Le parcours de la recomposition

Ce texte constitue la deuxième partie du point 1 du chapitre I du livre de Franco Berardi, plus connu sous le nom de Bifo : Le ciel est enfin tombé sur la terre (traduction française de Pierre Rival, Paris, Le Seuil, 1978).

Ce livre a d’abord été publié en italien sous le titre Finalmente il cielo è caduto sulla terra Milan, Squilibri, 1978.
Unilatéralité, matérialisme, transversalité

Reparcourir transversalement les formes (les niveaux) d’existence des masses; et, sur ce nouveau territoire, redécouvrir (en faisant dès lors justice des lieux communs de la politique institutionnelle, comme de tous les dogmes socialistes) le lieu de la politique comme Mouvement, le lieu même de la ligne révolutionnaire: cela pourrait constituer une définition du projet de l’autonomie.
Après l’explosion de 68-69, en Italie, le cadre – l’organisation – de la gauche révolutionnaire a assumé une figure et un rôle de plus en plus institutionnels, tandis que, parallèlement, le lien devenait de plus en plus lâche entre le niveau reconnu comme proprement politique, et les formes du quotidien, de l’existence, du vécu: en particulier la forme latente du refus de travail.
L’existence des masses, leur combat continu contre la prestation de leur vie dans le travail salarié, d’une part ; et d’autre part l’innovation quotidienne, la quotidienne sédimentation de comportements nouveaux d’appropriation et de libération, tout cela qui s’amorçait, a été – au cours de ces années – relégué bien loin: à une distance suffisante pour qu’on n’en distingue plus le fourmillement réel, et pour qu’on le réduise à une caricature, un spectacle immobile, une référence abstraite des rituels politiques. La “ politique ” a refoulé de sa scène le mouvement réel où le besoin se met en marche et se fait désir, où le désir se sédimente comme comportement collectif.
Au cours des années soixante, la politique avait resserré selon un schéma matérialiste son rapport à l’existence des masses; on avait découvert alors le caractère politique du salaire, et le refus de la division entre l’économique et le politique. Ce nœud a été perdu; la politique a perdu la perception de ses bases matérielles, et nous assistons désormais à la formation de domaines séparés: unilatéralité et désagrégation du quotidien, séparé de la politique; unilatéralité et institutionnalisation du politique, séparé du quotidien.
Mais de la même manière que Classe operaia[[Classe operaia, revue théorico-politique qui a publié de 1964 à 1967 des textes de Toni Negri, Mario Tronti, A. Asor Rosa, S. Bologna, etc. En français, cf. Ouvriers et Capital de M. Tronti, Christian Bourgois éd., coll. “ Cibles ”, et Les Ouvriers contre l’État de Toni Negri, Galilée éd., particulièrement les deux premiers chapitres (NdT). avait su dépasser, dans les années soixante, ce genre de séparation idéaliste, en abordant avec une force à la fois exclusive et dialectique le terrain du salaire, en en affirmant et la spécificité et le caractère politique, de même est-il juste aujourd’hui de nous montrer unilatéraux pour dépasser l’unilatéralité : pour replacer sur son terrain le Mouvement, en affirmant à la fois la séparation du quotidien (au regard de l’institution) et son caractère politique.
L’histoire de la politique institutionnelle est l’histoire d’un refoulement; l’institution est le lieu dans lequel s’est trouvée systématisée la domination de l’organisation capitaliste du travail sur les besoins matériels irréductibles de son autre (le travail vivant, en lutte contre ses conditions d’existence). Et ce refoulement se détermine selon une logique. La logique du capitalisme est celle de l’exploitation, ou plutôt la logique qui soustrait des segments de vie, de temps ouvrier. L’autre, le sujet qui possède ce temps et s’en trouve exproprié, c’est la classe ouvrière. La politique institutionnelle est, elle, le lieu où cette exploitation est occultée et où l’autre, l’irréductiblement autre, la classe exploitée, se voit spectacularisée : représentée à son tour comme institution, comme interlocuteur syndical, et ainsi subsumée sous la logique du contrat. C’est-à-dire refoulée (en tant qu’elle reste un sujet irréductible).
Seulement, ce que la politique institutionnelle élude n’en croît pas moins, et dans une proportion exactement inverse à son refoulement: parce qu’il constitue un besoin inéliminable et irréductible. Il croît sur un terrain qu’il n’est certes pas possible de reconnaître immédiatement comme “ politique ”. Mais des comportements nouveaux se sédimentent, jusqu’à ce point où une existence transformée et un sujet qui arrive à se définir comme une force sociale homogène envahissent le terrain de la politique: obligeant dès lors à le redéfinir, et y exerçant (jusqu’à ce que l’institution rétablisse son équilibre, en éludant à nouveau l’autonomie du sujet) un pouvoir qui n’est autre que celui de l’extranéité.

