Archives du mot-clé urbain

Le projet de cette mineure est multiple. Tout d’abord, il s’agit, dans une tension entre passé, présent et futur, de mettre en évidence, dans tout son dynamisme, le rapport à la terre des populations kanak. Relever leurs modalités propres d’existence à travers le temps et l’espace permettra de considérer les mutations de cette population avec […]

Existe-t-il des territoires kanak ?
Depuis plusieurs décennies, la relation fusionnelle des Kanaks avec leur terre ancestrale a été mise en lumière par les sciences humaines. Mais s’agit-il pour autant de territoires, définis d’un point de vue occidental comme des espaces agis, appropriés et délimités par des frontières ? Dans la culture et les langues kanak, le terme de territoire n’existe pas selon cette acception. De la période pré-coloniale, où ils étaient apparentés à un réseau de lieux, de chemins et de géosymboles, jusqu’à la période coloniale, où l’administration a voulu les transformer en réserves, les territoires kanak ont subi de profondes recompositions, qui rendent nécessaires de nouveaux outils conceptuels : ceux de territorialité et de territorialisation.

Are There Such Things as Kanak Territories ?
Social sciences have studied for many decades the fusional relation Kanak people maintain with their ancestral land. But is it really accurate to talk about “territories”, in the Western definition of spaces structured, appropriated and limited by borders ? In the Kanak culture and languages, there is no word to designate territories according to this definition. From the pre-colonial period, when they were perceived as networks of places, paths and geosymbols, to the colonial times, where the Western administration attempted to transform them into reservations, Kanak territories have gone through major recompositions, which call for new concepts, like territoriality and territorialization.

L’écoféminisme ou comment faire de la politique autrement
Né de la rencontre entre aspirations féministes et luttes écologiques, liant la critique de la domination de la nature et celle de la domination des femmes, refusant de séparer production et reproduction (biologique et sociale), l’écoféminisme se développe en une diversité de mouvements, aux États-Unis, mais également dans différents pays du Sud, qui ont en commun de ne pas mettre la politique au service de la nature, mais de faire de la nature, vue comme une communauté de vie, une politique nouvelle.

Ecofeminism or How to do Politics Differently
Ecofeminism resulted from the encounter between feminist aspirations and ecological struggles, tying together a critique of domination upon nature and upon women, refusing to separate production from reproduction (biological and social). It has developed into a rich diversity of movements, in the USA but also in various countries from the South. These movements share a common refusal to put politics in the service of nature, as well as a common attempt to find in nature, considered as a community of life, the source of a new politics.

Sensibilités climatiques entre mouvances écoféministes et queer
Cet article explore quelques liens et frictions qui existent entre deux mouvements et courants de pensée qui sont d’abord des expériences militantes, des vécus, des rencontres. Il retrace quelques lieux de connexion et de divergence des pratiques activistes et identités queer vis-à-vis de l’écoféminisme. Dialogue et récits entremêlés espèrent faire sentir différemment la manière dont ces liens s’articulent à la fois dans les pratiques de résistance et dans les ressentis militants quotidiens.

Convergence between Feminist and Queer Movements in Mobilizations on Climate Issues
This article explores a few links and points of friction between movements which are first and foremost activist experiences, lived moments and encounters. Connections and divergences between queer practices and ecofeminism are investigated through a dialogue and narrations that help us feel how such links articulate practices of resistance with daily activist experiences.

Portrait d’une écoféministe dans les Cévennes
Mon écoféminisme est directement enraciné dans mon style de vie expérimental, il évolue, s’affine et se radicalise au gré de mes expériences de femme, de ma réflexion, et par l’immersion constante en forêt où j’habite. Je partage ce vécu en offrant des séjours sur mon éco-lieu à des femmes en quête d’authenticité, j’organise des rencontres entre sœurs hors système, au plus près des besoins essentiels. Mon écoféminisme est donc plus un esprit qu’une pensée ou une idéologie, plus une pratique qu’une revendication.

Being an Ecofeminist in France
My ecofeminism is directly rooted in my experimental lifestyle, it evolves, refines and radicalizes itself along the way of my experiences as a woman, of my reflection and of my constant immersion in the forest in which I live. I share this experience by welcoming in my eco-place women in search of authenticity, I organize encounters between sisters, remaining as close as possible to our essential basic needs. My ecofeminism is therefore more a spirit than a thought or an ideology, more a practice than a claim.

