Archives du mot-clé universel

Le revenu universel et le revenu contributif

Pour Bernard Stiegler, le revenu universel d’existence est une condition de démarrage d’un processus de transformation bien plus vaste de notre économie à moyen et long terme. Mais ce revenu de base n’est pas suffisant en tant que tel, et peut même s’avérer dangereux si sa mise en place ne sert que de prétexte à l’uberisation intégrale de la société. Sortir d’une économie entropique, destructrice de l’environnement et de nos singularités, pour construire peu à peu une économie qu’il qualifie à l’inverse de « néguentropique », suppose non seulement un revenu d’existence, mais surtout un revenu contributif et l’extension progressive à toute la population de la possibilité d’accéder au régime des intermittents du spectacle.

Universal Basic Income and Contributive Income

For Bernard Stiegler, a Universal Basic Income (UBI) is a precondition to a much wider social trans-formation of our economies in the medium and long run. But the UBI is not sufficient in itself, and could even be dangerous if it paved the way for an overall Uberization of society. In order to get out of our entropic economy, destructive of our environment as well as of our singularities, we need not only a UBI, but a « contributive income » which would extend to the whole population the status of intermittence currently pioneered by French artists.

Revenu inconditionnel d’existence et économie générale de l’attention

Un revenu inconditionnel d’existence devrait être envisagé au sein d’une pluralité de formes de revenus, basés sur des logiques hétérogènes. Parmi ces justifications, la prise en compte des dynamiques de l’économie de l’attention (dont Google et Facebook tirent d’ores et déjà des revenus énormes) pourrait jouer un rôle central. Un revenu d’existence apparaîtrait alors comme un investissement social permettant à chacun(e) de diriger son attention vers ce qui lui semble le plus important. Mais cela impliquerait de passer d’une économie restreinte à une économie générale, dans laquelle le moment de l’attention réflexive ne serait pas considéré comme un luxe inutile, mais comme un besoin d’avenir.

Universal Basic Income within a General Attention Economy

A Basic Universal Income (UBI) should be considered among a plurality of heterogeneous logics for rewards and incentives. Taking into consideration the attention economy (which already provides enormous incomes to Google and Facebook) could play a central role in such argu-ments. The UBI would then be seen as a form of investment allowing each recipient to direct his or her attention where
s/he judges would be more needed. This would require us, however, to evolve from a restricted economy to a general economy, where reflexive attention would no longer be considered as a wasteful luxury, but as a growing need for the future.

Du revenu de base maintenant au revenu de base souhaitable

S’il est difficile de lever à court terme les freins – avant tout géopolitiques – qui empêchent de mettre en œuvre un revenu de base d’un montant « élevé », il faudrait néanmoins commencer par mettre un œuvre un revenu de base, même d’un montant équivalent à l’actuel RSA. Cela doit et peut se faire dès maintenant. Cet article explique comment, étape par étape.

Universal Basic Income Now ! The First Steps

Even if many obstacles—including geopolitical—make it difficult to set a high level for the first implemen-tation of a basic universal income, we should nevertheless try and put it in place, even if it cannot be raised above the most basic level of the current RSA (minimum welfare). For a policy and budget for basic income can be initiated without delay. This article suggests how it can be done, step by step.

La réalité du revenu d’existence dans le Brésil post-Lula

Cet article vise à évaluer la portée des politiques sociales réellement existantes dans le Brésil de la période Lula, du point de vue du débat général sur le revenu d’existence. Soit deux questions : ces politiques sociales – notamment les transferts monétaires – ont-elles été pensées dans la perspective d’un revenu d’existence ? Le revenu d’existence pourrait-il fonctionner comme angle privilégié de réorganisation et d’intégration de ces politiques sociales ? L’histoire de Bolsa Família, instauré dans le Brésil de Lula, montre qu’il est d’origine néolibérale et que le véritable enjeu est d’appréhender les lignes de conflit qui séparent sa précaire existence empirique actuelle de sa constitution comme base d’une nouvelle démocratie.

