Le travail comme source d’étonnement

«On ne vous demande pas de penser », disait Taylor à ses ouvriers. Ce faisant, «il allait d’une façon fruste et brutale, au coeur du problème. Il est évidemment désagréable que l’homme ne puisse s’empêcher de penser, souvent sans qu’on le lui demande et toujours quand on le lui interdit »[[G. Canquilhem, « Milieu et normes de l’homme au travail s, Cahiers internationaux de sociologie, vol. 111, 1947, p. 125..

Certes, nous savons jusqu’à quel point le projet taylorien a infiltré la culture industrielle. C’est au point, parfois, qu’on pourrait y voir un véritable réflexe conditionné de la gestion courante. Pourtant je voudrais soutenir l’idée qu’aucun projet industriel conçu par un groupement humain pour un autre groupement humain ne sort intact de sa réalisation. D’ailleurs, il a bien fallu se rendre à l’évidence: l’homme n’a pu s’empêcher de penser. Du coup, le management moderne avance à reculons. Penser n’est plus interdit. C’est même une «ressource» de l’entreprise. Reste à savoir si l’acte de penser se laissera Si facilement mettre au rang de simple moyen.

I. Taylorisme et taylorisme

En 1947, l’année même où G. Canguilhem publia son compte rendu du livre de G. Friedmann, H. Wallon, dont la contribution à l’analyse du travail mérite d’être reconsidérée[[Je me suis efforcé de le faire dans une thèse de philosophie soutenue en novembre 1992 Le travail entre activité et subjectivité, université d’Aix-Marseille I., notait que l’opposition taylorienne aux réalités physiologiques, psychiques et sociales humaines avait été paradoxalement féconde : « En les heurtant, le taylorisme a fait sortir de leur silence des nécessités qui s’ignoraient elles-mêmes. (…) Il a finalement contribué à imposer ce qu’il tendait à méconnaître ou à supprimer. Il est un exemple frappant de ces oppositions qui se résolvent en découvertes ou en étapes nouvelles[[H. Wallon, « Taylorisme, rationalisation, sélection, orientation », Technique, Art, science, n0 J, oct. 1947, pp. 5-7.
Cette définition de l’architecture de l’activité doit beaucoup à A. Léontiev, Activité, conscience, personnalité, Fd. du Progrès, 1984.. »

Et il est vrai qu’à l’échelle du siècle, la rationalisation industrielle témoigne assez bien des surprises que réserve toujours la vie sociale. Entre la cause et ses effets s’intercalent les résultats jamais totalement prédictibles de l’activité des hommes et des groupes. En ce sens «la folie rationnelle» du taylorisme[[B. Doray, Le taylorisme, une folie rationnelle?, Dunod, 1981. est d’avoir cru possible l’adéquation entre résultats escomptés et résultats obtenus. N’est-ce pas folie, en effet, que de postuler l’identification du sujet à ses actes, fût-ce à ceux qu’on lui prescrit? Dans ce genre de faux calcul, l’activité des hommes se trouve imaginairement réduite à la carcasse opératoire d’une gestuelle captive de son objet. Pourtant ce rapport à l’objet ne fait jamais que réaliser un échange d’activités entre des sujets, alimentant, subissant ou récusant les normes sociales et politiques qui dominent ces échanges.

