Reality shows : le sujet et l’expérience Variations sur quelques thèmes benjaminiens

“A bas les rois et les reines immortels de l’écran et vive les mortels ordinaires filmés dans la vie pendant leurs occupations ordinaires… “
Dziga Vertov

[[Ce texte est le résultat d’un débat avec Angela Melitopulos et Christophe d’Hallivillée dans le cadre d’un groupe du travail du collectif “Canal Déchaîné”.On avait encore dans la tête les images de la guerre du Golfe que déjà la télévision triait, phagocytait, et recrachait une autre tranche du “réel”. Les reality shows (dont les premières importations de l’Amérique remontent à quelques années) se sont providentiellement imposés au moment où les journalistes et les médias se trouvaient frappés d’une suspicion muette mais profonde, et où le public, affronté à cette “télévision de guerre”, éprouvait l’intense émotion du vide. De la mise en scène de l’information et de l’opinion publique, dont la guerre du Golfe a dévoilé sans honte les procédés de “fabrication”, on a rapidement glissé à la mise en scène de la “vie quotidienne”. Les reality shows, à ce titre, sont un indicateur très significatif de l’évolution de la télé et des médias en général.
Pour analyser ce que nous croyons être un tournant dans les formes des communications et des représentations (et dont les reality shows ne représentent que le plus voyant des avatars), on prendra comme interlocuteur le travail de Walter Benjamin, abordé sous l’angle particulier d’une critique de la communication. Son travail en effet saisit un autre moment stratégique : le passage des formes de communications traditionnelles (“le récit”), aux formes de communications propres au capitalisme (“l’information”). Et, au sein de cette mutation la guerre figure un tournant politique majeur. Le parallèle établi avec le conflit du Golfe sera donc plus qu’une simple comparaison.
Pour Benjamin, la première guerre mondiale constituait l’aboutissement et l’accomplissement de la vie de l’homme moderne dans la métropole. La catastrophe est déjà contenue dans le quotidien de la modernité et elle révèle sa destinée, comme un précipité chimique, dans la guerre. Les hommes reviennent du front hagards et “muets”, incapables de formuler et de transmettre ce qu’ils ont vécu, car les événements extérieurs peuvent de moins en moins être incorporés à la vie de l’homme. L’humanité a ainsi constaté de façon universelle et terrifiante qu’elle avait perdu une faculté que l’on croyait inaliénable : celle de faire et d’échanger des expériences. L’atrophie de l’expérience est avant tout la rupture du rapport avec le temps que la “tradition” garantissait. C’est seulement par hasard, nous dit Benjamin, si Proust peut narrer son enfance, s’il peut se rendre maître de son expérience, si la mémoire peut lui rendre son image. Le rapport avec le futur n’est pas moins problématique, car personne ne sait plus “comment les choses se passeront”. L’événement ne s’éclaire plus dans un continuum de temps (celui de la tradition) mais se livre opaque dans une fulgurance coupée de toute durée ; il est de l’ordre de la convulsion et du traumatisme. Il se transforme en choc, en quelque chose d’étranger, dont l’homme doit se défendre car il a une logique et une histoire inintelligibles pour lui. L’événement rigoureusement fixé, stérilisé et accepté par la conscience, ne peut pas devenir mémoire, il ne peut pas être assimilé comme expérience. Labile, éphémère, sans autre consistance et épaisseur que celle du présent, trop invertébré pour accéder à la mémoire et trop désuni pour sédimenter du savoir transmissible, il induit une profonde mutation de l’expérience de l’autre, du temps et de la “nature”.
“Le vécu (Erlebnis) veut le fait unique et la sensation, l’expérience (Erfahrung) veut la durée. »[[Walter Benjamin “Il ritorno del Flâneur” dans “Critiche e recensioni.” Einaudi, p. 130.
Cette thématique, que Benjamin traite en polémiquant avec Freud et Bergson, est un développement de l’opposition entre “Nervenleben” (vie nerveuse) et “Verstand” (intellect) de Simmel, réfléchie dans ces travaux sur le rapport entre personnalité et monnaie. A l’intensification de la vie nerveuse résultant de la multiplication des stimulations extérieures, l’homme de la grande ville réagit avec l’intensification de l’activité de l'”intellect”, à même d’installer une “distance” entre le sujet et la variété proliférante des changements. Ces analyses, notons-le, renouvellent et épanouissent le concept du fétichisme de la marchandise marxien à l’époque de la grande industrie.
Ce qui est intéressant pour nous c’est que à l’Brfahrung et à l’Erlebnis Benjamin associe des modes différents de communication. En effet, l’actualité (et sa temporalité) est présentée ici comme la forme générique de l’événement dans la modernité. L’événement relaté dans la presse est l’exemple même d’une “cloison étanche” dressée entre ce qui arrive et l’expérience. L’information vit dans un présent absolu, sans passé ni avenir ; la vitesse de sa consomption est égale au temps fulgurant de sa consommation.
“Son propos est de présenter les événements de telle sorte qu’ils ne puissent pénétrer dans le domaine où ils concerneraient l’expérience du lecteur. Les principes de l’information journalistique (nouveauté, brièveté, clarté et surtout absence de toute corrélation entre nouvelles prises une à une) contribuent à cet effet, exactement comme la mise en page et le jargon journalistique… [[W.B. “Sur quelques thèmes baudelairiens” dans “Essais 2”, Denoël 1983, p. 147.
