De la New economy au capitalisme cognitif

La Nouvelle économie a envahi la presse au point qu’il peut sembler aujourd’hui incongru de prétendre s’interroger sur le sens et la portée de cette notion qui reçoit pourtant des acceptions sensiblement différentes. Cette notion, qui a principalement son origine dans certains médias nord-américains, est plus un phénomène médiatique qu’un véritable courant intellectuel ou politique. Son intérêt n’en est pas moindre : elle exprime une certaine façon de lire et d’interpréter les performances de l’économie américaine, et d’identifier les principes à transposer aux autres économies. À ce titre, c’est autant un phénomène sociologique et idéologique qu’un thème qui, par son contenu, serait réservé aux seuls économistes.
La lecture que font les « nouveaux économistes » de la « nouvelle » croissance américaine, parfaite et vertueuse, est fortement biaisée. Car par-delà la « face blanche » de leur économie, les Etats-Unis cultivent une face noire dont les performances sont, en creux, malheureusement, tout aussi remarquables. À cet égard, la Nouvelle économie est une économie duale et se caractérise par l’approfondissement d’un fossé entre deux populations. D’un côté on trouve tous ceux qui ont la possibilité d’être acteurs du changement techno-économique en cours aux USA, d’en tirer profit et avantages en tous genres. De l’autre, se trouvent ceux dont la Nouvelle économie ne parle même pas. Comme l’ancienne, la Nouvelle économie a son back-office. La New economy n’est pas nouvelle pour tout le monde. C’est ce que les Américains appellent le digital divide.

Les significations variées d’une notion relativement floue

La notion de Nouvelle économie peut avoir trois significations sensiblement différentes :
1- Les secteurs d’activité développant les nouvelles technologies de l’information et de la communication (les NTIC) : on désigne de plus en plus souvent par Nouvelle économie la partie de l’économie consacrée à l’exploitation et au développement des nouvelles technologies. C’est un sens trivial qui a tendance à prendre le pas sur les autres acceptions, pourtant plus anciennes. Depuis, surtout, que les pages boursières sont envahies par la distinction entre les valeurs de la Nouvelle économie et celles de l’ancienne. Cette coupure de l’économie en deux nous semble dommageable. On entretient par là une vision manichéenne consistant à distinguer dans l’économie des secteurs « anciens », quasiment condamnés et des secteurs d’avenir, porteurs des nouvelles technologies donc en charge de tous les espoirs. Or s’il existe des révolutions technologiques, celles-ci n’engendrent pas des technologies nouvelles venant se substituer aux technologies anciennes. À partir des nouveaux paradigmes, il s’agit aussi de faire du neuf avec du vieux et d’opérer des recompositions. Autrement dit les technologies anciennes peuvent très bien être enrichies et stimulées par les technologies nouvelles. Le secteur de l’automobile ne va pas disparaître demain, pas plus que l’agroalimentaire ou le travail des métaux. Tous les secteurs sont concernés par l’électronique et l’informatique. Tous les secteurs participeront peu ou prou au e-business et exploiteront le développement des télécommunications.
2- Un nouveau régime de croissance économique vertueux, résultant de la pénétration des NTIC, et se traduisant par le changement définitif de certaines lois économiques. Il s’agit là du sens originel de la notion de New economy aux Etats-Unis. Selon S. Shepard, Rédacteur-en-chef de Business Week, magazine qui joua, avec Wired, un rôle très actif dans la diffusion des thèses relatives à la New economy, aux USA « par New economy, nous entendons deux grandes tendances qui sont à l’œuvre depuis plusieurs années. La première est la globalisation des affaires… La seconde est la révolution des technologies de l’information… Ces deux tendances globales sapent le vieil ordre [économique, obligeant les activités à se restructurer… Le résultat : une restructuration radicale qui nous rend plus efficients… [Elles se combinent avec assez de force pour accroître le niveau de vie des américains, créer des emplois, stimuler l’effort entrepreneurial – et faire tout cela sans aggraver l’inflation. Pour ceux qui croient à la New economy nous avons ici un magic bullet – une façon de revenir aux conditions des années cinquante et soixante avec une forte croissance et une faible inflation. Oubliez le taux de croissance à 2 %. Nous parlons maintenant d’un taux de 3 % ou même de 4 %. Oubliez l’inflation à deux chiffres et le taux naturel de chômage. Nous parlons de prix stables. Oubliez l’évolution désespérante des pays en développement. Nous parlons de l’élévation du niveau de vie en Inde et au Brésil. »
Pour les tenants de la New economy, les performances macroéconomiques sont les conséquences spécifiques des NTIC et de leurs effets immédiats sur la productivité. Ils insistent sur le caractère révolutionnaire de ces changements. L’avènement d’une croissance forte sans inflation associée à une productivité non faible, c’est-à-dire du type de croissance que les Etats-Unis semblent connaître depuis le début des années quatre-vingt-dix, ne serait pas accidentelle. Elle pourrait se maintenir durant une période relativement longue. À la question de savoir si les turbulences et les changements auxquels nous assistons sont les retombées temporaires de la transition vers une société nouvelle ou les manifestations permanentes d’un nouveau système économique, les tenants de la New economy privilégient la seconde réponse. Pour cette raison, « le défi, maintenant, est d’apprendre à gérer et piloter dans une ère d’innovation et d’adaptation constante et soutenue. » Ils soulignent également l’inadaptation de l’appareil statistique aux nouvelles caractéristiques des sociétés développées.
