De la reproduction productive à la production reproductive

Ce texte décrit les changements qui ont affecté le champ de la reproduction à l’ère de la ” mondialisation “, afin de l’insérer dans le mécanisme de reproduction du capital : la fameuse ” mise au travail de la vie. ” Ce qui a des conséquences sur les rôles assignés aux femmes, et ouvre également un espace à de nouvelles hiérarchisations entre femmes du Nord et du Sud. L’auteure parle de son propre parcours vers la politique comme pratique du changement, où la collaboration entre femmes de cultures diverses se révèle essentiel, le champ de la consommation et du style de vie devenant de plus en plus celui où se joue aujourd’hui le conflit avec le capital. Limite, dépendance, autonomie, liberté : il s’agit de repenser ces notions appartenant à un modèle culturel dont nous apercevons aujourd’hui les effets destructeurs.

Femmes et globalisation : j’ai commencé à y réfléchir en 1966, frappée du silence total sur ce point de l’énorme littérature qui pouvait s’écrire sur les restructurations économiques et les changements sociaux et politiques. J’étudiais alors en Angleterre, et j’avais le privilège d’observer des processus bien plus avancés qu’en Italie : en plus de mes études, je travaillais pour une ONG, je donnais des cours à l’université, je faisais du ménage dans un Collège, je m’occupais de petits vieux pour le compte d’une agence de soins à domicile, et j’aidais à la cantine de la crèche du campus. Tel était mon observatoire : modeste, fragmentaire, mais assez instructif. Tout cela découlait d’exigences très matérielles de survie, mais je découvris ensuite que c’était une clef pour voir clair dans ma recherche académique. Les collègues que je rencontrais en pointant au Collège ou chez mes petits vieux étaient des mères de famille, souvent des migrantes, et avaient elles aussi de trois à cinq emplois différents. Quant à celles qui avaient un emploi « meilleur », je peux simplement dire que leurs horaires étaient incroyables. Ce qui finit par me convaincre de ne pas m’éterniser en Angleterre. C’est à cette époque et dans ce contexte que se précisa pour moi l’idée que cette chose désignée par le terme générique de « globalisation » est un ensemble de mécanismes économiques de mise au travail de la vie, de pénétration des règles du marché jusque dans les rapports et dans le temps quotidien. : c’est ce que j’entends par « reproduction productive ».