Cette nouvelle forme de communication Benjamin la nomme “information” ; elle doit transmettre l'”en soi” de l’événement, elle doit être “compréhensible en soi et pour soi”. Les présupposés non discursifs de la communication ( aussi bien politiques, éthiques, qu’esthétiques) ressortissent à des “bruits” nuisibles à l’efficacité de la “transmission” d’information, et donc à sa mesure et à sa capitalisation. Le dialogisme de la communication, dont l’altérité est le fondement, doit être rigoureusement codifié. La communication, close sur elle-même, ouvre un nouveau “champ” de “colonisation” et d’accumulation capitaliste. A l’opposé, le narrateur ne transmet pas l’en-soi de l’événement, mais avant tout les conditions dialogiques, sociales et politiques qui rendent possibles la communication.
“L’information n’a de valeur qu’au temps de sa nouveauté. C’est alors seulement qu’elle est vivante, qu’elle se livre tout entière sans prendre le temps de s’expliquer. Il en va autrement de la narration : elle ne se livre pas. Elle conserve ses forces recueillies en elle-même et reste encore longtemps capable de s’expliciter.”[[W.B. “Le narrateur” dans op. cit., p. 63.
A proprement parler le “récit” ne transmet rien, il est le lieu même du surgissement de la vie et de la communication entre les hommes. Le narrateur dans ce qu’il raconte, tout au contraire de l’idéologie journalistique “y laisse sa trace, comme la main du potier sur le vase d’argile… C’est que le narrateur emprunte la matière de sa narration à sa propre expérience, soit à l’expérience de celui qui la lui a transmise”[[W.B., op. cit., p. 62.. Ici l’événement est narré avec une très grande précision mais jamais enfermé dans des connexions logiques forçant l’interprétation. “C’est à lui d’interpréter la chose comme il l’entend. Le récit acquiert de la sorte un champ d’oscillation qui manque à l’information”[[W.B., op. cit., p. 62.. L’information, au contraire, n’admet ni ambiguïté ni malentendu. Elle donne des ordres, elle nous dit ce qu’il faut penser, voire et comprendre. Benjamin cite à ce propos l’inlassable entêtement de Karl Kraus à dénoncer la véritable paralysie du “pouvoir de représentation” du lecteur induite parle jargon journalistique.
Cette analyse, contemporaine de la montée du nazisme et de son usage de la communication de masse, définit un champ très actuel à la recherche. Chez Benjamin 1′ “information” ne modifie pas seulement la forme traditionnelle de communication ; elle s’identifie, sous sa forme codifiée, au lieu même – et désormais unique pour la subjectivité collective – de l’expérience. La vie de l’homme de la métropole est de plus en plus structurée et médiatisée par la forme que la communication assume à l’époque de la grande industrie. L’expérience devient l’expérience des signes, de l’information et de ses technologies. “La presse est-elle un messager ? Non, l’événement. Un discours ? Non, la vie. Elle avance la prétention que les vrais événements soient les nouvelles sur les événements, mais elle provoque aussi cette sinistre identité, d’où surgit toujours l’apparence que les faits doivent être relatés avant
et accomplis après …[[W.B. “Avanguardia e rivoluzione”, Einaudi, Torino, p. 09.
C’est de cette sinistre identité et de son devenir qu’il a été question pendant la guerre du Golfe. Ce qui était encore distinct et séparé chez Benjamin (l’événement quotidien, l’information et la guerre) a été vécu par nous comme un seul événement. La guerre, l’information et leur côté destructeur de l’expérience, ont brillé simultanément sur nos écrans et ont violemment envahi notre quotidien. Chocs, heurts, blessures n’émanaient plus des armes (pour nous, opinions publiques occidentales), mais sourdaient à chaque instant de l’information. Nous ne sommes pas allés au front, mais nous sommes resté muets sans pouvoir dire ni communiquer l’événement de la guerre/information.
Si pour Benjamin la première guerre mondiale a précipité le processus de substitution de la sédimentation de l’expérience par une collection de chocs (la naissance de la nouvelle “physis” dont parle Benjamin), pour nous, la guerre du Golfe a été la révélation éclatante d’une transformation ultérieure de notre “expérience”. Le réel et le virtuel, la simulation et la réalité, le fait et l’information s’agençaient et se présupposaient réciproquement dans leur violence aveuglante et figuraient l’épure de notre nouvelle “réalité”. Ce n’est pas que le virtuel ait remplacé et recouvert le réel, comme l’ont raconté les chantres post-modemes dans leur tentative de nier la valence politique de l’événement dans l’indifférence de la simulation. On a assisté plutôt à la naissance d’une autre dimension, d’une nouvelle “physis”, qui périme ces couples d’opposition et rend caduc leur emploi. La “sinistre identité” ne s’est pas réalisée, simplement le paradigme s’est déplacé.