Restructuration et travail technico-scientifique

La crise de Potere operaio[[Groupe révolutionnaire formé en 1969 et dissous en 1973, qui publiait un journal du même nom. Présent, avec de fortes capacités de direction, dans les luttes ouvrières de Turin et Porto Marghera, et dans les universités ou les écoles de Bologne, Florence et Rome.
en 1973 fut le signe d’une marginalisation de la ligne révolutionnaire à l’intérieur du Mouvement lui-même et d’un écart grandissant entre le lieu où se situait le sujet du Mouvement et la représentation qu’en donnait le cadre politique: cet écart n’était en réalité qu’un des aspects d’une crise profonde de tout le Mouvement, crise qui concernait aussi bien le cadre politique que la composition de classe ayant servi de support à la vague des luttes de 68-69.
Au cours de cette crise, le travail théorico-politique a suivi un parcours qu’il est intéressant aujourd’hui de reconstruire parce qu’il est peut-être possible d’y lire la transcription théorique de la ligne que suivait en même temps le processus souterrain de recomposition du Mouvement; la figure ouvrière a changé, au cours de la crise, aussi bien dans le cadre de l’usine que sur le plan de l’organisation territoriale et quotidienne. Et cette modification de la figure sociale ouvrière s’est trouvée liée à un déplacement des possibilités effectives de libération, comme aussi de la manière de se reconnaître et de se définir dans le Mouvement.
Tel est le fil qu’il convient de trouver, et qui doit constituer le réseau théorique sur lequel l’autonomie pourra construire sa ligne politique.
La totale intégration de la science à la production, l’application technologique de la science, l’informatisation des processus de travail ouvrent – paradoxalement – de nouvelles possibilités à la lutte contre le travail salarié. La réduction du travail à un simple moment de contrôle et de régulation d’un système informatisé rend possible la libération du temps de travail et – tendanciellement – l’appropriation du mécanisme productif, ainsi que la suppression de la, logique de la valorisation; rend possible en fait la suppression du travail salarié.
Mais si cette restructuration du travail et cette informatisation intensive des processus productifs sont la tendance à long terme du développement capitaliste, la réalité immédiate de cette phase de la crise consiste dans une double attaque contre l’emploi, et le salaire.
Il faut avant tout voir dans la crise une attaque destructrice du capital contre la figure massifiée de l’ouvrier égalitaire, en lutte contre le travail, qui s’était formée au cours des années soixante; voir donc dans la crise une reconstruction des mécanismes de domination, ou plus précisément d’isolement des prolétaires et de leur mise à la disposition du travail. Le capital ne veut pas seulement perfectionner la machine de la valorisation, il veut encore disposer d’une force de travail contrôlable politiquement; cela lui est d’autant plus nécessaire que l’insertion de la connaissance technico-scientifique dans le corps même du travail vivant livre au travailleur non seulement une plus grande capacité productive, mais aussi une connaissance du secret du fonctionnement du processus: le mettant en position d’intervenir dans le code productif, d’en connaître les questions et les réponses.
Plus est grande la responsabilité de l’ouvrier technico-scientifique dans la production (ce qui ne contredit en rien – que l’on nous comprenne bien – la réduction du travail à une activité abstraite), plus peut devenir dangereuse politiquement sa capacité d’appropriation, de libération et de transformation du mécanisme productif.
Analysons plus à fond ces quelques points. Et avant tout, redisons que la responsabilité au sein de la production, le fait que la connaissance technico-scientifique occupe une place croissante dans le travail, ne contredit en rien la tendance fondamentale à réduire le travail à une activité abstraite. On a souvent opéré une identification simpliste entre travail abstrait et travail “ sans intelligence ” (idée qui s’accompagne de la conception arriérée selon laquelle le système capitaliste se définirait par la séparation entre travail intellectuel et travail manuel, alors que cela n’est vrai que pour une phase particulière de l’organisation capitaliste). Chez Marx, au contraire, la réduction du travail à une abstraction est formellement liée à la tendance du processus productif à subsumer en soi l’intelligence technico-scientifique; en l’incorporant, bien sûr, dans le système des machines, mais aussi en rendant l’ouvrier capable de “ connaître ” pour produire.

