Nettoyer la ville

Le nettoyage dans la ville ne se résume pas au passage des éboueurs et des balayeurs de rue, loin s’en faut. Il y a aussi celles et ceux qui, dans les temps ” morts ” des activités dominantes urbaines, viennent dans les édifices et les lieux publics faire le ménage, débarrasser les lieux des résidus des activités qui s’y déroulent. Ce travail là est bien souvent aussi peu visible qu’essentiel. Que les nettoyeurs cessent de travailler… leur (in)activité saute alors aux yeux, par accumulation, poussière, saleté interposée.
Nous aurions pu faire ici le tableau d’une activité florissante sous sa forme industrielle, qui va dans le sens du progrès. L’industrie du nettoyage a mieux résisté à la crise que d’autres secteurs industriels et les services se sont développés et diversifiés. Le vocabulaire témoigne de ce changement pour des entreprises de Nettoyage devenues des entreprises de Propreté, proposant des prestations au plus près des besoins du client en intégrant leur activité, en anticipant leurs problèmes et en dépassant le strict aspect du nettoyage pour investir d’autres créneaux (décoration florale etc.). Ce glissement conceptuel du nettoyage à la propreté témoigne d’une notion complexe dans laquelle les normes sont à l’oeuvre et changent, faisant intervenir l’hygiène, l’esthétique, l’ordre, la netteté, l’entretien. Créneau porteur donc, que celui de la Propreté qui, d’un côté, ouvre la porte à des formations professionnelles, à des avancées techniques dans le traitement des surfaces, et de l’autre, renvoie à un besoin de nettoyer sans cesse renouvelé et qui ne requiert pas a priori de qualification spéciale. Un seau, une éponge, des produits et une camionnette… en route pour les contrats et la petite entreprise.
S’il n’existait quelques articles de journaux et documents syndicaux pour évoquer un autre aspect de la réalité, on en oublierait presque que l’avenir n’est pas à tous ceux qui nettoient. En l’occurrence il appartient plus aux entrepreneurs qu’aux salariés, plus aux grosses et très grosses entreprises qu’aux petites, et sur le terrain, si les salariés expriment des inquiétudes pour le futur c’est aussi parce que leur présent n’est pas toujours radieux.
” Fluidité “… ” interstices “… ces mots sont appropriés pour décrire une activité à géométrie variable, qui se caractérise par le mouvement, le déplacement de ceux qui interviennent dans les lieux les plus divers, le rythme décalé ou à contre temps des activités dominantes, la combinaison des présences et des absences, les apparitions et disparitions des petites entreprises, le rythme des reprises et des rachats de chantiers.
Mais ” fluidité “… ” interstices “… ne suffisent pas pour rendre compte de la réalité vécue par les nettoyeurs, des rapports sociaux dans lesquels s’inscrivent leur activité et les conditions dans lesquelles elle s’exerce, ni de nos questionnements sur la santé de ceux qui assument au quotidien – et l’on peut dire au jour le jour -, cette fonction essentielle dans les contextes urbains.
Cette profession “récente” dans sa forme industrielle fait en soi l’objet d’une littérature encore peu abondante. L’indigence est nette en matière de santé. Sauf exception, les travaux existants n’abordent pas les rapports sociaux dans lesquels s’inscrivent les conditions de la santé des nettoyeurs et replacent rarement l’activité dans le cadre des relations de sous-traitance qui modifient radicalement l’organisation sociale du travail. Le vide est quasi total lorsqu’il s’agit d’aborder la santé en tant que processus, en tant que construction[[Dans la perspective sociologique du groupe de recherches dans lequel s’ est inscrit ce travail – Equipe de recherches ISIS (Inégalités Sociales, Industrialisation et Santé), INSERM U. 292. Bicêtre -, la santé est un processus par lequel l’individu se construit et résiste, processus dynamique qui inscrit dans le corps, dans la personne, les empreintes du travail, des conditions de vie, des événements, des douleurs, du plaisir et de la souffrance, de tout ce dont est faite une histoire individuelle dans sa singularité, mais aussi collective par l’influence des multiples logiques au coeur desquelles elle s’insère.. Cet angle d’attaque très ouvert implique des regards croisés sur les conditions de vie et de travail, sur les itinéraires de celles et ceux qui constituent la main d’oeuvre assurant la fonction, sur le milieu et ses caractéristiques principales.
C’est à ces conditions que peut apparaître ce que j’ai jusqu’ici désigné comme étant “la face cachée du travail dans la ville”. Le nettoyage, la prise en charge des saletés fait partie des activités qui, sauf nécessité ou exception, ne sont pas exhibées. C’est aussi une ” face cachée ” parce que l’organisation du nettoyage masque les formes concrètes de la division sociale du travail et des conditions dans lequel celui-ci s’effectue. La ville constitue indéniablement un terrain particulièrement fécond pour le nettoyage industriel. Les concentrations indispensables à son développement s’y répondent: celle des activités et des espaces d’intervention potentielle, celle de la population qui constitue la main d’oeuvre. Mais le milieu n’échappe pas aux précarisations concomitantes à la flexibilisation du système productif dans son ensemble (Appay 1993, Thébaud – Mony 1993). Les éléments recueillis au cours d’une enquête
exploratoire monographique menée à Montréal et à Paris[[H. Bretin : Santé des ouvriers du nettoyage à Montréal et à Paris. La face cachée du travail dans la ville. INSERM U.292, ISIS. Novembre 1994. Rapport de recherche confiancé par la MIRE et le PIR – VILLES CNRS. nous montrent que pour les hommes et les femmes qui assurent cette fonction essentielle, à la fois transversale et subordonnée aux autres activités urbaines, flexibilisation et précarisation mettent en contradiction l’emploi et la santé, le travail et la santé, le temps et la santé.