C’est souvent en ce point que la lucidité de ceux qui «projettent» pour d’autres se trouve prise en défaut. L’inégalité de l’échange est source de l’illusion managériale prétendant résumer l’homme par sa tâche. Elle confond, dans le feuilletage infini du cours de l’activité humaine, plusieurs de ses composantes, qu’à l’inverse, l’expérience dégrisante du salariat moderne aide à distinguer: le plan des opérations grâce auxquelles se réalise la tâche ; celui des actions guidées par les résultats attendus (produits fabriqués ou services rendus) ; et enfin, celui de l’échange social des activités entre les hommes où la tâche – cette dialectique des fins et des moyens – prend naissance, puise son sens et le perd éventuellement[[Cette définition de l’architecture de l’activité doit beaucoup à A. Léontiev, Activité, conscience, personnalité, Fd. du Progrès, 1984.
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Mais cette dissolution non désintéressée de l’activité dans la trace de ses opérations laborieuses relève de la fiction. En effet cette substantialisation de l’acte que l’ingénierie taylorienne nourrie des valeurs capitalistes imagine volontiers sans volume ni contenance historiques, ne saurait fermer pour autant la porte au jeu du sujet. On cherche à l’épingler au palier opératoire de son activité. Mais sa plasticité vitale n’en disparaît pas pour autant. Ou alors, il faudrait la supposer attachée à de simples tronçons de la vie. Au contraire, le sujet n’existe qu’à l’épreuve des discordances inéliminables entre tous les paliers où se régule le cours de son activité. La tâche ne le retient nullement prisonnier. Elle l’expose, plutôt. Car elle est le lieu où se croisent, se rencontrent, se séparent et se contredisent des activités différentes et même antagonistes : les activités de sa vie sociale et personnelle tout entière ; celles des collectifs où il s’emmaille, y compris celles des milieux scientifiques et techniques «nichés » de plus en plus en chaque situation de travail; celles d’une gestion économique qui le place sous la pression des mobiles de la rentabilité financière des capitaux. La tâche ne parvient pas à «contenir» la dialectique sociale de toutes ces activités qui transitent en elle. En vertu de quoi, les opérations qu’elle suppose sont toujours débordées. Et c’est même ce débordement qui leur prête vie par la médiation de l’activité du sujet. Le paradoxe est là : les efforts entrepris pour «neutraliser» l’activité grâce à l’abstraction de la tâche révèlent les sources «extra-opératoires» de la productivité du travail:
si, d’ailleurs, la tâche peut connaître des métamorphoses, c’est que le sujet n’est jamais le décalque des opérations qu’elle impose, c’est précisément qu’il est plus grand qu’elle.

En effet, ceux qui travaillent, ne peuvent s’empêcher de «voir au travers» de la tâche. Derrière elle, ils découvrent le monde sans harmonie des mobiles sociaux qui s’affrontent. En un sens Taylor le savait bien. Mais il croyait possible de diriger ce regard vers le miroir d’une motivation salariale strictement individuelle. Les rapports sociaux n’entraient dans sa perspective que sous l’angle d’une coordination extérieure des hommes exercée par la Direction.

Or, on peut bien admettre que les opérations et les procédures manuelles ou mentales puissent être l’objet d’automatismes, c’est-à-dire s’exécuter machinalement au point de sortir du champ de la représentation et même de la conscience. On le peut d’autant plus que chaque sujet ou chaque groupe de travail cherche toujours à s’économiser en faisant franchir, chaque fois que c’est envisageable, un étage à son efficience opératoire, mettant alors la disponibilité conquise au service d’un élargissement de son champ des possibles. Dans la même perspective, on ne fera aucune difficulté pour admettre également l’évidence salutaire que toute opération de travail -même intellectuelle – a vocation à devenir une fonction de la machine, ce que ‘l’information de la production ne cesse de révéler à notre attention. La formalisation n’est pas l’ennemie de l’initiative. Elle peut en être l’occasion.

Mais précisément : la plasticité opératoire que le taylorisme met au principe des progrès de la productivité déborde d’emblée le projet taylorien, car elle est à la fois requise et déniée. En prétendant arracher l’initiative de la formalisation à ceux qui travaillent pour la coaguler en face ou au-dessus d’eux, dans les bureaux, le taylorisme est à l’origine de tensions inattendues. D’un côté, il rompt la continuité dynamique du travail de formalisation au sein de l’atelier pour le soumettre à l’antagonisme social. Mais de l’autre, justement, il braque le projecteur sur ce qu’il veut éliminer: la nécessité de l’initiative du sujet humain à la source de toute formalisation.

Rien n’est donc plus aléatoire que de prendre le projet taylorien à la lettre. S’il y a bien un taylorisme manifeste confondu avec une focalisation sur les gestes de la main et du corps, il y a aussi un taylorisme latent qui le contredit et exerce sur le premier une influence d’autant moins contrôlable qu’elle est refoulée. Ce «taylorisme ouvrier» est le fantôme dont la «rationalisation» industrielle n’a jamais pu se défaire.

