Multitudes N°

Avec son numéro 10 la revue Multitudes change de présentation, plus austère. La revue s’ouvre avec une très bonne synthèse sur “Les politiques de développement à l’heure du capitalisme cognitif” montrant qu’au contraire des anciennes théories du développement “1) la réduction des inégalités est une condition essentielle de la diffusion du savoir et de l’essor d’une économie de la connaissance ; 2) de par leur nature, les investissements immatériels brouillent la distinction traditionnelle entre biens de consommation et biens d’équipement et se présentent à la fois comme une production et une consommation collective”. La crise économique actuelle aurait “le mérite de montrer derrière la misère du présent toute la richesse des possibles” (reprenant le titre du livre de Gorz).

L’article sur la nouvelle économie d’Israël montre comment la situation de conflit a favorisé la production immatérielle (informatique, recherche), singulièrement le marché de la sécurité et de la lutte anti-terroriste ! L’intifada devient ainsi un facteur productif. D’un autre côté, il n’est plus guère possible de boycotter les produits israéliens qui sont la plupart du temps invisibles, intégrés à d’autres produits.

Enfin Maurizio Lazzarato et Antonella Corsani défendent “Le revenu garanti comme processus constituant” pour changer la production, sortir du salariat, et non comme logique de redistribution. C’est un instrument d’autovalorisation et de coopération. “Un revenu garanti dans ses formes monétaires, mais aussi en nature : “accès libre” à la santé, à la formation, à l’information, à l’eau, à l’énergie, aux transports, au logement”. Je ne pense pas qu’on puisse donner un libre accès à l’énergie et je crois indispensable des structures coopératives municipales ainsi que l’accès aux financements, mais pour le reste l’accord est total. “Nous avons besoin d’un projet réaliste, donc d’un projet révolutionnaire”.

Zin Jean

Militant écologiste et libre théoricien né le 22 septembre 1953. De formation lacanienne, il rompt bientôt avec cette école. Passionné d'informatique aux débuts de la micro-informatique, il se retrouve au chômage après de nombreuses péripéties entrepreneuriales. Ouvre en 1997 le site Écologie révolutionnaire. En 1998, il « participe » activement au mouvement des chômeurs, grâce auquel il prend conscience de la possibilité et de l'importance d'un revenu d'existence, et se consacre désormais à sa réalisation comme base d'une écologie révolutionnaire, d'une sortie du salariat et du productivisme. En 1999, il s'occupe chez les Verts de politique sociale en faisant adopter la revendication d'un « Revenu social garanti ». Il poursuit sa critique du travail et s'efforce de participer au renouveau de l'écologie radicale. Il collabore à la Lettre Transversales sciences-culture de Jacques Robin. Publie en 2006 {L'Écologie politique à l'ère de l'information}, aux Editions Erès.