Une révolution dans le champ de la reproduction

Tout cela a impliqué une transformation de l’essence même du travail, surtout dans nos ex Pays industrialisés, où la production devient fondamentalement prestation de service. Bien plus : la reproduction devient productive à travers la mise sur le marché d’un ensemble d’activités jadis accomplies gratuitement, essentiellement par les femmes, dans la sphère privée (assistance aux proches, écoute, conversation, conseils, travail domestique, soins du corps, rapports sexuels). Activités invisibles et qui le restent fondamentalement malgré cette cette externalisation : même si elles se déploient dans un cadre public sous le sceau de « contrats », elles n’en restent pas moins occultées de mille et une manières : par l’espace (maisons où l’on s’enferme, lignes téléphoniques, non lieux), par les temps de leur accomplissement (parfois la nuit), par l’absence de contrats décents, et d’ailleurs souvent « privés », entre employeurs/employeuses et travailleurs/travailleuses, par le fait qu’elles sont effectuées par des gens qui se voient refuser le statut de citoyens.
De telles transformations requièrent une nouvelle force de travail et exigent d’importants déplacements de personnes, elles sont en grande partie le moteur des migrations actuelles et se combinent à merveille avec les facteurs d’expulsion des pays d’origine (crises économiques et sociales, situations de violence généralisée).
On observera avec intérêt que ceux qui ont décrit les grands bouleversements dans le champ de la production (passage du fordisme au postfordisme, fin de l’usine, délocalisation de la production dans les pays du Sud) n’ont pas pensé que tout cela signifiait aussi nécessairement une révolution dans le champ de la reproduction, par le fait que production et reproduction sont deux sphères corrélées, historiquement définies, dans lesquelles le capital hiérarchise et organise les activités humains aux fins de sa reproduction. Je n’entends pas seulement par là les changements dans la reproduction biologique (telles les nouvelles technologies qui modifient les modalités de la venue au monde, et ne sont pas de simples thérapies contre la stérilité ou l’impuissance), les changements dans les modes d’organisation (les activités gratuites qui deviennent payantes), ou les nouveaux canaux et les nouveaux acteurs qui entrent en jeu ; j’entends également les transformations culturelles, symboliques : que signifie par exemple, pour une société, déléguer sa reproduction, le soin des ses enfants et de ses vieillards à des personnes d’autres cultures ? La reproduction, nous le savons, ce n’est pas seulement l’entretien des corps, la réponse à des nécessités matérielles, c’est la sphère où se créent les significations, les identités personnelles et sociales. Nos xénophobes, d’accord pour confier parents et bambins à des hommes et des femmes immigrées, méprisés mais utiles, ne s’en rendent même pas compte. Et tel est précisément le processus par lequel se forme une société métisse, car aujourd’hui l’accompagnement de la vie ou de la mort s’effectue très souvent dans des langages affectifs et culturels différents de ceux auxquels on était habitué jusqu’à tout récemment. Mais nous qui voyons en cela quelque chose d’enrichissant et de normal dans l’évolution de l’humanité, nous n’avons pas nous non plus de raison d’exulter : car les sociétés métisses de ce type sont également des sociétés coloniales, où règne la ségrégation, où les personnes sont utilisées au gré des exigences des employeurs et de ceux qui commandent. Pour avoir quelque chance de refaire surface, il faudrait cesser d’être « différent ». Et l’on découvrirait alors qu’en matière de différence la couleur de la peau compte peu, bien moins que la possession ou non d’une capacité illimitée de consommation, objectif assurément difficile à atteindre pour un citoyen de seconde classe.
Pour parler des nouveaux pays industrialisés, il faudrait observer les processus qui ont précédé la délocalisation, qui l’ont rendue possible et qui l’ont soutenue : sous des modalités diverses, ces pays ont connu des processus de déstructuration sociale et économique qui ont éliminé l’économie de subsistance de type agricole, et favorisé la création de masses d’hommes et de femmes déshérités, coupés de tout lien communautaire, privés de ressources et donc prêts à être employés à tout prix par les nouvelles usines, eux mêmes fonctionnalisés par la reproduction du capital global. Dans certains cas, ce furent des guerres de basse intensité, ou des guerres civiles, dans d’autres l’intervention de multinationales ou de grands entrepreneurs locaux qui ont revendiqué et occupé des terres habitées depuis des siècles par des communautés sans titre de propriété, pour en exploiter le bois ou y implanter des plantations ou de l’élevage ; ailleurs c’est l’installation de bases militaires étrangères qui a détruit le tissu économique et social dans un vaste rayon, en le rendant dépendant des exigences des militaires (et d’abord en faisant surgir le « marché » agressif des corps féminins). Aux yeux du marché, l’économie de subsistance est improductive et antiéducative, pour ne pas dire hérétique. C’est un modèle culturel opposé au modèle consumériste, à ses rapports d’exploitation, à son mécanisme de croissance où le besoin de marchandise l’emporte même sur le stimulus de la faim (il suffit de penser à des situations rencontrées dans tous les pays de grande pauvreté, où l’on n’arrive pas à manger plus d’une fois par jour, mais où l’on achète à crédit télévision et chaîne hi fi). Ce n’est pas un hasard si dans l’économie de subsistance, qui a à voir avec la régénération d’espaces vitaux pour des communautés entières, les femmes ont un rôle central et des compétences spécifiques dans la préservation et la distribution des richesses. Tout cela détruit, les gens s’amassent dans les villes, transformés en prolétaires du point de vue économique et en consommateurs compulsifs du point de vue culturel, au niveau du moins des intentions lorsqu’ils n’en ont pas la possibilité matérielle. C’est vraiment la victoire la plus impressionnante du capitalisme : renverser les priorités dans les corps et les esprits, faire que le désir de posséder des marchandises vienne avant la nourriture quotidienne et la scolarité des enfants. Si tout cela est vrai, il faudrait repenser les objectifs de la lutte pour la transformation, et peut être analyser et pratiquer le conflit non plus tant sur le terrain du travail que sur celui de la consommation.
Mais aujourd’hui aussi, les femmes sont les acteurs principaux de toutes les transformations économiques des pays du Sud : migrantes économiques et réfugiées de guerres ou de conflits, ouvrières des usines délocalisées, ouvrières des plantations qui garantissent le système d’approvisionnement continu en fruits et légumes de nos pays, quelle que soit la saison. C’est d’elles en effet que l’on peut tirer le profit le plus haut : déjà formées dans les familles, plus précises, elles sont également plus sensibles au chantage, dans la mesure où c’est d’elles que dépend la vie de beaucoup d’autres humains (et certainement pas de leurs compagnons souvent absents, désespérés et inconstants), et elles possèdent enfin cette marchandise aujourd’hui précieuse entre toutes : la capacité relationnelle dont fait également partie une sexualité socialement construite comme aliénable et vendable (jusqu’à en mourir).

