Capitalisme cognitif, et cætera A propos du n° de Multitudes

Publié sur le site 19 Clics .

La revue Multitudes reprend, dans un style radical-universitaire, le même type de filiation intellectuelle que l’ex “Futur Antérieur”.

On n’est pas obligé d’adhérer à cette orientation générale pour trouver passionnant le numéro deux, consacré à la Nouvelle Économie Politique, c’est-à-dire aux théories qui tentent d’intégrer la réalité de la nouvelle économie.
Multitudes est loin de partager les analyses d’un S. Shepard, rédacteur en chef de Business Week, quasiment devenu, après les ratés de Wired, l’organe officieux de la nouvelle économie. Pour Shepard- mais c’était le cas de la plupart des commentateurs, avant qu’ils aient été dégrisés par la succession récente de crashs – la globalisation et les technologies de l’information entraînent une restructuration radicale de l’économie qui se manifeste par une croissance rapide sans inflation, associée à une augmentation de la productivité.

Si vous regardez la télévision, ou lisez les journaux, vous connaissez ce genre de thèses: c’est, en gros, l’idéologie dominante.
Les rédacteurs de Multitudes critiquent ces théories, sans pour autant remettre en cause l’importance et la réalité des phénomènes rassemblés sous l’appellation de “nouvelle économie” ou de “net-économie”. Une de leurs principales propositions (Paulré, Cosani) s’appelle le “capitalisme cognitif”. On passe d’une période historique – la société industrielle fordiste- où la richesse provient de la production de biens homogènes et reproductibles, à une autre, où ce sont le changement et l’innovation qui sont à l’origine de la valeur. Le capitalisme cognitif repose sur l’innovation. La logique d’un management financier doit s’articuler avec celle de l’exploitation de la valorisation et de la connaissance. C’est ici qu’interviennent les technologies de l’information.

D’autre part, dans un article consacré à Gabriel Tarde, Maurizio Lazzarato présente une nouvelle approche des lieux de création de valeur, qui ne se limiteraient plus à la seule entreprise, pôle de production dans un monde de dépenses (vision partagée par les libéraux et les marxistes). Avec la net économie, la création de richesses s’étendrait à l’ensemble de la société, la communication en réseau, les formes d’organisation qui “hybrident marché, entreprise et société”.

C’est ce qui s’appelle résumer une thèse sur un timbre-poste. Mais si ces sujets vous intéressent, et si vous êtes prêts à vous accrocher, lisez le numéro 2 de Multitudes, qui comprend aussi une présentation de la Zelig Conférence 2000.