Trois exigences, deux nécessités

Les résultats des élections françaises doivent être l’occasion pour les ” progressistes ” de poser quelques problèmes essentiels. Il ne suffit pas en effet de dire que la montée des populismes et la victoire des conservateurs sont l’effet des ravages de la mondialisation et de l’incapacité de la gauche traditionnelle à y faire face. Il faut se poser la question de la période historique actuelle, en quoi elle prolonge et en quoi elle se distingue des épisodes précédents, de l’évolution des formes d’oppression et donc de lutte de libération et des modes d’organisation du mouvement social et de son expression politique. Ce questionnement ne peut se faire qu’à la lumière des expériences en cours du nouveau mouvement citoyen qui se développe dans le monde.

Il n’y a plus de peuple-trésor, mais, de proche en proche,
le savoir vivre infini de l’éclair pour les survivants de ce peuple.
René Char

En soi l’échec électoral de la gauche en France n’est pas un événement d’une gravité considérable, juste une alternance parmi d’autres. Pourtant les résultats des élections présidentielles et législatives françaises sont significatifs de plusieurs phénomènes importants qui se manifestent en Europe et plus globalement dans le monde : crise rampante de la démocratie représentative dont la hausse continue du taux d’abstention est un symptôme, érosion spectaculaire au premier tour des présidentielles des « parts de marché » des candidats des partis de gouvernement, et, bien sûr, poids de l’extrême droite, de ce que, faute d’analyse plus fine, on appelle « populisme », en Autriche, en Italie, au Danemark, au Pays Bas, en Flandres, etc. pour ne parler que de l’Europe Occidentale.

Tout cela a été dit et répété. Les divers analystes ont parlé de la montée des inquiétudes et frustrations provoquées par la mondialisation, aggravée par le contexte tragique de la « croisade antiterroriste » et des dernières évolutions de la politique américaine. Mais ce constat ne suffit ni pour comprendre, ni a fortiori pour agir, en particulier sur le mécanisme qui semble paralyser les « progressistes » (j’utilise ce terme provisoirement et faute de mieux) : celui qui fait que la « vieille » social-démocratie semble n’avoir pour seul horizon que le libéralisme de la troisième voie de Blair ou Clinton, et la « jeune » gauche critique et écologique d’autre avenir que la marginalité à la périphérie de la première.

Une telle situation serait logique si nous étions en situation de passivité sociale et de déroute idéologique. Mais depuis le milieu des années 90 des mouvements significatifs se sont manifestés. Le succès des mobilisations « anti-globalisation » est bien plus qu’un effet de mode. Une expérience multiple et diverse s’accumule au sein d’un véritable « mouvement citoyen mondial » en gestation. Une élaboration intellectuelle riche s’y développe, même si la réflexion théorique sur ces nouvelles pratiques demeure encore limitée. Toutefois cette effervescence prometteuse ne se traduit guère en termes de stratégie politique. Les Verts par exemple, en tant que parti en France comme d’ailleurs en tant que mouvement international, semblent incapables d’opérer cette traduction. Pourtant, c’était là leur objectif pratique et leur ambition théorique proclamée.

Les victoires électorales de la gauche de gouvernement, en Europe et en France, de la fin du XXe siècle sont suivies aujourd’hui par des défaites du début du XXIe. Tirer le bilan de l’échec ne peut consister simplement à relancer le balancier d’une opinion publique désabusée dans l’autre sens. Il s’agit de répondre au défi global, aux fragmentations mortifères des nationalismes et des intégrismes, aux spirales catastrophiques dans lesquelles le capitalisme financier entraîne la planète. Il s’agit de reconstruire, après la faillite des espérances portées par les socialismes et par les luttes de libération nationale.

La première exigence d’une refondation est donc d’ordre historique

Il faut retisser le fil rouge du discours des rebelles. Car, comme toute aventure humaine, l’engagement politique se construit dans une généalogie. Le propre de la technocratie et de tenter de nous le faire oublier. Il ne s’agit pas seulement d’analyse économique ou sociologique (ou alors c’est de psychanalyse qu’il faudrait parler), mais aussi d’un récit, fût-il partiellement mythique. Ce travail n’a pas été accompli par la gauche au tournant du siècle, en 1989. Cette carence est l’une des raisons du triomphe si facile, dans les années 90, de l’idéologie ultra-libérale, au moment même pourtant où la vulgate de Thatcher et Reagan montrait ses évidentes limites pratiques.

