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La Révolte des banlieues ou Les Habits nus de la République

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Dans La Révolte des banlieues ou Les Habits nus de la République, Yann Moulier Boutang s’efforce d’éclairer le sens complexe et encore incertain des événements de ces dernières semaines en apportant des éléments d’information et d’analyse généralement ignorés, notamment en faisant le lien entre ces émeutes et les débats récents sur le passé/présent colonial de la France. Il met de plus vigoureusement en question les réactions par lesquelles, à droite comme à gauche, les émeutes d’octobre et novembre 2005 ont été accueillies, ainsi que la “nouvelle trahison des clercs” dont elles ont été l’occasion.

Extraits

« Les grands événements ne sont pas forcément beaux ou joyeux. Ils vous prennent par surprise. Les raisons de leur déclenchement n’expliquent jamais le moment de leur explosion. Ils sont surdéterminés comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase, après une longue accumulation qui fait qu’un jour on refuse d’obéir, ou que l’on casse tout. Une émeute est rarement enthousiasmante. Ses acteurs sont souvent obscurs et confus. Il règne dans l’émeute une odeur de violence vague, sans but prédéterminé. [… Mais il se pourrait, comme le faisait remarquer Françoise Blum dans une courageuse tribune publiée par Le Monde, que ces jeunes »apolitiques« fassent davantage bouger les choses que trente ans d’annonces et d’effets de manche, et qu’ils aient commencé à nous débarrasser de l’encombrant et insupportable Sarkozy, ce que la gauche »politique et responsable« embourbée dans ses cuisines présidentielles s’est révélée bien incapable de faire. »

« Cet essai explore, à propos des émeutes de l’automne 2005, une hypothèse, celle du conte d’Andersen »Les habits neufs de l’empereur« . Et si les émeutiers de novembre avaient montré que la République et son modèle, dont on nous vante les mérites à venir ou perdus, est aussi nue que l’empereur d’Andersen ? [… Ne serait-ce que pour avoir contraint la République à se regarder toute nue dans la glace, malgré les quelques tailleurs habiles et escrocs qui continuent de vanter ses merveilleux habits, ces émeutiers prétendument « insignifiants » méritent notre respect et l’amnistie qui va à toute révolte qui fait avancer la société. Car, dans une démocratie inachevée, il faut défendre la société. »