Lectures

Au fil des nouveautés critiques

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ANSART Pierre (textes réunis et présentés par), Rencontres autour de Pierre Fougeyrollas, L’Harmattan, Paris, 1993, 288p.

BIDET Jacques (sous la direction de), Les paradigmes de la démocratie, PUF, coll. « Actuel MarxConfrontation », Paris, 1994, 270p., 198FF. L’ouvrage rassemble les communications présentées au Colloque du CNRS, Les paradigmes de la démocratie, Paris, 29-30 mai 1990. Les textes, pour la plupart largement remaniés et réactualisés en vue de leur publication, portent sur les multiples dimensions de la crise contemporaine de la démocratie. Débat qui se veut « transversal », dégagé des oppositions simplificatrices entre courants divers tels que libéralisme ou socialisme, social-démocratie ou communisme. « Le seul vrai service que l’on peut rendre à la démocratie est d’en penser les conditions de possibilité, les principes logiques fondamentaux, de mesurer ces principes normatifs immanents à l’effectivité de leur pratique historique, de substituer à une idéalisation mystificatrice une analyse responsable sans reculer devant les apories et les antinomies s’il s’en dégage » (André Tosel). Contributions de Tony Andréani, Jacques Bidet, Jean-Pierre Cotten, Jean-Luc Ferry, Blandine Kriegel, Georges Labica, Michel Miaille, Philippe Van Parijs, Rainer Rochlitz, Catherine Samary, Jean-Fabien Spitz, Jacques Texier, André Tosel et Jean-Marie Vincent.

BLANQUI, Louis Auguste, Œuvres. I, Des origines à la Révolution de 1848, Presses Universitaires de Nancy, 1993, 764p., 280FF. Textes rassemblés et présentés par Dominique Le Nuz, préface de Philippe Vigier. Après plus de dix années de recherche et de difficultés en tout genre, la publication du premier volume des Œuvres de Louis Auguste Blanqui constitue un événement historiographique (au total neuf volumes sont prévus). Mise à jour des documents inconnus, à partir des sources peu utilisées jusqu’à présent, comme les Archives de la Cour des Pairs, ou totalement inaccessibles, comme les Archives du Centre Russe de Conservation et d’Études de Documents en Histoire contemporaine de Moscou. Un véritable outil de travail pour étudier la vie et l’œuvre de L’Enfermé (selon l’expression de Gustave Geffroy, son premier biographe) qui a passé en prison trente-trois ans et demi – plus de la moitié de son existence. Beaucoup d’éléments nouveaux dans les annexes, en particulier sur le personnel révolutionnaire de la période concernée.

BOSC Serge, Stratification et transformations sociales. La société française en mutation, Nathan, coll. « Économie, sciences sociales », 1993, 208p. Destiné à un vaste public, ce livre permet de faire le point sur les transformations du paysage social français dans la crise. Rappelons aussi ce qui fait la spécificité de cette collection en page gauche, des documents variés précisent ou prolongent l’analyse.

CAIRE Guy, Le travail intérimaire, PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris, 1993, 128p. Le travail intérimaire en tant qu’entité juridique, activité économique et pratique sociale.

COLLI Giorgio, Héraclite d’Éphèse, trad. de l’italien par Patricia Farazzi, Éditions de l’éclat, 1992, 220p., 198FF. Troisième et dernier volume du grand projet de la Sagesse grecque. L’oeuvre, qui devait comporter onze volumes, reste inachevée, après la disparition de Giorgio Colli en 1979.

CRITIQUE COMMUNISTE, n° 138, Dossier: Pas d’avenir sans Marx, Été 1994, 50FF. Articles de Tony Andréani, Patrick Tort, Maxime Durand et Michaël Löwy. Un entretien avec Georges Labica sur les intellectuels et le marxisme, paru une première fois dans la revue Marxismo oggi. Un autre entretien, avec Jean-Marie Vincent qui développe, de Fétichisme et Société (1973) à Critique du travail (1987), une critique de la modernité capitaliste en systématisant la théorie marxienne du fétichisme de la marchandise. Enzo Traverso, observateur attentif du « laboratoire italien », propose ses Réflexions sur une nation égarée.

DELEUZE Gilles, Critique de la clinique, Les Éditions de Minuit, Paris, 1993, 192p., 85FF. Dix-sept textes, les uns inédits, les autres déjà parus, courts ou plus longs, organisés autour de certains problèmes : le problème d’écrire mais aussi celui de voir et d’entendre. « C’est à travers les mots, entre les mots, qu’on voit et qu’on entend. Beckett parlait de ‘forer des trous” dans le langage pour voir ou entendre “ce qui est tapi derrière” . C’est de chaque écrivain qu’il faut dire : c’est un voyant, c’est un entendant, “mal vu mal dit”, c’est un coloriste, un musicien » (Avant-propos, p. 9).