La Nouvelle économie est foncièrement libérale. Selon ses partisans, c’est l’économie de marché et la concurrence qui sont à l’origine (i) de la pression exercée sur les prix et donc du fait que l’inflation est contenue, (ii) d’un régime d’innovation permanente.
3- L’existence d’un certain nombre de changements importants intervenus dans l’économie US, sans aller toutefois jusqu’à proclamer la fin d’un certain nombre de lois ou de maux économiques. Cette notion de la Nouvelle économie, que nous distinguons pour notre part en la désignant par la new economy (avec un petit n), exprime un questionnement et une interrogation plutôt qu’une réponse quasi-doctrinale relative à la portée des changements en cours. En ce sens affaibli, Alan Greenspan adhère vraisemblablement à l’idée d’une Nouvelle économie, ce qui est compatible avec son refus de croire à la fin de l’inflation et avec ses mises en garde répétées contre « l’exubérance irrationnelle » des marchés boursiers.
Nous proposons donc de distinguer deux approches fondamentales. D’un côté, la New economy par laquelle nous désignons l’économie américaine en référence au fait que s’y développent les NTIC, et que s’y pose la question de leur spécificité économique. De l’autre, la New economy, qui s’applique à l’économie américaine pour signifier le fait que les NTIC déterminent des caractéristiques de croissance et d’évolution nouvelles marquant une rupture irréversible avec la période antérieure. La notion de New economy désigne un modèle économique nouveau dont les caractéristiques sont définissables et spécifiques. On ne parle plus d’une Nouvelle économie, on évoque alors la Nouvelle économie[[Les diverses formes de la new/New economy sont développées dans une version longue de cet article que l’on peut obtenir auprès de l’auteur (Maison des Sciences Economiques, 106, Bd de l’Hôpital, Paris, 75013).. C’est à ce sens originel et « fort » que nous nous référerons dans la suite de l’article.

Qu’est-ce qui a changé dans l’économie américaine des années quatre-vingt-dix ?

La phase d’expansion actuelle de l’économie américaine est indiscutablement remarquable par sa durée. La période d’expansion la plus longue de l’après-guerre aux Etats Unis a duré 34 trimestres. La phase d’expansion actuelle, qui a démarré en mars 1991, a atteint au premier trimestre 2000, la durée de 35 trimestres. C’est un record. Le taux de croissance du quatrième trimestre 1999 est de 7,3 % en rythme annuel (chiffre définitif). C’est la progression la plus forte depuis le premier trimestre 1984 (9 %). Sur l’ensemble de l’année 1999, le PIB a augmenté de 4,2 %.
Concernant la productivité, les chiffres sont les suivants : (i) en 1996, 1997 et 1998, le taux de croissance annuel de la productivité horaire dans le Business Sector est respectivement de 2,7 %, 1,4 % et de 2,4 % alors que le taux moyen était de 1,4 % durant les années quatre-vingt, 1,8 % durant les années soixante-dix et 3,3 % durant les années soixante ; (ii) Le taux de croissance de la productivité totale des facteurs se relève brusquement en 1996 à 1,7 % et se maintient à 0,7 % en 1997 (au lieu de 0,2 % par an entre 1992 et 1995, mais de 2,0 % par an dans les années soixante). Si ces performances sont remarquables parce qu’elles semblent, depuis 1996, marquer une rupture avec le retournement tendanciel intervenu en 1973, elles n’ont pas rapporté aux résultats de la période 1948-1973 un caractère véritablement exceptionnel. Cependant, la productivité apparente du travail (non agricole) a augmenté en rythme annuel au taux de 6,4 % au dernier trimestre 1999. Les coûts du travail ont baissé par ailleurs de 2,5 % sur la même période. Pour l’ensemble de l’année 1999 la productivité du travail s’est accrue de 3 % en progrès par rapport à 1998 et 1997. Dans le secteur manufacturier la productivité totale des facteurs s’est accrue de 3,8 % en 1995 et de 2,1 % en 1996, chiffres supérieurs à tous ceux de la période 1949-1996. Entre 1990 et 1996, le taux de croissance annuel moyen de la PTF s’élève à 8,9 % pour les biens d’équipement électriques et électroniques et à 4,6 % pour les biens d’équipement industriels et commerciaux.[[Paul W. Bauer, Are We in a Productivity Boom ? Evidence from Multifactor Productivity Growth, Federal Reserve Bank of Cleveland, 15 octobre 1999.
