Les territoires de la mondialisation

La mondialisation, c’est à dire la stratégie principale utilisée par le capital pour renverser le rapport de force favorable à la classe ouvrière qui avait prévalu durant toute l’ère des trente glorieuses dans l’occident industriel, reste trop souvent l’angle mort de la réflexion critique. Sans doute parce que cette globalisation, spatiale tout autant que sociale, de la relation marchande fut totalement imprévue par les mouvements ouvriers tout autant que par les appareils théoriques de quelque tendance qu’ils soient. Au point d’être encore le plus souvent assimilée de nos jours par la gauche à une sorte de néo-colonialisme dont la dénonciation en terme de « délocalisation » voudrait sous-tendre le caractère réversible. On voit d’ailleurs aujourd’hui des alliances se consolider entre les syndicats et les technocraties nationales pour la défense de l’ancien deal industriel et national. La mondialisation exprime pourtant bien autre chose qu’une simple dilatation de l’économie de type industriel de l’hémisphère nord sur l’ensemble du globe, avec qui il faudrait dès lors partager, comme la plupart des analyses économiques aussi bien que socio-politiques le laissent aussi croire. Cette simple expansion d’ordre géographique permettrait certes de changer la nationalité de l’ouvrier, le chinois étant bien moins cher que le français, puisque la technologie de l’information distancierait dorénavant le travail, délaissé au tiers-monde, des services immatériels à la marchandise. Mais la réduction de la stratégie capitaliste à cette seule économie de main-d’œuvre, en se polarisant sur la remise en cause du statut ouvrier des puissances industrielles de l’hémisphère nord, ne permet pas d’en prendre en compte toute l’ampleur, et surtout toutes les contradictions. Cet ethnocentrisme propre aux sentiments de dépossession et de crise, masque d’abord le fait essentiel que la production mondiale, durant ces vingt dernières années, a été multipliée par dix. La richesse croit considérablement, au bénéfice de la plupart des populations du monde qui en étaient jusqu’à présent exclues et le fordisme n’est un avenir pour personne. La mondialisation de l’appareil industriel, exclu de l’entreprise et immergé dans de nouveaux espaces sociaux productifs, représente de tout autres opportunités.

Des OS par milliards…

La mondialisation peut être quantitativement analysée dans la simple continuité de la taylorisation du travail direct de production. Le mort a continué à manger le vivant sur la chaîne et la mise au travail industriel des populations du tiers monde à partir des années 70 correspond effectivement au mouvement de contournement des forteresses ouvrières entrepris en occident à la fin des trente glorieuses. Le taylorisme, qui avait permis de remplacer progressivement les ouvriers professionnels des banlieues rouges des grandes cités manufacturières par des o.s. mobiles et polyvalents des périphéries françaises, italiennes ou espagnoles de la première « décentralisation industrielle », permet aujourd’hui de mettre au travail sur n’importe quelle chaîne, n’importe qui, n’importe où. L’automatisation, qui rendait inutile le tour de main, le savoir ouvrier, pour une part sans cesse croissante de la fabrication dans les vieux pays industriels, se conjugue maintenant à la numérisation. C’est désormais un nombre illimité d’individus sachant lire et écrire de par le monde qui peut réaliser des travaux, sans lien aucun avec la marchandise finale.

Le fait qu’on puisse dorénavant trouver cette force de travail dans la plupart des régions du globe est parfaitement réconfortant sur l’évolution de l’ancien tiers-monde. Les chinois sont aptes au travail industriel et, même si les directions ouvrières occidentales sont aussi dubitatives devant cette évidence qu’elles l’étaient déjà au milieu du siècle quand le capital faisait la même expérience à propos des Bretons, des Galiciens ou dans le Mezzogiorno, l’automation informatisée de la production a permis aussi aux Coréens de multiplier par cinq leurs salaires durant toutes ces « années de crise ». La hausse constante de la qualification sociale moyenne en regard de l’évolution technologique non moins constante de la production est en voie d’éradiquer bien des ghettos du tiers-monde.