La période actuelle se situe en effet après la crise ou l’occultation de grandes épopées historiques :
– L’épopée de la solidarité, du mouvement ouvrier et du socialisme, porteur, depuis 1848 au moins, d’un formidable potentiel de valeurs humaines et de réalisations concrètes, mais corrompue par la gestion social-démocrate et surtout déconsidérée par l’échec soviétique.
– L’épopée de la décolonisation, formidable émergence dans l’histoire des peuples soumis ou ignorés, mais occultée par les promesses non tenues des indépendances et même parfois déconsidérées par les pouvoirs des dictatures et des mafias.
– L’épopée de la liberté – du libéralisme au sens originel du terme – ce mouvement libertaire qui tire ses racines profondes de l’espoir de l’unité du genre humain et des droits de l’Homme des Lumières, et qui s’est exprimé autour du mouvement mondial de « 68 » avec la remise en cause des dominations, le développement du féminisme, etc.

Bien dans la manière, pragmatique, réticulée et diversifiée, propre à notre époque, le nouveau « mouvement mondial en gestation » a commencé à s’attaquer aux chantiers refondateurs des deux dernières « épopées ». Les « Suds » reprennent la parole au moment même ou l’ancien « tiers-monde » semble avoir disparu. Au Chiapas, à Porto Alegre, à Durban, à Dakar ou à Bangkok, de nouveaux acteurs ont fait entendre leurs voix, fait de nouvelles propositions, esquissé de nouvelles alliances, constaté de nouvelles contradictions.

À la fin de la guerre froide la question des droits de l’homme avait fait l’objet de diverses tentatives de captation idéologique, principalement par le camp occidental, tout comme celle de la paix, principalement par le camp soviétique. Mais depuis les années 80 une nouvelle dynamique s’est développée, dans chacun de ces domaines, sous l’impulsion de nouvelles forces. Les victimes sont devenues actrices de leurs destins. Exclus et marginalisés ont repris la parole. Et, notamment sous l’impact des mouvements de femmes, cette parole s’est trouvée profondément modifiée. Il en a résulté de nouvelle batailles pour les droits individuels et collectifs, luttes dans des conditions de négation totale du droit (dictatures, guerres, génocides, etc..) La lutte contre l’impunité et l’actuelle bataille autour de la Cour Pénale Internationale sont actuellement les expression les plus visibles de ce mouvement profond qui s’est manifesté aussi bien à Buenos Aires qu’à Jérusalem, à Sarajevo, dans le Caucase ou en Sierra Leone.

Cette mobilisation est en en cours. On ne constate pas de renouvellement équivalent sur la question de la solidarité sociale. C’est évidemment le terrain où l’échec des expériences socialistes du XXe siècle pèse le plus lourd, où les mots sont devenus confus ou vides de sens pour une bonne partie des habitants de la planète, où l’offensive idéologique libérale a fait le plus de ravages. C’est là aussi que les instruments construits dans la période antérieure, partis ouvriers et syndicats, ont sans doute le plus mal vieilli. Peut être parce que c’était le front principal, dans la tradition du socialisme marxisme, celui qui donnait son sens à tous les autres, autour de la figure centrale du prolétaire, identifié à l’ouvrier d’usine.

La deuxième exigence est d’ordre plus théorique

Elle a beaucoup à voir avec cette difficulté de repenser la question des voies et des fins de la solidarité sociale.

La nouvelle division internationale du travail a déplacé les usines et leurs ouvriers. La nouvelle révolution industrielle a modifié les processus de production et de distribution. Les impératifs du capitalisme financiers ont bouleversé les mécanismes de propriétés réelles et formelles des moyens de production… Tout ceci a contribué à remettre en question cette « centralité ouvrière » proclamée par les socialistes et à déstabiliser chez nous le Parti Communiste qui s’en réclamait.