Le taux de chômage oscille entre 4,1 % et 4,0 % entre les mois d’octobre 1999 et février 2000. Il est à son plus bas niveau depuis 30 ans. Au dernier trimestre 1999, l’indice des prix à la consommation croît au rythme de 0,2 % par mois. Bon nombre d’indicateurs permettent d’apprécier le développement important des NTIC aux Etats-Unis et l’importance de leur pénétration chez les ménages américains ou dans les entreprises. A titre illustratif on observera que : (a) le taux d’équipement des ménages en micro-ordinateurs s’élève à 53 % en 1999; (b) leur taux de branchement sur Internet s’élève à 38 % en 1999 ; (c) en 1998 plus de 10 % des ménages U.S. ont effectué des achats online pour une valeur totale de 8 milliards de dollars ; (iv) San Francisco est la ville la plus branchée du monde avec 72 % des adultes en ligne.[[Joint Economic Committee, Office of the Chairman, Senator Connie Mack, High-Technology and the U.S. Economy, juin 1999.
Près de la moitié des gains de productivité dans les entreprises non agricoles pourrait être imputée aux investissements et aux améliorations des ordinateurs. Les secteurs des NTIC ont contribué à hauteur de 29 % à la croissance nationale en 1998 selon une étude du Ministère du Commerce Américain. Les dépôts de brevets et les dépenses de R&D connaissent également une évolution favorable après une période de fléchissement.
Les années quatre-vingt-dix sont aussi remarquables par le dynamisme entrepreneurial dans les nouveaux secteurs :
• La création d’entreprise : le nouveau mot magique est start-up (entreprise naissante ou en démarrage). La chasse aux start-ups et aux introductions boursières (IPO) est ouverte.
• Allant de pair avec la remarque précédente, on observe un développement considérable du venture capital (capital risque). Mais il est intéressant de noter que les grands groupes anciennement installés participent au jeu et créent leurs propres fonds de capital risque. L’un des plus célèbres est celui d’Intel. Microsoft n’est pas en reste comme on peut l’imaginer.
• Les restructurations mettant en jeu des mastodontes de l’ancienne et de la Nouvelle économie. La fusion d’AOL et de Time Warner a retenti comme un coup de tonnerre. D’abord parce que l’un des mastodontes des médias américains passe sous le contrôle d’une société internet plus récente qu’elle. Ensuite du fait du coût de l’opération. Cette opération légitime et conforte la confiance que les investisseurs peuvent avoir dans le secteur internet.
Le processus de développement de la Nouvelle économie est cumulatif. D’abord parce que tout processus spéculatif est inévitablement cumulatif dans sa phase d’essor comme à la baisse. Ensuite parce que les NTIC reposant, entre autres, sur une économie réticulaire en extension, la Nouvelle économie est dans une relation non linéaire avec le parc de matériel installé[[On peut considérer, plus généralement, qu’une économie fondée sur le savoir et les nouvelles technologies obéit pour une part significative à une dynamique de rendements croissants, ce qui repousse les « limites » à la croissance.. Enfin parce que la pérennité des valorisations boursières, jusqu’à ce jour[[5 avril 2000, légitime et tend à amplifier les placements financiers qui, par leur simple arrivée, contribuent à soutenir les cours boursiers.
L’exubérance boursière et le développement de la sphère financière est un phénomène largement documenté qu’il n’est pas utile d’illustrer ni de commenter ici. On rappellera simplement l’importance prise par l’effet de richesse dans les comportements de consommation des ménages (d’ailleurs fort élevée) ainsi que leurs comportements d’endettement[[Voir par exemple M. Aglietta, «La globalisation financière», in L’économie mondiale 2000, CEPII, La Découverte, 1999.. C’est sur la progression des cours boursiers des valeurs de la Nouvelle économie que se concentre l’attention : espoir d’un prolongement de la tendance haussière, crainte d’effondrement brutal des cours.
La croissance actuelle des Etats-Unis est-elle vraiment vertueuse ? Quelques performances macroéconomiques ne sont-elles pas l’arbre qui cache la forêt ? Sous les agrégats ne doit-on pas relever des disparités importantes et des inégalités qui remettent en cause la présentation idyllique de la nouvelle croissance ? En matière de revenus les inégalités ne sont pas seulement importantes, elles se creusent. Au bas de l’échelle, un américain sur dix a, en 1999, un revenu inférieur à ce qu’il était en 1977. Le revenu des classes moyennes (soit six Américains sur dix) a progressé de 8 % par rapport à 1977, soit une augmentation annuelle moyenne, sur 22 ans, de 0,3 %[[Il s’agit d’un revenu « réel » (corrigé de l’inflation) et après impôts.. En haut de l’échelle, 20 % des Américains ont un revenu supérieur de 43 % par rapport en 1977. Au sommet, un américain sur dix a vu son revenu progresser de 115 %. Les écarts de revenus observés en 1999 aux Etats-Unis sont les plus élevés depuis 1945. Les 20 % les plus riches y gagnent 9 fois ce que gagnent les 20 % les plus pauvres. Au Japon le ratio est de 4 et en Allemagne il est de 6. Les 20 % Japonais les plus pauvres ont un niveau de vie de 50 % plus élevé que celui des 20 % d’Américains les plus pauvres.[[Informations tirées de « Desperately seeking a perfect model », The Economist, 16 mai 1999.
