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Ou va le Mexique?

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Le cri de révolte du Chiapas[[Cauhtemoc Cárdenas est le porte-parole de l’Alliance démocratique nationale, qui regroupe l’essentiel des forces de gauche et d’extrême gauche ainsi que de nombreux syndicats et associations de quartiers. C’est à ce titre qu’il est candidat aux élections présidentielles qui se dérouleront en août 1994. – Cet article a été publié dans Politis-La Revue n§ 7 (avril-juin 1994). a touché tout le Mexique. Certes, il s’agit d’une rébellion qui compte une importante présence des communautés indigènes les plus opprimées et les plus exploitées, de celles qui sont les plus victimes, en particulier dans le Chiapas, de la spoliation de terres, de l’action répressive et de toutes sortes d’humiliations et de vexations grâce à la complicité entre caciques, propriétaires terriens et autorités. La question agraire est fondamentale dans l’insurrection armée du Chiapas. Mais elle a également été nourrie par une série de revendications insatisfaites dans de nombreux domaines : intégration économique, projets productifs, santé, éducation, respect des droits des communautés indigènes, reconnaissances de leurs propres autorités, etc. C est en cela qu’il s’agit d’un signal d’alarme pour tout le pays car beaucoup de régions du Mexique connaissent des situations similaires. On peut parler de répression politique et d’humiliations pour de très larges secteurs de la population mexicaine. On peut aussi citer bien des cas de corruption des autorités, d 9 élections frauduleuses et de l’absence d’un processus politique qui ouvrirait la voie à un système plus démocratique dans tous les sens du terme. Tout cela s’est exprimé directement dans l’explosion du Chiapas et ce phénomène peut se reproduire dans d’autres régions du pays si l’on ne répond pas rapidement aux problèmes évoqués.

Cela pose, pour le gouvernement, la nécessité de réorienter sa politique. Il faut, bien sûr, traiter les questions qui sont directement liées au conflit armé. Dans le Chiapas, le gouvernement doit poursuivre ses entretiens avec l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et nous devons espérer que le cessez-le-feu sera respecté. Il faut également que les forces en présence restent dans leurs cantonnements afin que les représentants de l’un et de l’autre camps puissent ouvrir des négociations afin d’obtenir une paix juste et la solution des problèmes sociaux, économiques et politiques. Il faut la suspension des hostilités, le décret d’amnistie que nous avons demandé, la libération des prisonniers, l’assistance médicale et des décisions politiques comme le départ de l’actuel gouverneur du Chiapas et son remplacement par un citoyen jouissant du respect et de la confiance des différents secteurs de la société chiapanèque. Cela est nécessaire afin de faire progresser la démocratisation du système politique dans cet État grâce à une présence effective et équilibrée des communautés indigènes dans les lieux de décisions.

Mais il ne faut pas en rester là, il faut trouver une réponse globale aux problèmes agraires. Comment ?

Nous avons posé la nécessité de revenir sur la réforme de l’article 27 de la Constitution. Récupérer pour les secteurs les plus larges de la population le droit de réclamer la terre qui est aux mains des grands propriétaires. C’est cette terre que nous revendiquons afin de satisfaire les besoins de ces communautés sans terre, bien au-delà des terrains que la loi établit comme légales.

Je voudrais citer un exemple particulièrement scandaleux. Il y a dans la forêt du Chiapas une communauté – et je mettrais ce mot entre guillemets – qui porte le nom de Thomas Munster. Elle a été créée par le gouvernement de Patrocinio Gonzalez avec d’anciens policiers. Voilà une ” communauté ” fabriquée de toute pièce à qui l’on attribue les terres qui devraient revenir à de vraies communautés. C’est l’un des problèmes aigus qui se posent actuellement dans la forêt du Chiapas. Il faudrait mener une action énergique contre cette ” communauté ” en l’expropriant et en indemnisant ses membres, car il n’est pas question de commettre une injustice après l’autre et, en définitive, le gouvernement est plus responsable que ceux qui ont tiré profit de cette décision administrative. Mais pour aller au fond du problème, la terre donnée à cette ” communauté ” doit être rendue à ceux qui en furent privés, tout en donnant une sortie honorable à la communauté artificielle créée sous le nom de Thomas Munster.