Mais plus terrifiante encore a été la prétention à la domination sur ce nouveau “réel”, le sceau du commandement marqué à feu sur ce nouveau “corps” que le capitalisme n’a pas eu peur d’afficher, avec la guerre. Réalisation paradoxale et dépassement de la communication décrite par Benjamin[[Ce qui a été transmis n’a pas été 1′ “en-soi” de l’information, mais l’en soi du dispositif de production de l’information. Ce que l’on a vécu n’a rien à voir avec la formule “medium is message”, car ce qu’elle cache (l’agencement politique, éthique dans lequel le média est pris) est justement la seule “expérience” qu’on a faite., cette guerre n’a pas moins corroboré la pertinence de son jugement général : la guerre, et seulement elle, fournit un but au déploiement de cette nouvelle physis, sans pour autant toucher aux relations du pouvoir. Une lourde hypothèque de mort pèse sur le nouveau rapport que l’homme a longuement tissé ces dernières années avec les technologies du virtuel, car “la technique a trahi l’humanité et transformé la couche nuptiale en un bain de sang”.[[W.B., “Sens Unique”, p. 242.

Les reality shows

Nul regard nostalgique ne nous rendra la plénitude de l’expérience perdue. Benjamin, malgré la fascination qu’il nourrit pour la beauté de tout ce qui est en train de disparaître, n’a aucun doute là-dessus. “Car il faut de moins en moins escompter qu’elle (l’expérience) se puisse instaurer par des voies naturelles.”[[W.B., “Sur quelques thèmes… op. cit., p. 146.
II nous suggère une autre direction d’exploration de la perte/ transformation de l’expérience. L’assimilation de l’événement à notre expérience se heurte à l’obstacle du choc, mais également et surtout à la disparition des lieux et des langages propices à médiatiser le vécu des individus et les éléments de la mémoire collective. “Là où domine l’expérience au sens strict, on assiste à la conjonction entre des contenus du passé individuel et des contenus du passé collectif.”[[W.B., “Sur quelques thèmes…”, op. cit., p. 148.
Jadis les cultes religieux, les fêtes, les cérémonies accueillaient et brassaient le temps collectif et le temps individuel. La tradition millénaire du carnaval, selon Bakhtine, permettait de fonder et de renouveler sans cesse le lien entre la vie et la mort, le passé et l’avenir, l’individu et la communauté. En effet, la transformation de l’expérience signifie la perte de son image et de son propre passé. Mais plus gravement encore signifie la perte de la communauté. Le mécanisme social du capitalisme, au travers d’une série d’inventions technologiques, précipite dans l’oubli la communauté, seule garantie d’un lien entre les hommes… “Le confort isole” dira Benjamin. Dans le capitalisme c’est le dispositif technologique qui contient la forme sociale et qui fait même l’expérience à notre place. Benjamin nous le rappelle : c’est l’appareil photo qui retient l’événement pour nous et c’est la caméra qui peut saisir l’extrêmement petit (le geste dans son devenir) et l’extrêmement grand (les masses et ses mouvements). Perceptions et sensibilités qui n’ont plus rien d’humain mais qui sont complètement intérieures aux nouveaux processus de subjectivation.[[Si le “sujet” devient un “collectif’ complexe aussi bien dans ses formes de perception que de production, la “nature” aussi assume une autre forme : “Il devient ainsi tangible que la nature qui parle à la caméra est autre que celle qui parle aux yeux… à un espace consciemment exploré par l’homme, se substitue un espace qu’il a inconsciemment pénétré…”
ll y a beaucoup de choses qui sont extérieures à l’individu et qui sont intérieures au collectif. La “réception dans la distraction”, symptôme d’un changement décisif de la forme de la perception humaine selon Benjamin, se voit confrontée à des tâches qui ne peuvent être résolues que de manière collective. Cette dimension collective, fondamentale pour toute expérience, Benjamin la cherche dans le cinéma, la publicité, la mode, l’architecture, etc.
Le cinéma a été pour le meilleur et pour le pire la technologie et la forme d’art qui permettaient la fusion du temps individuel et du temps collectif, à l’époque de la “reproduction en masse” et de la “reproduction des masses”[[Le rapport entre le corps “collectif” et l’ “espace d’image” est fondamental pour qualifier un sujet révolutionnaire : “Même la collectivité est un corps vivant. Et la physis, qui pour lui s’organise en technique, ne peut se constituer avec toute sa réalité politique et affective que dans cette espace d’image que nous rend familière l’illumination profane…”. Des nouvelles “mythologies” peuvent ainsi reconstruire “la gaine cultuelle” des objets et leurs conférer une nouvelle “aura”.