Si le niveau d’emploi s’est sensiblement élevé, sa qualité s’est grandement détériorée. D’abord parce que les pertes d’emplois associées aux restructurations et les « rotations » se réalisent par un « déversement » des employés licenciés vers des entreprises et des secteurs à plus bas salaires. Selon Anne-Cécile Robert[[Anne-Cécile Robert, « Faux emplois et vrais chômages », Le Monde Diplomatique, avril 1998., on voit apparaître une nouvelle catégorie de « travailleurs paupérisés » : sur les 38 millions d’Américains vivant au-dessous du seuil de pauvreté, 22 millions ont un emploi ou sont rattachés à une famille dont l’un des membres a un emploi. Ensuite parce que le temps partiel, moins bien rémunéré s’est développé. Il représente 18 % de l’emploi total.
Si le taux de chômage diminue, le nombre d’heures travaillées augmente. Entre 1967 et 1982, la durée moyenne annuelle du travail des employés du « premier âge » (entre 25 et 54 ans) a décliné de 1975 heures à 1840. Depuis 1982, la tendance s’est inversée. La durée moyenne annuelle du travail aux Etats-Unis, en 1997, est de 1966 heures, soit une augmentation de 4 % depuis 1983. Ce qui va à contre-courant de la tendance mondiale qui est à la stabilisation sinon à la baisse de cette durée.[[Selon une étude comparative internationale du BIT. La durée moyenne en France est, pour la même année de 1656, en Norvège de 1399.
Sur un plan purement macroéconomique on ne peut ignorer qu’à côté des évolutions favorables, il en est au moins deux qui fragilisent l’économie américaine : le déficit de la balance commerciale d’un côté, la montée de l’endettement de l’autre. Certains analystes considèrent que ces deux éléments rendent encore plus vraisemblable l’éclatement de la bulle spéculative et font craindre l’ampleur de ses conséquences. C’est aussi ce qui expliquerait l’extrême prudence (certains diraient l’accommodement, d’autres le laxisme) des autorités monétaires.

L’économie américaine des années quatre-vingt-dix est-elle nouvelle ?

Selon le paradoxe de Solow, les agents économiques investissent beaucoup dans les ordinateurs, mais il n’y a pas d’effet repérable en terme de productivité ou de croissance tel qu’on peut les mesurer globalement à partir des systèmes statistiques existants. Pire : le développement de l’informatique se réalisait à un moment où l’on observait (à partir de 1973 selon certains) un ralentissement des progrès de la productivité ![[Sur ce point on peut consulter A. Englander et A. Mittelstädt, “La productivité totale des facteurs : aspects macroéconomiques et structurels de son ralentissement”, Revue économique de l’OCDE, n° 10, printemps 1988, et S. Englander et A. Gurney, “Croissance de la productivité dans la zone de l’OCDE : tendances à moyen terme”, Revue économique de l’OCDE, n° 22, printemps 1994.
L’aspect paradoxal de l’énoncé de Solow peut être expliqué. L’examen des cycles longs passés montre que lors de toute révolution technologique (machine à vapeur, électricité…) un délai assez long sépare l’introduction de la technologie nouvelle et le moment où la productivité apparente augmente sensiblement. L’exemple de la dynamo étudié par P. David joue un rôle paradigmatique à cet égard. Il n’est donc nul besoin de suggérer une sous- évaluation systématique du progrès technique par les statistiques[[Ce que les New economists ont tendance à faire.. Le déclin des taux de croissance de la productivité peut en effet durer dix ou vingt ans, le temps que la nouvelle technologie parvienne à maturité et se diffuse. Après une période assez longue durant laquelle les gains de productivité ont été faibles ou inexistants, ceux-ci peuvent soudainement croître de façon sensible et durable.
Econométriquement, les économistes ne semblent guère être en mesure de valider le rôle moteur joué par les NTIC. Ainsi, dans un rapport récent publié par le Commissariat Général du Plan, N. Greenan résume un travail de synthèse sur ce thème ainsi : « L’effet des TIC sur la croissance et la répartition est ambigu, en ce sens qu’il est difficile de mettre en évidence des régularités statistiques avec la robustesse souhaitable… Il faudrait bannir de notre vocabulaire toute expression laissant entendre que les TIC auraient une capacité autonome à modeler l’économie et la société de demain. Les TIC ne peuvent être source ni de tous les maux, ni de toutes les espérances. »[[E. Brousseau et A. Rallet Eds., Technologies de l’information, organisation et performances économiques, C.G.P., 1999.