Pour autant, aujourd’hui, le déplacement du travail vers des opérations intellectuelles ne nous éloigne pas spontanément du projet anthropologique tenace d’identification du sujet à ses «actes» observables et mesurables. Mieux, cet aveuglement anthropologique peut conserver un impact décisif, aux conséquences de plus en plus graves, dans les formes du management «post-taylorien ». Les réserves d’efficience ne se trouvent plus dans le travail immédiat des hommes mais dans la fiabilité croissante des systèmes techniques. Mais alors que l’ « affectivité» et la sensibilité de ces derniers réclament un milieu humain favorable à la communication horizontale entre les groupes professionnels, l’approche du projet productif se dessèche : c’est encore par le découpage vertical des tâches qu’on cherche à définir l’activité, quitte à ce qu’une «mobilisation» des ressources humaines s’épuise à combler l’écart qui se reproduit alors entre le continent caché du travail et la gestion concrète des capitaux. Le sens que prennent les rapports sociaux, lui-même, est traité comme un comportement passible d’apprentissages et de mesures. La carrière de chacun peut dépendre maintenant d’un calcul de «motivité »[[Y. Clot, 1.-Y. Rochex, Y. Schwartz, Les Caprices du flux, les mutations du point de vue de ceux qui les vivent, Matrice, 1990..

Pourtant les recherches les plus récentes en intelligence artificielle disent elles-mêmes buter sur des styles d’expériences professionnelles que les systèmes experts devraient servir plutôt que réduire[[En particulier, R. Amalberti et Cl. Valot, s Champ de validité, pour une population de pilotes, de l’expertise de l’un d’entre eux s, Le Travail humain, tome 53, no4, 1990., montrant que la tâche accomplie avec le plus d’efficience est celle qui réalise au mieux les échanges d’activité entre les hommes; celle qui opte pour un progrès de leur disponibilité. A l’inverse, si l’on considère ces mêmes échanges comme un mal nécessaire et comme le résidu temporaire d’une automatisation vouée à les supprimer, on peut comprendre que l’ingénierie sociale moderniste rêve d’une prescription de la subjectivité prenant le relais de la prescription opératoire dont le taylorisme avait le secret.

2. Confusion des genres et dénudation historique

C’est que l’information et l’automatisation des opérations de fabrication et de gestion ont jeté le trouble sur des frontières antérieurement bien établies entre des genres d’actions de travail bien séparés. Le recouvrement tendanciel et le brassage des fonctions de fabrication, de maintenance, de gestion de production, en faisant «descendre» les mobiles économiques dans l’atelier, par ailleurs directement ouvert sur les fluctuations du marché, concentrent dans chaque situation de travail un ensemble d’exigences contradictoires auxquelles le cloisonnement taylorien lui permettait paradoxalement d’échapper. On gère maintenant une situation de travail comme une séquence d’événements possibles où il faudra arbitrer au sein de multiples conflits de critères.

Dans cette sorte de confusion potentiellement salutaire des genres, les grands projets managériaux se trouvent à la fois laïcisés, sécularisés et du coup plus exposés que jamais aux réalités du travail des hommes. Mais projet pour projet, en retour, le travail des hommes est moins protégé, lui aussi, des puissances impersonnelles de l’abstrait et le refoulé des mobiles financiers apparaît alors sans fard. L’effet de ce «dégrisement» doit être contrôlé. On ne se trompera guère, semble-t-il, en désignant l’ingénierie sociale contemporaine comme une tentative pour faire face à ce «décapage» historique.