Investir nos villes et nos lieux de vie

Faire la ville autrement, faire métropole en se fondant sur les pratiques citoyennes de tous ceux qui à la fois vivent et travaillent sur le territoire. En finir avec les vieilles frontières entre centre et périphéries, entre les populations inscrites dans la modernité et les classes populaires reléguées aux alentours avec ses vagues successives de […]

Au travail, à la maison, dans la rue, la vie ordinaire souffre d’un manque de reconnaissance des valeurs qui s’y trouvent produites et potentiellement vécues, de telle sorte qu’elles y passent le plus souvent inaperçues. Plutôt qu’à entretenir l’ordre établi des valeurs dans leur apparente objectivité, une politique plus radicale suppose de contester les systèmes […]

Autopsie urbaine
Sur Le Géant de Michael Klier
Le Géant (1982), film de Michael Klier, est un montage d’images de vidéosurveillance et policières, enregistrées dans de grandes villes d’Allemagne de l’Ouest (RFA). Au-delà d’une simple critique dénonciatrice, ce détournement artistique interroge de manière spéculative nos regards de spectateur sur les espaces urbains. En dépassant l’association convenue entre mise en visibilité et capacité de contrôle, il ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur les expériences urbaines.

Urban Autopsy
On Michael Klier’s
The Giant
Michael Klier’s film
The Giant (1982) edits images of video-surveillance taken by the police and recorded in West Germany’s larger cities. Beyond a mere critique denouncing police surveillance, this artistic détournement questions in a speculative way our gaze as viewers of urban spaces. By overcoming the clichés associating visibility and control, it breaks new reflexive grounds about urban experiences.

Des gestes sur l’écran aux gestes de rue
City Lights de Charlie Chaplin
L’ingéniosité et l’audace de Charlie Chaplin sont observées et analysées à travers la scène d’ouverture de City Lights. L’artiste dégage un certain nombre de parades et d’élans qui permutent les relations de pouvoir. Les places de chacun sont réorganisées via de multiples gestes critiques. Ode à la perturbation, en vue de les prolonger dans nos villes, dans nos quotidiens, l’article tente d’entraîner le lecteur dans de potentielles actions et interactions rediscutant l’espace public.

From Gestures on the Screen to Gestures in the Streets
Charlie Chaplin’s
City Lights
Chaplin’s ingenious and audacious creativity is analyzed through City Lights’ opening scene, where the actor-filmmaker stages a number of parades and impulses that permutate relations of power. The agents’ places are reconfigured through a variety of critical gestures. Conceived as an ode to perturbations extendable to our cities and daily lives, the article invites the reader to pursue actions and interactions questioning the potentials of public spaces.

Epopée urbaine à Montréal
Entre 2007 et 2014, Rodrigue Jean fut l’initiateur d’une expérience cinématographique reposant sur le travail d’un collectif de création connu sous le nom d’Épopée et incluant des Montréalais vivant l’exclusion dans une extrême précarité. L’article examine comment, du point de vue du spectateur, les films qui en sont issus constituent une ressource imaginaire permettant de parer à la rupture de socialité qui marque l’expérience des villes. La forme de compagnonnage qu’ils proposent fait apparaître les logiques sociales qui conduisent à l’exclusion et mise sur « l’imagination radicale » pour intensifier la sensibilité politique des urbains.

Urban Epic in Montréal
Between 2007 and 2014, Rodrigue Jean initiated a cinematographic experience based on the work of an artistic collective called Épopée, which involved Montréal residents living in situations of exclusion and extreme precariousness. The article analyses how these films provide an imaginary that helps the viewers face the rupture of sociality often experienced in city life. The form of companionship displayed in these movies brings to light the social dynamics that lead to exclusion, while it fosters the “radical imagination” in order to intensify the political sensibility of city dwellers.

  Cette Mineure entend, à partir d’objets audiovisuels divers mettant en scène la ville (docu-fictions de vidéastes, films de l’industrie du cinéma, séries TV, documentaires scientifiques), interroger le rapport que ces objets créent (suggèrent / permettent / …) entre des configurations sensibles – spécialement sonores, sans s’y limiter – et notre perception de ce qui compte. Par […]

Les images filmiques et la part insignifiante de l’expérience urbaine
À partir de The Girl Chewing Gum réalisé par John Smith en 1976, cet article rend compte du travail perceptif et sensible que les images audiovisuelles peuvent induire chez le spectateur. Qu’est-ce qui prend forme au cours de l’expérience d’audio-vision, dans l’écart entre images et sons ? Quelle est la capacité des images filmiques à traduire des expériences urbaines sensibles et ordinaires, et à en favoriser le récit ?