ESPACES ET SOCIÉTÉS, n° 76, Actualités de Henri Lefebvre, L’Harmattan, 1994, 212p. Henri Lefebvre, sociologue du quotidien, philosophe de la modernité, penseur de la « postmodernité », innovateur dans la théorie de l’espace, visionnaire de l’Utopie et de la politique de l’Impossible comme éléments coextensifs au Réel. Interrogation sur l’influence qu’exerce aujourd’hui la pensée foisonnante de ce philosophe marxiste, professeur de sociologie charismatique, dans l’approche des problèmes de l’Espace, de la Ville et de l’Urbain. A l’heure où les travaux de Henri Lefebvre bénéficient d’un regain de faveur outre-Manche et outre-Atlantique (toute une série de théoriciens anglo-saxons, parmi lesquels Fredric Jameson, David Harvey, Allan Scott ou Edward Soja, lui sont redevables), les contributions de ce dossier, réunissant des auteurs de disciplines variées, insistent sur l’actualité de cette pensée rebelle, aux prises avec les réalités de la spatialisation du rapport capitaliste. « Tant que l’espace urbain restera façonné par les rapports sociaux capitalistes, ce qu’il y a de radicalement critique et utopien dans la vision qu’en propose Henri Lefebvre n’aura pas besoin de révision » (Jean-Pierre Garnier).

ESPACES TEMPS, n° 55/56, Arts, l’exception ordinaire. Esthétique et sciences sociales, 1994, 144p, 96FF. Contributions de Pierre-Michel Menger (“La quadrature du déterminisme”), Jon Elster (“Conventions, créativité, originalité”), Christian Ruby (“Le recours esthétique”), Jacques Rancière (“Esthétique de la politique et poétique du savoir”), Kevin Nouvel (“La vie, mode d’esthétisation”), Jacques Lévy (“Adorno, Vienne, Schönberg”) et al.

FUTURIBLES, n° 191, Les enjeux du multimédia, Octobre 1994, 104p., 67FF.

GARRIGOU Alain, Le vote et la vertu. Comment les Français sont devenus électeurs, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, Paris, 1992, 288p., 160FF. La construction historique de la démocratie électorale : mobilisation électorale, élection et domination, règles du jeu électoral, ordre imposé et vertu intériorisée, électeur sauvage et électeur domestiqué. Une remarquable contribution sociologique à la généalogie des processus de politisation en France.

GAXIE Daniel, La démocratie représentative, Montchrestien, coll. « Clefs-politique », Paris, 1993, 159p., 60FF. Au-delà des tentatives hagiographiques qui célèbrent la démocratie comme l’universel et indépassable horizon de notre temps, une brève étude de synthèse qui tente d’élucider les structures et les mécanismes du régime représentatif.

GRESH Alain (sous la direction de), A l’Est, les nationalismes contre la démocratie ? Éditions Complexe, coll. « Interventions », Bruxelles, 1993, 180p. Ce livre est le résultat d’un colloque tenu au Mans en décembre 1992, à l’initiative des Carrefours de la pensée, du Monde diplomatique et de l’Université du Maine. Seize brèves contributions sur une question qui hante l’Europe – cinq années après la « divine euphorie » de l’effondrement du mur de Berlin, muée aujourd’hui en « sourde inquiétude ».

GROUX Guy et LÉVY Catherine, La possession ouvrière. Du taudis à la propriété (XIXe-XXe siècle), les Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, Paris, 1993, 247p., 140FF. Histoire sociale et politique de la propriété ouvrière, analyse statistique et étude des grandes tendances à l’œuvre, effets actuels du titre de propriétaire sur les pratiques ouvrières et aussi sur les dispositifs plus abstraits de la « régulation sociale ».

HEINE Heinrich, De la France, texte établi et présenté par Gerhard Höhn et Bodo Morawe, Gallimard, coll. « Tel », 1994, 414p., 95FF. De la France est aujourd’hui, et pour la première fois, proposé dans sa version complète, telle que Heine l’avait rédigée pour ses lecteurs allemands (les deux éditions françaises de 1833 et de 1857 ont été successivement mutilées par la censure et pour des raisons politiques. « L’arme principale dont se servait Heine dans ses combats était sans aucun doute l’originalité de son écriture – De la France en témoigne. Une écriture que les circonstances ont forcé à la simulation et à la dissimulation, procédés classiques de l’ironie, exigeant du lecteur l’effort de distinguer le dit du non-dit et la forme du fond. Bref, une écriture qui révèle la main d’un artiste et celle d’un stratège » (Gerhard Höhn et Bodo Morawe).

