L’Europe, une utopie concrète

Peut-être est-il trop tôt pour imiter Bossuet en prononçant l’oraison funèbre d’une certaine Europe ; en dépit des contradictions qui l’ébranlent, malgré la cacophonie politique qui en résulte, l’Union Européenne a de solides raisons de durer : à l’heure où la mondialisation de l’économie franchit des étapes décisives, les accords du type Maastricht représentent, pour les milieux dirigeants du capitalisme européen, un indispensable compromis de survie. Ils tendent à instaurer une logique libérale de fonctionnement du marché continental. A ce titre, ils ont une capacité d’annihilation des fondements de l’organisation économique ; ils sont destructeurs des rapports sociaux qu’avait institutionnalisés l’État-providence et engendrent d’innombrables conflits. Mais, en même temps, ils incarnent l’unique chance qu’ont les sociétés d’Europe occidentale de tenir leur place dans l’actuelle course au profit où les États-Unis et, dans une certaine mesure, la constellation asiatique occupent le premier rang. Pas d’illusion donc : aussi vermoulue soit-elle, leur Europe a encore de l’espace et du temps devant elle.

Rassurons-nous, pourtant : la très relative dynamique européenne n’est nullement incompatible avec les progrès d’une crise structurelle. Et ce ne sont pas les propos et les décisions volontaristes – telles ceux de la conférence de Dublin – qui atténueront vraiment cette crise. Car (osons-le dire face aux économistes de toutes tendances) la question de la monnaie unique, aussi importante soit-elle, est plus le symptôme de la maladie que l’essence du dérèglement. Or, si l’on préfère, la mise en place de l’euro doit être interprétée comme un moment d’une offensive de classe, visant à renouveler, pour les renforcer, les structures de l’exploitation. Cet aspect de la situation prime sur toutes les considérations strictement monétaires. En effet, l’attaque générale menée par ce qu’il est convenu d’appeler le « néo-libéralisme » vise d’abord les positions occupées, du niveau de l’entreprise à l’échelon national, par les organisations de salariés. Margaret Thatcher, bien que si peu « européenne », a montré la voie, au cours des années quatre-vingt. Son exemple a été bénéfique pour ceux qui voulaient l’éclatement de ce qui, pendant des décennies, avait été le front, effectif et potentiel, des travailleurs. Partout en Europe, le syndicalisme est en crise. Partout – ou presque – la gauche bafouille. Le résultat en est que les notions mêmes de classe et d’appartenance de classe s’obscurcissent.

Objectif réussi pour le patronat, dira-t-on. Heureusement, la réalité est plus complexe. Car, si le chômage organisé, la précarité et l’exclusion rendent plus difficiles des ripostes collectives de longue portée, ils viennent saper les fondements même du système. Déçus, amers, sans espoir, ceux que l’on encense du titre de citoyen perdent confiance dans la démocratie représentative, à laquelle ils ont adhéré longtemps. La « classe politique » a pris, à leurs yeux, une réalité renouvelée : elle leur semble composée de professionnels qui leur paraissent absolument autres parce qu’ils se soucient avant tout de leurs profits personnels. Du même coup, les valeurs normatives, sur lesquelles reposent consensus et légitimation des régimes en place, sont victimes de perturbations : ou bien, elles sont mises en cause ; ou bien l’on considère que les dirigeants en place les trahissent. Dans un cas comme dans l’autre, il en résulte un climat de contestation latente qui peut déboucher sur de grands mouvements sociaux (comme en France en 1995) mais peut aussi nourrir des révoltes violentes sans perspectives à long terme (la guerre des banlieues). Et il serait dangereux d’oublier que, dans pareil contexte, l’extrême-droite se voit ouvrir des boulevards car une crise de régime, à laquelle la gauche ne fournit pas de réponse convaincante, réveille toutes les pulsions ordinairement refoulées et entretient racisme et violence.

