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L’énergie radicale de Touki Bouki


Le film Mille soleils de la cinéaste Mati Diop (Grand prix du FID de Marseille 2013) nous convie aujourd’hui à revoir le film de Djibril Diop Mambety, son premier long-métrage, Touki Bouki, le voyage de la hyène, considéré comme un classique du cinéma après avoir reçu le prix de la critique internationale du festival de Cannes en 1973. Par ses caractéristiques formelles très audacieuses et par les thèmes toujours actuels qu’il traite, ce film continue à nous questionner : que nous dit-il sur l’histoire du cinéma depuis lors ? De quelles manières Mati Diop le convoque-t-elle ? Comment dialogue-t-il avec le Sénégal contemporain ? Mais également avec les relations France-Afrique ? Ou avec l’Occident ?

The Radical Energy of Touki Bouki

Mati Diop’s recent film Mille Soleils (2013) invites us to revisit Djibril Diop Mambety’s classical but still avant-gardist movie Touki Bouki («The Hyena’s Travel »), which received the International Critics’Award at Cannes in 1973. Its audacious formal choices as well as its socio-political themes continue to question us : what does it tell us about the evolution of cinema after 1973 ? About today’s Senegal ? About the relations between France and Africa ? About the West ?

Post storyboard, d’après le film Touki Bouki de Djibril Mambety Diop

Touki Bouki est un film de montage. Première gageure pour celui qui tente d’en figer les moments clefs. L’interprétation que j’ai dessinée d’une sélection de plans du film Touki Bouki s’apparente à un post-story board. L’étude par le dessin offre une appréhension active du travail de Dijbril Mambety Diop, mue par le désir de saisir une œuvre qui subjugue, saisir les choix et les procédés auxquels le cinéaste a recours pour agir sur nos sens et notre perception. Les séquences et l’action s’affirment dans les collisions. Toutefois, ces planches d’après photogrammes, régulièrement recadrés et parfois bousculés dans leur chronologie, empruntent et saluent la liberté de l’œuvre originale. La composition en face à face des deux plans cut d’un raccord, l’étude à l’arrêt des traits singuliers des visages, de leur disparition dans la lumière, de la force des ombres, des formes, des flous de la vitesse d’une caméra actrice, des indices glanés à la volée par l’équipe dans l’environnement direct et les décors choisis – tout cela propose un autre point de vue sur l’énergie radicale de Touki Bouki.

Que se passerait-il si nous commencions à considérer les objets d’art d’Afrique comme étant eux-mêmes une diaspora, par opposition à la conception traditionnelle des diasporas qui concerne la dispersion des personnes, à travers le globe, avec leurs spécificités culturelles ? Cet essai propose de conceptualiser une histoire des objets d’art africains en les pensant comme véhicules, à travers le temps et l’espace, des « diasporas d’images ». John Peffer propose en effet d’examiner la production d’objets visuels en Afrique comme objets en mouvement, qui articulent des histoires et des zones culturelles disparates. En cela, il propose d’envisager un continuum pour des arts catégorisés, ailleurs, soit comme « traditionnels » soit comme « contemporains ».

Africa’s Diasporas of Images
This essay addresses the concept of a history for African art objects by thinking them across space and time as vehicles for “diasporas” of images. John Peffer proposes a consideration of African art from the perspective of diaspora, as objects in motion, and as objects that articulate between and across disparate cultural histories and the cultural zones of others. In the process, John Peffer attempts to bridge the continuum spanning arts otherwise categorized as “traditional” or “contemporary”.