Mais cette « centralité » avait été remise en cause avant même que les mutations évoquées ci-dessus aient pris toute leur ampleur. L’articulation de toute l’analyse, et de tout le discours stratégique qui en découlait, autour de la question des moyens de production, et de leur appropriation par ceux qui en étaient privés, était, à quelques nuances près, commune aux divers courants du socialisme : communistes, anarchistes ou sociaux-démocrates. Réduisant, en dernière instance, l’identité des acteurs sociaux à leur place dans le processus de production, elle nourrissait un économisme profond, et favorisait, dans le contexte d’une croyance scientiste très largement partagée dans le progrès technique, un productivisme sans borne. Les critiques n’ont pas manqué, y compris au sein des courants socialistes, pour dénoncer une réduction empêchant aux questions posées par des formes de domination qui ne se limitait pas du tout à l’économique (patriarcat, colonialisme…), à des identités qui ne se réduisaient pas à des classes sociales (genre, cultures nationales…).

Quand il a esquissé sa théorie de l’aliénation, Marx évoquait la prolétarisation un phénomène de déshumanisation dépassant de beaucoup la simple relation économique, car si « l’homme devient étranger au produit de son travail, à son activité vitale et à son être générique, il s’ensuit que l’homme devient étranger à l’homme » (Manuscrits de 1844). On sait comment toute une tradition critique, marxiste ou non, a approfondi cette idée et tenté d’en tirer les conséquences en termes sociaux et politiques. Et si l’homme ne vit pas que de pain, l’aliénation n’est pas seulement liée au travail, et la libération à l’appropriation collective des moyens de production (dont l’expérience a même montré qu’elle peut produire l’effet inverse). Quand les situationnistes des années 60 définissaient le prolétaire comme « celui qui n’a aucun pouvoir sur l’emploi de sa vie et qui le sait », ils s’inscrivaient dans une tradition déjà ancienne et prolongeaient la piste de travail théorique et pratique à suivre pour les nouvelles forces de 68. Or si celles-ci, au travers de diverses « autonomies » et mouvements ont effectivement investi ce terrain, le discours néo-bolchévique du gauchisme, puis le renouveau d’une social-démocratie « middle class », ont caché ou caricaturé ces avancées.

Les courants écologistes ont cru avoir résolu le problème avec un « nouveau paradigme » revendiqué par Alain Lipietz, parce qu’ils ont réintroduit la nature malmenée par le scientisme du XXe siècle, critiqué le productivisme et cru trouver une synthèse dans le développement durable. L’apport de l’écologie politique, dans sa dimension critique comme dans certaines de ses propositions alternatives, est considérable. Mais elle est demeurée bornée par deux limites. Sa version « gauche », substituant trop mécaniquement le productivisme au capitalisme, tend à reproduire les schémas économistes socialistes ; sa version « droite », donnant à la nature une place centrale, tend à reproduire les fondements idéalistes du libéralisme. Dans tous les cas l’analyse des formes d’aliénation, des mécanismes de dominations et des contradictions des luttes libératrices est ignorée ou sous-estimée.

La troisième exigence est plus spécifiquement politique, ce qui ne veut pas dire plus simple

Les générations politiques actuelles sont entrées en activité dans la période de l’après deuxième guerre mondiale. À cette époque (1945-1989), l’ensemble des événements restaient polarisés par la rivalité Est-Ouest, y compris pour ceux des acteurs qui voulaient s’en échapper. Si, à la fin des années 80 l’URSS ne représentait plus depuis longtemps une espérance, il n’empêche que la fin du camp socialiste a totalement bouleversé la donne.

Nous n’évoquerons qu’un seul cas pour illustrer cette difficulté évidente d’analyser le présent : celle de la construction européenne. Mais on pourrait développer bien d’autres exemples : les nouvelles formes de guerre, l’hégémonie américaine, la question de la gouvernance mondiale, les rapports Nord-Sud, etc.