Comme nous l’avons vu le capital tend, de toute nécessité, à augmenter les forces productives et à diminuer au maximum le travail nécessaire. Cette tendance se réalise avec la transformation de l’instrument de travail en machinerie. Au sein de celle-ci, le travail objectivé apparaît, physiquement, comme la force dominante en face du travail vivant: non seulement il se l’approprie, mais encore il le domine activement dans le procès de production réel. Dans le capital fixe développé en machinerie, le capital, qui s’approprie l’activité productrice de valeur, agit en un procès reliant la valeur d’usage du capital à celle de la force de travail. Ainsi, la valeur objectivée dans la machinerie s’y présente comme condition préalable: en face d’elle, la force valorisante de l’ouvrier individuel s’efface, étant devenue infiniment petite[[K. Marx, Grundrisse, op. cit., t. 3, p. 329. .

Ce qui rend possible cette subsomption de la science au processus de valorisation réside bien dans la subsomption du travail technico-scientifique à la production.
Or, nous en arrivons là au second point: si le travail technico-scientifique se donne essentiellement comme la production, la transmission et le décodage d’un message informatif (et tend ainsi à devenir central dans l’organisation du travail), alors le caractère politiquement dangereux d’une interruption ouvrière du cycle productif va résider dans l’interruption de la circulation même de l’information. Davantage: au-delà d’une telle interruption, l’appropriation et le renversement ouvrier du cycle de l’information deviennent réalisables, en même temps qu’une mise en œuvre intégrale des possibilités de la science appliquée à la production; bref, la suppression du capital comme système de commandement, de refoulement et de contention des possibilités de la science elle-même. Le dépassement de la contradiction que constituent l’utilisation de la science par le capital et son renversement ouvrier réside dans la libération des possibilités refoulées de la science (refoulées et instrumentalisées pour le maintien du commandement) : et cette libération forme un tout avec la suppression de la prestation du temps de travail en échange d’un salaire.
On voit comment, dans la présente phase, deux problèmes se posent au capital comme organisation du commandement sur le travail. Le premier problème, c’est de détruire la figure de classe qui s’est désormais homogénéisée sur des positions égalitaires et antiproductives. Le second, c’est de soumettre au commandement, de manière anticipée, la figure sociale qui se produit en quelque sorte au cours même de la crise: en disposant au travail et au commandement la couche socialement porteuse de l’intelligence technico-scientifique. Enfin, cette mise à disposition (entraînant un abaissement général de la tension anticapitaliste), dans quel espace peut-elle se produire, sinon dans celui du vécu quotidien ?