Filmic Images and the Insignificant Part of Urban Experience
On the basis of John Smith’s 1976 film The Girl Chewing Gum, this article reflects upon the perceptive and sensitive work induced by audio-visual images in spectators. What exactly takes shape during the audio-visual experience, in between images and sounds? How can filmic images translate ordinary sensitive urban experiences, and favor their narration?

Debout avec la terre
Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones
De plus en plus de mouvements activistes luttant contre la destruction des milieux de vie, notamment par les industries extractives qui précipitent les transformations climatiques et empoisonnent les eaux et l’air, cherchent des alliances et des sources d’inspiration auprès de peuples autochtones, tels les Aborigènes d’Australie, qui n’ont pas la même vision de la Terre que celle consistant à nier la nature sous prétexte qu’elle aurait succombé aux technologies humaines. Il est proposé ici de répondre à la réduction des ontologies en anthropologie par une « slow anthropology » qui soit « Debout avec la terre », fondée sur une expérience de terrain écosophiquement inspirée des visions et de la créativité des peuples autochtones et de leurs alliés en passant par la SF selon Haraway, Stengers et Meillassoux.

Standing with the Earth
Aboriginal Cosmopolitics and Autochthon Solidarities
More and more activist movements struggling against the destruction of their living environments – especially because of the extractive industries that accelerate the climate change and poison the water and the air, – look for alliance and inspiration in the autochthon people, such as the Aborigines of Australia, whose vision of the Earth is not to deny nature on the pretext that it would have succumbed to human technologies. This article proposes to respond to the reduction of ontologies in anthropology with a “slow anthropology” that would be “standing with the Earth”, a slow anthropology based on a field experience, ecosophically inspired by visions and creativity of the autochthon people and of their allies, and by the Science Fiction according to Haraway, Stengers and Meillassoux.

Reprendre le corps, raconter la ville

Avec les Jeux Olympiques de 2016, la ville de Rio de Janeiro semble avoir renouvelé des processus de colonisation aujourd’hui déguisés en « rénovation urbaine ». Celle-ci transforme la ville sans se soucier des profondeurs de son territoire ni des entrailles des corps qui l’ont habité ou l’habitent encore. L’une des parties les plus touchées par ce […]

La lutte des Guarani de l’Ouest du Paraná
Dans un territoire occupé au début du XXe siècle par une colonisation agricole d’immigrants européens récents, au détriment des autochtones restés à l’écart du développement jusque-là, un grand barrage a été construit en 1973 au prix d’importants déplacements de populations, qui s’est traduit par un confinement des Guaranis dans des espaces trop exigus.

Guarani Struggles in the West of Paraná
In a territory occupied at the beginning of the 20th century by an agricultural colonization of recent European migrants, at the expense of native people left out of such developments, a large dam was built in 1973, causing major displacements of populations, and confining the Guarani in spaces too narrow to allow for their survival.

Les Britanniques à Calais
La solidarité européenne à l’échelle locale dans une ville frontière

Comment fonctionnent ceux qu’on appelle les Anglais dans le camp de Calais ? Les volontaires internationaux ont remplacé peu à peu les touristes dans l’animation de la ville, à partir de 2013 ; à partir de fin 2015, la mobilisation est plus forte mais toujours peu organisée. La préoccupation est de rendre le camp plus habitable, de construire avec les migrants des lieux de vie pour les femmes et les enfants, pour les repas, pour le théâtre, pour la bibliothèque. Ces hauts lieux seront épargnés de la destruction par la justice. Mais cette nouvelle urbanité n’est pas exempte de rapports de pouvoir. L’aide britannique se restructure à partir du Hangar, hors du camp, pour pratiquer l’aide sur un mode quasi-industriel par son efficacité. Les volontaires deviennent plus distants des migrants, et leur vie se déroule plutôt hors du camp. Français et Britanniques se rejoignent cependant dans le traitement des mineurs isolés et le conseil juridique.