Notre hypothèse de travail : cette fonction est aujourd’hui prise en charge par la télévision et plus généralement par les technologies télématiques[[Plus généralement les écrans (les écrans dans la maison, dans la ville, dans le travail), médiatisent toutes les activités. Le social et l’individuel, de dedans et le dehors, le moi et l’autre, le réel et l’imaginaire sont requalifiés par ces nouvelles interfaces.. La reconstruction de l’expérience par des voies “non naturelles”, par des signes et des images c’est l’objectif poursuivi plus au moins consciemment par la prolifération des reality shows. Cette nouvelle “physis” que la guerre nous a montrée comme possibilité négative, vide, est ici jouée positivement. Le rapport réel/virtuel se voudrait non plus seulement constitutif de l’opinion publique, mais constitutif aussi (de la représentation) de nos passions et de nos sentiments, de notre vie quotidienne. La télé se voudrait le lieu (culturel !) où vécus individuel et collectif s’échangent et se transmettent, cadre de conduite d’une expérience collective/individuelle de la mort, du sexe, de l’amour, de soi et de l’autre. Le reality show montre de façon caricaturale et “résout” de façon très dangereuse un vrai problème : comment faire et transmettre une expérience dans nos sociétés post-industrielles (le cinéma ne parvient plus à problématiser cette question sociale et politique. Il se contente de cultiver sa fonction “esthétique”. Ce qu’il peut devenir dans ces conditions nous le voyons dans les salles qui restent) ? L’expérience est réduite à la sensation, au scoop, au voyeurisme, elle a perdu toute son aura, mais elle rencontre un “vrai” public, qui veut faire des expériences, qui sait qu’il ne pourra plus les faire comme jadis ses aînés. La télé, une machinerie de constitution du sujet collectif (monstrueux dans ces conditions) de la société post-industrielle ? La télé, un espace symbolique collectif et non seulement un espace public (politique) ? La télé, une passion ? Inutile d’opposer une indignation morale à l’effondrement des vieilles formes d’expérience et aux lieux/langages collectifs qui les rendaient possibles. Le plus célèbre des reality shows commence toujours par un “récit” : “le 12 février madame X rentrait chez elle…”. Ce récit est invariablement le même car la technique et la forme de la mise en scène sont toujours identiques : la production en série du reportage et son “esthétique” standardisée[[Les images sont soumises à la même perte de la temporalité que l’événement relaté par l’actualité. Les images ont-elles du temps ? ont-elles une histoire ? Et auront-elles une durée ? Comme on risque de ne rien savoir, on risque aussi de ne rien voir.. Notre conscience n’a plus besoin de se défendre du choc car il est stérilisé, aseptisé et accepté par la mise en scène de l’esthétique télé. La télé le fait pour nous, comme elle fait pour nous l’expérience de l’autre. La personne qui a vécu l’événement est exhibée telle la “preuve vivante” de la réalité de la mise en scène. Le son, si jamais quelque choses s’échappait des images, rend encore plus redondant le “message”. Pour nous guider dans nos émotions les présentateurs ne cessent de nous les suggérer “C’est touchant ! C’est magnifique ! Quel courage ! Il serait intéressant de voir un reality show après l’avoir libéré de tout commentaire. Quelle émotion persiste sans les applaudissements (faux aussi) ? Quelle sensation ? A quoi dès lors est réduite l’expérience de notre héros ?
En réalité il ne s’agit pas de la “télé des gens”, de la télé vérité”, d’une “télé de proximité” – selon les producteurs du reality show elle s’opposerait à la “télé du pouvoir” -, mais d’une télé présentant les expériences de communication de téléspectateur à téléspectateur. En unifiant les scénarios et en uniformisant la mise en scène il n’y a plus de la multiplicité mais un seul sujet : le “téléspectateur”. Désormais, le mystérieux français-échantillon des sondages-audimat est porteur des passions et des sentiments et il veut les socialiser.

Le reality show et le travail

“A cette expérience vécue du choc, telle que la vit le passant au milieu de la foule, correspond celle du travailleur aux prises avec la machine.”[[W.B., “Sur quelques thèmes…”, op. cit., p. 172. Cette importante indication méthodologique a été refoulée par les commentateurs de Benjamin à la mode et elle a été complètement ignorée par les analyses post-modemes de la communication. Une interprétation “naïve” du concept de travail (identifié pour toujours avec la forme assumée dans la “grande industrie”) permet le tour de passe-passe d’éliminer d’un seul coup la société capitaliste et les relations de pouvoir qui la constituent et d’ériger sur ses ruines la société de communication, la société virtuelle, etc. Le reality show nous permet de renouer avec le concept d’ “expression” des rapports de production, où le geste, la perception, le travail, la communication établissent entre eux des liaisons très étroites, étrangers à une hiérarchie rigide (structure/superstructure), et où le fait le plus banal (la mode par exemple chez Benjamin) peut “exprimer” le devenir de la société[[La technique est la réalisation d’une “machine abstraite” qui traverse toute la société. Les formes d’assujettissement et de subjectivation renvoient à des agencements qui ne sont pas contenus dans la technologie… “Car c’est sous le contrôle d’appareils que le plus grand nombre d’habitants des villes, dans le comptoir comme dans les fabriques, doivent durant la journée de travail abdiquer leur humanité. Le soir venu, ces mêmes masses remplissent les salles de cinéma pour assister à la revanche que prend pour elles l’interprète de l’écran, non seulement en affirmant son humanité face à l’appareil, mais en mettant ce dernier au service de son triomphe.”.