Par ailleurs les performances macroéconomiques de l’économie américaine, rapportées à son histoire économique contemporaine, n’ont pas le caractère extraordinaire que les New economists revendiquent. Entre 1944 et 1968, le taux de chômage était en moyenne de 4,7 % et le taux d’inflation de 3 %. En 1966, ces taux étaient respectivement 3,8 % et de 2,9 %. En 1952, ils étaient de 3 % et de 1,9 % seulement. Or le taux de chômage est de l’ordre de 4 %, le taux de croissance annuel moyen sur la période 1992-1998 est de 3,1 % et le rythme d’inflation, à la fin 1998, est de l’ordre de 2 %.
Les performances n’ont pas un caractère exceptionnel si l’on procède à quelques comparaisons internationales sur une période longue : (i) le taux de croissance annuel moyen U.S. est de 2,5 % entre 1989 et 1998 soit autant que l’Allemagne et un peu plus que le Japon (presque 2 %), (ii) le taux de croissance du PNB par tête a été, pour la même période aux Etats-Unis, de 1,6 % soit moins qu’en Allemagne (1,9 %) et autant qu’au Japon. Quant à la productivité apparente du travail (PNB par salarié) son niveau demeure, aux Etats-Unis, plus élevé qu’ailleurs mais, sur la décade étudiée, son taux de croissance a été inférieur à celui du Japon (1,3 %) et à celui de l’Allemagne (2,5 %). De façon ponctuelle, et non sans ironie, on peut observer que pour l’année 1999, selon le FMI, la Chine est créditée d’un taux de croissance de 6,6 % et d’un taux d’inflation de 1,5 %, ce qui relativise sensiblement les performances de l’économie américaine pour 1999 : respectivement 4,2 % et 2,2 %.
Les cycles sont-ils en voie de disparition ? Empiriquement, les fluctuations cycliques de certaines variables s’atténuent, perdant de leur amplitude : l’emploi manufacturier (l’amplitude est de 5 % depuis 1985 alors qu’elle était de 9 % durant la période 1960-1985 et de 15 % durant la période 1940-1960), le taux d’utilisation des capacités manufacturières (amplitude inférieure depuis 1985 à celle observée entre 1950 et 1985), l’investissement manufacturier… Cependant, l’organisateur d’un Symposium récent sur les cycles des affaires conclut ainsi : « le cycle persiste, avec au moins une continuité qualitative dans ses mécanismes et dans ses effets. » [[J. Bradford De Long, « Introduction to the Symposium on Business Cycles », Journal of Economic Perspectives, vol. 13, n°2, Printemps 1999.
L’inflation est-elle définitivement jugulée ? Si l’on se réfère aux indices de prix habituels l’inflation peut sembler sinon jugulée, du moins en sommeil. Mais on doit d’abord corriger cette impression par le fait que l’inflation semble s’être déplacée sur les actifs boursiers et les produits financiers. On dit d’ailleurs ironiquement que le président de la Federal Reserve, en charge de la politique monétaire, gère les indices boursiers plutôt que les indices de prix. Il est vrai que plusieurs déclarations d’A. Greenspan suggèrent qu’il est très attentif à l’évolution de la bourse new-yorkaise. Par ailleurs, certains analystes considèrent que des facteurs favorables de nature temporaire expliquent l’atténuation des tensions inflationnistes depuis 1996 au moins. Selon A. Brender c’est « l’aubaine » d’une désinflation importée qui fournit l’explication essentielle.
La courbe de Philips existe-t-elle encore ? La conjonction d’une inflation faible et d’une diminution du chômage largement en dessous du NAIRU (taux de chômage non accélérateur de l’inflation) incite les « nouveaux économistes » à annoncer la fin de la courbe de Philips. En fait, des travaux récents suggèrent que celle-ci reste valide, la diminution du NAIRU s’expliquant par d’autres facteurs contingents.[[INSEE, Note de Conjoncture Internationale, juin 1999, pp. 31-32.
Nous pouvons identifier quatre types d’explications alternatives des bonnes performances de l’économie américaine :
• L’existence de facteurs temporaires ou contingents jouant un rôle déterminant dans la réduction de l’inflation (diminution des coûts de la santé, le dollar fort, l’évolution des prix des matières premières et, plus particulièrement, du pétrole, etc.)
• L’absence de pression salariale à cause d’un changement de comportement des salariés qui seraient devenus plus « dociles » et dont les exigences en matière de salaires seraient devenues moins fortes. Non seulement le nombre de contrats « à court terme » s’est élevé mais, de plus, même dans le contexte actuel de plein emploi, les agents ne sont pas assurés de la pérennité de leur emploi. Si l’on prend comme indicateur le nombre de travailleurs qui quittent volontairement leur travail, force est de constater que ce taux est faible, donc que le sentiment d’insécurité existe. Plutôt que de formuler des revendications de salaires, les travailleurs préfèrent améliorer leurs revenus en assurant davantage d’heures supplémentaires ou en cumulant plusieurs emplois. En 1996, certains salariés de l’automobile travaillaient 84 heures par semaine et 7,9 millions d’Américains avaient plusieurs emplois.