«Le développement de l’entreprise passe par l’épanouissement de l’individu. Mais il faut qu’il s’épanouisse »[[Cité par B. Doray, « La formation et l’entreprise: le jogging de la psychanalyse », Éducation permanente. n0 108, septembre 1991, p. 79., explique le P.-D.G. d’Apple-France. M. Pecqueur, président jusqu’en juin 1989 du groupe Elf-Aquitaine, notait quant à lui que le personnel doit se reconnaître dans l’image de l’entreprise, sous peine de dysfonctionnement grave et de perte d’adhésion :
«L’entreprise ne doit pas s’écarter de ses principes fondamentaux: sans profit, pas de survie. Cependant, le rôle de l’entreprise dépasse sa finalité économique de création de richesses. L’entreprise doit donner du sens, dégager des valeurs dans lesquelles ses membres puissent se reconnaître. La responsabilité centrale de ses dirigeants est de réconcilier à tout moment l’économique et le social[[« L’éthique au quotidien s, Revue française de gestion, n0 74, juin 1989, pp. 92-96.»
Ces textes sont, sans aucun doute, le symptôme d’une relance managériale destinée à frayer un accès aux sources humaines de la productivité. Faut-il les prendre avec suffisance pour autant? Ce n’est pas mon avis. Mieux vaut peut-être saisir l’occasion de réfléchir aux difficultés que nous réserve aujourd’hui l’analyse de l’efficacité souvent anonyme du travail humain. Que la «folie» taylorienne puisse en effet émigrer du champ de l’activité au champ de la subjectivité, c’est précisément une indication de l’impossibilité de trancher les rapports entre subjectivité et productivité. Autrement dit, une des plus sévères critiques en acte du taylorisme lui-même. A la décharge de Taylor retenons le fait que son analyse du travail ne pouvait se mesurer qu’au système technique de son temps. Mais mesurons aussi à quel point serait régressive la pérennité d’une organisation taylorienne alors que la mécanisation de la production a épuisé ses ressources au bénéfice des technologies de l’information. Les effets de cette métamorphose sur l’analyse du travail peuvent être mieux mesurés, selon moi, si l’on retient la distinction opérée par L.Vygotski entre «instrument technique» et «instrument psychologique ».

3. Instrument psychologique et clinique de l’action

Dans la dernière catégorie, il recense le langage mais aussi les diverses formes de comptage et de calcul, les mémoires artificielles, les cartes, les plans, «tous les signes possibles ». On trouve dans cette proposition une définition anticipée de ce que J. Goody appellera plus tard les «technologies intellectuelles» qui comptent aujourd’hui au premier rang des innovations en matière d’informatisation des situations de travail. Or quel usage Vygoski fait-il de la distinction qu’il propose ? Pour lui, il y a instrument et instrument: «L’instrument psychologique se différencie de l’instrument technique par la direction de son action. Le premier s’adresse au psychisme et au comportement, tandis que le second, tout en constituant aussi un élément intermédiaire entre l’activité de l’homme et l’objet externe, est destiné à obtenir tel ou tel changement dans l’objet même[[L. Vygotski, « La Méthode instrumentale». in Vygotski aujourd’hui, DeIachaux et Niestlé, 1985..» A l’inverse, l’usage d’un instrument psychologique réalise une activité relative aux autres et à soi-même mais non directement à l’objet, même si, au second degré, c’est bien l’objet qui est visé.

Or, la médiation de ce type d’instrument «symbolique» tend à se superposer toujours plus au milieu technique proprement dit et il faut sans doute en tirer quelques conclusions pour l’élaboration d’une analyse du travail alternative à l’ingénierie taylorienne. Celle-ci s’est focalisée sur l’analyse des modes opératoires des tâches mécanisées. C’est une «clinique» de l’action tournée vers l’objet, dirigée vers le sujet seulement au titre d’instrument. C’est une clinique sans sujet, si l’on veut bien admettre une telle errance du vocabulaire. La diffusion des «technologies intellectuelles» dilate les tâches de communication et d’interface entre les hommes. C’est peut-être d’une clinique de l’action, orientée par l’échange entre les sujets et visant l’objet au second degré, dont l’analyse du travail a alors le plus grand besoin.