Liberté, émancipation, autonomie ? Quelques questions gênantes

Voilà comment la reproduction nous montre sa centralité dans les transformations actuelles : détruite comme réalité autonome du circuit des marchandises, détruite comme condition de régénération de la vie et transformée en circuit producteur d’argent, refusée par les femmes du Nord et externalisée plutôt que partagée et répartie, adjugée aux femmes du Sud pas seulement parce que « ça leur plaît », parce qu’ « elles en ont besoin », mais parce que cela nous dégoûte et réduit notre liberté. Et de cela, il faut bien arriver à en parler ! Il faut s’auto-observer et se poser quelques questions sur les nouvelles hiérarchies établies entre femmes, l’émancipation des une se réalisant au prix de la subordination des autres, enfermées dans des tâches sous payées et des relations de travail dégradantes parce qu’accomplies dans un cadre niant les droits de citoyenneté, sans espace pour leur vie propre, pour leur propre famille, avec de fortes restrictions de leur propre liberté.
Peut-on croire encore à des idées comme celles d’émancipation et de liberté, incapables de prendre en compte les conséquences qu’elles entraînent pour les uns et les autres ? Sans doute faut il les repenser. Et peut-on prendre en charge de cette façon les processus de paupérisation créés de par le monde par un système économique poussant des masses humaines à chercher du travail à des milliers de kilomètres de chez elles, avec des coûts humains et sociaux extrêmement élevés ? Ce qu’il faut, assurément, c’est faire tenir ensemble Nord et Sud, car le danger principal, dans la complexité d’aujourd’hui, est celui du strabisme : la diversité des cultures, mais aussi des positionnements, nous ouvre des perspectives proprement inimaginables. En ce sens, les tentatives de confrontation entre natives et migrantes, participantes aux mouvements du Sud et activistes du Nord, productrices du commerce équitable du Sud et consommatrices critiques du Nord sont autant d’occasions décisives pour reconstruire du sens, pour inventer et échanger des formes de lutte.

Pratiquer le changement, ici et maintenant

Tel est le cadre dans lequel je me suis efforcée de penser et de pratiquer le changement, apprenant qu’il est impossible de penser une alternative à la misère, à la suprématie masculine et à l’agression contre la nature qui ne serait pas en même temps une sortie de la logique de croissance incessante du capital. Autre façon d’évoquer la nécessité de passer d’une priorité donnée à la production et à l’économie comme production exclusive de profit à une priorité et à une visibilité donnée à la reproduction, aux processus matériels, affectifs, culturels, psychologiques et symboliques à travers lesquels la vie humaine se régénère. Au centre de cette économie, il n’y a plus la régénération de l’argent, mais celle des conditions de vie, de la capacité relationnelle.