Une fois traitée la récupération des terres, il faut ensuite passer à l’élaboration de programmes à moyen et à long termes permettant une élévation du niveau de vie et créant de nouvelles formes de production afin de favoriser le développement de ces régions. Il faut aller au fond des choses pour que disparaissent les causes qui ont produit le soulèvement car personne ne souhaite que le Mexique résolve ses problèmes par la violence. Enfin, cela permettra de poser un précédent qui facilitera l’élaboration d’une politique agraire nationale. sans pour autant donner une réponse unique à des problèmes différents.

Le processus électoral est marqué par le soulèvement armé de l’EZLN dans le Chiapas. Pourquoi ? Parce qu’il oblige à interroger sur ses causes. Depuis le soulèvement, nous voyons que les différents candidats, tous les partis dans leur programme soulignent plus ou moins la nécessité de résoudre les causes profondes de la misère, de l’exploitation, des situations d’injustice et de la mauvaise répartition des revenus.

Mais ce que dévoile principalement le soulèvement armé du Chiapas, c’est l’échec, l’incapacité du modèle néolibéral, qui s~est imposé en ignorant les besoins des gens, en ne prenant en compte que les grandes variables macroéconomiques et en oubliant que l’économie doit d’abord être au service des gens. Dans le cas particulier du Mexique, voici onze ou douze ans que l’économie ne fonctionne plus que pour un groupe très limité de personnes qui concentrent plus de la moitié des revenus du pays, qui contrôlent les activités les plus lucratives – souvent en liaison avec de grandes firmes multinationales – et qui détiennent non seulement le pouvoir économique mais aussi le pouvoir politique. Cest également une cause de conflits comme celui du Chiapas.

Mais s’agit-il vraiment d’incapacité a résoudre les problèmes sociaux, dans la mesure où le modèle ne s’est jamais posé ce type de problèmes? Jamais il n’a cherché à améliorer le pouvoir d’achat, a créer des emplois ou à faciliter l’accès à l’éducation, à la santé, au logement, etc. Or., tout le monde sait aujourd’hui, qu’il faut donner la priorité aux problèmes des plus larges secteurs de la société mexicaine.

Tout en restant stable, l’economie doit avoir un contenu social et des objectifs qui profitent à la population et au pays. faut une politique qui protège la production, qui engendre la croissance et qui crée des emplois, mais aussi qui permette, à partir d’une réforme fiscale, une meilleure distribution de la richesse nationale. Il faut une politique qui favorise l’investissement productif et qui mette aussi un frein à la spéculation : c’est là une des causes des événements du Chiapas et des nombreuses tensions politiques et sociales que connait le pays.

Nous allons bien voir quelles sont les propositions de politique économique du candidat officiel et des candidats de ces partis qui, d’une manière ou d’une autre, ont apporté leur soutien au modèle économique néolibéral impose par les gouvernements De la Madrid et Salinas.

Ajoutons que ce qui est devenu évident depuis plusieurs années, clest que le modèle néolibéral n’a pas seulement uii contenu économique, mais a aussi des implications politiques. Sur le terrain politique, c’est un modèle répressif, oppresseur, marginalisateur et excluant qui engendre des explosions sociales et politiques comme celles que l’Argentine ou le Venezuela ont connues. On peut aussi citer les émeutes de Los Angeles, profondément liées aux restrictions du reaganisme.

Si nous avons un point de vue continental, ce qui se passe au Mexique n’est pas vraiment différent de ce qui s’est passé au Salvador ou peut avoir lieu au Guatemala. L’application de politiques restrictives pour les plus larges secteurs de la population aboutit toujours à des explosions sociales et politiques. Ces dernières connaissent des sorts divers : elles durent plus ou moins longtemps, mais elles nous imposent, face a ce qui se passe dans le monde entier, de chercher une politique différente.

Il ne s’agit plus que le Mexique compte un certain nombre d’activités productives qui font travailler un certain nombre de Mexicains et qui profitent à un certain nombre de chas d’entreprise, mais que tous les revenus du pays bénéficient l’ensemble du territoire et à tous les Mexicains.

