Multitudes n° «Féminismes, queer, multitudes »

Article paru dans Art Pressn° 292,
Juillet-Août 2003, p.65.
Multitudes n°12 «Féminismes, queer, multitudes »,
Printemps 2003
Ed. Exils

Le douzième numéro de la revue transculturelle Multitudes traite des pensées
post-féministes et queer, en opposition à la conception dualiste et hiérarchique des
genres, ainsi qu’aux féminismes hétérocentrés et renaturalisants («le genre n’est pas
l’expression du sexe» et ne peut se prévaloir d’un fondement naturel). Philosophes,
économistes, sociologues, membres d’Act Up, etc. s’attachent à dés-ontologiser le
«sujet Femme » et dénoncent les processus de fixation identitaire. Ils s’appuient sur
la problématique des singularités plurielles, non-représentables, pensent la
politique à partir de la prolifération de différences, créatrices de combinaisons
transversales et mobiles. Dans un contexte où le devenir-femme du travail signifie «l
‘application à tous les individus des dispositifs d’assujettissement appliqués
historiquement et avant tout aux femmes», Judith Revel parle du «devenir-femme de la
politique» qu’elle définit comme «l’appel à devenir-minoritaire, à exoder, (.) à
créer». Il n’est pas question d’un éloge des minorités mais d’un processus de
re-singularisation lié au concept de «multitude», développé, par Hardt et Negri dans
leur livre Empire, et qui contrecarre «les avatars de la transcendance du pouvoir
souverain», générateurs d’oppression.
La profonde originalité de ce trimestriel de haute tenue intellectuelle réside dans
la place qu’il accorde à la production des images. La rubrique «Icônes» fait ainsi
interagir les multiples statuts de celles-ci, développe une thématique autonome et se
refuse à l’illustration des textes. Le travail de jeunes artistes inconnus jouxte
selon les numéros, celui de Pierre Joseph, Jean-Luc Moulène, Gillian Wearing ; s’y
mêlent documents de travail et images d’archives fort diverses. Tout ici progresse
avec l’idée d’une critique de la production des savoirs.