ILLUMINATI Augusto, Esercizi politici. Quattro sguardi su Hannah Arendt, Manifestolibri, Rome, 1994, 91p., 14000 L. Quatre regards sur la pensée de l’auteur de La condition humaine à partir des considérations politiques concernant l’actuel : l’innovation du concept de travail à l’époque postfordiste, la notion de « mal radical » et les mésaventures de l’innocence, la signification d’un terme désuet comme « honneur » dans la société de masse et la conceptualisation philosophique de la « vie de l’esprit ».

MAGAZINE LITTÉRAIRE, n° 324, Marx après le marxisme, Septembre 1994, 30FF. Contributions de Maximilien Rubel (“Éloge du jeune Marx”), Alain Pons (“Les manuscrits de 1844”), Jacques Bidet (“Les néomarxismes”), François Ewald (“Un chasseur de spectres”) et al. Louis Janover souligne la dimension de révolte, indissociable de l’œuvre marxienne, et met en garde contre la dépolitisation inhérente à la récupération académique de cette intelligence théorique tournée vers l’avenir. A l’opposé, François Furet, tout en considérant Marx comme un auteur « classique » de l’histoire intellectuelle du XXXème siècle, estime que son actualité est à peu près nulle, « ne permettant pas de comprendre grand chose aux événements de l’époque contemporaine ». Marx n’est pas placé ici en posture d’accusé mais la capacité explicative de sa méthode est récusée. Si en effet l’histoire du XXème siècle « est largement faite par la volonté monstrueuse de quelques hommes, Lénine, Staline, Hitler, qui sont autant d’accidents », il ne reste qu’à étudier Marx dans les forteresses de l’institution universitaire à titre de curiosité de l’histoire des idées. Bonne manière de célébrer l’« actualité » de Marx en le cantonnant au « passé d’une illusion » (“Marx le prophète est mort”). A lire aussi la Note inédite d’Althusser sur les Thèses sur Feuerbach.

MARX Karl, Oeuvres, volume IV, Politique I, édition établie, présentée et annotée par Maximilien Rubel, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1994, 1829p., 540FF. Le choix des écrits politiques rassemblés dans ce volume recouvre la période allant de 1848 à 1854. Divisé en onze rubriques, ce volume contient: Révolution et contre-révolution en Europe (articles dans la Neue Rheinische Zeitung, 1848-1849), Les luttes de classes en France. 1848-1850, Chroniques littéraires et politiques (dans la Neue Rheinische Zeitung. Politisch-Ökonomische Revue, 1850), Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), Fin de la ligue des communistes (1850-1853), Révélations sur le procès des communistes à Cologne (Bâle, 1853), Le chevalier de la noble conscience (pamphlet satirique dirigé contre August Willich qui s’était livré dans la presse germano-américaine à de violentes attaques contre les Révélations […), Chroniques anglaises (1852-1854), Lord Palmerston (1853), L’Espagne révolutionnaire (1854), La question d’Orient et la guerre russo-turque (1853-1854). Une vingtaine de pièces, destinées surtout à mettre en lumière l’importance de la collaboration de Marx et d’Engels d’une part, et du rôle d’Engels, éditeur de Marx, d’autre part, constituent la section « Appendices ». Index bibliographique, index des noms, index des matières par Louis et Monique Janover. On y reviendra prochainement.

MOUFFE Chantal, Le politique et ses enjeux. Pour une démocratie plurielle, La Découverte/M.A.U. S.S., coll. « Recherches », Paris, 1994, 175p., 145FF. Au crépuscule du XXème siècle, il importe de restaurer la centralité du politique et d’affirmer son caractère constitutif. A cette fin, Chantal Mouffe met en avant un projet de « démocratie plurielle », nouvel imaginaire politique dont la dynamique agonistique s’inscrirait dans la tension entre consensus (les principes) et dissensus (leurs interprétations). A partir d’une conception de la modernité qui privilégie l’avènement de ce que Claude Lefort a appelé la « révolution démocratique » comme la caractéristique fondamentale du mode moderne d’institution du social, l’auteur préconise une postmodernité de résistance qui permettrait la cristallisation d’un nouveau radicalisme : « ce que l’on désigne aujourd’hui comme la “postmodernité” en philosophie n’est, en fait, que la reconnaissance de cette impossibilité de trouver un fondement ultime et une légitimation dernière qui est constitutive de l’avènement même de la forme démocratique de la société et, par là, de la modernité » (p. 30). Paradoxalement, cette conception suggère un renouvellement de la modernité à travers la critique postmoderne du « projet moderne ». Un des mérites indéniables du livre – qui regroupe six articles publiés entre 1987 et 1993 – est d’introduire des débats américains relativement peu connus en France, notamment entre libéraux (tels John Rawls ou Charles Larmore) et communautariens (tels A. Mac Intyre, Michael Sandel, Charles Taylor ou Michael Walzer).

