Mayotte, le octobre

Message d’une amie que je vais appeler Aïcha Ali reçu à l’instant :

Nous sommes au treizième jour de grève, aujourd’hui la journée a été encore très tendue. Les mahorais ont décidé de mener depuis ce matin une démarche pacifique malgré tout ce qu’il y a eu lieu de si grave la fin de la semaine. Cela n’a pas été possible : Samedi un enfant de 9 ans a été grièvement blessé par un projectile de flash-ball tiré par un gendarme. Il se trouve en ce moment à Saint-Pierre de la Réunion service de réanimation, avec un œil en moins. Le seul et premier blessé compté (parce que celui là on ne pouvait le taire). Le rapport qui a été fait par le gendarme responsable a été refusé par le médecin. Mais les démarches pour étouffer à tout prix cette affaire ne passent pas inaperçues.

Vers la fin de la journée de samedi les manifestants rejoints par une trentaine de maires de différentes communes, des adjoints et quelques conseillés municipaux ont été surpris par la provocation incompréhensible des militaires qui les ont bousculé et ont jeté encore une fois leur gaz lacrymogène et sur des manifestants pacifiques. Ces derniers, dans leur colère, ont demandé la démission du préfet. Aujourd’hui personne ne parle que de persister et d’essayer d’oublier. Dans tous combats il y a des bas. Sauf que tout ne fait qu’empirer. Des militaires sont envoyés de France à la Réunion, des hélicoptères sillonnent le ciel… Ce soir dans le journal le nouveau préfet Thomas Degos n’a pas cessé de parler de liberté de s’exprimer, de liberté de faire grève, de luttes contre toute formes de violence, des mesures de protections pour les manifestants… un discours incompréhensible et assurément hypocrite pour les grévistes !

Face à tout cela je me sens vraiment mal, épuisée, démoralisée. J’étais encore à Mamoudzou ce matin. Les routes sont libérées pour la circulation mais aucun magasin dans l’île n’a ouvert. La population habituée à la consommation des produits surgelés commence à manquer sérieusement de nourriture.

En ce qui concerne les clandestins, depuis deux semaines ils respirent enfin. Il n’y a plus aucun CRS qui ne les poursuivent. J’ai entendu des interventions de Mahorais à la radio qui appelait les Anjouanais et Comoriens à descendre dans la rue pour défendre des droits qui les concernent eux aussi. Dans ce mouvement on ne parle plus d’Anjouanais ni de Comoriens, beaucoup sont sur le terrain en même temps que les mahorais, on ne fait plus de différences (on ne peut en faire). D’autres accusent les étrangers d’être les véritables casseurs, provoquant les forces de l’ordre et mettant le feu aux magasins et aux barrages. La zone de Kawéni est réputée être habitée par des clandestins, cette zone a été le lieu de nombreuses et violentes confrontations avec les forces de l’ordre. Certains pensent que sans cela il n’y aurait jamais eu de réunion de négociations entre le préfet et les inter-syndicats. Pour la majorité des mahorais ce qui se passe en ce moment ne suffit pas à leur faire regretter d’avoir choisi d’être avec la France. «Ce qui est bien avec le gouvernement français», ai-je entendu dire, «c’est que toutes ces injustices finiront par être jugées devant la loi et les coupables seront inévitablement punis.»

Anthoumani Ridhoin, Mohamadi, Aïcha, Nousbati, Barama, Chill, Danjèrè, Jym, Zidani, Chouma

Jym

Nous informe régulièrement de la situation à Mayotte.