Le taylorisme est interprété par Benjamin comme le processus qui ôte l’expérience (le savoir-faire, le pouvoir, la coopération) à l’ouvrier. Le travail est réduit à la réaction à une série de commandements (“chocs”) ; l’ouvrier ne doit plus “agir” il doit “réagir”. Le consommateur, représenté par Benjamin parle type du joueur, est soumis aux mêmes rapports stimuli-réaction. Tout autre chose est demandé aujourd’hui aux “travailleurs”. Si les sources de la productivité du travail résident dans l’autonomie et la coopération sociale des travailleurs[[Voir le n° 10 de “Futur Antérieur”., l’individu doit sortir de la passivité où le reléguait le rapport stimuli-réaction. Il lui faut être capable d’ “agir” et d’agir sur la nouvelle “physis”, sur le nouveau rapport que le réel entretient avec le virtuel. Toute une autre “anthropologie” est en train de se constituer et cela sur l’étendue complète de l’existence, car travail et vie tendent à l’identification. Si la société taylorienne faisait “de moins en moins de place à l’exercice”, aujourd’hui elle oblige à l’exercice continu et permanent sur le savoir, sur l’apprentissage des nouvelles technologies, sur la maîtrise des fonctions métacommunicationnelles de l’individu. Elle a besoin de nouveaux “sujets”, aussi bien dans la production que dans la consommation. Le producteur de “La nuit des Héros” a clairement exprimé la nouvelle fonction de la télévision et a annoncé la nouvelle époque ouverte par l’affranchissement de la télévision du pouvoir d’État.
“Finie la télé miroir, la télé qui exprimait un pouvoir moral, esthétique, venu d’ “en haut”. De téléspectateur passif le citoyen téléspectateur veut et doit devenir le sujet de son histoire. Dans une telle logique, la prochaine étape devrait conduire chacun d’entre nous à être son propre metteur en scène… “[[Philippe Plaisance, “Libération”.
Ce qui depuis des années est pratiqué dans la grande industrie et dans les entreprises du tertiaire, c’est-à-dire la reconversion du management tayloriste en management participatif, est ici pratiqué au niveau “social”. Selon l’indication de Benjamin, il ne faut pas interpréter cette dimension comme superstructurelle par rapport à un fondement représenté, par exemple, par le travail. La télé occupe au contraire un terrain structurel : la vie quotidienne, là où passe la limite et le partage, toujours déplacé et toujours redéfini, entre le secteur dominé et le secteur non-dominé de la vie. L’enjeu politique de la “transformation révolutionnaire de la vie quotidienne”, mot d’ordre des situationnistes, est ainsi (ironie de l’histoire) détourné par les nouvelles technologies interactives et leur management. Personne, et surtout pas la gauche, n’a suivi le projet des situationnistes promouvant une “création libre d’événements” dans la vie quotidienne[[Internationale Situationniste, n° 6, août 1961., sinon la marchandise et sa consommation sous sa forme plus abstraite, (l’image de la) la télévision. Dans la “société du spectacle” l’affrontement entre classes sociales atteint un niveau tel d’abstraction qu’il se joue, selon les situs, entre stratégies antagoniques de création de l’événement : “Suivant la réalité qui s’esquisse actuellement, on pourrait considérer comme prolétaires les gens qui n’ont aucune possibilité de modifier l’espace-temps social que la société leur a alloué à consommer… Les dirigeants sont ceux qui organisent cet espace-temps… Un mouvement révolutionnaire est celui qui change radicalement l’organisation de cet espace-temps et la manière même de décider désormais sa réorganisation permanente… “[[Internationale Situationniste, n° 8, janvier 1963.
L’espace-temps n’est pas une situation donnée, mais une situation en devenir, ouverte et déterminée par l’événement à venir. Le devenir et l’événement deviennent ainsi la mesure de la “valeur” aussi bien économique que politique. La valeur d’un “objet de consommation” ou d’un “moyen de production” ne réside pas dans la possession, dans la propriété, dans ces qualités déjà données, mais dans les devenirs qu’il peut engendrer et dans lesquels il peut être pris : “…une propriété ne devient valeur qu’en se réalisant, en se libérant, en s’utilisant, et ce qui fait de l’espace-temps d’une vie humaine une réalité, c’est sa variabilité”[[Internationale Situationniste, n° 4, juin 1960..
Ce qui les conduisait (bien avant Foucault) à une critique du pouvoir comme propriété et à une définition de la pratique révolutionnaire comme “création des situations”. Ici paradoxalement, au coeur de l’ “événement”, au coeur de la “situation” se placent la télévision et plus généralement toutes les nouvelles technologies oeuvrant à codifier, contrôler, construire l’événement. “Le spectacle moderne ne cesse de créer de nouveaux emplois : le plus grand raffinement de la participation au spectacle est actuellement offert par ces crétins qui montent le spectacle de la participation.”[[Internationale Situationniste, n° 8, janvier 1963.
Si la consommation (production) devient de plus en plus consommation (production) non pas d’objet mais d’événements, il y a nécessité de former un autre “individu” qui soit capable de produire et de consommer une marchandise aussi abstraite… L’ “inclusion du spectateur dans le spectacle”, devise de toutes les nouvelles technologies (des jeux interactifs à la production d’images virtuelles), finalement devenu programme télé, avait déjà été analysée par les situationnistes : il s’agissait, d’après eux, de l’ultime étape de l’aliénation de l’individu dans la société du spectacle[[L “inclusion dans le spectacle” correspond bien à la nouvelle technologie vidéo : on n’est plus confronté aux chocs de l’image et du montage du cinéma, mais happé, pris dans la texture du flux granulaire de l’image vidéo. Il faudrait aussi analyser en profondeur le changement de la forme de perception qui avec la télé n’est plus collective, mais individuelle, et/ou par réseaux. Si le cinéma a été l’art des masses, qu’en est-il de la télé ? Et qu’en est-il des masses ?