Britons in Calais
European Solidarity at the Local Level in a Bordertown

How do those referred to as “les Anglais” operate in Calais? International volunteers have progressively replaced tourists in the animation of the city, starting from 2013. Since the last months of 2015, the mobilization is still strong but little organized. Efforts concentrate on making the camp more hospitable, on constructing with the migrants a better place for women and children, improving meals, establishing a theater, a library — these sites being spared the destruction waged by the authorities. This new urbanity is not free from relations of power, however. British aid was restructured around the “Hangar”, away from the camp, on a quasi-industrial mode of management geared towards efficiency. The volunteers have become more distant towards the migrants, as their life is now located outside of the camp. French and British volunteers, however, are in tune concerning the help brought to isolated children and legal counseling.

Le site de la Linière à Grande Synthe
Camp ou quartier?

Le lieu de vie construit par les migrants à Grande Synthe est en cœur d’agglomération ; les exilés peuvent bénéficier des services de la ville et de nombreux services ont été installés par les associations. Il ne s’agit pas réellement d’un camp. Cette initiative s’inscrit dans le projet d’autonomie des villes par rapport aux États. Du point de vue architectural il s’agit d’un lieu ouvert capable de s’adapter aux arrivées et départs de population, capable de voir se développer des activités productives. C’est un quartier d’accueil et d’intégration.

The Linière Site at the Grande Synthe
Camp or Neighborhood?

The living space built by migrants at the Grande Synthe is located in the core of the city; exiled people can benefit from the townhouse services and several services are provided by associations. Is it really a “camp”? This is part of the increasing autonomy claimed by cities towards national States. From an architectural point of view, it is an open place designed to adapt to the incoming and outgoing of populations, which can host productive activities. It is a neighborhood geared towards welcoming and integration.

Une urgence pour une autre
L’ère du sursis

Le traitement des étrangers, migrants et demandeurs d’asile met en avant la notion d’urgence qui signifie concrètement mise en attente, à durée indéterminée. Ceux qui ont fui une situation autrement urgente sont soumis à ce qui apparaît une chronopolitique, un jeu sur l’assujettissement par les variations du temps. Les urgences propres aux migrants sont nouvelles par rapport à l’époque des migrations économiques ou contrôlées militairement, et vont augmenter avec le changement climatique. Elles ne coïncident pas nécessairement avec les urgences quantitatives et qualitatives des pays d’accueil.

One Emergency for Another
Towards an Era of Suspended-Sentencing

Our dealings with foreigners, migrants and asylum seekers rely on a feeling of emergency, which concretely translates into making people wait endlessly. Those who had to flee a much more dramatic emergency situation are subjected to a chronopolitical form of domination, based on variations in temporality. The type of emergencies specific to migrants are new compared with the past era of economic or military-controlled migrations, but they will increase as global climate change worsens. The emergencies are not in phase with the quantitative and qualitative emergencies of the hosting countries.

Les routes euro-méditerranéenne discrètes de l’exode moyen-oriental
Mobilités et accueils

Devenus indésirables dans les pays riches, des migrants ont développé de nouvelles initiatives économiques, le long de trois territoires circulatoires distincts, où ils réalisent une mondialisation entre pauvres, en s’appuyant sur les quartiers maghrébins des villes européennes traversées. La Bulgarie est une plaque tournante du troisième réseau, du fait de ses relations de longue date avec la Syrie. L’article relate l’exode d’une trentaine de Syriens étonnés de ne pas trouver suffisamment d’opportunités en Bulgarie, mais profitant tout au long de la route de l’aide de parents et amis, et tissant au fur et à mesure de nouvelles relations transnationales.

The Discreet Euro-Mediterranean Inroads of the Middle-East Exodus
Rejected from wealthy countries, migrants have developed new economic initiatives along three distinct circulatory territories, where they enact a form of globalization of the poor, with the help of the population from the Maghreb they meet in European cities. Bulgaria is a keystone of the third network, due to its well-established relations with Syria. This article narrates the exodus of thirty Syrians surprised not to find enough opportunities in Bulgaria, but taking advantage of relatives’and friends’help, weaving new transnational relations along the way.