The Realities of Basic Income Policies in Post-Lula Brazil

This paper evaluates the realities of the social policies set in place during under Lula govern-ments. It raises two questions about the implementation of the basic income scheme entitled Bolsa Familia : was is really devised as a form of basic income ? Could it provide leverage to a reorganization of social policies ? The study tends to show that Bolsa familia originated as a neoliberal reform and that the deeper stakes of its implementation raise the question of a depar-ture from its current form towards another conception of a new form of democracy.

Politique d’activation 2.0
Quelques notes sur l’expérience finlandaise d’un revenu de base

En 2015, le Premier ministre finlandais commandait une étude préliminaire sur l’introduction d’un revenu de base. Cet article présente ses résultats provisoires. Il analyse les diverses op-tions envisagées, les implications de l’introduction d’un revenu de base quant aux incitations ou désincitations à prendre un emploi, ainsi que les reconfigurations plus lointaines qu’une telle introduction entrainerait dans le fonctionnement des allocations sociales.

Activation Politics 2.0
The Finnish Experiment of Basic Income

In 2015, the Finnish Prime Minister launched a preliminary study towards the creation of a form of basic income. This paper presents its latest results. It analyzes the various options under con-sideration, their implications in terms of incentives or disincentives to accept waged labor, as well as the further consequences such an implementation would have on current welfare bene-fits.

Revenu universel
Le cas finlandais

Le cas finlandais est exemplaire sur les ambivalences du revenu universel. Il se voit défendu aussi bien par certains segments de la gauche que par certains courants de la droite – mais pour des raisons très différentes. Cette analyse suggère qu’il est le lieu d’un déplacement des luttes politiques vers un terrain d’avenir – qui sera tout aussi clivé qu’aujourd’hui. La question centrale pour se situer dans ce clivage repositionné est celle du montant envisagé pour le revenu universel.

Universal Basic Income
The Finnish Case

The Finnish case is exemplary insofar as the general idea is defended by the certain segments of both the right and the left—but on very different grounds. It should be read as a displacement of political conflicts on a new territory, where the old opposition will recompose. One thing is sure : the crucial issue is the level of income to be guaranteed.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: http://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

Esprit d’équipe

Un texte sur les sports de compétition – là où s’éprouvent les limites physiques du « soi-disant Homme » (selon la formule de Kittler) – et leur interdépendance croissante avec des algorithmes utilisés pour prendre des décisions stratégiques, améliorer les performances, alimenter les ligues Fantasy, écrire des commentaires des matchs et créer pour les fans des expériences symbiotiques avec les écrans géants vidéo placés dans les stades.

Team Spirit

A text about competitive sports, a testing ground of the physical limits of Kittler’s “so-called Man”, and their ever-increasing interdependence with algorithms used to make strategic decisions, improve performance, feed Fantasy sports leagues, write recaps and create symbiotic fan experiences with the Jumbotron.

Décomposition et recombinaison à l’âge de la précarité

Cet article analyse l’« automation cognitive », c’est-à-dire l’uniformisation des procédures de perception, d’imagination et d’énonciation. La transformation digitale de l’info-travail est une condition de la précarisation finale, et l’info-travail est ainsi le point d’arrivée d’un processus d’abstraction de l’activité humaine cognitive dé-singularisée et dé-corporalisée. Le temps dé-singularisé et la cognition dé-personnalisée sont les agents ultimes du processus de valorisation : ils ne tombent pas malades, n’ont pas de revendication syndicale ni de droit politique ; ils sont là, pulsatoires et disponibles, comme une étendue cérébrale jamais hors d’atteinte. Des cellules de temps productif pré-formaté peuvent ainsi être mobilisées et recombinées grâce à la sonnerie du smartphone, qui permet d’agencer le cerveau individuel selon les flux du réseau.

Decomposition and Recombination in the Age of Precariousness

This paper analyzes « cognitive automation », i.e., the uniformization of the processes of perception, imagination and enunciation. The digital transformation of info-labor is a condition of its final precarization, as info-work is the point of arrival of a process of abstraction of human cognitive activity, after it has been de-singularized and dis-embodied. De-singularized time and de-personalized cognition are the ultimate agents in the process of valorization : they never fall sick, do not resist through trade unions nor claim political rights ; they are there available, as a cerebral openness out of reach. Cells of pre-formatted productive time can be mobilized and recombined through the tone of a smartphone, re-assembling the individual brains according to the flows in the network.