Crise de régime ? Le terme peut sembler excessif. En effet, si la Belgique pourrit sur pied, si l’Italie soigne sa gangrène, la R. F. A., la Grande Bretagne et même la France, en dépit de l’incapacité chronique du gouvernement, ne vacillent pas sur leurs institutions. Il faut, toutefois, dépasser l’immédiat. La détérioration des rapports patrons-salariés, gouvernants-gouvernés, la décrépitude des idéologies dominantes, la crise de la représentation ne vont pas s’atténuer, tout au contraire. Ce qui signifie que la construction et l’élargissement de l’Union Européenne, expression d’une nécessité libérale, vont se poursuivre dans des conditions plus que difficiles : le « déficit démocratique » – ce délicat euphémisme utilisé lors de la ratification des accords de Maastricht pour dire que l’Europe était l’affaire des dirigeants et non celle des peuples – va se poursuivre. Et c’est dans ce contexte, que l’on aurait tort de croire immédiatement favorable à des solutions politiques radicales, que doit être élaborée la stratégie pour une autre Europe.

L’autre Europe

Il est impossible d’abandonner l’Europe à ceux qui en font profession dans leurs discours. Le cadre continental est devenu l’espace naturel de toutes les luttes émancipatrices. A cela, plusieurs raisons. Les unes tiennent à l’histoire : si les guerres à vocation « nationale » ont créé de profondes divisions entre États, on ne saurait oublier pour autant que l’Europe a pris forme, du XVIIe au XXe siècle, au travers de luttes démocratiques et révolutionnaires qui ont marqué la mémoire des peuples. Les autres motivations – à coup sûr décisives – relèvent du rapport des forces à l’échelle mondiale. On assiste aujourd’hui à la mise en place d’un nouvel empire dont le centre de contrôle est aux États-Unis. Par le biais d’alliances diverses – avec les Talibans afghans comme avec tous les Pinochet en puissance – Washington cherche à assurer son hégémonie. La réussite de l’opération signifierait la pérennité de l’exploitation, sous des formes dont le renouvellement, loin d’exclure la barbarie en implique au contraire la généralisation. Il suffit de regarder la vie quotidienne du monde actuel pour s’en convaincre.

L’Europe peut grandement contribuer à enrayer le processus de domination mondiale de l’impérialisme du XXIe siècle. L’Europe authentique – autrement dit, une Europe qui ne s’arrête pas aux frontières que les hasards de l’histoire et la logique des intérêts privés ont imposées à l’actuelle union, une Europe qui, en conséquence, inclue les pays de l’Est, Russie comprise. Il y a, en effet, un certain paradoxe à ce que se multiplient les interventions occidentales – par exemple en faveur d’Eltsine – sans que, par ailleurs, de véritables contacts politiques s’établissent entre les nations réelles. Cette absurdité est due (le dira-t-on jamais assez ?) à la nature même de l’Union Européenne, de ses institutions et de ses soutiens de classe. Se battre pour une Europe démocratiquement efficace, c’est se battre contre l’Union telle qu’elle est aujourd’hui, rabougrie dans son espace et son fonctionnement politique.

Faut-il donc tout centrer sur la lutte contre le traité de Maastricht ?
Sans aucun doute, ces accords concrétisent la logique vicieuse de l’Europe du libéralisme. Il est donc légitime de les combattre. Mais on ne peut ignorer la tendance qu’ont nombre d’opposants de gauche au traité à proposer, contre l’Union au service du grand capital, un repli sur l’État-nation. C’est le cas, en France, du Mouvement des Citoyens ; et il n’est pas sûr que beaucoup de militants du Parti communiste, formés à l’époque du « Produire Français » ne soient pas sensibles à cette perspective. L’idée n’est pas condamnable en soi. Elle a seulement le malheur d’être totalement irréaliste. Elle préconise en effet d’utiliser, à l’heure où s’intensifie l’internationalisation de la vie politique, une institution en pleine crise. L’Etat-nation, en effet, n’est pas destiné à disparaître de si tôt ; il continue d’être le régulateur des rapports de forces nationaux. Mais il cesse d’être, à l’heure de la montée en force des multinationales et de la marche vers un monde unifié sous domination impériale, le lieu où se prennent les décisions stratégiques essentielles. En faire le centre de l’action politique revient, en fait, à redonner vie au nationalisme, à rechercher des alliances douteuses avec des politiciens, tel Seguin, qui, pour républicains qu’ils soient, n’en sont pas moins des réactionnaires.