Dépassement du concept d’une armée industrielle de réserve

Historiquement, la domination capitaliste s’est servie de la division entre force de travail dotée d’un emploi et force de travail sans emploi comme d’un élément de pression contre la force et l’autonomie ouvrières. La réalité présente, malgré la crise et l’attaque qui en résulte contre l’emploi ouvrier, démontre que la figure ainsi constituée – celle d’une armée industrielle de réserve – est dépassée.
Les couches sociales du jeune prolétariat, extérieures à l’usine, ne sont plus définissables sur le modèle d’une force de travail qui cherche à se vendre et peut fonctionner comme élément de pression; la transformation du quotidien et de la perception culturelle du temps même, la conscience qu’il est possible de vivre sans travailler, font plutôt d’elles un élément d’accélération du processus de libération. Au lieu de faire pression sur la force de travail salariée en tendant à abaisser sa valeur d’échange, comme l’a fait par le passé l’armée industrielle de réserve, le jeune prolétariat fait pression contre l’usage même de la force de travail: en élaborant des possibilités de libération et de transformation de la vie qui non seulement le rendent insensible au chantage du salaire, mais qui suscitent des structures d’autonomisation matérielle par rapport à l’usine, constituant autant de formes de soutien à la lutte ouvrière (de la collectivisation à l’appropriation, de la destruction de la famille comme instrument de chantage au refus de faire des enfants, et ainsi de suite).
Au long des années soixante, le mode de vie des masses s’est transformé. La, rébellion a renouvelé la manière de passer le temps, amis en crise la famille, l’a vidée comme structure d’isolement, a multiplié les formes de consommation collective, la mobilité et la propension à l’inutile. Elle a ainsi créé les prémisses de la vague de luttes qui a explosé en 68, émergeant alors sur le terrain de la politique, après que se furent construits sur le plan du quotidien des besoins et des comportements dont l’accumulation, en devenant insoutenable, allait donner le Mouvement. L’extranéité s’était accumulée jusqu’à se faire hostilité, puis lutte ouverte de masse. La volonté de travailler moins et de gagner plus, telle était la forme collective à travers laquelle la pratique massifiée de libération que les jeunes prolétaires avaient expérimentée au sein de la cité se transformait en Mouvement: extranéité par rapport au travail qui était déterminée aussi par la réduction croissante du travail à la prestation abstraite d’un temps de vie sans qualité.
Ainsi, ce qui avait été dans le passé une armée industrielle de pression sur la force de travail salariée se transformait en une armée d’absentéistes, représentant, dans la forme même de son existence sociale, la possibilité de vivre en travaillant toujours moins. Dans cette situation, à partir du moment où les jeunes sans emploi ne sont plus une force de travail qui cherche une insertion productive, la définition de classe ne peut plus être de type économiste ou sociologique, mais doit être de type immédiatement politique; la classe ouvrière n’est pas celle qui produit de la valeur (la classe ouvrière n’est pas le travail productif), mais celle qui libère la vie, qui produit l’autonomie.