L’effort sur le terrain économique pour améliorer la production et être compétitif aux niveaux
national et international exige la volonté commune de l’Etat, des travailleurs et des entreprises. Nous ne disons rien de nouveau. Mais il y a un moment que cela aurait dû être mis en œuvre en tenant compte de nos particularités nationales.

Il faut cesser de croire que tout va se résoudre en se contentant de manipuler les variables macroéconomiques. Il faut étudier chaque branche de la production – que ce soit une industrie, une exploitation agricole, une communauté indigène, un ejido – pour voir, a partir des moyens de cette unité, comment la rendre compétitive. A chacun de jouer son rôle : le chef d’entreprise, doit prendre des risques, investir, demander des crédits et l’Etat doit faciliter l’accès au crédit. Nous ne pouvons pas avoir une économie compétitive quand les intérêts sont à 30 % au Mexique et à 6 ou 8 % dans des pays avec lesquels nous avons des échanges ou quand les coûts lies à la production, à commencer par les appels téléphoniques, sont plus élevés. Que chacun y mette du sien : nous avons ainsi besoin de programmes de formation qui doivent bénéficier des fonds de l’Etat, de ceux des entreprises et de la participation des travailleurs. Travailleurs manuels, employés de bureau, cadres ou directeurs d’entreprise, nous avons besoin de gens bien formés à tous les niveaux. Nous touchons là à une autre question : ou on met en place un système éducatif solide, depuis la crèche jusqu’à l’université, ou on reste avec un enseignement qui ne correspond pas aux besoins de la production. Nous sommes conscients qu’il faut produire plus et mieux, et être plus compétitifs dans nos activités productives. Mais en prenant en compte le fait que nous ne pouvons ni ne devons le faire en nous éloignant des gens.

Nous voulons plus de productivité, mais nous voulons également de meilleurs niveaux de vie et de salaire, des charges de travail moins lourdes pour les travailleurs, et surtout pour les femmes, qui doivent également assumer les tâches domestiques. Nous voulons les garanties d’une vie tranquille pour les personnes âgées, de la formation pour les jeunes et les enfants, de l’accès au système éducatif et à la formation permanente. Nous ne pouvons donc séparer l’économie du contexte social et des besoins à satisfaire.

On assiste à des processus de régionalisation, de globalisation, que nous ne pouvons pas ignorer. Pour l’instant, ce sont les grandes multinationales qui en tirent tout le bénéfice.

Dans nos relations internationales, nous devons avoir une priorité, celle de l’intégration économique et politique de l’Amérique latine. Le monde connaît un certain nombre de processus d’intégration économique et politique ; ce n’est jamais facile mais c’est la tendance actuelle. Quel est le but de ces unions ? On cherche ainsi l’augmentation de la capacité productive à partir d’un plus grand poids démographique, de plus grands moyens que ceux d’une seule nation et, donc les conditions d’une plus grande compétitivité.

Nous devons suivre ce chemin. Nous ne pouvons pas croire que des nations isolées puissent entrer en compétition avec de grands blocs comme la Communauté européenne, les États-Unis et le Canada – les Etats-Unis formant déjà en soit un enorme bloc économique – ou le Japon qui, grâce à ses relations commerciales, a établi son contrôle sur les pays asiatiques voisins, son Bassin pacifique.

Nous devons marcher vers l’intégration et imaginer ce que serait un bloc avec le poids démographique de l’Amérique latine, ses richesses naturelles et le développement de ses capacités productives. Dune certaine manière, le Mexique, le Brésil, l’Argentine ou le Venezuela sont des pays qui connaissent un relatif développement de leur production. Une partie de notre production est très semblable mais ce ne doit pas être perçu comme un désavantage : nous pouvons ainsi proposer une offre conjointe aux autres régions du monde avec un meilleur rapport de forces, et réfléchir aux processus complémentaires pour l’ensemble du continent. Je ne vois pas la raison de ne pas signer dès à présent des accords continentaux sur le pétrole, la sidérurgie, le cuivre et d’autres industries dérivées de produits non- renouvelables. Pourquoi ne pas coordonner de manière satisfaisante nos transports aériens et maritimes et nos moyens de communication pour les rendre plus efficaces ? Pourquoi ne pas intégrer les systèmes d éducation supérieure ainsi que la recherche scientifique et technologique.