Un corps professionnel soumis à transformations

Le nettoyage a toujours été une fonction indispensable des contextes urbains et des transformations ont marqué à la fois les représentations et les pratiques autour de la prise en charge du propre et du sale, les activités qui se sont développées dans les villes et enfin la profession de nettoyage elle-même.
Si auparavant dans les hôpitaux, les administrations, les
entreprises, les tâches de nettoyage étaient assurées ” à l’interne ” par des membres du personnel, le développement de la sous-traitance a occasionné la constitution d’une catégorie de travailleurs qui ne sont pas salariés des responsables et/ou des propriétaires des lieux sur lesquels ils interviennent. Ils ne font pas partie du personnel des lieux, n’ont pas les mêmes droits, pas les mêmes protections ni les mêmes avantages.
Dans des services hospitaliers, dans certains secteurs publics, la privatisation et le recours à la sous-traitance ont signifié pour les travailleurs concernés, une dégradation des conditions d’emploi et de travail, une intensification du travail, une fragilisation des statuts, une baisse des salaires (Coyle, 1986; Labour Research, 1988).
Ces transformations ont touché une main d’oeuvre recrutée parmi les populations généralement considérées comme les ” segments les plus vulnérables ” de la force de travail, pour reprendre une expression de Deborah Berstein qui, en 1985, entendait par là, les immigrants, les minorités ethniques et nationales, les femmes, les jeunes, les personnes relativement âgées (Berstein, 1985).
Quelques données rassemblées en France et au Québec donnent des indications sur les caractéristiques socio-démographiques des salariés de la profession.
– Les femmes sont largement présentes dans le métier. Selon le Comité Paritaire de l’Entretien d’Edifices Publics de la région de Montréal, elles représentent entre 50 et 60 % de la main d’oeuvre[[38 % de la main d’oeuvre du secteur selon une étude menée en 1982, avec une proportion variable selon les origines ethniques et une part plus importante d’étrangères parmi la main d’oeuvre féminine que d’étrangers parmi la main d’oeuvre masculine (58 % contre 50 %) (Lamotte, 1982).. Leur part est évaluée à 52% pour l’ensemble de l’Ile de France par l’UNEDIC en 1992. La Fédération des Entreprises de Propreté, l’estime, quant à elle, à 64% des effectifs à l’échelle nationale contre 52,3 % en Ile de France où elles sont vraisemblablement supplantées par la main d’oeuvre immigrée, plus masculine.
– La présence des immigrés dans le secteur apparaît de fait comme une caractéristique urbaine. Plus on resserre la région autour de l’Ile de Montréal, plus la part de salariés du nettoyage dont la langue maternelle n’est pas le français s’accroît (59% sur l’Ile de Montréal contre 11 % à l’extérieur de la région métropolitaine comprenant l’Ile de Montréal, l’Ile de Laval et les communes immédiates de la rive sud du saint Laurent), avec une forte représentation des immigrants parlant espagnol et venant d’Amérique du sud (20%), puis des Portugais (15%), des Grecs (8%), des Italiens (7%). En France, la Fédération des Entreprises de Propreté annonce en 1992, 35 % de travailleurs étrangers parmi les ouvriers. Surtout concentrés dans les métropoles de l’Ile de France, de la région Provence-Alpes-Cote d’Azur et en Rhône Alpes, ils sont originaires du Maghreb et d’Afrique noire dans leur majorité
(57%), des pays de la CEE pour un tiers d’entre eux[[Mais en 1991, un article du Monde sur la profession estimait la part des immigrés à 60 % de la main d’oeuvre totale ce qui est tout à fait vraissemblable (Herzlich, 1991)..
– Quelles que soient, d’une société à l’autre, les différences d’appréhension et de classification des professions, voire des difficultés d’objectivation statistiques de celle-ci, les nettoyeurs sont des travailleurs peu voire non qualifiés. Cette réalité n’apparaît pas clairement dans la classification québécoise où la notion de qualification n’intervient pas dans les désignations. Au sein des travailleurs spécialisés dans les services, le groupe de base appelé “Concierge, employé des services domestiques et du nettoyage” (n° 6191) rassemble des travailleurs dont l’activité est définie comme suit : “Les personnes (…) nettoient l’intérieur des immeubles, l’ameublement et le matériel; nettoient les fenêtres; nettoient les cheminées et les chaudières; et nettoient et réparent les stores vénitiens” (Classification des professions, Statistiques Canada, février 1981).
En revanche, la notion de non qualification est explicite dans la nomenclature française où les nettoyeurs sont classés parmi les ouvriers non qualifiés de type artisanal. La rubrique des “Nettoyeurs” (catégorie 6699) comprend
1) les salariés du secteur privé chargés de nettoyer, seuls ou au sein d’une petite équipe des locaux industriels ou collectifs (bureaux…), en général à l’aide d’un matériel simple.
2) les ouvriers, du secteur public ou du secteur privé, chargés du nettoyage de la voie publique ou de l’enlèvement des ordures.” (Nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles. PCS, index analytique, 1 Ere édition, INSEE 1983).

