: Une nouvelle formule pour Futur antérieur

Avec ce numéro 38, nous concluons sept ans de travail. Trente huit numéros plus douze suppléments font cinquante… Niente male, surtout si l’on veut bien tenir compte de la pauvreté des moyens mobilisés, qui n’a pas empêché l’indépendance de la rédaction et la rigueur de la critique.
Nous nous sommes constitués comme revue dans les grandes transformations qui, après la Chute du Mur ont profondément modifié les diagonales du monde et les identités et les passions en Europe et en France. Durant cette période de crise généralisée de tous les modèles de prévision, de gestion et d’explication des conflits, la revue aura su maintenir ouverte la recherche autour des nouveaux mouvements sociaux et de leurs perspectives culturelles et politiques.

En 1997, Futur Antérieur changera

Mais un changement de formule qui ne modifie en rien la position politique de la revue. Futur Antérieur restera « engagé » sur le terrain d’une gauche critique, ni réformiste, ni dogmatique, ouverte à la pluralité des approches de la transformation.
Un changement dans la fidélité aux thématiques qui ont caractérisé le travail collectif de la revue.
Avec, en premier lieu, le thème de ta transformation du travail, que nous avons développé comme question du travail immatériel, dans l’hégémonie du travail intellectuel et coopératif qui pose à nouveaux frais le problème de la production de subjectivité. De là que l’entrée dans le post fordisme et dans la société de communication ne réalise pas seulement, à notre sens, la colonisation post-moderne des consciences et des singularités ; elle permet aussi de nouveaux régimes de liberté et d’auto-organisation. Ce qui a amené la revue à considérer le mouvement social de l’hiver 95 comme paradigme futur de la lutte des classes.
En second lieu, nous avons considéré le thème du “public” comme la configuration contemporaine de la multitudo. C’est ainsi que nous avons procédé à l’analyse des temps et des modes sous lesquels le nouveau prolétariat se constitue en communauté productive et se réapproprie l’ “administration ” dans les espaces politiques de la vie, qui impliquent les rapports de pouvoir entre hommes et femmes.
S’est enfin posée la question de l’unité politique européenne dans le cadre de la mondialisation. Nous nous reconnaissons en tant que citoyens européens. Car c’est seulement dans la communauté européenne que peut se constituer un espace politique dans lequel la résistance à l’impérialisme néo-libéral sera à même de s’affirmer

Pourquoi cette nouvelle formule de Futur Antérieur ?

Il s’agit de travailler à la mise en place d’une revue généraliste d’un type nouveau. « Politique, Sociologie, Philosophie, Psychanalyse, Culture » a été dès l’origine le sous-titre de Futur Antérieur. N’y aurait-t-il eu là qu’une intention programmatique jamais réalisée ? Certainement pas. Car la revue a compté avec des contributions significatives dans tout ces champs d’investigation. Reste que l’« intégration » n’a pas été à la hauteur de la « différenciation », faute des notions communes et d’un travail de création des concepts adéquats au projet polyphonique de la revue. C’est pourquoi nous nous proposons, dans cette « nouvelle formule », d’investir à la fois les nouvelles conditions d’une critique de l’économie politique et les nouvelles expériences d’une philosophie post-structuraliste : une philosophie de l’immanence et de la vie. Nous pensons en effet que c’est sur ces deux terrains, économique et philosophique, que la recomposition du dessein de la revue – en tant que revue généraliste -peut s’opérer
Nous pensons que la critique de l’économie politique est aujourd’hui appelée à construire les nouveaux opérateurs à partir desquels le champs des valeurs bio-politiques peut et doit être reconsidéré. Le néo-libéralisme n’est pas seulement le lieu d’une « horreur économique », mais aussi le temps de la destruction de toute la tradition critique de l’économie politique. Le néo-libéralisme n’a pas seulement subsumé la vie dans le marché global (subsomption ô combien réelle… ), mais a aussi désertifié tout principe de raison. C’est pourquoi les économistes critiques, dans la technicité même de leur discipline, sont impliqués dans l’ensemble bio-politique et sont donc porteurs de catégories qui ont prise sur la totalité du savoir
Quant à la philosophie et aux passions qu’elle suscite, il faudrait aujourd’hui oser enfin trancher entre le courant analytique et la tradition phénoménologique : en termes de ni, ni… Car ces deux formes d’analyse sont également aveugles aux enjeux du contemporain en tant que laboratoire du présent et eu égard aux nouveaux dispositifs de subjectivation. D’où la centralité d’une certaine philosophie française contemporaine -qui s’est historiquement (et intempestivement) constituée comme « pensée 68 » – en tant qu’elle détermine un processus réel de destruction de toute forme de transcendance politique (Souveraineté, Nation, Forme-État, Forme -valeur…) et induit à penser la résistance comme ontologiquement première, quand le pouvoir n’a plus comme objet et comme sujet que la vie elle-même… Ce qui impose une investigation fine et une critique forte des formes actuelles (et contradictoires) de production philosophique.

C’est dire que la revue que nous nous proposons d’élaborer avec cette nouvelle formule cherche à construire des concepts qui sachent appréhender la trame subversive de l’être dans la relation entre la phénoménologie de l’existant et l’analyse des nouveaux désordres de l’agir.
Pour ce faire, la nouvelle formule de Futur Antérieur fera appel à de nouveaux collaborateurs, en privilégiant l’internationalité et la transdisciplinarité des interventions.

LA RÉDACTION