Le rêve mondial d’un univers urbain sans « bidonvilles »
Discours, mobilisations et mythe

Près de la moitié de la croissance urbaine, due à l’exode rural et aux migrations, se fait de façon informelle dans des « bidonvilles ». Alors qu’ils sont détruits dans les pays riches, ils sont réhabilités, « urbanisés », dans les pays du Sud, non sans déplacement des habitants comme le montre l’exemple du Maroc. Les opérations-phares cachent l’insuffisance des investissements dédiés et la poursuite des évictions, malgré les déclarations des sommets Habitat de l’ONU qui se succèdent depuis 1976. L’article souligne les inégalités de traitement entre ces quartiers selon les populations ciblées. La sécurisation foncière demandée par tous les acteurs pourrait être un préalable à la mise sur le marché ou à la mise en place d’un financement plus solidaire de l’urbain.

The Global Dream of a Slumless Urban Universe
Discourse, Mobilisations and Myths

About half of urban growth, due to movements from the countryside to towns and due to migrations, ends up in informal slums. While those are destroyed in wealthy countries, they are rehabilited and “urbanized” in the South, often by displacing populations, as illustrated by the example of Morocco. High-visibility operations fail to hide the lack of investments and the persistent policies of eviction, in spite of the official declarations periodically reiterated during UN Summits on Habitat since 1976. This article addresses the inequality of treatment between the neighborhoods, depending on the targeted populations. Real-estate securization demanded by all actors could be a first step towards the marketization of housing or towards the establishment of more socially-oriented forms of financing.

Petit traité de navigation dans la langue migratoire
La métaphore liquide s’est imposée au XIXe siècle pour décrire et représenter les mouvements migratoires. Elle conduit à les traiter de manière déshumanisante en termes de canalisation, d’endiguement ou de filtrage. En Chine également, les migrants ruraux sont évoqués comme des vagues d’illégaux flottants. Les images de l’exode des Syriens l’été 2015 mettent en scène naufrages, pluies torrentielles, flaques et quête de l’eau dans les camps. De même, la vision des camps de Calais, puis Grande Synthe, dans la boue, transforme les réfugiés en victimes indifférenciées. Maniée par les migrants la métaphore de l’eau peut-elle se retourner positivement ?

A Small Treatise on Navigating the Language of Migration
The metaphor of liquids has become dominant to describe migrations. It tends to de-humanize migrants, by treating them in terms of canalization, damns and filters — as in China, where they are mentioned as waves of floating illegalities. Images from the 2015 Syrian exodus stage shipwrecks, torrential rains, and quest for drinkable water in camps. In Calais or Grande Synthe, mud turns refugees into undifferentiated victims. In the language of the migrants themselves, can the liquid metaphor be reversed towards positive meanings?

Considérant ce qui s’affirme

Considérant ce qui s’affirme
Sciences et politiques dissidentes du PEROU dans les camps, bidonvilles et refuges de France

Dans cet entretien avec Luc Gwadzinzky, Sébastien Thiery, coordonnateur du PEROU, affirme chercher au contact des migrants et des exclus les formes émergentes de la ville de demain, celle qui fera place à tous ceux qu’exclut la métropolisation. Il s’agit de déplacer le regard, d’englober migrants et habitants dans une même question. La démarche se déplace de site en site, en faisant jurisprudence à partir de chaque cas, en produisant fictions et créations avec migrants, habitants et artistes, en reconnaissant les pratiques d’hospitalité et l’immensité des ressources potentielles qu’elles mobilisent. Un programme de recherche et de formation, l’École des situations, est en préparation.

Considering What Asserts Itself
Dissident Sciences and Politics by Perou in French Slums and Camps

In this interview with Luc Gwadzinzky, Sébastien Thiery, coordinator of the PEROU collective, explains how working with migrants and castaways helps understanding the emergent features of tomorrow’s cities, which will have to find room for all those excluded by our current metropolis. In order to displace our point of view and to develop a common perspective between migrants and locals, their work goes from site to site, generating jurisprudence based on singular cases, producing fictions and creations shared by migrants, locals and artists, documenting the incredibly resourceful wealth of hospitality and solidarity. A research program entitled the School of Situations is in preparation.

Nouvelles réflexions sur le lieu des Sans-État
Calais, son camp, ses migrants

Il s’est passé dans le camp-bidonville de Calais en quelques mois des phénomènes, certes minimalistes mais bien réels, d’aménagement de l’espace, de socialisation, d’échanges avec les habitants et de politisation des occupants, qu’on retrouve en général dans les camps contemporains, mais qui ont eu lieu ici en accéléré. L’exemple de Calais permet de nouvelles réflexions sur le lieu des Sans-État aujourd’hui, sur l’édification d’un nouveau monde dans le monde, peuplé par eux et par ceux qui les accompagnent ou les visitent.