Une population confrontée à des situations précaires en amont du travail de nettoyage

“On ne choisit pas le nettoyage. On tombe dans le nettoyage” nous disait un contremaître à Paris, évoquant l’organisation sociale qui lie des populations à une activité non choisie et une mobilité descendante. Dans les entretiens avec les nettoyeurs rencontrés, l’entrée dans la profession est moins un choix professionnel individuel qu’une stratégie d’ancrage socio-économique pour une population dont les trajectoires dégagent les éléments d’une précarisation socialement construite en amont. Y contribuent selon les cas et à des degrés divers: la migration du pays d’origine, l’absence de qualification et/ou de formation professionnelle, la faiblesse du niveau d’instruction de base, la non-reconnaissance ou non-exploitation des compétences acquises au cours des expériences antérieures, la fragilisation des situations d’emploi antérieures, la succession d’emplois précaires et de “petits boulots”, l’absence totale d’emploi et la dépendance financière à l’égard de membres de la famille (conjoint, famille…), la situation de monoparentalité… Ainsi, l’entrée dans le métier signifie selon les cas, la fin du chômage, l’arrêt ou la réduction possible des “petits boulots”, le passage au travail déclaré, l’arrêt de la chute du nombre d’heures travaillées dans un autre cadre professionnel, voire l’amélioration du niveau de salaire[[Au Québec le taux de salaire horaire dans le nettoyage est nettement plus élevé que dans les manufactures où il avoisine le minimum (à peu près $ 6 contre $ 11,25). Ce n’est pas le cas en France où le salaire des salariés les moins qualifiés demeure à peine supérieur au SMIG. Deux observations toutefois; cet “enrichissement” potentiel peut être largement pondéré par le nombre d’heures de travail effectuées, et le passage de la manufacture à l’entreprise de nettoyage relève moins de l’ascension professionnelle que de la mobilité contingentée et horizontale d’une main d’oeuvre discriminée sur le marché du travail et de l’emploi..
Cette précarisation sociale et professionnelle en amont du travail de nettoyage n’est pas anodine pour la suite des événements. Cette fragilisation préalable participe dans une certaine mesure, du fonctionnement dans la profession et des stratégies de maintien dans l’emploi pour les salariés. La situation est complexe. Car être employé d’une entreprise de nettoyage en sous-traitance c’est être confronté à des paradoxes liés entre eux qui révèlent des précarisations propres au contexte et pèsent sur les conditions de vie et de travail.

L’aléatoire permanent… et l’autonomie contrôlée

Dans ce milieu hautement concurrentiel, la lutte des entreprises pour l’obtention d’un contrat passe bien souvent par la règle du ” moins disant ” qui consiste à proposer au client un service de nettoyage à un coût inférieur à celui des concurrents. La baisse peut représenter jusqu’à 40% du prix du prédécesseur. Elle a des retentissements majeurs sur l’emploi et le travail des ouvriers, quelles que soient les formes de protection existantes. La mobilité liée à la perte du contrat peut être plus importante pour les Montréalais que pour les Parisiens. Attachés à leur entreprise, ils
quittent le chantier perdu[[Ils peuvent être repris par l’entreprise qui succède mais ce n’est pas le cas général. pour en intégrer un autre de la même entreprise… si elle en possède un. Si le syndicat est accrédité dans l’entreprise, les déplacements se feront en fonction de l’ancienneté des travailleurs – le plus ” ancien ” pouvant supplanter un plus ” récent ” sur un chantier, qui lui même ira supplanter un plus récent etc. c’est le bumping. Les Parisiens sont, eux, attachés au chantier sur lequel ils travaillent s’ils répondent à certains critères prévus par la convention collective. Ils changent d’employeur tout en restant en place,… quitte bien souvent, à être déplacés plus tard par la nouvelle entreprise. Que la mobilité ait un impact plutôt ” collectif ” à Montréal[[i1 y a quelques années, la perte du contrat d’une université de la ville et le replacement d’environ 80 salariés y compris dans d’autres entreprises ont eu des répercussions sur l’ensemble du milieu. ou que le système soit plus atomisé à Paris, les limites de la protection de l’emploi apparaissent dans un milieu où l’aléatoire règne en permanence; quand le bumping amène en bout de course au chômage, quand le changement d’employeur mène, à plus ou moins long terme, à un déplacement ou à un licenciement a posteriori.