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L’intellectualité de masse et le spécialiste

Comme il n’y a plus de hiérarchie dans l’entreprise, ainsi il n’y a plus de différence entre spectateur et acteur, entre public et scène. Si on croit à cette idéologie diffuse de la société postindustrielle, une tendance que Benjamin avait très bien définie se serait actualisée. Le cinéma, la presse, mais aussi le sport déterminent un mouvement de transformation de la consommation culturelle par lequel la différence entre auteur et public tend à perdre son caractère fondamental. L’homme assiste plus ou moins en connaisseur, en expert à ces exhibitions. “En qualité de spécialiste qu’il a dû tant bien que mal devenir dans un processus de travail différencié à l’extrême – et le fût-il d’un infime emploi – il peut à tout moment acquérir la qualité d’auteur.”[[W.B., “Écrits Français”, Gallimard 1991.
La réalisation de cette tendance Benjamin a le mérite de la lier aux transformations du travail d’une part et d’autre part à la rupture de la séparation entre travail intellectuel/travail manuel que l’expérience soviétique lui semble anticiper[[Adorno dans le débat épistolaire suscité par le texte sur “L’oeuvre d’art…”, reproche à Benjamin de dialectiser correctement le rapport entre technique et aliénation, mais de ne pas dialectiser de la même façon le monde de la “subjectivité objectivée” (la fonction des intellectuels). Entre la technique cinématographique et le prolétariat comme son sujet collectif il faut, selon Adorno, penser une théorie des intellectuels. En réalité Adorno feint de ne pas savoir que Benjamin a déjà développé, en contact avec Brecht, une théorie de “l’auteur comme producteur” qui s’oppose à son esthétique.. C’est parce que la “parole est donnée au travail lui-même et que sa représentation par le mot est une partie du savoir nécessaire à son exercice”[[W.B., “L’auteur comme producteur”, Maspero., que l’homme polytechnicien soviétique “comme expert – même si ce n’est pas d’une spécialité, mais seulement du poste qu’il occupe – accède à la qualité d’auteur.” Dès lors, selon Benjamin, la coupure entre créer et fabriquer sur laquelle repose “l’esthétique de la création”, apparaît fausse et mensongère. C’est seulement par une socialisation des moyens intellectuels de production que la fonction du “spécialiste” peut être complètement redéfinie, car le savoir ainsi produit est un bien collectif. “Les compétences littéraires ne se fondent plus sur une formation spécialisée, mais sur une polytechnique, et elles deviennent par là un bien commun… “[[W.B., “Écrits Français”, Gallimard 1991.
Cette formidable anticipation du changement de la nature du travail, de sa forme collective et intellectuelle, rend la division entre auteur et public une division “seulement fonctionnelle qui peut varier selon les circonstances”, mais qui n’a plus aucune “légitimité rationnelle”. Les raisons de sa reproduction sont seulement des raisons de domination. Selon Benjamin le rapport entre travail intellectuel et travail ouvrier pouvait être déterminé seulement par une volonté politique (le socialisme) car “la prolétarisation de l’intellectuel ne le transforme presque jamais en prolétaire”. L’intellectuel pouvait trahir sa classe, mais son savoir le rendait toujours solidaire de la bourgeoisie. Seulement un “projet politique” pouvait transformer les formes de la production et de la consommation dans leur rapport avec le travail intellectuel.
La “grande transformation” commencée au début des années 70 a changé les termes mêmes de la question. Le travail manuel incorpore de plus en plus de procédures “intellectuelles” et les nouvelles technologies de la communication engagent de plus en plus des subjectivités riches en savoir[[Voir le numéro 10 de Futur Antérieur.. Le travail intellectuel non seulement a été soumis aux normes de production capitaliste, mais une nouvelle “intellectualité de masse” s’est constituée entre exigences de la production et formes de “valorisation de soi” que la lutte contre le travail ont produit. L’opposition travail manuel/travail intellectuel”, “travail matériel/travail immatériel” risque de ne pas saisir la nouvelle nature de l’activité productive qui intègre et transforme cette séparation. La division entre conception et exécution, entre travail et création, entre auteur et public, est en même temps dépassée dans “le processus de travail” et réimposée comme commandement politique dans le “processus de valorisation”. Les technologies de la communication et le management capitaliste ne peuvent qu’enregistrer ce profond changement et l’agencer selon leur finalité. On voudrait que cette nouvelle puissance de la coopération sociale s’exprime selon les exigences de la production/consommation (produire plus et consommer plus demandent de nouvelles formes de production et de consommation) sans mettre en discussion les formes du pouvoir qui l’organisent. Benjamin nous invite à voir la patte du nazisme sous la démocratie et la participation des nouveaux managements. “Le fascisme voudrait organiser les masses sans toucher au régime de la propriété, que ces masses tendent à rejeter. Il croit se tirer d’affaire en permettant aux masses, non certes de faire valoir leur droits, mais de s’exprimer. Les masses ont le droit d’exiger une transformation du régime de propriété ; le fascisme veut leur permettre de s’exprimer tout en conservant ce régime.”[[W.B., “L’oeuvre d’art à l’époque.” Position spéculaire est celle qui voudrait restaurer les sujets et les procédures de la vieille production culturelle. Doit-on attendre le “Wilhelm Meister” de notre époque, se demande Benjamin ? “L’auteur qui aura mûrement réfléchi aux conditions de la production culturelle actuelle ne songera pas le moins du monde à attendre ou même seulement à souhaiter de telles oeuvres.”.