Tout cela nous donnerait une place plus avantageuse face aux autres grands blocs économiques. Ce sera un processus qui prendra du temps, mais d’importantes perspectives s~ouvrent dans ce sens grâce aux changements politiques qui peuvent avoir lieu dès cette année. On peut s’éloigner du modèle neolibéral de manière très concrète, en développant un projet démocratique alternatif comme celui qui s’annonce au Brésil et celui qui se met en place au Venezuela. Nous pouvons aussi l’espérer pour l’Uruguay et pour d’autres pays.

Dans le cas du Mexique, nous ne pouvons pas oublier notre frontière nord. Que devons-nous rechercher ? De bons accords avec les États-Unis pour profiter de la diversité de leur production, de leur technologie et de leur marché qui est le plus important du monde. Nous devons profiter de notre position géographique comme d’une zone de transition. Géographiquement, le Mexique est à cheval sur l’Amérique du Nord et sur l’Amérique centrale. Nous sommes une transition entre le Nord et le Sud. Nous devons trouver un accord dans lequel les avantages soient également répartis. Nous ne pouvons pas nous contenter de dire non au traité de libre-échange. Nous devons dire que le traité signé par les gouvernements Mulroney, Clinton et Salinas a été mal négocié du point de vue mexicain.

Nous verrons bien ce que ce traité aura donné pendant les onze premiers mois de son application. Le er décembre, nous verrons les corrections et les changements concrets à y apporter. Certaines modifications sont déjà évidentes car le gouvernement mexicain a désespérément accordé tout ce qu’on lui demandait, et même ce qu’on ne lui demandait pas, pour obtenir l’accord des membres du Congrès nord- américain. Voici un exemple très concret : le marché mexicain des céréales a été échangé contre le marché nord-américain des primeurs. Du point de vue commercial, cet échange ne nous est peut- être pas défavorable. Mais du point de vue social, il est négatif. Comment nos producteurs de céréales, privés d’aides gouvernementales, d’investissements, de crédits et d’appuis technologiques, vont-ils pouvoir rentrer en compétition avec des céréaliers efficaces et fortement subventionnés ‘? Cela va affecter des millions de familles mexicaines qui non seulement ne trouveront plus de débouchés à leur production mais ne pourront même plus produire. En revanche, les agriculteurs et travailleurs qui vivent de la production de primeurs sont bien moins nombreux que les producteurs de céréales. Je ne dis pas qu’il faut se priver de la possibilité d’exporter des primeurs aux Etats-Unis mais il fallait négocier d’autres conditions et ne pas sacrifier des millions de Mexicains qui vivent dans des régions où les rendements sont faibles et où il n’y a aucun effort de fait de la part du gouvernement pour investir, introduire de nouvelles méthodes de culture, de nouvelles technologies et de nouvelles variétés.

Il faut donc aller vers un processus d’intégration latino américaine. Disons au passage qu’il n’est pas concevable sans la présence de tous les pays, et donc de Cuba, et du respect du mode de gouvernement des Cubains et de leurs décisions sur le plan national. Dans un processus d’intégration, il faut à la fois savoir faire certaines concessions et respecter la souveraineté et la capacité de décision de chaque nation.

Le blocus imposé à Cuba depuis trente ans est un véritable crime. Dès le début, mais surtout en ce moment. Aucun pays, quelle que soit sa taille, n’a le droit d’imposer à un autre des critères politiques ou économiques pour son développement. Le blocus doit cesser. Je suis persuadé que les Cubains, comme tous les autres peuples, souhaitent améliorer leur système politique et leurs conditions sociale et économique. Mais ce sont à eux de décider de ces changements et de la manière de les réaliser. Nous non plus nous niaimerions pas qu’on nous dise comment nous comporter.

Nous nous battons, et la situation du pays l’exige, pour poser les bases de la transition d’un régime de parti d’Etat à un système démocratique. Pour cela, il ne suffit pas d’avoir gagné des élections ou de faire un bon score.