Réorganisation des tâches, économies sur le matériel et les produits, réduction de main d’oeuvre, changements d’horaires; les employés vivent sur le terrain les conséquences des économies réalisées par les clients. Un des atouts des entreprises réside dans la flexibilité qui passe pour les salariés par des mobilités à différentes échelles temporelles et spatiales: passage d’un lieu à l’autre sur un même chantier; d’un chantier à un autre sur le temps de travail quotidien; rotations d’un chantier à l’autre dans la semaine de travail, sur 15 jours… ; passage d’un chantier à l’autre au gré des besoins selon les périodes de l’année et l’intensité de l’activité du lieu entretenu, au gré des pertes et gains de contrats renégociés.
Les modifications d’horaires peuvent intervenir sans changement de lieu de travail: déplacement, sectionnement, éclatement d’un volume horaire total qui demeure le même; augmentation ou diminution du volume horaire lui-même, éventuellement d’un jour à l’autre.
L’élasticité éprouvée s’accompagne bien souvent d’une intensification du travail en tant que tel, qui s’inscrit directement dans les rapports de subordination qui caractérisent aussi la soustraitance. Les ” clients ” (à Montréal) ou ” donneurs d’ordre ” (à Paris) sont préoccupés par la qualité et le coût du service rendu et ont en dernière instance le pouvoir de casser le contrat avec l’entreprise ou de ne pas le renouveler. Mais la manière dont elle s’organise sur le terrain pour répondre à leurs exigences ne les concerne guère. Hormis quelques cas exceptionnels, l’entrepreneur sous-traitant a une grande autonomie d’action. Le pouvoir stratégique tel que défini par Béatrice Appay semble s’exercer à plein dans ce contexte qui fonctionne en ” système tendu de sanctions extrêmes positives ou négatives liées à la survie ” (Appay, 1993 et dans lequel les salariés sont largement responsabilisés. L’organisation de leur travail répond à des normes qui peuvent faire l’objet d’une rationalisation taylorienne et d’une fragmentation très importante sur certains chantiers[[Par exemple dans le système français : le travail en équipes de salariés ayant chacun une tâche précise : l’un le balayage, l’autre l’époussetage, un autre le lavage et le vidage de cendriers etc.. Plus généralement, l’ouvrier a un objectif à atteindre dans un temps de travail inférieur au temps réel nécessaire (Guérin, 1990) dans lequel imprévus et événements peuvent toujours modifier le volume et la charge de travail. Il y a là un “système de liberté et d’autonomie intense où les marges de manoeuvre sont très restreintes, les conditions de survie très limitées” (Appay, 1993). De fait, les salariés pour faire face au mieux, s’organisent, anticipent et planifient des rotations de tâches, établissent des priorités compte tenu du manque de temps.
La menace de la perte du contrat est réactivée à travers les procédures de contrôle de propreté réguliers et/ou arbitraires qui évaluent la performance de l’entreprise et de salariés fragilisés à la fois de l’extérieur (expérience antérieure du chômage et/ou des emplois précaires…) et de l’intérieur (concurrence, changements de chantiers et/ou d’employeurs, réduction des heures de travail et du salaire… ).

Les contraintes de la mobilité et du travail décalé

L’organisation sociale du travail de nettoyage s’inscrit dans l’organisation sociale urbaine et passe par des stratégies qui s’appuient et dépendent d’autres services pour répondre aux exigences de l’emploi. Autres services qui pour autant, ne sont pas adaptés a priori aux besoins des ouvriers nettoyeurs. Travailler de soir, de nuit, se déplacer d’un endroit à l’autre, faire du temps supplémentaire, changer d’horaires… pour ” tenir ” la flexibilité, les salariés mettent en place des stratégies invisibles pour les employeurs. Elles engagent le travailleur et aussi sa famille autour du mode de garde des enfants et de la possibilité de faire face à des imprévus. Les recours sont divers: gardienne, étudiants, membre de la famille, conjoint, voire présence des enfants sur le chantier en dépit d’autres solution, pensionnat pour certains. Elles expliquent les aspects spécifiques de la gestion du personnel, en particulier l’absence brutale (quand les stratégies cèdent) et le remplacement au pied levé sur le poste à pourvoir de façon momentanée ou plus durable. Elles nécessitent des moyens de déplacement pour rentrer chez soi à des heures pour certaines très tardives ou très matinales. Or l’organisation déployée se heurte bien souvent à la réalité des conditions de transport en commun. C’est la course au travail pour finir à temps et réussir à attraper le dernier autobus ou le dernier train qui rentre vers la périphérie de la ville à 1 ou 2 heures du matin, c’est l’attente prolongée des bus moins fréquents en dehors des heures de pointe et les retours bien plus longs que les allers. En prenant les premiers trains de banlieue, le premier métro, il n’est pas toujours possible d’arriver à l’heure prévue (6 heures), même lorsque l’on habite Paris intra-muros. La tolérance au retard, le décalage d’horaires d’une demi-heure ou plus ne sont pas des pratiques systématiques.