Parlons donc der la construction européenne. Elle était nourrie par deux moteurs historiques fondamentaux : l’un explicite : la volonté de paix entre les membres de l’Union future, l’autre plus implicite : la réponse au défi de l’Europe communiste (ce qui impliquait un Atlantisme européen). Au fil du temps, l’importance du premier moteur s’est diluée dans l’évidence, puis le déclin et la chute du camp socialiste ont rendu caduc le second. Dans ces conditions pourquoi l’Europe doit-elle s’intégrer ? Sûrement pas pour de simples raisons économiques. Quel est le programme politique de cette Europe, la cause commune qu’elle veut défendre ? Tensions entre fédéralistes et souverainistes, hésitations face à l’élargissement, reniements vis-à-vis des voisins méditerranéens, contradictions sur les institutions …tout cela divise, au delà des slogans creux, tous les courants politiques. Leur difficulté à en débattre est une difficulté à solder le XXe siècle, à comprendre qu’une page a été tournée en 1989, qu’un positionnement cohérent sur une question politique importante (par exemple la nature des institutions européennes) implique d’avoir progressé dans la résolution des questions théoriques et historiques évoquées ci-dessus. Faute de quoi, c’est toujours la solution des forces dominantes qui s’instaure, drapée dans un habillage idéologique de « fin de l’histoire » ou de « choc des civilisations » selon les besoins du moment.

Ce survol dans l’espace et dans le temps, malgré son caractère trop bref et trop schématique, nous permet il d’esquisser des voies de renouveau ou des signes d’espoir dans la gauche réellement existante d’un pays comme la France ? Sûrement pas si l’on se cantonne aux prosaïques et peu ragoûtantes cuisines d’appareil. Mais sans doute un peu si l’on élargit la perspective.

Pour faire la soupe, une première nécessité est celle de l’ustensile

Est-ce dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ou bien faut-il une nouvelle marmite en matériaux composites ? Ou, dit de manière moins imagée, peut on changer la politique, dans un pays comme le nôtre, en faisant l’impasse sur la « scène politique », en négligeant la question des partis ?

Le renouveau peut il venir des seuls « mouvements » ? « La rue » au secours de la gauche ? D’aucuns rêvent d’un troisième tour social, comme en 1995, qui viendrait gripper sérieusement la mécanique ultra-libérale et en conséquence affaiblir la droite politique. Outre qu’un tel mouvement ne se décrète pas, il convient de remarquer que si le « Tous Ensemble » de 1995 a démontré la persistance d’une capacité de résistance sociale que certains avaient un peu vite enterré, le mouvement n’était porteur d’alternative que très indirectement, à travers l’expression d’une volonté partagée de défendre les services publics. Ce n’est pas rien, mais ne peut suffire, et n’a pas effectivement suffi à donner un contenu moins pâle à la « Gauche plurielle » sous hégémonie socialiste. Il en va de même de l’effervescence autour des luttes de « Sans » (sans travail, sans papiers, sans logis, sans droits…), qui a eu l’immense mérite de poser comme question politique essentielle la lutte contre les exclusions comme front de lutte de libération pour la société toute entière, mais n’a pu, évidemment, constituer le cœur d’une alliance politique large. Il en va de même aussi du développement dans l’opinion des mouvements anti-globalistes, par des mouvements nouveaux comme ATTAC, mais aussi par le renouveau de mouvements anciens, organisations de solidarité internationale et ONG de développement.

Mais en même temps comment ignorer que l’avenir se construit dans le mouvement social. La question qui se pose n’est-elle pas, dans ces conditions, celle d’une « courroie de transmission inversée » ? Un rapport parti-mouvement inversant la mécanique social-démocrate ou bolchevique du parti (d’avant-garde) qui commandait au mouvement. Une relation où ce sont les laboratoires sociaux des mouvements qui formatent leurs délégations dans la sphère politique à travers un ou plusieurs partis. Un peu à la manière dont le parti travailliste anglais originel, à l’inverse de tous ses homologues européens, n’était qu’une des missions spécialisées d’un mouvement beaucoup plus vaste, syndical et coopératif. D’autant qu’aujourd’hui il n’y a plus de parti de masse (de parti-Église-mouvement) et que les mouvements eux-mêmes sont multitudes. Leur délégation politique doit, dans ces conditions, être un moment de cristallisation capable de plasticité et de renouvellement.

