nous commençons à mesurer l’importance culturelle du numérique comme nouvelle idée unificatrice d’une université totalement redimensionnée. Au-delà d’une simple question de littéracie informatique ou informationnelle, les humanités numériques nous offrent l’occasion de développer une approche critique de l’écriture numérique conçue comme une forme d’alphabétisation et de littérature, de façon à développer une culture numérique partagée comme une nouvelle forme de Bildung. Tandis que les technologies numériques produisent de nouvelles formes de subjectivités computationnelles, les humanités numériques peuvent nous aider à aller au-delà d’un rapport consumériste aux nouveaux gadgets et à casser ces boîtes noires qui, à la fois comme objets techniques et comme métaphores, absorbent aujourd’hui une si grande partie de notre attention.

Computational Subjectivities

We are beginning to see the cultural importance of the digital as the unifying idea of a redesigned and reconfigured university. Beyond a mere issue of “information literacy” or “digital literacy”, the digital humanities provide us with an opportunity to develop a critical understanding of the literature of the digital, and through that develop a shared digital culture through a form of digital Bildung. As the digital technologies are producing new forms of computational subjectivities, the digital humanities can help us move beyond the commodity layer and open these so-called black boxes, as both technologies and metaphors, that so demand our attention today.

1905 : quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France

1905 : Quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France

L’islam est souvent présenté comme la dernière religion implantée sur le territoire français. Elle aurait été de ce fait absente du paysage religieux français au moment de l’adoption de la loi sur la séparation des Églises et de l’État. Cet article entend battre en brèche ce récit et propose de montrer que la religion musulmane fut largement représentée en France, notamment à travers ses départements algériens, et que des débats eurent bien lieu dès 1905 à propos de l’application de la loi à cette religion. D’ailleurs, là où l’islam était la religion majoritaire dans les territoires de l’Empire colonial, l’État a soit opté pour la solution de l’inapplication de la loi, soit, lorsque la contrainte légale et la discipline républicaine étaient trop fortes, imaginé un régime d’exception exorbitant permettant la poursuite du contrôle de la religion musulmane.

1905: When Islam was (already) the Second Religion in France

Islam is often presented as a new religion in France. This article highlights the presence of Islam in 1905 France, notably in French Algeria, during the debates and the vote of this law. In the colonies where Islam was the dominant religion, the French colonial State decided to exclude it from the new legal framework. In Algeria, three French departments, an exception to French secularism (laïcité) was created in order to maintain state’s control of Islam.

Une République du XXIe siècle

La vision de la République que diffusent ses idéologues contemporains n’est plus celle qu’en donnait Durkheim à l’époque du combat contre l’Église. Une des grandes différences tient à ce qu’elle institue un droit d’entrée à la citoyenneté : ne peuvent prétendre au titre de « vrais » citoyens que ceux qui adoptent et se plient sincèrement aux valeurs de la « nation ». Au contraire de cette définition exclusionniste de la République, accomplir la démocratie, c’est avoir le courage de refuser de n’exclure aucune des multiples voix qui s’expriment – même les plus odieuses. Cela implique aussi de comprendre la nature des phénomènes de domination envers des « minorités », bien au-delà de la seule question « post-coloniale ».

A Republic for the 21st Century

What is currently promoted as the Republican ideal has only little left to do with what Durkheim had in mind when fighting against the grip of the Catholic Church. Today’s advocates of the Republic institute a right of entry to citizenship: the only “true” citizens are those who fully adopt the values of the “Republic”. Against this exclusionist conception of the Republic, democracy can be defined by the courage not to exclude any of the multiple voices expressed in society—even the most disturbing ones. More importantly, this requires us to understand the many forms of domination imposed upon “minorities” which cannot be reduced to mere “post-colonial” issues.

Le Cobot, 
la coopération entre l’utilisateur et la machine

En 1996, le terme de « cobot », 
contraction de « robotique collaborative », apparut sous la plume de deux chercheurs américains travaillant pour l’industrie automobile. Il s’applique aujourd’hui à un nouveau champ de la recherche en robotique, la « cobotique », qui s’attache à concevoir des machines asservies ou pseudo-autonomes susceptibles d’être utilisées au sein d’un environnement humain. Le cobot se différencie donc essentiellement du robot par son absence d’autonomie puisque, par définition, il ne peut pas fonctionner sans l’action d’un opérateur. L’approche collaborative, tout en dépassant la simple « utilisation » qui pourrait être faite d’un outil, valorise le travail de l’humain et laisse présager d’une meilleure acceptabilité sociale du cobot, qui n’aurait pas pour vocation de remplacer l’homme, mais de l’épauler.