New Thoughts on the Place of the Stateless
Calais, its Camp, its Migrants

Many things have happened in the Calais camp-slum within a few months, small but real and meaningful, in terms of space allocation, socialization, exchanges with the locals and politicization of the migrants — things that are common in many camps but which happened here in a fast-forward mode, and which call for new thoughts on the place of the Stateless, on the construction of a new world within the world, inhabited by migrants, by those who accompany or visit them.

  If it were done when ’tis done, then ’twere well It were done quickly. (« Si cela est fait quand ce sera fait ; ce serait bien Que ce soit fait rapidement. ») Shakespeare, Macbeth, Acte 1, Scène 7 Ainsi l’incertitude britannique à se décider sur l’Europe aura duré soixante ans. Finalement ce sera non. Non pas […]

Depuis janvier 2015, les attentats se succèdent : sans quitter leurs anciennes terres de prédilection au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie, ils ont essaimé et frappé plus particulièrement la Turquie, l’Afrique, l’Europe. Les messages de menaces se sont multipliés et les attaques qui avaient semblé privilégier des cibles symboliques d’un mode de vie consumériste, ostentatoire, festif, ludique, […]

La présence médiale des corps étrangers

Des pratiques artistiques aux discours sur l’immigration, les présences qui nous hantent en masse vivent de la tension entre leurs réalités médiales, nos désirs d’immédiateté et nos rêves d’immunité. Ce sont les plis générés entre ces trois registres qui rendent nos modes de présence très compliqués.

The Medial Presence of Foreign Bodies

From artistic experimentations to discourses on immigration, we are haunted by presences where realities of mediation, desires of immediacy and dreams of immunity are folded upon each other. The entanglements between these three registers make our modes of presence extremely complicated.

La mendicité comme moyen de revendication. L’exemple des femmes balayeuses de rue à Abidjan

L’entreprise ASH, société de ramassage d’ordures, emploie un bon nombre de femmes dans le balayage de rue. Ces femmes travaillent dans les différentes communes d’Abidjan, mais la relation entre les employées et l’entreprise s’est progressivement détériorée et marquée de tension. Le non-paiement de leur salaire de plusieurs mois fut la source de cette tension à partir de 2004. Au fil de ce conflit, certaines de ces femmes, après leur travail, se sont retrouvées et se sont adonnées à la mendicité de 2005 à 2010. Elles ont trouvé un point stratégique de mendicité : le grand carrefour de l’Indenié, dans la commune d’Adjamé.

À partir de midi, elles se retrouvent à ce lieu dans leur blouse de travail. Ainsi, elles abordent aux feux tricolores les usagers de la route pour leur solliciter humblement un peu d’aide financière. Ces femmes sont toutefois confrontées à cet endroit à de nombreux problèmes. D’abord, l’occupation de l’espace est source de conflits. Elles sont opposées à d’autres types de mendiants, handicapés ou non, enfants, hommes et femmes âgés. Ces derniers considèrent la présence des femmes balayeuses comme une « force d’occupation » constituant une menace pour leurs intérêts. Souvent, une pièce de monnaie jetée par un usager devient objet de dispute. Ensuite, elles sont victimes d’injures publiques de toutes sortes de la part des usagers de la route. Enfin, elles sont aussi victimes des coups de pierre lancées par des apprentis-chauffeurs. Cela crée des inimitiés entre elles et indispose encore plus les usagers de la route.

Mais, malgré les difficultés auxquelles ces femmes sont confrontées, elles demeurent toujours fidèles à leur lieu de mendicité. Comment en dépit de toutes ces menaces dont elles sont victimes, ces femmes persistent dans leur comportement ? Comment en sont-elles arrivées à la mendicité ? Quel sens prend cette mendicité ?

 

De balayeuses à mendiantes

Nous avons mené des entretiens semi-directifs avec certaines de ces femmes s’adonnant à la mendicité selon une méthode qui consiste à ajouter à un premier noyau d’individus (les personnes considérées comme influentes par exemple) tous ceux qui sont en relation (d’affaires, de travail, d’amitié, etc.) avec eux et ainsi de suite. Ainsi, les premières personnes interrogées nous ont conduits à d’autres personnes concernées par l’enquête. Une soixantaine d’entretiens ont été ainsi réalisés avec les femmes, les autorités administratives de l’entreprise ASH ainsi qu’avec quelques personnes en relation avec la pratique de ces femmes[1].