• Le rôle de la conduite de la politique monétaire par A. Greenspan et l’évolution favorable des anticipations d’inflation. Selon A. Brender et F. Pisani, l’expansion continue depuis le début des années quatre-vingt dix s’explique en partie par « le mode de conduite de la politique monétaire par la banque centrale… [qui a adopté la règle du plus grand pragmatisme. »[[A. Brender et F. Pisani, Le nouvel âge de l’économie américaine, Economica, 1999. Il serait intéressant de relier l’évolution de la politique monétaire avec celle de la productivité au regard de la théorie des cycles réels.
• L’existence d’une bulle spéculative. Cette hypothèse constitue sans doute la véritable alternative de fond au scénario de la New economy. La difficulté tient au fait que l’on n’est pas en mesure de soumettre les deux explications proposées à des tests permettant de trancher de façon indiscutable. L’économiste américaine L.E. Browne, a rapproché la situation des Etats-Unis dans les années quatre-vingt dix de celle du Japon dans les années quatre-vingt : « Faire la différence entre une bulle et une nouvelle ère ne sera possible qu’avec le temps. » Ce qui montre au passage toute la difficulté du débat technique sur la New economy dont certaines thèses et arguments ne sont pas de l’ordre du falsifiable (donc non scientifiques si l’on suit K. Popper).

Vers de nouvelles régulations ?

La New economy relève davantage de l’utopie ou de l’idéologie que du discours scientifique. Son principal intérêt est de focaliser l’attention sur les changements profonds de l’économie U.S. La discussion des thèses de la New economy doit porter au moins autant sur la grille de lecture des transformations qualitatives du capitalisme contemporain que sur l’étude empirique d’un certain nombre de relations ou d’indicateurs. Il faut savoir, à un certain moment, quitter le domaine des relations quantitatives pour s’attacher à l’étude de ce que A. Marshall appelait les changements de « caractère » des économies.

L’interprétation des transformations en cours
Plusieurs interprétations des changements en cours sont apparues récemment. Nous pouvons en citer deux, très contrastées : (a) le modèle de la régulation patrimoniale proposé par M. Aglietta[[M. Aglietta, L’avenir de la société salariale, Projet de note pour la Fondation Saint-Simon, 1998., (b) le scénario d’un développement mondial durable fondé sur l’économie du savoir, scénario promu par l’OCDE[[OCDE, L’économie mondiale de demain, 1999.. Il ne s’agit que de deux exemples. D’autres analyses apportent des éclairages complémentaires ou spécifiques intéressants comme celles de R. Boyer sur un régime d’accumulation mené par la finance. L’intérêt du modèle proposé par M. Aglietta est de suggérer l’émergence d’une nouvelle régulation propre aux économies capitalistes développées. Celle-ci passe par le développement des marchés boursiers et de la sphère financière ainsi que par les nouveaux comportements des ménages qui en découlent, via l’effet de richesse, et la montée de nouveaux acteurs (les fonds de pension, le « salarié-actionnaire-épargnant»). Ce type d’analyse nourrit la réflexion sur un aspect saillant du capitalisme contemporain, sa financiarisation. Mais nous pouvons regretter que l’innovation, la recherche et les nouvelles technologies soient essentiellement prises en compte sous l’angle financier.
Dans le « modèle » de l’OCDE, la technologie et l’innovation occupent une place centrale. Ce modèle traite également de certains aspects politiques et institutionnels étudiés sous l’angle de leur capacité à soutenir une croissance durable fondée sur les technologies nouvelles et le savoir : institutions de soutien au marché, promotion de la concurrence à tous les niveaux, développement du capital humain, politiques macroéconomiques de stabilisation… Mais la dimension financière et les aspects structurels relatifs à l’organisation de la production ou à la division sociale du travail sont absents. L’inscription dans la dynamique longue du capitalisme fait défaut. Tout se passe comme si les aspects institutionnels ou structurels pouvaient être instrumentalisés ou simplement passés sous silence, comme s’ils étaient passifs ou neutres. Nous refusons pour notre part la thèse d’un déterminisme technologique qui conduirait à croire à un développement autonome, en leur contenu, des nouvelles technologies.
Nous partons pour notre part du principe que la connaissance et le savoir sont désormais au cœur de la création de valeur et de richesse. Par connaissance et savoir nous désignons à la fois les connaissances de caractère technique, les connaissances utilisées dans le management et la direction, et les formes codifiées sur lesquelles peuvent éventuellement s’exercer des droits de propriété (brevets par exemple). Très généralement la connaissance « vivante » s’exprime en terme de capacité de résolution de problèmes. La forme inerte ou « morte » de la connaissance exige un opérateur ou un dispositif pour produire des effets.