Si cette hypothèse est la bonne, on peut ne déduire délégation politique ne peut s’incarner, chez nous en France, dans un parti du gouvernement comme le Parti Socialiste, trop intrinsèquement lié à l’Etat et à sa gestion pour avoir la plasticité nécessaire. Pas un parti de l’administration, mais pas non plus une coalition ” progressiste ” à la manière Démocrate américaine, dont la direction est assurée par les lobbies les plus puissants.

Une telle force doit donc exister, au moins pour l’essentiel, à l’extérieur du PS. Mais l’état des lieux en la matière n’incite pas à l’optimisme, entre un PCF en coma dépassé, une LCR qui se complaît, malgré ses liens avec les mouvements, dans la marginalité de témoignage, et des Verts qui se laissent dangereusement satelliser par les sociaux-démocrates (nous ne parlons pas ici des sectes néo bolchéviques ou souverainistes).

La deuxième nécessité est celle de la présence des ingrédients indispensables

Une force politique de gauche critique est par nature perpétuellement menacée d’étouffement, sous l’effet croisé des médias et des systèmes institutionnels, électoraux notamment. Elle est par nature soumise au risque de marginalisation au sein du monde politique, par manque de relation avec le mouvement social, ou d’expulsion de ce monde politique pour être cantonnée au seul mouvement social. Sa résistance à ces phénomènes ne dépend pas principalement du brio – en général limité – des fins tacticiens qui dirigent cette force, mais de son enracinement.

Partis, mouvements, syndicats, ne sont plus aujourd’hui structurés en formes « Églises », massives et disciplinées. Ce sont des « chapelles » diverses et mobiles. L’enracinement social de telle ou telle force en devient moins lisible. Il ne se résume pas à une étude sociologique simple de sa composition militante ou de son électorat : il faut analyser aussi la manière dont son discours est perçu, voire utilisé ou réinvesti par des groupes sociaux qui n’ont jamais envisagé d’adhérer à telle ou telle structure.

La raison d’être même d’une force politique est de contribuer à la mise en cohérence des intérêts et aspirations représentés par divers mouvements. Évidemment une force de gauche critique devra répondre en priorité aux luttes porteuses de vrais potentiels d’émancipation pour une partie de la société et pour la société toute entière. Dans nos sociétés ce sont d’abord celles qui refusent les discriminations.

Cette capacité, pour une force politique d’aujourd’hui, ne dépend pas d’un quota de membres SDF, jeunes issus de l’immigration, homosexuels ou retraités des postes… mais d’une capacité à traduire le meilleurs de leurs aspirations dans le champ de la politique. Bien entendu s’il n’y a aucun SDF, jeunes… etc.…dans ce parti, l’opération sera difficile. Mais il s’agit d’abord d’une capacité d’empathie, d’écoute, de liaison, de langage commun, avec chacun de ces groupes sociaux en mouvement. C’est là le secret de la « soupe ».

Au-delà des slogans politiquement corrects, les candidats à l’expression politique de la gauche critique en France, n’ont guère semblé capables de faire preuve de cette nécessaire empathie vis à vis de certains de ces groupes sociaux en mouvements particulièrement important. C’est par exemple le cas des « jeunes des cités », majoritairement jeunes musulmans. Ils ne constituent pas le nouveau visage du « prolétaire central » dont pourrait rêver le militant nostalgique. Mais ils occupent, bien malgré eux, un statut symbolique fort dans nos sociétés, icône ou repoussoir. Or, si nous prenons par exemple le cas des Verts, peu de choses, ni en pratique, ni dans le discours, ont contribué à l’empathie nécessaire. Pire, l’atonie des écologistes sur une question symbolique importante comme la guerre Israélo-Palestinienne, a commencé à faire évoluer une distance réciproque vers une fracture. Et très naturellement, dans ces groupes discriminés, certains vont chercher d’autres voies, ralliant individuellement les projets politiques dominants ou cherchant dans une dissidence extrémiste la réponse à leur rébellion.

Et si c’était ça le problème principal d’une fondation progressiste et écologiste ?

Dreano Bernard

Animateur du CEDETIM (Centre d'études et d'initiatives de solidarité internationale) et président de l'Assemblée Europenne des Citoyens (branche française de la Helsinki Citzens' Assembly)