Cumuls d’emploi et cumuls de travail

La fragmentation du temps et des lieux de travail permettent rarement d’avoir un emploi à temps complet et encore moins au même endroit. Le petit nombre d’heures de travail parfois attribué au salarié, favorise voire implique la recherche de compléments de revenus. Cette recherche qui suppose une disponibilité quasi systématique et permanente pour des heures complémentaires eûou des remplacements, engendre aussi des stratégies de cumuls d’emploi. Repérés dans l’expérience féminine comme masculine, déclarés ou non, ils révèlent des situations et des degrés de précarités économique et sociales variables, selon que le nettoyage constitue l’emploi principal ou un complément de revenus.
Mais dans l’expérience féminine apparaissent des cumuls d’un autre ordre qui confirment l’importance de la distinction travail/ emploi pour appréhender une réalité qui fonctionne sur l’alternance activité salariée/activité domestique et non sur activité/ inactivité (Kempeneers, 1987). Sur le versant masculin, le cumul se construit en quasi exclusivité dans l’activité professionnelle. Sur son versant féminin, il intègre aussi l’activité domestique. Les contraintes domestiques et salariales nourrissent un ” besoin ” de travail à temps partiel qui légitime une flexibilité discriminante et a contribué à la forte présence des femmes dans la profession[[Au début des années 80 en Angleterre, des proportions significatives dr femmes surqualifiées pour la profession travaillaient dans le nettoyage uniquement pour cette raison (Coyle, 1985: 7-8).. L’articulation vie professionnelle/vie familiale se double souvent d’horaires qui les conduisent à des conciliations acrobatiques combinant présence par anticipation et présence effective. Les femmes qui ont des horaires d’après-midi ou de soir organisent leurs activités de façon à ce que leur absence ne constitue pas une entrave au déroulement de la vie familiale. Etre là sans être là, c’est, avant de partir, faire le ménage de la maison, préparer le repas pour les membres de leur famille calés sur un rythme différent et seront au domicile en leur absence et rendre ainsi acceptable le travail. Si le retour tardif du travail amène à se coucher très tard, le temps domestique se cale quand même sur le rythme des autres, avec le lever simultané, la préparation du déjeuner, etc.

Compromis travail/santé

Des compromis entre le travail et la santé font écho aux précarisations externes et internes à la profession développées plus haut. Ils soulignent la contradiction majeure entre le temps et la santé qui apparaît sous différents aspects et le poids de la division sexuelle du travail.
Les conciliations de rythmes différents et décalés génèrent des amplitudes de journées totalement épuisantes physiquement et psychologiquement, qui anéantissent le temps et l’espace escomptés pour une vie personnelle, une vie de couple, une vie familiale.
Sur le terrain, les pratiques de protection en matière de santé et sécurité que les salariés évoquent[[Port des gants, de masques pour utiliser les produits, précautions lors d: leur manipulation, attention pour éviter glissades et chutes avec le matériel ou lors du décapage des sols, limitation des occasions de se pencher, maintien d’une bonne posture pour se baisser, dédoublement des sacs poubelles trop lourds, ne pas courir… sont limitées par la contrainte de temps. Les priorités et les choix autonomes et singuliers qui renvoient chaque travailleur isolé à l’organisation de son activité, à sa performance dans le rapport avec les usagers et ses supérieurs ne sont pas les moins éprouvants[[Une étude ergonomique sur les nettoyeuses des Wc de trains de banlieue à Paris a montré que les femmes qui font ce travail sous contrainte de temps très forte privilégient la propreté de la cuvette, c’est à dire l’activité qui occasionne les postures les plus pénibles. (Messing, Haëntjens, Doniol Shaw, 1993).. Parallèlement les compromis qu’il fait le mettent dans des situations en porte à faux; travailler sans protections ou s’en servir occasionnellement, transporter des charges trop pesantes, courir, continuer à avoir des postures pénibles, renoncer à la pause pour finir… Le manque de temps vient en surenchère à l’aspect parfois mal pratique du travail avec gants par exemple, à l’absence des protections non fournies par l’employeur, au manque d’information appropriée sur les recommandations pour la manipulation des produits.
Le caractère éprouvant du travail de nettoyage en lui-même est tout aussi escamoté que les savoir faire qu’il nécessite. La proximité de l’activité avec le travail domestique et l’absence de difficultés apparentes qui le caractérise contribuent à l’occultation de la pénibilité réelle. Les nettoyeurs effectuent des travaux inscrits dans le prolongement des tâches domestiques qui échappent à toute notion de qualification et à toute visibilité. ” As long as you can do housework… ” disent les femmes de ménage qui travaillent dans les buildings de Toronto (Neal & Neale, 1987). Or, outre que les pénibilités du travail (le plus souvent effectué par les femmes) sont rarement explicitées dans la littérature ou alors par défaut[[Les articles souvent issus de la littérature ergonomique d’Europe du Nord sur les techniques permettant de réduire les affections musculo-squelettiques des nettoyeurs sont une manière d’expliciter l’existence de ces pathologies., le travail le moins qualifié ne bénéficie pas des acquis techniques, des progrès les plus importants dans le secteur et qui ont pu dans d’autres contextes améliorer les conditions de travail : cireuses, laveuses, sécheuses autotractées, aspirateurs automatiques etc. Pour le ménage des bureaux et des espaces plutôt encombrés ou exigus, les améliorations possibles demeurent très limitées et les tâches restent essentiellement exécutées avec balai, aspirateur, serpillière, éponges et chiffons. La division sexuelle qui pèse sur l’attribution des travaux pèse également sur l’éventualité d’une répartition de la pénibilité par une rotation du personnel masculin et féminin sur l’activité concernée[[Messing, Haëntjens et Doniol Shaw signalent dans leur étude que cette éventualité à propos du nettoyage des toilettes de train avait soulevé des réactions très vives tant chez les hommes que chez les femmes..