Je comprends aujourd’hui et relie entre eux un certain nombre de choix qui ont été les miens – choix du hasard, de l’instinct et finalement du plaisir : je suis allée m’installer en Sicile, lieu géographique, historique et culturel du métissage, quittant la grande liberté que je ressentais en Angleterre (où l’on se sent au centre du monde et des événements qui comptent, où personne, quoi qu’on fasse, ne vient vous importuner), pour passer à la « contrainte » sicilienne, terriblement éloignée de tout (douze heures de train pour Naples, vingt trois pour Milan), où le contrôle social existe encore et vous « tient » toujours, terre forte, jamais anonyme ou insignifiante. J’y ai fait mon expérience des limites et de l’enracinement. Avec trois amies très chères et un ami, j’y ai également inventé un milieu de travail (et pas seulement de travail) : un petite coopérative dénommée Daera, où nous faisons vivre les relations vitales qui nous unissent, notre espace collectif, car nous ressentons comme incontournable de penser et de faire ensemble, et aussi de persister à vivre dans un lieu que des milliers de personnes continuent à abandonner, tant sont parfois vraiment insupportables la superficialité, l’ambiguïté, la laideur et la misère des abus en tout genre, la violence qui supprime dignité et beauté, la difficulté à affirmer un droit sans devoir l’invoquer comme une faveur.
J’ai finalement fait le choix d’un champ, celui du quotidien, où expérimenter le sens de la politique, la pratique de la transformation ici et maintenant : changer m’intéresse, c’est même le sens de ma vie, constitutif de mon identité, car tout ce que je viens de décrire m’est insupportable ; et je peux me permettre de dire que c’est insupportable pour ma conscience, mais je sais aussi quel mal tout cela peut faire dans la chair et dans le cœur de tant de camarades qui vivent sous d’autres cieux. Et je ne peux pas attendre pour cela que l’État soit différent et le gouvernement meilleur : je ne peux pas renvoyer cela à plus tard, non par impatience ou par légèreté, mais parce que je veux que ma vie commence maintenant à être heureuse. Un changement effectué par sens du devoir ou pour sauver son âme, par conviction rationnelle, ou avec d’autres motivations du même genre est incapable de subir l’épreuve du temps, d’être vraiment contagieux et efficace. Nous changeons uniquement quand ce que nous expérimentons nous plaît, quand nous découvrons quelque chose que nous n’imaginions même pas. Et c’est alors comme une descente à tombeau ouvert : plus on avance, et plus il devient urgent de changer encore.
Je parlais de consommation, d’usage du temps, de soustraire aux circuits du marché des activités qui y étaient jusqu’ici englobées. Quand on se comporte ainsi, qu’est ce qui change ? Est ce que, par hasard, le monde change ? Mais quelqu’un peut il nous montrer en quoi changer le monde serait autre chose que changer ce micro-niveau personnel ? Et, dans la direction que nous recherchons, a-t-on jamais obtenu autrement des transformations efficaces et vérifiables ? D’autres types de transformation, on peut les obtenir par la puissance, par la force explosive des grandes échelles, par les grandes décisions et les grandes déclarations. Malheureusement, ou heureusement, celles qui nous intéressent, qui concernent équité et justice, ne peuvent être obtenues autrement : changer de méthode, c’est en trahir la substance. Bien sûr il faut continuer à travailler à d’autres niveaux, mais sans ce niveau qui change les modes de pensée et augmente la sensibilité, nous n’aurions pas la force de résister, pour continuer le chemin vers des changements que nous ne verrons sans doute pas – et même si nous y arrivions, nous ne serions pas prêts, autrement, à faire fonctionner de nouvelles règles mondiales. Se comporter d’une façon plus soutenable, voilà qui change immédiatement la qualité de la vie: c’est ce que j’appelle le bonheur. Il faut pour le comprendre une autre longueur d’onde, un autre sens pour le mesurer, mais nous pouvons tous y arriver : nul besoin de courage ou de caractéristiques physiques particuliers.