The Cobot : a New Form of Human-Machine Interaction

An abbreviation for « Collaborative Robotics », the term cobot was coined in 1996 by two American researchers working for the car industry. It refers to a new field of research – cobotics – which designs pseudo-autonomous or servant machines to be used in human environment. A cobot differs from a robot insofar as it cannot function without the action of a human operator. This collaborative approach goes beyond the mere « use » to be made of a tool : it valorizes human labor and makes the cobot a more acceptable partner, since it does not lead to the replacement of the human, but to his assistance.

La vie des robots
 et la nôtre


La rupture entre ce qui est vivant ou naturel et ce qui ne l’est pas est beaucoup moins marquée dans la culture japonaise qu’elle ne l’est dans la culture occidentale – ou du moins, elle n’est pas marquée de la même manière et du même poids. En m’inspirant en partie de la pratique que l’on trouve au cimetière de Koya-san, qui consiste à donner une tombe à des objets inanimés – voiture, fusée, pompe à eau – je m’interroge sur ce que cette distinction signifie pour la robotique sociale.

Robot’s Life and Ours

The meanings of what is « artificial » take for granted a separation between, what is living and natural, and what is neither. However, this separation is not as clearly marked in Japanese culture as it is in the West, or at least is not marked the same way and with the same weight. Based on a practice observed in Koyama-san cemetery, which is to erect tombstones for inanimate objects – cars, rockets, water pumps, etc. – this paper asks what is the meaning of that distinction for social robotics.

République et pseudojihad

République /
« Jihad » / Empire

L’article, pensé « à chaud » après la tragédie qui a commencé à Paris le 7 janvier 2015, cherche à substituer un vocabulaire alternatif d’analyse des événements aux proclamations de certains politiques – souvent vides et hypocrites – appelant à « éviter l’amalgame ». Il montre qu’il est nécessaire de pluraliser et de complexifier notre lexique pour désigner des phénomènes qui relèvent avant tout du politique et des crises d’un monde commun et profane. L’article s’achève en ouvrant une perspective d’analyse socio-historique sur la façon dont la racialisation de l’« islam » et du « religieux » rejoue un refoulé colonial.

Republic /
“Jihad” / Empire

This article, written just after the 7th of January 2015, tries to engage with the political situation in the aftermath of the event. The first part articulates an alternative vocabulary for describing contemporary terrorism as a substitute for the hypocritical and abstract condemnation of any sort of confusion between islam and terrorism. It tries briefly to address the problem of contemporary terrorism as being a modern political phenomenon having much more to do with a crisis of a common world than with a so-called “return of the religious” or with “Islam”. It ends by raising some questions about the way racializations of Muslims and “religion” can be seen as post-colonial effects in contemporary France.

« Se servir d’un Rembrandt comme planche à repasser ! »
Artketing, industrie de prototype et signalétique artistique 
Les affinités électives entre l’art et le marketing – indissociables au sein d’un artketing – constituent désormais l’horizon d’attente d’un capitalisme artiste émergeant à la faveur de la mondialisation et de la mutation aussi bien de la production que des échanges. L’artiste, ainsi mis en demeure de contribuer à la dynamique du capitalisme, voire à sa refondation, peut tout aussi bien adhérer à un tel projet d’habilitation artistique de la production et de la consommation que décider d’en détourner, voire d’en subvertir les processus de légitimation en se constituant lui-même en entreprise : telle est l’ambiguïté de la posture nouvelle de l’artiste-entrepreneur.

“Using a Rembrandt as an Ironing Board”
Artketing, Prototype and Entrepreneurship
“Artketing”−the blending of art with marketing−is the new horizon of an art-capitalism which emerges along with globalization and the mutation of productive processes. The artist−called upon to contribute to the dynamics of Capital, and to its refoundation−can espouse such a project, denounce it, or subvert its premises, along the new ambiguities and ambivalences of entrepreneurial art.

Autonomie, marché et attention
Valorisation artistique
et stratégies de médiatisation
La supposition d’un antagonisme entre art et marché ne va pas de soi. Le fonctionnement intrinsèque de la culture représente un système de marchés – même s’il ne s’agit pas toujours de marchés commerciaux. Dans nos sociétés de l’information et des médias, une part considérable des produits de consommation courante tombe sous la rubrique de la consommation culturelle. Les marchés culturels ont toujours été de ce type : on y offre de l’information qui est payée, en contrepartie, sous forme d’attention. Cet article explore quelques-unes des implications de tels entrecroisements.