De façon très brève, nous pensons pouvoir opposer une période historique au cours de laquelle la valeur était issue de la production de biens homogènes et reproductibles à une période historique nouvelle au cours de laquelle la valeur est principalement issue du changement et de l’innovation[[Cette conception rejoint les analyses de Schumpeter (circuit/évolution) et de Tarde (innovation/imitation). Voir l’article de M. Lazzarato dans ce numéro.. Dans la société industrielle fordiste, la valeur vient de la production de masse, la plus value est issue d’une organisation technique et sociale taylorienne et une certaine norme salariale est présente. L’innovation existe mais est comprise comme une perturbation, enclenchée par un personnage « hors norme », l’entrepreneur dont Schumpeter a dressé le portrait. Dans une société postfordiste et cognitive, c’est l’innovation qui devient le facteur principal de valorisation. L’organisation est souvent hybride. Les agents qui détiennent le savoir et qui sont en mesure de contribuer à des innovations « de haut niveau » (technique, stratégique ou commerciale), d’exercer leur créativité, sont dans la norme. Ces acteurs du changement représentent la « classe dominante » alors que les acteurs qui ne sont pas en mesure de contribuer au changement ou de s’y impliquer forment la « classe dominée. ».
La connaissance et le savoir étant très volatils, il en découle deux conséquences : (a) les capitaux doivent être extrêmement mobiles et fluides, (b) l’économie devient en partie spéculative c’est-à-dire fondée sur des évaluations très incertaines à partir desquelles s’exercent des paris. Si la valeur ne se réalise finalement que dans l’activité productive proprement dite, certains acteurs se positionnent bien en amont de cette phase de réalisation concrète. La question des relations entre la sphère financière (où se valorisent les placements d’argent) et la sphère réelle (où se valorisent les compétences tournées vers la production et l’échange) est centrale. L’articulation entre ces deux sphères peut être conçue comme un jeu. Ce qui signifie que nous ne posons pas a priori, par exemple, que le financier domine le réel. Les normes de rentabilité en fonction desquelles les agents financiers apprécient le potentiel d’un groupe sont l’une des variables par lesquelles ces deux sphères communiquent. La sphère financière ne peut globalement logiquement espérer obtenir un rendement durablement supérieur à ce que les « fondamentaux » réels autorisent. Mais les agents financiers sont confrontés à une incertitude globale et spécifique. D’autre part, les agents productifs sont hétérogènes. Enfin les entreprises peuvent engager des opérations stratégiques qui modifient les espérances de gain et/ou les risques encourus.

L’émergence d’un capitalisme cognitif et le rôle de la connaissance dans l’activité productive[[Nous ne traiterons pas ici du problème de la communication propre à la sphère financière elle-même.
L’entreprise est l’agent qui est en charge de la gestion et de l’accumulation des connaissances utilisables à des fins productives. La relation entre la dimension cognitive et la sphère financière va se réaliser, de façon privilégiée quoique non exclusive, en ce lieu. Mais on ne peut s’engager dans l’étude de l’économie de la connaissance sans introduire les distinctions minimales entre les types de connaissance mises en jeu. Car on ne peut raisonner sur une catégorie générale « connaissance. » Cette notion recouvre un univers complexe et différencié.
Il convient de distinguer d’abord les formes d’incorporation de la connaissance. La science et la technologie peuvent être incorporées dans les machines, lesquelles se situent face au travail et peuvent lui imposer son rythme et les conditions de son usage. Mais plus la machine est flexible ou plus son contrôle est délicat, plus l’utilisateur doit être qualifié. La connaissance peut être « incorporée » dans l’individu au sens où celui-ci maîtrise un certain nombre d’opérations et de machines, et où il peut exercer sa créativité, décider des usages, combiner et utiliser les instruments disponibles en fonction des objectifs poursuivis. La connaissance peut aussi être incorporée dans l’organisation, dans ses procédures et ses routines.
Ensuite, la connaissance et la maîtrise peuvent s’exercer à deux niveaux[[Ces deux niveaux correspondent au « dilemme » exploitation-exploration des évolutionnistes.. À un premier niveau elles se manifestent dans l’activité productive et le fonctionnement organisationnel courant. À un autre niveau, la connaissance est tournée vers le changement et l’innovation. Mais là encore, il faut distinguer entre les changements « de bas étage », qui visent à résoudre les problèmes courants de l’exploitation par de « petites » innovations, et les changements « de haut niveau » qui débouchent sur de véritables innovations.
Les exigences de rentabilité vont inciter ou contraindre les directions à mettre en place des stratégies de développement qui sont, en leur contenu et leur procès, dépendantes des capacités cognitives et techniques mobilisables. Les exigences de rentabilité peuvent être à l’origine : (a) d’opérations de restructuration (externalisation, réorganisations, délocalisations, recompositions des groupes…) déterminant les conditions d’exercice de la fonction productive, le niveau d’engagement capitalistique, le degré d’intégration ; (b) des stratégies d’innovation. Les stratégies par lesquelles vont se réaliser l’offre et la valeur sont donc variées.