Procéder à un tel constat n’implique nullement l’acceptation, moyennant quelques correctifs de « gauche », du cadre institutionnel de l’Union Européenne. Combattre pour adoucir les critères d’adoption de la monnaie unique – ou pour retarder l’entrée en vigueur de celle-ci – a peu de portée tactique et nulle signification stratégique. Le problème, unique et décisif est de transférer à un autre niveau une lutte qui fait éclater les limites de la nation, comme de l’Europe telle qu’elle se pratique depuis
Bruxelles.

Utopie bénéfique

Il s’agit de jeter les bases d’un nouvel internationalisme – qui, à l’heure où se généralise la crise des institutions représentatives, doit, plus que jamais, être fondé sur les luttes : là réside la seule possibilité d’un renouvellement de la démocratie. Mais il faut faire preuve d’imagination. La coordination des batailles menées à l’intérieur de chaque nation est indispensable comme première étape. Elle ne saurait suffire. Car la démocratie que nous visons n’est pas un simple moyen ; elle est un processus de création continue, au cours duquel les participants se transforment en acteurs, conscients de ce qu’ils sont et de ce qu’ils peuvent faire. En l’occurrence, la démocratie par les luttes est la voie par laquelle travailleurs, opprimés et exclus se rendront compte qu’ils peuvent imposer une autre politique qui pourra déboucher sur la naissance d’une autre société. Pour que l’expérience soit fructueuse, il est nécessaire qu’elle se situe d’emblée au niveau du continent européen, perçu dans son intégration au monde.

Agir au fil des événements à partir des revendications précises, portées par les mobilisations populaires : il faut, bien entendu, être capable de le faire. Mais ces interventions ponctuelles ne s’avéreront efficaces qu’à la condition d’être éclairées par une perspective globale. Les mouvements sociaux actuels – qu’ils concernent la France de 1995 ou la R. F. A. de 1996, – ont un double caractère. Ils sont d’abord défensifs : face à l’offensive conjointe des patrons et des gouvernements, ils tendent à protéger l’emploi et à maintenir les conquêtes sociales. Par ailleurs, dans leur déroulement même, ils posent des questions, sinon inédites du moins refoulées depuis des années. La démocratie de base, la volonté de contrôler les délégués et les organisations, la multiplication des coordinations, tous ces phénomènes, si présents dans les actions les plus notables, mettent en cause la politique libérale, en premier lieu ; ils sont surtout une interrogation pratique sur le pouvoir tel qu’il s’exerce sous le capitalisme d’aujourd’hui. En fait, ils marquent le début d’une rupture avec la dépendance vis à vis de l’État qu’avait suscitée la longue période de prospérité où l’on était en droit d’attendre du pouvoir politique central qu’il régule salaires et transferts sociaux.

C’est cette seconde tendance qu’il faut rendre dominante – ce qui ne se fera pas spontanément. D’où la nécessité d’élaborer des projets politiques qui aient l’ampleur de l’Europe transformée, indispensable à la lutte contre la barbarie envahissante. Les conditions de réalisation de tels projets ne sont pas réunies ? C’est certain ! Utopie alors ? Sans doute ! Mais l’utopie concrète est la projection sur l’avenir des possibilités que recèle le réel d’aujourd’hui. Elle n’est pas un modèle ; elle donne sens aux actions, en leur permettant d’atteindre une profondeur nouvelle.

L’Europe des luttes est aujourd’hui une de ces utopies concrètes. Comment pouvait l’être l’idée de socialisme avant que les expériences, les succès et les échecs ne l’intègrent au quotidien.

Le prolétariat dans ses limites

Répétons-le : l’Europe à créer ne le sera que si est posée en pratique la nécessité d’un pouvoir autre, condition de réalisation de la politique autre à laquelle tendent les mobilisations massives. Sur la lancée surgit une nouvelle interrogation : sur quelles forces sociales peut s’appuyer le mouvement vers une authentique unité européenne ? Ou, si l’on préfère : quels peuvent être les sujets actifs de l’indispensable transformation des rapports sociaux et politiques à l’échelle du continent.