Redécouvrir les limites : incursion anthropologique

En poursuivant ma recherche sur la globalisation, les femmes et la transformation, j’ai commencé à interviewer une série de personnes qui ont fait l’expérience du travail reproductif, cherchant à savoir ce qu’elles en pensaient, comment elles le vivaient concrètement, comment elles le racontaient, ce qu’elles en avaient appris, ce qu’elles avaient à suggérer. Notre société se trouve dans une impasse colossale. La reproduction biologique, sociale et culturelle implique une pluralité de personnes, elle est logiquement impensable sans un tissu collectif, elle est tissée de dépendances, de relations avec des personnes non autonomes. Mais notre société met au centre l’individu singulier, neutre et indépendant : confrontée au problème de sa reproduction, elle finit nécessairement par accoucher de solutions inadéquates et productrices de subordination. Depuis cette découverte j’ai commencé à comprendre que mon désir de penser le collectif, de l’expérimenter et de le pratiquer devait aller de pair avec une remise en chantier de la réflexion sur la liberté et sur l’autonomie. Les séminaires d’autodéfense contre consommation et marchandise, que nous avons inventés pour parents, enseignants et enfants ont été une belle occasion pour commencer à réfléchir sur tout cela : sur le fait par exemple que la racine, aujourd’hui, de toute dépendance (question qui ne semble se traduire que par l’existence de la drogue, des jeux vidéos et de la télévision), c’est la perte de la capacité de déterminer nos besoins, c’est le fait que d’autres décident des nouveaux besoins à instiller dans nos cœurs. D’où notre radicale dépendance à l’égard des marchandises, sous peine de mort sociale. Pourquoi pensons nous que le problème est celui de notre liberté individuelle, limitée et compromise par une relation démesurément exigeante (avec un nouveau-né, un handicapé ou une vieille grand mère) ? Ne pourrait on commencer à penser que le problème est celui d’un imaginaire culturel exaltant et mythifiant l’autonomie et l’indépendance d’une façon incompatible avec la vie, pour lequel il est inutile d’éduquer à régir une confrontation à la diversité et au conflit, d’enseigner à se défendre de façon non agressive des intrusions excessives et de la violence, de nous apprendre à utiliser comme il faut la communication et la critique : notre capacité de dire non ?

Mais pour changer il faut faire les comptes. Réfléchir à la vision anthropologique qui tient lieu d’idéologie à notre société n’est pas un exercice inutile : le modèle est celui de l’individu tout puissant, incapable de reconnaître ses limites, absolutus au sens de délivré de tout lien. Image extrêmement forte et efficace, mais en même temps dramatiquement faible et inapte à pénétrer dans la vie pour ce qu’elle est (sans d’interminables prothèses, « aides » ou correctifs technologiques). Si les liens absolument les plus forts sont ceux de la reproduction d’autres êtres, les hommes ont été historiquement libres de faire leur propre vie : de fait, le modèle de l’individu absolutus est celui de l’individu masculin, avec son désir illimité et colonisateur, insoucieux des conséquences qu’il sème autour de lui, sous lui et derrière lui, éprouvant un besoin de peser sur les autres et de les exploiter pour se réaliser.
Redécouvrir la limite, la mettre au centre, ne plus en faire du négatif à dépasser, mais une simple donnée de la vie : pouvons nous enfin accepter notre condition humaine pour ce qu’elle est : limitée ? Nos limites, ce sont nous mêmes : notre corps, nos temps, notre éducation ; pourquoi croire qu’il s’agit de quelque chose de différent de nous, d’étranger, d’imposé du dehors ? Elles sont elles aussi modifiables, mais sans le maquillage de la technologie, de l’exploitation et des scories dissimulées sous le tapis, et bien plutôt grâce aux relations que nous parvenons à tisser, à la communication que nous savons inventer, en répartissant surtout les charges : c’est seulement ainsi que celles que nous continuons à sentir peser sur notre liberté finiront par s’alléger au point de disparaître.

(traduit de l’italien par François Matheron)

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Ongaro Sara

Née à Lodi (Italie) en 1971. Diplômée en philosophie de l'Université de Sienne, elle est titulaire du Master "Femmes et développement" de l'Université d'York (G.B.). Elle a publié en 2001 "Le donne e la globalizzazione. Per un'economia globale della ri-produzione" (Rubbettino) et en 2003 "Porto Alegre-Belem. Viaggio nei movimenti popolari del Brasile" (Berti). Elle collabore aux revues {Missione Oggi}, {Altreconomia}, et {Carta}.