Le reality show le montre de manière éclatante : la transformation du public en acteur n’est pas un processus de transformation des relations de domination, mais une opération “d’expression” médiatique qui reproduit en même temps, la télé et son audimat, le journaliste et son professionnalisme. Le journaliste est ici la représentation de la fonction de l’intellectuel “séparé”, reproduite politiquement comme fonction de domination. L’intellectuel n’est plus le produit de la bourgeoisie (ce qui lui garantissait encore une certaine autonomie),mais directement de la technocratie, de l’état et des médias.

Une nouvelle forme de représentation

Les médias méprisent les politiques (voir l’émission “Les absents ont toujours tort”) et les politiques méprisent les médias (voir l’interview télévisée du président Mitterrand à l’occasion de l’affaire Habbache). Ceci montre seulement le degré de décomposition atteint par la “représentation” démocratique. Les politiques et les journalistes paniqués par la crise de déligitimation qui les touche essayent mutuellement de s’en imputer la responsabilité, en
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oubliant que tous les deux participent et sont expression de la même forme de pouvoir.
Que les technologies de “représentation” aient un rapport très étroit avec la forme politique de “représentation”, Benjamin nous le dit de façon exemplaire à propos du cinéma. “Cette nouvelle technique vide les parlements comme elle vide les théâtres. Radio et cinéma ne modifient pas seulement la fonction de l’acteur professionnel, mais de la même façon celle de quiconque, comme c’est le cas du gouvernant, se présente lui-même devant le micro et la caméra. Compte tenu de la différence de buts poursuivis, l’interprète de film et l’homme politique subissent à cet égard des transformations parallèles. Elles aboutissent, dans certaines conditions sociales déterminées, à le rapprocher du public. D’où une nouvelle sélection, une sélection devant l’appareil ; ceux qui en sortent vainqueurs sont la vedette et le dictateur.[[W.B., op. cit
Patrick Sébastien a déclaré qu’une des raisons de son départ de TF1 était que “La nuit des Héros” lui avait volé la vedette au prime time du samedi soir. Les émissions politiques ne font plus recette et sont programmées à des heures creuses. La télévision libérée du contrôle étatique serait-elle en train de devenir démocratique ? L’espace de représentation “libéré” de l’homme politique et de la vedette serait-il occupé par la société ? Il nous semble au contraire qu’elle participe pleinement à l’inversion de la figure du pouvoir qui est en train de se tisser depuis 68. La représentation et le fonctionnement du pouvoir, au lieu de converger vers un centre et vers un chef, se dilueraient dans un réseau d’informations, dans un flux d’institutions et d’actes de décision. La télévision entre à plein titre dans la gestion systémique du pouvoir. La nouvelle télévision va devenir un champ d’expérimentation non pas de la démocratie cathodique, mais de l’intégration du pouvoir sous sa forme concentrée et sous sa forme diffuse. Le reality show est déjà une participation autoritaire, une mise en scène centralisée de ce que Benjamin avait défini comme une aspiration profonde de l’homme de l’époque de la grande industrie : le droit de chaque
homme d’être filmé.[[W.B., “Écrits français”, op. cit., p. 158. Benjamin fait à ce propos une comparaison curieuse : comme la production capitaliste de films exclut l’homme de la représentation et détourne vers la vedette l’aspiration à se dégager de la masse, ainsi la production l’oblige au chômage.
Le concept de “spectacle intégré” convient parfaitement à la télévision : “Le spectacle intégré se manifeste à la fois comme concentré et comme diffus, et depuis cette unification fructueuse il a su employer plus grandement l’une et l’autre qualité. Leur mode d’application antérieure a beaucoup changé. A considérer le côté concentré, le centre directeur en est devenu occulte : on n’y place jamais un chef connu, ni une idéologie claire. Et à considérer le côté diffus, l’influence spectaculaire n’avait jamais marqué à ce point la presque totalité des conduites et des objets qui sont produits socialement.”[[Guy Debord, “Commentaires sur la société du spectacle”, Éditions Gérard Lebovici, Paris 1988. Au contraire de Benjamin, ce dernier travail de Debord expose seulement la domination totalitaire de la marchandise dans la société, sans saisir le développement de la productivité autonome des forces sociales, et se renferme dans une vision apocalyptique.

Le Collectif et les masses

“L’alignement de la réalité sur les masses et des masses sur la réalité est un processus d’immense portée, tant pour la pensée que pour l’intuition…”[[W.B., “L’oeuvre d’art…, op. cit.