L’usine et le quotidien

C’est donc sur le terrain du quotidien que les besoins collectifs se sont multipliés jusqu’à déterminer leur qualification politique. Mais justement, le territoire de la politique institutionnelle est structuré de manière à occulter et à éluder l’autonomie des besoins ouvriers – la forme collective du quotidien. La logique du refoulement est fondamentale pour le fonctionnement de la machine institutionnelle. Le sujet politique, dans la mesure où il ne se réduit pas au rôle qu’on lui a assigné (la classe ouvrière à la figure de la force de travail, la femme à la figure de la mère, et ainsi de suite), doit être refoulé, nié, il n’a pas droit à la parole au plan politique : tel est le mécanisme de refoulement de l’autonomie. La politique institutionnelle fonctionne, en somme, comme un langage; ses rituels sont des signes conventionnellement dénotés, et tout ce qui se situe hors du système reconnu des questions et réponses se trouve rejeté au-dehors, occulté comme incompréhensible; les comportements qui ne sont pas codés et reconnus comme politiques n’existent pas, n’ont pas le droit de s’exprimer. Il est intéressant de voir à quel point le mécanisme du contrat s’identifie structurellement à celui de la compréhension linguistique. Dans le rapport de contrat, une partie doit accepter le rôle qui lui a été assigné par le système : sinon, elle ne sera pas même reconnue; de la même manière, dans le langage, chaque signe doit se constituer comme réponse à une demande donnée, et s’insérer dans le système codifié: autrement, il sera repoussé aux calendes de la compréhension.
Pour que les besoins des masses soient interprétés et organisés sur le terrain de la politique institutionnelle, il faut donc qu’ils se présentent à l’intérieur des schèmes-institutions (représentativité, contractualité…) qui occultent leur caractère d’autonomie irréductible. Mais leur avènement mystifié à l’intérieur de l’institution cesse de fonctionner à partir du moment où, en s’accumulant, ils se donnent des instruments – des comportements – collectifs et massifiés; les besoins constituent une machine désirante qui agrège et dirige les comportements immédiats, quotidiens, et en fait un Mouvement; le désir est la forme dans laquelle les besoins des masses se font ainsi Mouvement, concrétisant des flux de sym/pathie, de possibilité collective, d’expression de l’inconscient.
Le Mouvement, donc, occupe et bouleverse une scène où tout était stabilité et immobilité: l’institution. C’est l’accumulation des transformations produites dans la sphère du quotidien qui détermine cette irruption, et cette irruption se détermine à son tour comme accélération. Le communisme n’est pas alors la simple satisfaction du désir, mais (en tant que mouvement réel qui subvertit l’état de choses présent) sa multiplication. Une gigantesque machine de production collective d’inconscient, de désir et de possibilités de bonheur. On ne peut plus, à partir de là, identifier la lutte de classe et la politique; au contraire, la politique, comme machine institutionnelle, est le lieu de refoulement de la lutte de classe. Et le lieu dans lequel la lutte de classe se donne les instruments pour émerger est le quotidien: forme de l’existence et cadre de la communication des masses.
Quand la quotidienneté en transformation se rapproche de l’instant où elle se fait politique, apparaît une sorte de croisement contradictoire entre le langage de la politique et le langage du quotidien, entre le langage de la norme et le langage du désir transgressif.
A ce point, le texte dé/lire. Et c’est trans/versalement à ce délire que la transformation rejoint et envahit le territoire de la politique.
Il y a donc une dialectique entre usine et quotidien. Pour le capital, le quotidien lui-même doit fonctionner comme lieu de production de la disponibilité au travail. L’organisation capitaliste du quotidien – qui se fonde sur l’interdiction et le refoulement institutionnels du désir, et qui trouve ses formes concrètes dans la famille, dans l’habitation privée, dans l’interdiction des formes d’élargissement de la conscience et de dérèglement de la perception, dans la privatisation des biens, enfin dans la réaction violente contre toute tentative d’appropriation collective de la richesse –, cette organisation du quotidien a pour fonction manifeste de rendre disponible au travail.
Si la vie doit être réduite à une accumulation misérable de temps vide, autant que la carcasse de ce temps soit vendue à l’usine, et que nous soit restituée une part du temps ainsi prêté, sous la forme falsifiée du salaire.
C’est bien pourquoi le capital, dans la présente phase historique, reconnaît une grande importance à la forme du quotidien. La vie s’est trouvée transformée par des jeunes détruisant la fonction familiale; par les femmes, critiquant de façon constante le sexisme; par le travail intellectuel, collectivisant le langage et les formes d’écriture; par les ouvriers, engageant une lutte antiproductive et égalitaire: cette vie, on veut la réduire de nouveau à une carcasse vide. à l’intérieur de laquelle il ne subsiste plus que du temps à donner à l’usine.
Si reconquérir l’usine comme terrain révolutionnaire est désormais possible, c’est donc à partir du travail de transformation des formes d’existence; que les instruments de reconstruction de l’ordre (avec leur visée, de rendre disponible au travail) soient détruits, et le Mouvement pourra, pour toute une période, se qualifier sur la question de la forme des rapports interpersonneJs.

( A/traverso, octobre 1975)

Bifo (Franco Berardi)

Aussi appelé « Bifo », est un philosophe et militant issu du mouvement autonome italien des années 1970. Militant marxiste, cofondateur de la radio libre Radio Alice, il a aussi connu et travaillé avec Félix Guattari à la fin des années 1970. Il enseigne aujourd’hui l’histoire sociale des médias à Milan. Il a publié récemment Tueries. Forcenés et suicidaires à l’ère du capitalisme absolu (Lux, 2016).