Dans le débat ainsi ouvert, s’affrontent « classiques » et « modernistes ». Pour les premiers, il faut s’appuyer sur la classe ouvrière dans sa globalité et, à cette fin, on doit se battre pour l’unité d’action entre les organisations syndicales représentatives. Rien à redire à cet objectif, qui peut permettre aux militants de faire bouger les directions en place. Pourtant, ses limites apparaissent dès sa formulation. Une des caractéristiques principales de la présente phase de développement du capitalisme réside dans la mutation du travail productif ; ce changement radical aboutit à l’amoindrissement du rôle des « forteresses industrielles » et, donc, du poids du prolétariat classique. Le chômage et le travail précaire poussent en dehors des formes d’action traditionnelles une masse sans cesse croissante de travailleurs. Et il est moins que sûr que les grandes confédérations, fortement bureaucratisées, intégrées au système régulé par l’État, soient en mesure de se battre résolument en élargissant le domaine du combat aux exclus de la normalité du travail.

Dans ces conditions, on est incité à accorder audience à ceux que j’ai appelé, un peu vite, les « modernistes ». Ceux-ci se fondent sur une analyse rigoureuse des transformations du procès de production et soulignent l’apparition d’un « nouveau prolétariat dont les luttes peuvent toucher directement le centre même des réseaux par lesquels fonctionne le capitalisme contemporain. Il est certain qu’il y a là une idée forte et que les salariés des services, dont le nombre augmente régulièrement, joueront un rôle de plus en plus important à l’avenir. Toutefois, gardons-nous de transférer de l’ancien au nouveau prolétariat les mythes salvateurs qui ont trop longtemps imbibé le mouvement ouvrier : il n’y a pas d’agent exclusif de la transformation sociale, pas de chargé de mission contre l’exploitation, auquel devront obligatoirement s’allier toutes les victimes de l’oppression ; important dans l’affrontement avec le capital, le « nouveau prolétariat » n’incarne pas le seul sujet de la subversion.
Ce sujet se dégagera des luttes politiques et sociales. Sa composition ne pourra qu’être multiple.

Fronts de lutte

Briser avec la logique du libéralisme nécessite en effet des mots d’ordre radicaux, qui aillent au delà des luttes actuelles. L’exigence d’un revenu social garanti (qui ne soit pas un minimum vital) et la mise en place d’un enseignement public de masse sont au nombre de ces demandes de grande portée. Il est facile de voir qu’elles concernent des catégories sociales d’une extrême diversité. Si l’on veut les voir prendre corps, on doit amener à réfléchir, travailler et lutter ensemble les salariés des secteurs nouveaux et anciens, les chômeurs, et les travailleurs précaires dans leur totalité, les immigrés, les femmes et les jeunes (principales victimes du non-emploi). Pareil regroupement ne verra le jour que si chacun des groupes sociaux concernés est organisé dans une parfaite autonomie. Ce qui implique que soient pris en compte non seulement les besoins sociaux des uns et des autres mais, plus encore, les demandes politiques qui naissent de l’oppression particulière subie par chaque catégorie.

Deux exemples – particulièrement importants – éclaireront les données du problème. Les immigrés sont et seront de plus en plus, en dépit de toutes les restrictions légales, une composante essentielle de ce que l’on peut continuer à appeler le peuple. L’affaire de Saint-Bernard a montré leur capacité à s’organiser. Ils ont une myriade de revendications immédiates qu’il faut les aider à imposer. Mais leur combat va plus loin : il pose la question du dépassement de la conception de la nation et de la culture nationale ; il met en cause le mythe de la République assimilatrice en imposant le pluralisme des références idéologiques. L’internationalisme d’aujourd’hui a sa source principale dans leur combat. C’est pourquoi les indigènes de l’Europe ont un devoir ; ils n’ont pas à se demander, comme le fait une partie de la gauche officielle : « Comment s’accommoder de l’immigration ? ». Ils doivent répondre à la question : « Comment organiser, notamment par le biais des migrations, les rapports entre l’Europe d’une part, les pays de la périphérie, d’autre part ». Cette tâche implique une prise de connaissance collective des problèmes des pays de l’Est et du Sud ; elle exige une action à tous les niveaux : européen, national, régional et local. Moyen d’éducation contre le racisme et l’extrême-droite elle contribuera aussi à l’armement contre la mondialisation capitaliste.