L’activité que Marx “découvre” dans le travail (activité constitutive, activité collective et autonome, activité créatrice et innovatrice) est le “collectif’ que Benjamin “découvre” à l’oeuvre au niveau de la “consommation” et de la production culturelle. Le concept marxien de travail comme activité de “sujet collectif vivant présent dans le temps” lui permet de déplacer toutes les apories “métaphysiques” des théories de la communication et de la production esthétique (l’opposition entre l’individu et la société, entre l’objet et le sujet, entre la matière et l’esprit, etc.). La perception, la sensibilité, la culture, l’art, les technologies de reproduction d’images et de sons saisis comme articulations de la subjectivité de ce corps collectif, ouvrent sur un autre monde que “seulement” le regard “matérialiste” peut “atteindre…” (Les grandes oeuvres). On ne peut plus les considérer comme des produits d’individus ; elles sont devenues des produits collectifs, si puissants que, pour les assimiler, il faut d’abord les réduire. En fin de compte, les méthodes mécaniques de reproduction sont une technique de réduction et procurent à l’homme un degré de maîtrise sur les oeuvres sans lequel elles ne pourraient plus être à sa disposition.. .”[[W.B., “Petite histoire de la photographie”, Essai I.
Ces affirmations ne sont absolument pas en contradiction avec le devenir marchandise des objets (le choc), avec la réification des rapports sociaux (l’information). Au contraire tenir les extrêmes de cette dynamique (la guerre et la révolution) c’est posséder la clef politique du devenir. Même la perte de l’expérience dont on est parti, au même moment qui enlève à l’homme la possibilité d’agir selon les modalités traditionnelles, lui ouvre un terrain d’action incommensurable par rapport à ce qu’il a perdu “Barbarie ? Justement. Nous affirmons cela pour introduire un nouveau concept positif de barbarie. A quoi est-il obligé le barbare par la pauvreté de l’expérience ? A commencer à nouveau, à commencer du nouveau”… “il ne voit rien de durable. Mais justement pour cela il perçoit des voies partout… Puisque partout il perçoit des voies, il est toujours à un carrefour. A aucun instant on ne ne peut savoir ce que le prochain amène avec soi. Il détruit l’existant non pas pour l’amour des ruines, mais parce que la vie y passe à travers[[Il s’agit d’un collage de deux citations tirées de deux textes brefs de Benjamin : “der destruktive charakter” et “erfahrung und armut” dans gesammelte scrriften, Frankfurt, a.M, 1972-1977..”
La mode, la publicité, le cinéma sont les “rêves éveillés” du “corps vivant” du prolétariat qui à tout moment peuvent basculer dans “l’éveil” qui transforme les masses en collectif. L’irruption du temps messianique (jetz-zeit) – si on la lit pas seulement comme temps rédempteur – nous dit que la révolution est déjà là, que le communisme est en mouvement, et elle nous aide à comprendre comment l’activité des masses peut ici et maintenant de passer l’émancipation politique comme médiation politique entre “l’homme et la liberté de l’homme” et l’ouvrir au temps intempestif de l’événement.

Lazzarato Maurizio

Sociologue indépendant et philosophe, il vit et travaille à Paris où il poursuit des recherches sur le travail immatériel, l'éclatement du salariat, l'ontologie du travail, le capitalisme cognitif et les mouvements "post-socialistes ". Il écrit également sur le cinéma, la vidéo et les nouvelles technologies de production d'images . Il a élaboré avec le {Groupe Knobotic Research } le projet {IO_dencies/ travail immatériel } pour la biennale de Venise . Depuis 1990 il collabore avec Angela Melitopoulos a l'écriture de textes pour des catalogues d'exposition . Par ailleurs, il participe aux actions et aux réflexions des "intermittents du spectacle ", au sein de la CIP-idf., où il conduit une importante "recherche-action" sur le statut des intermittents; Aprés avoir collaboré régulierement à la revue " Futur antérieur " , il est l'un des fondateurs de la revue Multitudes dont il est membre du comité de rédaction Bibliographie - {Lavoro immateriale e soggettività}, Ombre corte, Verona., 1997 - {Videofilosofia, percezione e lavoro nel post-fordisme,} Manifesto libri, Roma., 1997. - {Videophilosophie, zeitwahrnehmung im postfordismus} , E.Books, 1998. -{ Para uma definiçao de conceito de bio-politique,} in Lugar Comun, Estudo de midia, cultura e democrazia, Pos-Graduaço da Escola de Comicaçao, Rio do Janeiro .1998. -{Immaterielle Arbeit,} ID Verlag, Berlin., 1998 - Avec Andrea Fumagalli , {Tute Bianche - disoccupazione di massa et reddito di cittadinanza}, Derive/approdi, Roma., 1999. -{ Le lotte dei disoccupati et dei precari, in Tute Bianche - disoccupazione di massa et reddito di cittadinanza}, Derive/approdi, Roma, 1999. -{Europaîsche Kulturtradition und neue Formes von Wissenproduktion und Zirculation}, in Thesis, Bauhaus-Universität, Weimar, pp. 11-24.1999. -{Post-face à Monadologie et sociologie} Institut Synthélabo, Paris.1999. -{Travail et capital dans la production des connaissances,} in Azais Ch, Corsani A., Dieuaide P., (eds), Vers un capitalisme cognitif. Mutations du travail et territoire, Paris, l'Harmattan., 2000 - {Puissances de l'invention. La psychologie économique de Gabriel Tarde contre l'économie politique}. aux Editions les Empêcheurs de penser en rond ,2002. - Les révolutions du capitalisme aux Editions les Empêcheurs de penser en rond 2004.