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

L’algorithmique a ses comportements que le comportement ne connaît pas

La présente contribution cherche à reconceptualiser certains enjeux fondamentaux du machine-learning en problématisant la question du « comportement » à l’aune de la théorie du cycle de l’image de Gilbert Simondon. En prenant au sérieux les positions théoriques et les ambitions techniques dans le domaine des algorithmes auto-apprenants, nous proposons de rendre compte de certaines transformations de l’algorithmique en la qualifiant de deux idéaux-types : mécanique et comportementale. Sans suggérer une quelconque opposition binaire, nous proposons plutôt de voir ces deux pôles comme des structurations successives, des phases d’existence qui transforment la nature du problème à résoudre, qui opèrent un passage de structure en structure. À la suite de Simondon, ce passage est requalifié de transductif, de façon à esquisser une image du comportement appelant une réinvention de nos cadres politiques et éthiques. Et si la question était : quel est le collectif qui advient, et que nous désirons voir advenir, quand nous nous comportons avec des algorithmes ?

Algorithms Have Reasons Behavior Ignores

The present contribution seeks to reconsider some of the fundamental stakes underlying machine-learning. The question of « behavior » will be problematized in light of Gilbert Simondon’s theory of the image cycle. By taking theoretical positions and technical ambi-tions in the field of machine-learning seriously, we suggest to frame the transformations of algorithmics in terms of two ideal-types: mechanical and behavioral. While taking care to avoid any binary opposition, we treat these two poles as successive structurations, phases of existence that transform the nature of the problem to be resolved, that operate a passage from one structure to another. Following Simondon, we qualify this passage as transductive so as to sketch an image of behavior that calls for a reinventing of our political and ethical frameworks. What if the question were: what collective is eventuated, or do we wish to eventuate, when we behave with algorithms?

L’euro, la souveraineté monétaire en question

Les contraintes budgétaires mises par les traités européens à des États dont les banques privées sont mondialisées n’ont pas protégé contre la crise des subprimes. Mais c’est la Banque centrale européenne qui donne un peu de marge de manœuvre aux États et aux investisseurs. Les critiques actuelles contre l’Europe ne sont pas fondées : c’est dans plus d’Europe, voulu depuis une vingtaine d’années par les Allemands, qu’on trouvera les voies vers le futur, tel le revenu garanti pour tous.

The Euro and the Question of Monetary Sovereignty

The budgetary constraints set in place by European Treaties to national States whose banks are globalized did not manage to protect us against the subprime crisis. It is the European Central Bank which opens a little space of action to States and investors. The current attacks against Europe are unfounded: the solutions will come from more European integration, as it has been pushed forward by the Germans over the last twenty years, solutions which must include a universal guaranteed basic income.

Quelle souveraineté monétaire ?

Les grandes difficultés que rencontre aujourd’hui la politique européenne, aussi bien dans ses sommets institutionnels que dans les expériences des mouvements sociaux, sont liées principalement à une incapacité à affronter la crise en posant la nécessité de réformer le système monétaire dans une perspective bottom up. Cela devrait conduire 1) à s’interroger sur le sens de la souveraineté monétaire en Europe et 2) à comprendre ce que signifie « partir d’en bas » lorsqu’il s’agit d’instituer une monnaie. Pour affronter ces problèmes l’article retrace les différentes étapes qui ont mené de la crise financière américaine de 2007 à la crise européenne, en construisant un dialogue entre les thèses avancées par Christian Marazzi dans La Brutalité financière et les analyses produites par des économistes hétérodoxes français (A. Orléan, F. Chesnais, les économistes atterrés).

What Type of Monetary Sovereignty?

The current problems faced by European economic policies, as seen both in European summit and in social movements, result from an incapacity to reform the financial system through a bottom-up approach. This should lead to 1) questioning the meaning of European monetary sovereignty and to 2) understand what a “bottom-up” approach means in terms of monetary institutionalization. This paper discusses the recent financial events, from the subprime crisis in the USA to the European crisis, by confronting the propositions and analyses made by Christian Marazzi in his book on Financial Brutality, and by French heterodox economists like André Orléan, François Chesnais and the Économistes atterrés).