Nous avons devant nous un grand nombre de difficultés. Il faut commencer par dire que le Mexique n’a jamais connu. un régime de partis. Nous avons toujours eu le même parti d’Etat au pouvoir. La prédominance du parti officiel a empêché le développement et la floraison d’un système de partis, en particulier depuis le milieu des années quarante. En cinquante ans, nous n’avons pratiquement pas connu de partis réellement indépendants ou qui aient réussi à conserver longtemps leur indépendance. Même l’Action nationale, que nous pouvions considérer comme un parti indépendant, a perdu son indépendance depuis quelque temps et s’est pliée aux exigences du parti officiel. N’exagérons rien – le Mexique ne vit pas une époque de persécutions comme il en a connu dans le passé ou comme en connaissent d’autres pays. Mais les tentatives d’indépendance sont peu nombreuses et ont toujours été punies par l’Etat.

Nous devons lutter pour instaurer au Mexique un système dans lequel les partis politiques puissent facilement se créer et se développer. Il faut que chacun puisse décider de la manière dont il s’organise et avec qui, contrairement aux résolutions prises par les autorités électorales qui refusent d’autoriser un nouveau parti parce que tout le spectre idéologique est déjà couvert. Il doit pouvoir y avoir, dans ce pays, autant de partis que de citoyens. Il ne faut pas craindre que les partis se multiplient car les formations politiques finissent par exprimer leur réalité et sont finalement peu nombreuses à pouvoir bénéficier d’une représentation électorale.

Je ne pense pas que les partis politiques ou leur système connaissent une crise. Plusieurs systèmes politiques sont entrés en crise, certains qui étaient fondés sur le pluralisme et d’autres qui ne le connaissaient pas. En Europe de l’Est, le système est entré en crise alors qu’il n’y avait pas de pluralisme. En Italie, un système totalement différent connaît également une crise provoquée par la corruption de hauts fonctionnaires, crise qui va déboucher sur des changements très profonds au cœur même des institutions.

Nous voyons émerger, ces derniers temps, une plus grande participation de la population qui, pour certaines choses, s’ organise dans des partis et, pour d’autres, non. Adhérer à un parti, c’est rechercher une présence électorale. Dans un vrai système démocratique, on résout beaucoup de choses par les élections. Les partis politiques se préparent donc aux échéances électorales. Mais les partis ont aussi d’autres rôles : ceux de former, de conscientiser, de développer un modèle politique et économique à proposer aux citoyens. Apparaissent également beaucoup d’autres formes d’organisations en fonction d’intérêts spécifiques. Certains ne sont pas attirés par la discipline et le travail de parti mais s’intéressent à l’écologie, aux droits de l’homme, à l’enfance ou à la recherche scientifique et ont finalement une participation très active à la vie de la société. Nous assistons donc à l’émergence d’une participation accrue de la société, grâce à des organisations de différents types, qui sont présentes dans la vie publique, au côté des partis politiques.

Pour le développement d’un réel système démocratique, nous devons chercher à élargir les espaces de participation et d’expression de la société dans ses différentes manifestations.

Ce sont les systèmes politiques qui sont en crise et non les partis. Le système politique mexicain est en crise, surtout depuis les événements du début de l’année. Pour sortir de la crise, il faut en passer par une réforme politique profonde et par une avancée auxquelles les Mexicains aspirent depuis le début du siècle. Ils veulent des élections véritables et le respect des urnes. Sans le respect du suffrage et sans des élections réelles, nous ne pourrons ni construire la démocratie ni réaliser les transformations économiques et sociales dont le pays a besoin.

Il n’y a plus que deux solutions : soit le suffrage universel est respecté, soit on pratique de nouveau la fraude massive par peur ou par désespoir. J’espère que le premier cas de figure sera le bon.

Nous espérons que le gouvernement et le candidat officiel auront la volonté de respecter le processus électoral. Dans ce cas là, nous éviterons les risques d’affrontements et de conflits graves que personne ne souhaite. A condition qu’il y ait des autorités électorales indépendantes, des listes fiables – ce qui demande un gros travail à quelques mois des élections – un accès équilibré aux différents moyens de communication pour tous les partis et les candidats et la transparence du financement public des partis, ou plus exactement du parti officiel. On le sait, ce financement a un tel niveau, est illégal de la part de l’ Etat.