Autonomy, Market and Attention
Artistic Valorization and Mediation Strategies
The widely assumed antagonism between art and market is far from obvious. Cultural dynamics seem structured by market mechanisms−even if these markets are not always commercial. In our media-driven societies, a large segment of commodities belong to the sphere of cultural consumption. Cultural markets have always followed the same rule: information is paid for by attention. This article explores some of the implications of such exchanges.

Évaluer l’architecture ?
Évaluer l’architecture populaire ramène invariablement au savant, quelle que soit la variété des regards (confrontation, imitation, altération, recours, fascination ou rejet), à l’extrême construction savante du populaire et construction populaire du savant. Mais le désir d’architecture renvoie rarement à un désir d’architecte : quand et comment une œuvre architecturale échappe-t-elle à son auteur pour devenir signe d’une culture que chacun se sera appropriée ?
Evaluating Architecture?
Evaluating popular architecture invariably brings back to the scholar, whatever the variety of looks (confrontation, imitation, alteration, use, fascination or rejection) to the extreme scholarly construction of the popular and popular construction of the scholar. But the desire for architecture rarely refers to an architect’s desire: when and how can an architectural work escape from its author to become the sign of a culture that everyone will be in a position to re-appropriate?

Istanbul 2013
Manifestations politiques et valeurs artistiques 
À Istanbul durant l’été 2013, les manifestations politiques de Gezi et les manifestations artistiques de la 13e Biennale ne parlent pas le même langage. Les premières envahissent la ville, les secondes désorientées font retraite. Le déroulé des événements donne l’occasion d’analyser un clivage essentiel entre, d’une part, les valeurs artistiques que peuvent a priori partager les commissaires d’exposition et les artistes qu’ils invitent et, d’autre part, les processus de valorisation des espaces publics et urbains, préalables indispensables à la programmation de tels événements culturels et artistiques.

Istanbul 2013
Political Demonstrations and Artistic Values
In Istanbul, during the summer of 2013, the political demonstrations of Gezi and the artistic exhibitions of the 13th Art Festival fail to find a common language. While the former invade the city, the latter retreat, disoriented. The unfolding of the events display an essential split between, on one side, artistic values, which can be shared between curators and invited artists, and, on the other side, processes of valorization of urban public spaces, necessary to the programing of such cultural events.

L’exode de la multitude au Brésil
La préparation des grandes manifestations religieuses et sportives mondiales au Brésil a entraîné une riposte populaire. L’enracinement de la lutte dans le temps, son élargissement à d’autres couches sociales, la participation des Indiens montrent l’impasse où se trouve la représentation démocratique au Brésil, ainsi qu’une nouvelle vision de la composition sociale des luttes. Avec Lula, le gouvernement a essayé d’inclure les pauvres et de faire de leurs marges des ressources cognitives. Mais la reprise du développementisme par Dilma renvoie les pauvres dans la plèbe, sans droits.

The exodus of the multitude in Brazil
The preparation of the latest religious and sport extravaganzas in Brazil triggered a strong popular reaction. By its capacity to anchor the struggle into the longer term, to enlarge it to other social strata, and to bring in the participation of Indians, this movement revealed a certain dead-end of democracy in Brazil, as well as new forms of class composition. With Lula, the government attempted to include the poor, transforming the margins into cognitive resources. Dilma’s return to more orthodox forms of development sends them back into the plebs, deprived of rights.

La publicité constitue une forme d’occupation et d’exploitation de notre ressource la plus précieuse, notre attention, laquelle est en passe de devenir une forme de capital tout aussi déterminante dans nos logiques socio-économiques que la forme argent. Les technologies de l’attraction développées à une échelle industrielle par les mass-medias (d’abord analogiques, puis désormais numériques) entraînent la mise en place d’un nouveau type de « capitalisme mental ». Dans cet article qui résume l’ouvrage qu’il lui a consacré, Georg Franck propose toute une batterie de concepts et de principes, à la fois puissants et fins, pour analyser les nouveaux modes d’exploitation et les nouvelles sources de conflits sociaux qui se mettent en place à cette occasion.
Mental Capitalism
Commercial advertisement occupies and exploits our most precious resource, our attention, which is about to become a form of capital as important in our economic calculations as money itself. Technologies of attraction developed on an industrial scale by the mass-media (first analog, then digital) bring about a new form of “mental capitalism”. In this article, which synthetizes the book he devoted to this topic, Georg Franck provides a whole range of concepts and principles in order to help us analyze the new modes of exploitation, along with the new sources of social conflicts, raised by mental capitalism.