Il en est résulté que les femmes sans conjoint sont en majorité veuves, donc chefs de famille. Leur âge est compris entre 38 et 60 ans. Les femmes employées par ASH sont rémunérées en raison de 1 400 francs CFA par jour, versés mensuellement comme un salaire de 36 400 francs CFA (sans les dimanches) et 42 000 francs CFA (avec les dimanches). Mais, depuis août 2004, ces femmes n’ont plus entièrement ou plus du tout perçu leur salaire. Cela serait dû à aux difficultés économiques d’ASH, qui sont liées à une crise interne à l’entreprise, mais aussi au non-paiement d’une facture de deux milliards de francs CFA par l’État de Côte d’Ivoire. En effet, l’entreprise ASH a pour seules ressources financières le revenu de toutes ses activités. En vertu de la convention signée entre elle et la ville d’Abidjan, elle devait être rémunérée au tonnage d’ordures mises en décharge. Aussi, le balayage des rues et le curage des caniveaux ont-ils fait l’objet d’un prix forfaitaire. Le paiement des salaires des employés en général, et en particulier des femmes, est conditionné par le respect des engagements de l’État envers l’entreprise. C’est le défaut de paiement de l’État qui a causé le non-paiement des salaires qui a mis les femmes dans une situation de vulnérabilité. Cette vulnérabilité traduit leur difficulté à assurer certains besoins vitaux : se nourrir, se soigner, etc. Face à cette situation, comme tout employé, les femmes ont revendiqué leur salaire.

 

Une forme originale de revendication

Elles ont commencé par la négociation avec leur employeur en 2004. Cette négociation a abouti à un sit-in dans la commune du Plateau, la cité des administrations. Mais les femmes ont été chassées par la police. Elles se sont ainsi trouvées confrontées à deux adversaires : l’entreprise ASH et l’État. Les actions ordinaires de revendication entreprises par les femmes n’ont pas eu les effets escomptés. C’est ainsi qu’elles se sont retrouvées au grand carrefour de l’Indénié, dans la commune d’Adjamé, où elles s’adonnent à la mendicité.

Au grand carrefour de l’Indenié, l’arrêt des usagers aux feux tricolores offre une occasion favorable pour permettre aux femmes de solliciter de l’aide financière de la part des automobilistes. Ces mendiantes non-ordinaires ont une particularité, qui les distingue des autres personnes demandant de l’agent à ce carrefour. Leur particularité tient à ce que la plupart d’entre elles continuent à porter leur uniforme de travail, une blouse verte portant l’insigne d’ASH.

À ce carrefour, les femmes n’agissent pas individuellement, mais se mettent par groupe de quatre à cinq. La somme recueillie est partagée par les membres du groupe. Les différents groupes de femmes sont gouvernés par des responsables, qui conduisent le mouvement. Quel est donc le sens de la mendicité des femmes ? Face aux difficultés rencontrées à se faire payer leur salaire de balayeuses, les femmes d’ASH se sont tournées vers la mendicité comme offrant un nouveau recours. Cette mendicité a un double enjeu. Il s’agit premièrement d’un moyen de survie : génératrice de revenus, la mendicité permet aux femmes de subvenir à leurs besoins. Dans cette activité organisée collectivement, elles perçoivent chacune au minimum une somme de 1 000 francs CFA par jour. Deuxièmement, au-delà des raisons socio-économiques avancées par ces femmes, elles se servent souvent de la mendicité comme d’un moyen de revendication ou de protestation pour attirer l’attention des autorités publiques sur l’injustice qui leur est faite. Les différentes rencontres avec leur employeur n’ayant jamais eu d’effets favorables, elles protestent par leur présence organisée et quotidienne dans la rue : seul le paiement de leur salaire pourra les amener à quitter les carrefours.

Cette situation est difficile pour elles. Comme le dit l’une de celles que nous avons interviewées : «Ils n’ont qu’à nous donner notre argent. Nous-mêmes, on sait que c’est pas bien. C’est pas joli quand on nous voit faire ça. Mais c’est notre argent qu’on veut ». En s’adonnant à la mendicité, elles ont certes l’impression de perdre leur honneur, mais elles se discréditent pour discréditer l’entreprise ASH, ainsi que pour ternir l’image d’Abidjan, la capitale économique, qui sont les deux causes de leur malheur. Pour mener à bien leurs actes, elles se servent de leurs blouses de travail où est marqué l’insigne « ASH’», espérant retourner à leur profit l’image déformante de la femme africaine et la situation d’inconfort qu’elles créent dans la zone de mendicité.

