A travers le “Labyrinthe” postcolonial

LE MONDE DES LIVRES | 12.10.06 |Entre pensées vagabondes et savoirs hybrides, la revue Labyrinthe a été fondée en 1998 par de jeunes universitaires issus d’horizons divers, mais qui partagent un même désir d'”indiscipline” : contre les cloisonnements institutionnels et la segmentation des disciplines, il s’agissait d’inventer un atelier où de jeunes chercheurs pourraient se retrouver afin d’échanger textes et idées, quels que soient leurs galons, leurs orientations théoriques et surtout leurs spécialités.Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner de voir l’équipe de Labyrinthe consacrer un riche numéro aux études dites “postcoloniales”, qui tentent de “revisiter le passé et le présent des empires”. Car depuis leur naissance, aux Etats-Unis, il y a de cela environ un quart de siècle, ces études se distinguent par leur vocation éminemment transdisciplinaire, à la charnière de l’histoire, de la littérature, de la philosophie ou encore des études féministes. Ainsi ce champ de recherche permet-il une “mise en danger volontaire de nos topographies scientifiques acquises, de nos petites patries et de nos prés carrés”, note ici Marc Aymes.

Intitulé “Faut-il être post-colonial ?”, le dossier élaboré par la revue Labyrinthe (Ed. Maisonneuve & Larose, no 24, 140 p., 10 €, www.revuelabyrinthe.org) retrace la genèse de ce domaine d’études en le replaçant dans son creuset institutionnel : les campus américains, où la souplesse des structures universitaires a permis l’émergence des gender, transnational et autres Afro-American studies, en étroite relation avec les évolutions de la société elle-même, et en fidélité critique à l’oeuvre de théoriciens souvent français (Foucault, Derrida ou Lacan, entre autres), comme en témoigne Anne Berger, professeur de littérature française à l’université de Cornell.

Et tandis que Laurent Dubreuil souligne ” le poids de la diaspora indienne anglophone”, et par exemple de deux figures centrales comme Gaytari Spivak et Homi Bhabha, Anthony Mangeon regrette qu’en France le développement tardif de ce type d’études “s’apparente plus à un détournement qu’à une appropriation critique”. Et de fait, conclut Grégoire Leménager, la réception française de ce courant théorique souffre d’un biais militant qui substitue trop souvent la simplification polémique à l’analyse scientifique.

Signalons également, dans le dernier numéro de Multitudes, un dossier “Post-colonial et politique de l’histoire”. “La question du caractère toujours déjà colonial du pouvoir (…) fait partie des interrogations majeures qui traversent les différents courants de la pensée politique et historique qui ont émergé ces dernières années”, écrivent en ouverture Yann Moulier-Boutang et Jérôme Vidal (Amsterdam, 240 p., 12 €).

Enfin, la revue Contretemps se penche, elle, sur les liens entre “Post-colonialisme et immigration”, avec des contributions, entre autres, de Mamadou Diouf, Tom Shepard, Laure Pitti, Houria Bouteldja et Sylvie Thénault (Textuel, no 16, 192 p., 19 €).
J. Bi.