PARIJS Philippe Van, Marxism recycled, Maison des Sciences de l’Homme et Cambridge University Press, 1993, 246p. Onze essais regroupés, écrits pour la plupart avant les événements de 1989 par un auteur qui fait partie du « September group », le cercle restreint des marxistes analytiques. Il ne s’agit pas de reconstruire, voire de réhabiliter un marxisme « authentique » mais de recycler le legs marxiste comme une source d’inspiration, une boîte à outils (parmi d’autres) de la culture contemporaine.

PREVE Costanzo, L’eguale libertà. Saggio sulla natura umana, Vangelista, Milano, 1994, 252p., 30000L. Animé par la « passion durable » du communisme théorique, Preve a déjà publié une première trilogie consacrée au statut philosophique du marxisme. Il s’agit de Il Convitato di Pietra. Saggio su marxismo e nichilismo, Vangelista, Milano, 1991 ; La Pianeta Rosso. Saggio su marxismo ed universalismo, Vangelista, Milano, 1992 ; et enfin, LAssalto al cielo. Saggio su marxismo ed individualismo, Vangelista, Milano, 1992. Le présent ouvrage est le deuxième volume (après Il tempo della ricerca. Saggio sul moderno, il post-moderno e la fine della storia, Vangelista, Milano, 1993) d’une nouvelle trilogie philosophique qui porte sur le rapport entre la modernité capitaliste et la possibilité d’une critique communiste. Pour Preve le renouvellement du marxisme aujourd’hui ne pourrait pas être un simple aggiornamento des vieilles formulations : « sans une reformulation courageuse des paramètres essentiels du matérialisme historique et de la critique de l’économie politique, la volonté subjective d’effectuer une relance du marxisme contemporain se réduira à une archive méthodique de la mémoire historique du marxisme d’hier ». Dans le cadre de son vaste programme de recherche, l’auteur aborde dans son dernier livre la question de la nature humaine, en proposant une inversion radicale dans la stratégie philosophique du communisme : l’énigme du communisme serait anthropologique et non pas économique, politique ou morale, et la nature humaine en serait la matrice essentielle. Même si cette hypothèse centrale pourrait paraître fragile aux yeux de certains, Costanzo Preve mène son entreprise avec méthode et ampleur de conception, clarté et beauté stylistique, volonté de penser en « temps réel » et souci de discuter directement, sans précautions langagières et techniques discursives de camouflage, la notion du communisme.

RAISON PRÉSENTE, n° 111, Entreprise et démocratie, 1994, 179p., 75FF. Critique de la logique imaginaire du projet d’entreprise, projet qui vise, à travers la manipulation subtile des aspirations des travailleurs, à fortifier les vocations incertaines et à mobiliser la « base » dont le travail devrait être constamment tendu vers l’excellence. Articles de Jean-Pierre Le Goff, Elisabeth Campagnac, Catherine Lévy, Guy Groux. A noter aussi l’article de Kevin Nouvel sur « l’esthétisation de la consommation ».

RUBY Christian, L’esprit de la loi, L’Harmattan, colt. « Logiques sociales », Paris, 1993, 172p. Loi de la nature, loi éthique, loi politique : examen de la notion de loi, entrepris dans le cadre de la philosophie classique et des concepts principaux ainsi engendrés.

SALAMA Pierre et TRAN HAI HAC, Introduction à l’économie de Marx, Éditions la Découverte, colt. « Repères », Paris, 1992, 125p. Présentation critique des aspects essentiels de l’ « économie » de Marx : la valeur et ses formes, le salaire et les modalités diverses d’extraction de la plus-value, les schémas de reproduction et la loi de la baisse tendancielle du taux de profil, le travail productif et improductif.

SAMARY Catherine, La déchirure yougoslave. Questions pour l’Europe. L’Harmattan, coll. « Conjonctures politiques », Paris, 1994, 175p„ 90FF.