Quelles protections ?

En matière de santé, tenir, se maintenir dans le travail et dans l’emploi de nettoyage relève avant tout de stratégies souvent individuelles qui impliquent assez peu directement les syndicats. Ils sont présents dans le contexte parisien comme montréalais et si leur
organisation différente[[Le syndicalisme québécois est construit sur le modèle Nord américain . La centrale qui a obtenu le monopole dans le milieu – la FTQ (Fédération des Travailleurs du Québec)- est aussi le porte parole au niveau provincial, de travailleurs syndiqués d’unions américaines et pancanadiennes. L’Union des Employé-e-s de Service est une union américaine avec une succursale québécoise, le local 800. La FTQ local 800 évalue à environ 70% dans la région de Montréal, la part des syndiqués parmi les employés des compagnies d’entretien ( ce qui correspond grosso modo aux sept entreprises les plus importantes du secteur. En France où différentes centrales interviennent dans le milieu – la CGT, la CFDT, la CFTC, la CGC et la CGC /FO – la syndicalisation est estimée à environ 5 %, voire moins y compris en 11e de France. ne permet pas de comparer entre eux les taux de syndicalisation estimés, ils sont confrontés aux mêmes obstacles: difficultés des contacts et des rencontres entre travailleurs éparpillés sur des chantiers très dispersés, situations d’isolement et d’ignorance d’une partie des salariés sur leurs droits, intimidations et pressions des employeurs etc.
Dans ce cadre, les questions de santé au travail n’apparaissent pas comme des priorités immédiates, les actions en santé-sécurité sont à un stade embryonnaire, supplantées par des questions telles que les licenciements, le non respect de la convention collective, les transferts et maintien de la main d’oeuvre sur les chantiers, les conditions de travail, les primes, les salaires, la limitation des coupures d’heures de travail.

Désormais, pour revendiquer ou s’opposer, les salariés ne disposent pas des mêmes outils à Montréal et à Paris. La dernière convention collective négociée à Montréal est claire : pas de recours à la grève côté salariés, pas de lock-out côté employeurs. C’est sans arrêt de travail ou fermeture que doivent se défendre à présent les conditions de travail et d’emploi. A Paris, des conflits existent et des arrêts de travail plus ou moins longs se déclenchent à différents endroits; départs de feu plus ou moins vite éteints, aussi nombreux que méconnus hors du lieu où cela se passe[[A titre d’exemple, entre Mai et Juillet 1993, on pouvait pointer au minimum 4 conflits différents avec arrêt de travail dans au moins 2 cas sur Paris.. C’est à ces moments là que peuvent s’établir les contacts syndicaux entre les travailleurs. C’est à ces moment là aussi qu’ils peuvent s’établir avec le ” public ” et les occupants des lieux concernés, rarement au fait des situations réelles, et pour cause. Symptomatique du décalage temporel, mais aussi de la distance et de la rupture, cette méconnaissance rend compte de la dynamique du rapport de production qui lie les activités dominantes et ceux qui les exécutent, aux exécutants des travaux serviles qui les soutiennent. Il s’agit finalement d’une double exclusion, car si les nettoyeurs sont à la fois présents et extérieurs sur les sites qu’ils entretiennent, les autres occupants sont, à leur niveau, exclus de certains aspects de la prise en charge du nettoyage dont les modalités sont définies entre les gestionnaires de l’édifice et un représentant de l’entreprise.
La relation qui peut s’établir entre occupants et nettoyeurs se construit sur leur présence simultanée ou non. Elle se construit de toute façon par poubelle, saleté, poussière interposée. Et la prise en charge de la saleté médiatise, cristallise les rapports sociaux et les tensions en place sur les lieux d’intervention, les enjeux que représentent l’entretien de la force de travail dont participe le nettoyage, le contrat entre donneur d’ordre et sous-traitant, la reconnaissance du travail et les conditions de celui-ci.