Ce faisant, les balayeuses déploient des stratégies nouvelles pour faire face à leur situation. Ainsi, la mendicité prend avec elles un sens symbolique. Elle met en scène des acteurs qui l’utilisent pour faire une pression psychologique sur leur employeur, dans le but d’obtenir un meilleur traitement. Malgré les sit-in, les grèves et les formes d’action plus traditionnelles, aucune solution n’avait été apportée à leur problème de paiement salarial. La mendicité a donc constitué une stratégie de contournement des contraintes et un moyen de faire une mauvaise publicité à la société les employant, à la fois l’entreprise ASH et la ville d’Abidjan.

Des stratégies enchevêtrées

Comme le remarquaient Crozier et Friedberg[2], de telles stratégies ne dépendent souvent pas d’objectifs clairs, mais se construisent en situation, en fonction des atouts que peuvent avoir les acteurs et des relations dans lesquelles ils s’insèrent. L’État a accusé un retard dans le versement des frais dus (près de 2 milliards de francs CFA) à l’entreprise ASH pour son travail de nettoyage de la ville d’Abidjan. Ce manque à gagner constitue l’une des sources du non-paiement régulier des salaires des employés en général, et des balayeuses en particulier. La mendicité, telle qu’elle est utilisée par les femmes pour harceler les automobilistes de tout ordre, est aussi un moyen dont se servent les responsables de l’entreprise ASH pour faire pression sur l’État. En effet, l’un des arguments majeurs brandis par les responsables d’ASH devant les autorités gouvernementales et du district pour obtenir le paiement des arriérés dus par l’État est la condition précaire de vie des femmes à leur charge. La mendicité des femmes ne profite donc pas seulement aux femmes ; elle est utilisée aussi par leurs responsables pour revendiquer un certain nombre de droits auprès de l’État. C’est ce qui explique que les responsables de cette entreprise ne prennent aucune disposition pour endiguer ce phénomène dans les rues d’Abidjan.

Les populations développent toujours des stratégies nouvelles pour imaginer des solutions aux obstacles qui se présentent à elles. La mendicité doit être comprise dans un tel cadre : les femmes l’utilisent comme moyen de revendication pour attirer l’attention des autorités. Au total, la mendicité doit donc être ajoutée aux modes classiques d’action de revendication utilisés par les employés ou les entrepreneurs syndicaux. C’est-à-dire qu’à côté de la grève, des manifestations, des pétitions, de l’organisation de fêtes de soutien et de la résistance au travail, il faut ajouter la mendicité. Cette mendicité collective est une forme de revendication à laquelle a conduit l’échec des modes traditionnels de revendication, amenant les femmes à changer de stratégie. Elles exploitent les effets néfastes ou dégradants de la mendicité, en faisant évoluer les modes de revendication utilisés par les employés et par les femmes pour faire entendre leurs droits. En 2011, avec le changement de régime au pouvoir, ces femmes ont été recrutées par des nouvelles entreprises de ramassage d’ordures créées par les nouveaux dirigeants. Elles ont ainsi abandonné les rues.

 

[1]     Notre analyse est par ailleurs appuyée sur certaines enquêtes antérieures : M. Assi, « Les enfants mendiants », tiré de Garçons et filles des rues dans la ville d’Abidjan, Paris, 2003 ; Y. Asso, « Étude d’une structure de gestion des déchets en milieu urbain », Mémoire de maîtrise, département de sociologie, Université de Bouaké, 2001 ; G. Doua, « Abidjan, cœur du tourisme ivoirien, sombre dans les ordures ménagères », Fraternité Matin, no11, 129, 2001, p. 11 ; K. Dua, « Mendicité à Abidjan : un problème endémique », Ivoir Soir, no3 682, 2002, p. 4-5 ; P. Gilliard, « Rue de Niamey, espace et territoire de la mendicité », Politique Africaine, no63, 1996, p. 51-60.

 

[2]     Crozier, M. et E. Friedberg, L’acteur et le système: les contraintes de l’action collective, Éditions du Seuil, Paris, 1992.

 

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