Dans la perspective où nous nous sommes situés, pour comprendre ces stratégies, on doit tenir compte de la façon dont les connaissances disponibles, leur gestion et les opérations qu’elles permettent de réaliser déterminent l’espace des configurations stratégiques réalisables. L’approfondissement de la relation sphère financière-sphère réelle conduit ainsi à identifier ce que nous appellerons les types de stratégies cognitives c’est-à-dire les modes d’accumulation et d’exploitation de la connaissance qui caractérisent sur le moyen terme l’évolution des firmes. Dans le langage évolutionniste, on serait enclin à les appeler des « modèles d’apprentissage. » Mais afin de ne pas laisser croire que seul un modèle d’accumulation gradualiste est possible, nous préférons l’expression de modèle ou de système cognitif. Celui-ci englobe à la fois la nature des savoirs exploitables, les capacités de résolution de problèmes et les processus de développement ou d’apprentissage concevables. Il oriente et contraint les options stratégiques de la firme : les choix relatifs au rythme de renouvellement des produits, les options de diversification, de recentrage, d’entrée dans des activités nouvelles ou de mutation, et les options de développement spatial. Un modèle cognitif tourné vers l’exploitation peut orienter l’entreprise dans la direction d’une stratégie flexible et d’un allégement des charges fixes, d’où un ralentissement de l’accumulation du capital. Un modèle cognitif plus créatif peut l’orienter dans la direction de l’innovation radicale éventuellement via des stratégies de rachat de technologies. Cela peut impliquer des stratégies de dévalorisation.
Le capitalisme cognitif est une forme de capitalisme dans lequel la financiarisation joue un rôle important mais qui doit s’articuler avec une autre logique fondamentale qui est celle de l’exploitation et de la valorisation de la connaissances dans ses différentes manifestations. Nous sommes plusieurs à partager cette orientation[[Nous faisons allusion aux membres du laboratoire Matisse-Isys de l’Université de Paris 1 : A. Corsani, P. Dieuaide, Y. Moulier-Boutang, C. Vercellone plus particulièrement. quoique les termes dans lesquels elle est ici présentée n’engagent que leur auteur.
La compréhension de ce capitalisme passe par l’identification des modèles cognitifs des entreprises, des contraintes qu’ils subissent, des facteurs dont dépend leur mise en place, des préférences des équipes de direction ou des organisations, de leur sensibilité au risque. L’histoire d’une entreprise et l’origine de ses dirigeants jouent un rôle important. Des comportements mimétiques ne sont pas à exclure même à ce niveau stratégique. Les relations sociales et le climat organisationnel jouent un rôle dans l’efficacité et le type de développement du système cognitif. Inversement, le modèle de gestion des connaissances, qui n’est pas neutre, influence la division du travail, technique et sociale, ainsi que le système des relations sociales et la répartition de la valeur ajoutée. Les NTIC jouent un rôle à la fois comme outil et comme vecteur d’accumulation des connaissances. Les organisations ou les interactions réticulaires déterminent une forme collective nouvelle de circulation des connaissances, d’échange et donc d’accumulation. La définition des droits de propriété pèse sur l’intensité et l’orientation des nouvelles accumulations.
Le contrôle de la connaissance, de sa diffusion et de ses applications constitue l’enjeu central des nouvelles économies. Cette lutte pour le contrôle se manifeste à différents niveaux. Au niveau des relations entre les « experts » et ingénieurs d’un côté, les dirigeants et financiers d’un autre, et les employés d’exécution. Au niveau de la concurrence entre entreprises ensuite. Au niveau des relations entre nations enfin. Elle se manifeste de différentes façons. Au travers de la discussion sur la répartition des stocks-options par exemple. Au travers des négociations internationales sur la propriété intellectuelle et les copyrights également. Le caractère mixte, privé et/ou public du savoir pose un problème crucial. D’autres manifestations de ce nouveau type de lutte pourraient être soulignés.

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La New economy est une notion dont on peut faire l’économie. Sans jeu de mot. Mais elle est utile parce qu’elle contribue à alimenter un débat sur les changements en cours et même le suscite en posant la question de savoir si les lois économiques ont changé. Elle est intéressante parce que, à sa façon, elle souligne le rôle crucial de la connaissance et du savoir dans les dynamiques économiques actuelles. Elle nous conforte au moins dans l’idée que la capitalisme contemporain connaît des transformations significatives impliquant la sphère cognitive.

Paulré Bernard

Professeur de Sciences économiques à l'Université Paris-I, il centre son activité de recherche sur deux thèmes : l'économie industrielle et les mutations du capitalisme contemporain. Il prépare actuellement la publication de deux ouvrages collectifs : l'un sur La connaissance dans les sociétés techniciennes (L'Harmattan, 2008), et l'autre sur Le capitalisme cognitif en débat (Economica, 2008).