Le populisme et le populaire

La dénonciation du populisme est analysée ici comme une manière de structurer le champ politique selon une certaine distribution des capacités et des incapacités, qui dissout a priori l’objet qu’elle prétend mettre en lumière. À cette attitude s’opposent les usages communs du terme « populaire », en particulier dans les textes de Stanley Cavell sur le cinéma hollywoodien, qui se poursuivent aujourd’hui dans certaines études sur les séries télévisées : dans les deux cas, un parti pris de perfectionnisme démocratique fait apparaître l’ordinaire comme un terreau d’intelligence davantage que comme la banalité du vulgaire.

Populism and the Popular

The denunciation of populism is analyzed as a way to structure the field of politics according to a certain distribution of agencies and capabilities which dissolves its very object, the power of the people. Against such an attitude, references to the “popular”, as illustrated in Stanley Cavell’s writ-ings on film and in current studies on TV series, restore a form of popular agency within the per-spective of democratic perfectionism.

Populisme tu m’aimes, moi non plus

Le populisme européen invite à se défaire des deux inventions politiques essentielles que sont l’Europe et l’écologie politique. Comme tous les populismes, il rassemble pour des raisons électorales des courants incompatibles et rallie à des signifiants sans contenus. Ce populisme est l’effet d’un manque fédéral de l’Europe.

Populism, You Love Me, Neither Do I

European populism wants us to abandon these two most important political inventions: Europe and political ecology. Like all forms of populism, it aggregates incompatible currents of thoughts for purely electoral reasons, by agitating signifiers without signified. This populism results from the lack of a federal Europe.

À contre-courant, Chris Marker

Quand Chris Marker « filme les autres », comme dans Joli mai et autres documentaires, il adhère à une image émancipatrice du peuple, mais ce n’est pas seulement ou ce n’est surtout pas à une image qu’il se rallie. Son travail de cinéaste porte toujours sur la question : comment se font les images et quand s’il s’agit d’image du peuple, comment celui-ci participe-t-il à ces images ? Et pour cela, il ne filme pas le peuple, mais scrute l’ordinaire de son existence, dont il prélève des fragments, quand ces documents visuels et sonores ne sont pas fabriqués de concert avec les gens.

Counter Current, Chris Marker

In his film Joli Mai, Chris Marker displays his attention to the people, their labors, their daily life, each person appearing in his/her singularity, in the great tradition of portrait photography. His gaze was informed by his participation in popular movements, from behind the camera. It multi-plies its angles and captions, rendering the people’s own expression.

Les agenceurs de peuples

Cette nouvelle de politique-fiction imagine un avenir proche où le populisme deviendrait le para-digme du discours politique. Une nouvelle modernité assiste à l’expansion d’une multiplicité de peuples virtuels. Les populismes de droite et de gauche entrent en rivalité : quel est le vrai Peuple ? Mais les peuples n’ont pas besoin de populisme, ils ont besoin d’agencement. Qu’est-ce qu’agencer les peuples virtuels qui déchirent nos vies ?

Peoples’ Assemblers

This political short story anticipates a society in the near future when populism would become the paradigm of political discourse. In this new modernity, we can see the expansion of a multiplicity of virtual peoples. Right-wing populisms and left-wing populisms enter in rivalry: who is the real Peo-ple? But the peoples don’t need populism, they need to design assemblages. What does it mean to design the assemblage of the virtual peoples that grow across our lives?

Documenter les contre-fictions

Documenter les contre-fictions

Quelques films récents donnent à voir à la fois un désir de documenter une réalité que l’appareillage dé-subjectivé de la caméra saisit mieux qu’une conscience humaine encombrée de clichés, et un besoin de réinjecter des fictions au sein de la réalité qu’on filme. Cette tension pro-duit une dynamique contre-fictionnelle qui ouvre des voies prometteuses au geste documentaire.

Documenting Counter-Fictions

A number of recent films are animated by a desire to document reality through a de-subjectified camera which captures it better than a human consciousness overtaken by stereotypes. At the same time, they need to reinject some sort of fiction into the reality they document. This tension generates a counter-fictional dynamics which paves promising new ways for the documentary gesture.