Appartenance et dévalorisation

A travers les témoignages des salariés rencontrés, la relation avec les usagers se construit sur deux axes qui participent aussi des processus de construction/déconstruction de la santé des ouvriers du nettoyage. Lorsque le temps passé sur le chantier le permet, et que le type de lieu s’y prête, les salariés peuvent acquérir petit à petit une connaissance des usagers et du fonctionnement du service, y compris par un subtil décryptage de signes, traces[[Une femme montréalaise expliquait comment, au premier coup d’oeil sur le volume de mégots dans le cendrier d’un travailleur encore en poste au moment de son passage, elle évaluait son état de stress et adaptait en conséquence son salut : plus le tas de mégots est gros, plus le stress est grand, moins l’homme est “parlable”, plus la communication est brève; un simple ” bonjour ” suffit. La couche de poussière collée sur l’écran d’ordinateur indique que celui-ci a été utilisé plus ou moins longtemps dans la journée… et indices. Cette connaissance relève de ce que nous appelons un savoir intégrateur, un mode d’attachement au lieu du travail, une manière de lui donner du sens et de le mener à bien, de vivre des ” petits ” paradoxes tels que trouver sa place dans le déplacement, faire bien tout en faisant vite… Les attentions particulières (nettoyage des boutons de portes, des interrupteurs,… de la cafetière) qui ne font pas partie des tâches prescrites mais des soins, apportés “gratuitement” par le travailleur, s’inscrivent dans la même logique. Apparaît alors le travail qui socialise, les éléments à partir desquels peut se développer une relation. C’est aussi une revalorisation du travail professionnel qui comporte une richesse et une subtilité insoupçonnées et méconnues de l’extérieur.
Mais le rapport avec les occupants passe aussi par les pratiques envers les nettoyeurs et se dégage alors un vécu qui cristallise les rapports sociaux de classe et les inégalités qui les caractérisent. Des ouvriers soulignent les formes de reconnaissance telles qu’une “relation” agréable, les manifestations allant de l’échange de quelques mots, un salut, des sourires, jusqu’aux attentions gratifiantes, au cadeau en fin d’année (association au collectif de travail en place). En revanche d’autres comportements sont mal vécus, y compris pour la pénibilité du travail qu’ils apportent. Papiers jetés à côté de la poubelle, sous les bureaux, toilettes très souillées etc. sont perçus parfois comme un manque de respect et de considération pour la personne qui nettoie et son travail. Le soupçon implicite ou explicite, le questionnement en cas de vol dans l’édifice ou de consommation de produits destinés au public, marquent à la fois la spécificité du travail et le déni de cette spécificité (le nettoyeur est présent et circule sur le site mais il a son propre travail et ce n’est pas de la surveillance). La mise en question de l’honnêteté est quant à elle, liée au statut, à la position de classe.
Ces vécus de classe qui passent par des sentiments de dévalorisation et de non reconnaissance professionnelle, mettent en question la valeur que l’occupant peut accorder au travail, les signes et les limites au delà desquelles il s’agit moins d’un rapport de travail que de relations de servitude. Ces questions sont d’autant plus complexes et imprègnent les pratiques des nettoyeurs et des occupants, qu’elles s’inscrivent dans des organisations où la subordination, l’alternance des interventions, le rapport à la saleté, contribuent à construire une invisibilité réciproque du travail et de ses exécutants, et à maintenir cachées les formes de la division sociale du travail qui intègre et dépasse le cadre des pratiques individuelles.

L’ordre urbain au prix de quel ordre social ?

En 1995, en France, la formation des salariés visant à ouvrir des perspectives d’évolution de qualification et de postes – aspect très innovant de la nouvelle convention collective -, entre en résonance avec l’image de professionnalisme que les entreprises souhaitent se voir reconnaître. Qui profitera de ces formations ? quel impact sur les clivages qui structurent et divisent le corps professionnel entre les spécialistes du nettoyage “high-tech”, et les préposés à la serpillière, à l’aspirateur et au chiffon qui continueront de vider les corbeilles et d’épousseter les bureaux ? Comment de tels projets peuvent-ils tenir et avec quel impact dans un contexte de déréglementation et de précarisation généralisées ?
A Montréal, la loi des décrets d’extension des conventions collectives est remise en cause de. D’ores et déjà tombée dans certains secteurs, ses détracteurs la considèrent désuète, désormais inadaptée au contexte d’économie libérale à la flexibilité qu’il requiert. Portant sur les salaires et les conditions de travail, cette extension à l’ensemble des travailleurs non syndiqués du secteur du nettoyage avait fait baisser considérablement le taux de roulement de la main d’oeuvre et avait contribué à une augmentation marquée et régulière du taux de salaire horaire. La chute du décret casserait la situation y compris pour les syndiqués dont les employeurs ne pourraient faire face à des concurrents payant de moitié leurs salariés; ce serait peut-être aussi une remise en question de l’existence du syndicat lui-même. Il y a là une remise en cause des acquis sociaux et une précarisation potentielle massives dans ce milieu qui d’ores et déjà ne garantit pas les conditions de vie et de travail acceptables pour l’ensemble des ouvriers, non syndiqués, non déclarés ou plus simplement au nombre d’heures de travail insuffisant. Le salariat n’exclue pas la situation d’assistance[[En Janvier 1994, l’hebdomadaire Voir (montréalais s’il en est !) publiait le reportage d’un journaliste partageant pour quelques heures les conditions d` vie des sans-abri locaux. Scène d’un petit déjeuner dans une structure d’hébergement : ” je m’assois avec le seul haïtien de la salle, qui me raconte qu’il a une chambre, qu’il travaille tous les avant-midi comme préposé à l’entretien ménager, mais qu’il a quand même besoin de manger à la soupe populaire parce qu’il ne possède ni frigo, ni cuisinière…” (Roy 1994)..
A Paris, la loi quinquennale et l’annualisation du temps de travail sont une ouverture dans laquelle s’engouffrent largement les politiques de fragmentation des horaires que réclame une ” meilleure organisation du temps de travail ” dans un contexte d’économie. Six heures de ménage par jour de 6 heures à 9 heures puis de 18 à 21 heures (dans deux points opposés de Paris) s’avèrent encore sécables en modules d’une heure trente dans des lieux différents… et cette absence de limites a été une des raisons du conflit opposant les nettoyeurs de la Caisse d’ Epargne d’ Ile de France à leur nouveau patron au début de l’année 1995[[Lire sur cette affaire dans Libération du 13 janvier 1995, un article dr Philippe Eliakim qui résume remarquablement les enjeux et les limites du conflit.. Les ouvriers nettoyeurs les moins qualifiés sont payés juste un peu plus que le SMIG et pour nombre d’entre eux, travaillent moins de 39 heures par semaine, voire un temps insuffisant pour ouvrir des droits à la sécurité sociale. C’est le cas de 8% des 924 ouvriers interrogés dans le cadre d’une recherche menée par des médecins du travail dans un service inter-entreprise à Paris (Opatowki, Varaillac et al., 1994). La fragmentation c’est aussi un salaire de misère, la fluidité, c’est aussi l’éclatement des familles.