Pour s’intéresser au sens, cette clinique n’aurait-elle alors plus de vocation à cerner ce que toute activité comporte d’irréductiblement « opératoire »? Au contraire, nous la voyons plutôt substituer à la formalisation taylorienne des opérations sur l’objet, la formalisation des opérations organisant l’échange social des sujets jusque dans ses antagonismes. Mais ce n’est pas une clinique sans objet. Elle parie sur une commensurabilité entre subjectivité et efficacité. Simplement, il lui faut rompre alors radicalement avec toute expertise «externe» du travail humain pour s’installer délibérément dans la formation de nouveaux milieux sociaux de parole et d’action[[Voir 1. Oddone et ahi., Redécouvrir l’expérience ouvrière, présentation française d’Y. CIot, Éd. Sociales 1981 et Y. Schwartz, Travail et philosophie, convorations mutuelles, Éd. Octarès, 1992..

Ces nouveaux milieux auraient-ils quelque chose de commun avec l’expérience qui précéda l’émergence de la polis des Grecs remise à l’ordre du jour par H. Arendt ? S’il en était ainsi, le travail contemporain n’aurait pas à rougir de sa contribution à une réarticulation de la vita activa comme domaine public et universel d’exercice de l’individualité[[Voir C. Dcjours, «Pathologie de la communication. Situation de travail et espace public: le cas du nucléaire». in Raisons pratiques, 33/ 1992. pp. 178-201.. Contre l’avis d’H. Arendt elle-même, l’animal laborans n’aurait pas démérité[[H. Arendt, La Condition de l’homme moderne. Calman-Lévy, 1961.. Mieux, sa longue histoire nous donnerait, si l’on suit Leroi-Gourhan, le privilège de vivre pendant les générations où l’homme se retrouve nu devant ses machines, débarrassé de « ses faux problèmes ». Le progrès technique aurait abouti finalement à nous placer devant le difficile passage à une «contemplation » généralisée[[A. Leroi-Gourhan, « L’illusion technologique s, in Le Fil du temps, Fayard, 1983, pp. 89-90.
Ph. Mahrieu, «Investigation historique des conduites et des processus psychologiques s, Colloque «Psychisme et histoires, 7.113 V1l1/ 1-4. 1990. Au bout du compte la vita contemplativa tirerait maintenant son sens de la vita activa: renversement de la tradition classique par où se révèlent encore une fois les puissants inattendus de toute vie sociale.

4. La « contemplation » comme travail psychique

C’est pour cette raison aussi que le management moderne risque d’emprunter, avec des effets imprédictibles, les mêmes impasses que celles où s’est fourvoyé le taylorisme. Car, comme l’activité, la subjectivité aussi a ses lois. Et l’adhésion à des idéaux n’est pas le seul principe de la vie subjective. Face à la plénitude rassurante du sujet que supposent si souvent les simplifications managériales, on peut légitimement soutenir que le «personnel» ne doit pas seulement «se reconnaître» dans l’image de l’entreprise. Il doit pouvoir aussi s’en séparer. Pouvoir se «défaire» d’une image est le ressort même de la vie mentale. La plasticité subjective est à ce prix. L’être le plus autonome est divisé, à distance de lui-même[[Ph. Mahrieu, «Investigation historique des conduites et des processus psychologiques s, Colloque «Psychisme et histoires, 7.113 V1l1/ 1-4. 1990..

Dans la clinique du travail en milieu de parole et d’action que nous évoquons, la subjectivité n’est pas confinée dans le rôle d’un fantômé intérieur, pas plus que l’activité dans celui d’une agitation opératoire. La subjectivité, dit Ph. Malrieu, «est, entre les formes sociales, leur médiateur actif. Elle leur est assujettie, et, en même temps, elle est le lieu où se révèlent leurs contradictions. Il lui revient de choisir entre elles, comme de rechercher les moyens de les rendre compatibles : ce n’est pas possible sans un effort pour prendre conscience des refoulements, des méconnaissances que le sujet opère pour se défendre des angoisses que suscitent ses divisions internes »[[Ph. Malrieu, «Pour une étude interdisciphinaire des changements sociaux», in Dynamiques sociales et changements personnels, Éditions du C.N.R.S., 1989,
. Peut-on mieux cerner les enjeux d’une définition de la praxis comme travail entre activité et subjectivité ?

Clot Yves

Psychologue du travail, professeur au CNAM