Système probable contre mondes possibles : data-mythologie et environnement

Nombre de discours sur la planète s’appuient sur des données qui conditionnent en tant que telles le récit qu’elles livrent, que caractérisent non seulement une forte empreinte énergétique mais un risque d’appauvrissement ontologique et de marginalisation de l’acte interprétatif, c’est-à-dire une modélisation de nos imaginaires et de l’avenir lui-même.

Probable Systems against Possible Worlds: Data-Mythology and Environment

Much of the earth-related discourse is based on data which, being what they are, condition the narrative they offer. They entail a hefty ecological foodprint, and also a risk of ontological deprivation, and marginalisation of hermeneutics ; that is, they provide unescapable models for our imaginations and of the future itself.

Field recording, hypothèses critiques

Au travers de la multiplicité des usages du field recording, tantôt support d’étude des paysages sonores, tantôt outil de composition musical et environnemental, mais nécessairement dépendant d’un contexte (inter) culturel, David Christoffel et Guillaume Tiger explorent un certain rapport à la nature. Comment parle-t-on de nature via les field recordings ? Quel sens donner à la représentation de la nature dans la musique ? Comment « justice » est-elle rendue à la nature dans l’élaboration de paysages sonores virtuels ? Les réflexions croisées des auteurs sur ces questionnements tournent en sens inverses autour d’un même pot de sons naturels.

Field recording: Critical Hypotheses

Through the diversity of field recording’s uses (sometimes support for soundscape studies, sometimes composition tool for music and environments but always depend on—inter—cultural context), David Christoffel and Guillaume Tiger investigate some relation to nature. How do we speak of nature through field recordings? What is the meaning of Nature within musical composition processes? How do we give “justice” to nature through the creation of virtual soundscapes? The authors exchange on these matters, their points of view rotating in opposite directions around the same melting pot of natural sonorities.

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du Tiers-Langage

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du tiers langage

La «Guerre des Demoiselles » éclate en Ariège au début du XIXe siècle en réaction à la disparition des droits d’usage ancestraux qui fondaient l’habitabilité du territoire et la survie de ses habitants. Bien qu’elle emprunte de façon générale certains aspects de la guérilla, nous verrons que cette rébellion se signale aussi par le déploiement d’un langage symbolique et poétique qui à la fois « habite » et « hante » son milieu, montrant la consubstantialité et la mise en crise simultanée du prosaïque et du poétique, de l’habitat et du discours.

The Demoiselles’ War or the Insurrection of the Third Language

1829 saw the start of one of the eeriest peasant revolts in French modern history, “the Demoiselles’War”, a mountain guerilla aimed at earning back ancestral land rights. However, the rebellion is also characterized by the deployment of a fantastic and poetical language across the landscape, marking a shift from habitation to haunting as well as the simultaneous crisis of the prosaic and the poetical, of habitation and discourse.

Sortir de l’anthropocène

L’Anthropocène est un « Entropocène », c’est-à-dire une période de production massive d’entropie précisément en cela que les savoirs ayant été liquidés et automatisés, ce ne sont plus des savoirs, mais des systèmes fermés, c’est-à-dire entropiques. Le nouveau critère de redistribution qu’il s’agit de mettre en œuvre dans l’économie du Néguanthropocène doit être fondé sur une capacité de désautomatisation qu’il faut ressusciter.

Exiting the Anthropocene

The anthropocene should be written “entropocene”, i.e., a period of mass production of entropy due to the fact that many fields of knowledge have been abolished and liquidated : they no longer belong to human knowledge, but offer closed systems of automatic reactions, which, as such, present high levels of entropy. The new criterion of redistribution needed in our age of Neguanthropocene must be based on our capacity to disautomatize and resuscitate a whole range of human operations.

Humanités numériques
Une médiapolitique des savoirs encore à inventer

Cet article essaie de distinguer trois strates au sein de ce qu’il est convenu d’appeler « humanités numériques » (hum num) ou « humanités digitales ». Les hum num 1.0 font le travail concret de numérisation, balisage, reformatage, design d’interfaces en reprenant le plus souvent des corpus déjà identifiés et circonscrits. Les hum num 2.0 tirent de ce travail de numérisation l’opportunité de constituer de nouveaux corpus et d’expérimenter de nouvelles procédures et de nouvelles formes de collaboration, qui débordent et érodent les frontières entre les disciplines, comme entre l’université et ses dehors. Les hum num 3.0 essaient de comprendre comment les pratiques et savoirs constitués depuis des siècles autour des humanités peuvent nous aider à comprendre et à nous repérer dans les façons dont le numérique informe de plus en plus profondément nos modes de subjectivation.