Au-delà, il faudra se mettre à travailler. r aliser un énorme travail législatif : changer les lois électorales, la législation sur l’équilibre des pouvoirs, rendre effectives des mesures inappliquées, faire respecter de nombreux droits qui Wexistent que sur le papier, etc. C’est un premier pas qui ne pourra se faire que dans le cadre d’un congres. Nous ne pouvons pas imaginer qu’une loi soit votée ou modifiée dans un autre contexte. Indépendamment de cela, nous devrons avoir recours, selon l’ampleur ou l’implication des réformes, à des référendums ou à des consultations de citoyens.

Il y a aussi des questions qui ne concernent qu’un secteur productif, une localité ou la vie d’un quartier. C’est là que nous devrons commencer à développer la démocratie, la participation accrue et les nouvelles institutions. Aujourd’hui, on ne peut même pas intervenir sur le programme de travaux publics du quartier. Nous devons mettre en place des mécanismes institutionnels permettant aux habitants de donner leur opinion sur l’occupation des sols ou sur l’installation de tel commerce, de tel service ou de telle industrie. Nous devons également trouver le mode d’expression des usagers de tel ou tel service.

L’administration ne peut pourtant pas être à la fois juge et partie, surtout quand elle est sujette à la corruption. Nous devrions tous avoir notre mot à dire sur les tarifs du téléphone ou de l’électricité. Celui qui veut intervenir en tant qulusager Wa pas besoin de devenir dirigeant d’un parti politique ; il lui suffit d’adhérer à une association de consommateurs. Il faut ouvrir les espaces institutionnels pour que tout cela fleurisse.

Aujourd’hui, beaucoup de choses qui concernent la commune sont décidées au parlement de l’État : il nous faut changer cela. Nous devons renforcer les institutions municipales pour que l’autonomie devienne effective. Nous n’avons pas de traditions des conseils ouverts qui pourraient bien fonctionner dans les petites municipalités (à Guadalajara, un conseil ouvert à trois ou cinq millions de personnes n’est pas réaliste). Il faut définir ce qui peut être décidé par un conseil ouvert et ce qui doit 1 e être par les élus.

Nous devons donner une réalité au système fédéral. Dans un secteur de la production, l’organisation du travail ne peut rester entre les seules mains du gouvernement qui s’en désintéresse souvent en abandonnant le champ libre à l’entreprise privée. L’intérêt de la population et du pays ne peut être absent des décisions économiques. Comment ? En créant des structures de participation aux décisions. Avec qui ? Avec les chefs d’entreprise, les travailleurs et l’État dans son rôle de régulateur et de promoteur. Il nous faut donc combiner la nécessaire démocratie représentative et la démocratie directe et populaire.

La grande différence entre 1988 et 1994, c’est la capacité de mobilisation qui s’est développée, ces derniers temps, face aux violations des droits élémentaires. Nous l’avons vu très clairement sur le terrain électoral. Les manifestations de San Luis Potosí, de Guanajuato et du Michoacàn, la marche pour la démocratie du Tabasco et de Veracruz ont été des moments où les partis politiques ont joué un rôle important mais ou de nombreux autres secteurs sont intervenus pour défendre les droits fondamentaux, et notamment le droit de vote.

D’autres manifestations ont eu lieu dans tout le pays pour exiger des logements, des services et la résolution du problème agraire. Les événements du Chiapas seront non seulement présents dans la campagne électorale de 1994 mais dans toute la vie mexicaine pendant longtemps,, tant que les causes qui ont provoqué le soulèvement armé ne seront pas résolues. Les revirements du gouvernement, abandonnant sa politique répressive et la recherche d’une solution purement militaire, ont affecté tout le système politique. Le président Salinas a perdu tout prestige et le candidat officiel a affaibli – je ne dis pas perdu, mais affaibli — ses chances. Daprès nos forces actuelles, je pense que nous aurons la majorité aux élections, que nous pourrons faire respecter les résultats et que nous pourrons agir après le scrutin.

Traduit de l’espagnol par Aris Jover