“On aura toujours besoin de nous” disent souvent celles et ceux qui, en rappelant le cycle du propre et du sale, de la production à son évacuation, rappellent le caractère essentiel de leur travail et une relation de dépendance dont la réciprocité est peu soulignée. Besoin, certes, mais dans et à quelles conditions ?
C’est dans l’expérience des accidentés du travail que le compromis emploi/travail/santé apparaît sous sa forme la plus radicale : le processus de sélection – exclusion. Les histoires qui clôturent cet article soulignent les limites de la protection à la fois sur le terrain et au plan institutionnel, elles racontent aussi des processus extrêmement dynamiques de construction/déconstruction de la santé. Carences et dysfonctionnement du système de protection sociale, judiciarisation des procédures de reconnaissance et de prise en charge au titre de la santé au travail, impasses professionnelles, isolement face aux institutions et à l’entreprise, appauvrissement; les précarisations sociales professionnelles et familiales s’installent conjointement aux atteintes à la santé et c’est au prix de cette dernière que se fait au jour le jour, la résistance et le maintien dans l’emploi. Un cercle vicieux qui n’est pas prêt de se rompre. L’ordre constitue un enjeu central des pratiques de nettoyage urbain. Mise au propre et maintien de l’ordre sont étroitement imbriqués, au delà du symbolique. Une propreté ” a u risque de l’exclusion ” souligne Maïté Clavel en évoquant l’appropriation collective de la ville par ses habitants et une identification collective qui passeraient par l’éviction, l’évacuation des traces de l’Autre, un espace urbain normalisé qui exclurait les différences. Les pages qui précèdent ne révèlent elles pas ici l’expérience humaine d’une logique de l’exclusion prise à son propre piège?

Références

Appay B. (1993) : Individu et collectif : questions à la sociologie du travail et des professions. L’autonomie contrôlée. Cahiers du GEDISST, n°6, séminaire 1991-92. IRESCO-CNRS : 57-92.
Bernstein D. (1985) : The subcontracting of cleaning work : a case in the casualisation of labour. The Sociological Review, 34 (2) : 396-422.
Clavel M. (1992) : La propreté au risque de l’exclusion. Annales de la Recherche Urbaine, n° 51 : 4-12.
Coyle A. (1985) : Going private. The implications of privatization for women’s work, Feminist Rewiew, 21, November : 5-23.
Eliakim P. (1995) : Coup de torchon à la caisse d’Epargne. Libération, Vendredi 13 Janvier.
Guérin F. (1990) : Travail réel et volume de l’emploi. Un exemple, le nettoyage industriel. La lettre d’information de l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail, n° 149.
Herzlich G. (1991) : Remue-ménage dans le nettoyage. Le Monde, Vendredi 12 Avril.
INSEE (1983) : Nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles. PCS, index analytique, 1ère édition.
Kempeneers M. (1987) : Questions sur les femmes et le travail : une lecture de la crise. Sociologie et sociétés, XVX (1) : 57-71.
Labour Research (1988) : Wiping away the image of the ” silent workers “, January.
Lamotte A. (1982) : Conditions de travail des néo-québécois dans l’entretien ménager d’édifices publics. Rapport préliminaire. Ministère des communautés culturelles et de l’immigration. Direction de la recherche. Montréal.
Messing K., Haëntjens C., Doniol-Shaw G. (1992) : L’invisible nécessaire l’activité de nettoyage des toilettes sur les trains de voyageurs en gare. Le Travail Humain, 55 (4) : 353-370.
Opatowski S., Varaillac P., Richoux C., Sandret N., Peres L, Riffiod D., Watsubo Y. (1994) : Enquête sur les ouvriers nettoyeurs. Centre Médical Interprofessionnel Europe, Direction Régionale du Travail et de l’Emploi. Paris.
Roy J. H. (1994) : Sans-abris en hiver. Hors la vie. Voir, 27 janvier-2 février : 6-8.
Statistiques Canada (1981) : Classification des professions.
Thébaud-Mony A. (1993) : Sous-traitance, rapports sociaux, citoyenneté, santé. Travail, n°28, printemps : 65-82.