Digital Humanities
Three Strata of a Mediapolitical Approach

This article attempts to articulate a mediapolitical approach of Digital Humanities (DH), based on three different (but complementary) layers. DH1 digitalizes pre-defined corpuses inherited from the traditional disciplines. DH2 takes advantage of the digitalization to generate new corpuses, new forms of analysis and of collaborations which erode the borders between pre-existing disciplines, as well as between academia and the outside world. DH3 mobilizes the Humanities to better understand and reappropriate the computational subjectivations induced by the digital media.

Manifeste pour des humanités numériques 2.0

Le but visé par ce manifeste, assemblé en 2008 par Jeffrey Schnapp, Todd Presner, Peter Lunenfeld et Johanna Drucker, est d’alimenter le débat sur ce que les humanités peuvent et doivent faire au XXIe siècle, en particulier dans le domaine des luttes culturelles qui sont aujourd’hui largement menées (et gagnées) par les intérêts capitalistes. C’est un appel à affirmer la pertinence et la nécessité des humanités en une époque de coupes budgétaires, alors qu’elles sont plus nécessaires que jamais pour orienter la migration de notre héritage culturel vers des supports numériques, tandis que notre relation aux savoirs et à l’information se transforme d’une façon profonde et imprévisible. Les humanités numériques étudient l’impact social et culturel des nouvelles technologies et jouent un rôle actif dans le design, la mise en œuvre, le questionnement et la subversion de ces technologies.

Digital Humanities Manifesto 2.0

The purpose of this manifesto, assembled by Jeffrey Schnapp, Todd Presner, Peter Lunenfeld and Johanna Drucker in 2008, is to arouse debate about what the Humanities can and should be doing in the 21st century, particularly concerning the digital culture wars, which are, by and large, being fought and won by corporate interests. It is also a call to assert the relevance and necessity of the Humanities in a time of downsizing and persistent requiems of their death. The Humanities are more necessary than ever as our cultural heritage as a species migrates to digital formats. Our relationship to knowledge and information is changing in profound and unpredictable ways. Digital Humanities studies the cultural and social impact of new technologies as well as takes an active role in the design, implementation, interrogation, and subversion of these technologies

Penser le sécularisme

Ce texte, écrit à la suite des attentats du 11 septembre 2001, tente de redéfinir les notions de laïcité et de sécularisme en marge des grands récits de sécularisation. La modernité laïque n’est ni la simple séparation du politique et du religieux, ni ce qui reste lorsque la religion décline ou s’efface. Dès lors que le concept de « religion » renvoie lui-même à une construction historique qui diffère selon les espaces politiques, l’on doit affirmer que la modernité laïque est la production d’un nouveau partage entre le religieux et le politique, d’une redéfinition de ce qu’est censé être la « religion » et, avec elle, l’éthique et la politique. Le texte discute ensuite le libéralisme politique de Charles Taylor de façon critique. L’unité de la modernité politique n’est pas factuelle, c’est l’unité d’un projet moderne : elle a un but politique dont l’hégémonie se lit dans le fait que les peuples extra-européens sont perpétuellement invités à s’y mesurer. Cette analyse dessine enfin la voie d’une anthropologie du sécularisme défini comme une doctrine qui cherche à émanciper la sphère publique d’un religieux oppressif, mais aussi et surtout comme une forme de vie laïque : un ensemble d’attitudes spécifiques, un certain rapport au corps et à la souffrance ainsi qu’un modèle de subjectivité.