L’inégalité des rapports sociaux entre hommes et femmes constitue une autre urgence. La France, toujours retardataire dans ce domaine, voit une partie de ses intellectuels et de sa classe politique se passionner pour la « parité ». Une loi imposant une égalité de principe dans l’accès aux responsabilités ne saurait être en mauvaise en soi. Mais elle ne résout aucun des problèmes de fond. Là encore, la lutte doit avoir la priorité ; elle seule peut, en se déroulant à tous les moments et dans tous les lieux, porter atteinte à la hiérarchie des relations entre les sexes, légitimation première de toutes les formes d’oppression. Créer, ici encore par une multiplicité de contacts et d’initiatives, une mixité militante est une voie sure vers un approfondissement essentiel de la démocratie. Pour les femmes d’abord : elles ne peuvent aujourd’hui entrer dans l’espace public qu’en adoptant des critères de comportement qu’elles n’ont pas contribué à élaborer. Mais pour les hommes aussi car la reconnaissance de l’autre est une source d’enrichissement existentiel et politique.

Il y aurait cent autres exemples à mentionner (celui des chômeurs en particulier). Tous contribueraient à la même conclusion : chaque groupe social constitue un front de lutte qui a sa propre spécificité politique et, à ce titre, sa propre dimension européenne, nécessitant des formes de regroupement autonomes. Mais, en même temps les fédérations de tous ces mouvements constituent une priorité. C’est par des mobilisations de masse, dont personne ne peut fixer le calendrier, que se créera u n nouveau rapport de forces. C’est par la conjonction de tous les processus de politisation que se créera un rassemblement européen contre l’exploitation et l’oppression.

Stratégie et politique

Parler de stratégie oblige, si l’on respecte les meilleures traditions, à envisager la question dite d’organisation. Respectons donc les convenances – d’autant plus volontiers que les expériences les plus récentes, telle celle du mouvement de décembre en France, confirment que la politisation formelle des luttes ne se fait pas automatiquement. Cependant, le temps des états-majors n’est plus. Il faut envisager, dans ce cas aussi, un renouvellement des formes.

Cette rénovation doit s’accomplir à deux niveaux au moins. Le premier est celui des structures. L’hyper-centralisation a vécu, de même que son corollaire, la stricte soumission des organisations de masse (syndicats entre autres) au « politique ». Il faut réfléchir au moyen de mettre en place un regroupement large, dans lequel pourront trouver place les militants qui, à la base, animent les luttes – quelles que soient leurs orientations politiques précises. A l’intérieur de cet ensemble pourront se rassembler, autour de visions communes, ceux qui partagent les mêmes analyses inspirées par la même vision programmatique. Pôles de propositions et d’initiatives, ces groupes ne se poseront pas en direction.

Deuxième niveau de rénovation : la dimension européenne. Toutes ces initiatives doivent, dans la mesure du possible, se dérouler au delà des limites de la nation. Il en va ainsi du combat contre le néo-fascisme aussi bien que d’une prise en main dynamique des problèmes de l’immigration : les uns et les autres ont autant de prégnance à Moscou qu’à Paris. Mais – faut-il le préciser ? – ce n’est pas d’une nouvelle internationale centralisée dont il est question ici. Initiatives ponctuelles, rassemblements thématiques, conférences et débats peuvent être autant d’étapes vers la constitution d’une force commune.

Ainsi pourrons-nous faire face à la crise de leur Europe ;
Ainsi pouvons-nous aider à ce que l’utopie devienne totalement concrète.

Berger Denis

Militant politique et essayiste . Enseigne la science politique à l'Université Paris VIII. Porteur de valise à 26 ans, il fait partie des réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie. Communiste oppositionnel il anime avec Félix Guattari et Gérard Spitzer, le groupe la "Voie Communiste" ( 1955-65) qui pratique l'entrisme au PCF. Aprés Mai 68 il collabore au mensuel "Les cahiers de Mai", puis participe activement à la rédaction de "Futur Antérieur " . Il est actuellement directeur de la revue "Variations ". dans la mouvance des " Communistes critiques ". Avec Henri Maler il est l'auteur d'"Une certaine idée du communisme " aux éditions Felin