Thinking about secularism

The text was written at the aftermath of 9/11. It tries to redefine secularism without presupposing any narrative of the decline of religion. Secular modernity is neither the mere separation of politics and religion nor what remains after religion has withered away. Insofar that the concept of “religion” is itself a historical construction, secularism can be seen as the production of a new binary division between the secular and the religious, as a redefinition of what religion, ethics and politics are supposed to be. The text critically engages with Charles Taylor’s political liberalism. It then asserts that modernity is a hegemonic political project forcing non-European people to measure themselves to it. It eventually paves the way for an anthropology of secularism defined as both a political doctrine and a form of life – a set of attitudes, a specific relationship to the body and pain, and a mode of subjectivity.

Une République du XXIe siècle

La vision de la République que diffusent ses idéologues contemporains n’est plus celle qu’en donnait Durkheim à l’époque du combat contre l’Église. Une des grandes différences tient à ce qu’elle institue un droit d’entrée à la citoyenneté : ne peuvent prétendre au titre de « vrais » citoyens que ceux qui adoptent et se plient sincèrement aux valeurs de la « nation ». Au contraire de cette définition exclusionniste de la République, accomplir la démocratie, c’est avoir le courage de refuser de n’exclure aucune des multiples voix qui s’expriment – même les plus odieuses. Cela implique aussi de comprendre la nature des phénomènes de domination envers des « minorités », bien au-delà de la seule question « post-coloniale ».

A Republic for the 21st Century

What is currently promoted as the Republican ideal has only little left to do with what Durkheim had in mind when fighting against the grip of the Catholic Church. Today’s advocates of the Republic institute a right of entry to citizenship: the only “true” citizens are those who fully adopt the values of the “Republic”. Against this exclusionist conception of the Republic, democracy can be defined by the courage not to exclude any of the multiple voices expressed in society—even the most disturbing ones. More importantly, this requires us to understand the many forms of domination imposed upon “minorities” which cannot be reduced to mere “post-colonial” issues.

Contrer ou promouvoir l’ethnicisation par les statistiques ?

Depuis une vingtaine d’années, les statistiques dites « ethniques » font l’objet en France d’un débat récurrent. Si elles aident à faire apparaître des contradictions et des inégalités centrales dans la société, elles sont une arme à double tranchant dans la mesure où elles entraînent également un effet de stigmatisation par l’assignation à une appartenance supposée communautaire non nécessairement revendiquée subjectivement. C’est peut-être en observant ce que se fait et se dit hors de France qu’on pourra mieux mesurer les effets comparés de ce dispositif profondément ambivalent.

The Ambivalence of Statistical Ethnicity

The debates on “ethnic statistics” (calling for individuals to declare their ethnicity during the census operations) has been continuous in France over the past decades. While such statistics help document, quantify, map and understand widespread mechanisms of ethnic domination, they also impose stigmatizing effects by assigning individuals to a fixed identity not necessarily chosen by their mode of subjectivation. Looking at what has been said and done outside of France may help reevaluate the profound ambivalence of such procedures.

La disparition du corps   Cécile Bourne Farrell : Tu sembles très intéressée par la disparition du corps durant la guerre d’Irak et la façon dont certains auteurs comme Paul Virillo dans Esthétique de la disparition ou Werner Herzog, en 1991, Lessons of Darkness, évoquent chacun la disparition des corps. Jananne Al-Ani : Un des moments les […]

Illégalismes et droit de la société marchande, de Foucault à Marx

À partir d’une lecture critique de Foucault, cet article revient sur l’un des premiers textes de Marx, consacré au vol de bois mort, pour analyser les liens entre le régime pénal de la sanction du vol de bois et le régime civil de la transformation de la propriété, entre la production des illégalismes et les métamorphoses de la société civile. Il en tire une vision synthétique du patrimoine considéré comme un « corps juridique artificiel », avant d’apporter un éclairage saisissant sur l’incarcération de masse qui caractérise notre époque, où il suggère de voir un moyen de contrôler des populations paupérisées, caractérisées par un « patrimoine vide ».

Illegalism and Law in Market Society, from Foucault to Marx

Starting from a critical reading of Foucault, this article analyses an early text by Marx where the penalization of the theft of dead wood resonates with the transformation of property law, with the production of new forms of illegalism and with the transformation of civil society. It reinterprets patrimony as an “artificial judicial body”, in order to shed light on today’s mass incarceration, viewed as a means of control towards pauperized populations characterized by their “empty patrimony”.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!