Mais cette banalisation élargie de la fabrication manufacturière à l’échelle du globe, en même temps qu’elle mondialise la force de travail, représente surtout une globalisation du capitalisme qui brise l’ancien rapport social, centré sur l’usine et la nation, constitutif de l’occident industriel. La continuité technique, qu’il est nécessaire de rappeler puisque la mondialisation est aussi née d’un refus du travail de l’ouvrier occidental, fonde une beaucoup plus profonde rupture politique de l’ordre productif.

…dans une usine en miettes

La mobilité ouvrière occidentale fut en effet le premier révélateur de cette socialisation continue de la production industrielle. Tirant partie de leur polyvalence sur le marché local du travail, les salariés des vieilles nations industrielles, grâce à leurs pratiques de « turn over » entre les diverses usines, surent les premiers tirer partie de cette massification à l’apogée des trentes glorieuses. Aujourd’hui c’est l’atelier de montage qui peut passer en quelque mois d’une région à une autre pour bénéficier de plus bas coûts de main d’œuvre. Mais la mobilité du capital représente bien plus qu’un simple jeu de saute-frontière que des instances étatiques pourraient, si on pouvait les en convaincre, contrôler. La mondialisation n’a pas ruiné la mobilité ouvrière dans l’usine, elle ruine le concept même d’usine. Si la production a été multipliée par dix en vingt ans, la circulation a ainsi connu, pendant le même temps, une progression pas moins de deux fois supérieure.

A l’époque industrielle, cette circulation se limitait essentiellement à l’activité de « transport » destinée essentiellement aux importations occidentales de matières premières auxquelles s’ajoutaient quelques exportations de produits manufacturés. Aujourd’hui, ce sont ces derniers qui représentent la grande majorité des échanges[[La publication bi-annuelle des Perspectives économiques de l’OCDE fournit des données sur ces phénomènes. mais, surtout, il ne s’agit plus des anciennes exportations de produits finis entre économies nationales. Les biens semi-finis, intermédiaires, en représentent en effet une part sans cesse croissante et, pour plus d’un tiers d’entre eux, circulent de par le monde à l’intérieur de la même entreprise multinationale.

Bien au-delà du commerce international de jadis, un véritable procès de circulation permet ainsi aux firmes de combiner des facteurs de production répartis sur l’ensemble du globe qu’elles assemblent en fonction des marchés. Les anglo-saxons dénomment globalisation cette capacité d’agglomérer les meilleures potentialités productives de plusieurs territoires dans un produit qui va prendre, de surcroît, des formes aussi diverses que le sont les ensembles régionaux où il sera distribué. Le monde devient un marché non seulement pour les produits mais aussi pour les compétences. Et les qualifications les plus communes, à savoir la force de travail moyenne dont nous venons de voir l’universelle et constante amélioration, en subissent les plus durs contrecoups. Au point d’être purement et simplement exclues de l’entreprise. Une même logique d’exclusion maximale des problèmes de production pure a d’abord conduit l’entreprise mondiale a précariser le statut ouvrier en occident pour précariser ensuite l’atelier dans l’ensemble du globe.

La qualification nécessaire à la fabrication est banalisée socialement au point qu’il est aujourd’hui possible d’exclure de l’entreprise la gestion de cette force de travail, dorénavant délaissée au soin des collectivités publiques. Les institutions de l’école et du chômage forment et distribuent directement une main d’œuvre dont les revenus deviennent progressivement de moins en moins en relation avec le travail pour dépendre directement de normes sociales établies par l’État, la région ou la ville. Cette force de travail totalement socialisée accélère encore la mobilité du capital qui peut très précisément comparer le rapport qualité/prix de la main d’œuvre proposée par ces instances locales comme les succès du marché du travail libéral anglais le montrent en Europe.

Retournement, là encore, du rapport de force. Le refus du travail n’est plus une arme ouvrière parce que le capital en a récupéré le fondement comme un atout essentiel pour s’émanciper largement de la forme usinière du rapport capital/travail tel que l’avait cristallisé le fordisme. Une large part du travail massifié est bien indifférente à la subjectivité de ceux qui l’assument en même temps qu’elle n’est plus directement fonction de leur travail concret. Dans les dernières années fordiennes, l’origine ouvrière de cette découverte avait permis aux salariés d’exiger de travailler moins pour gagner plus dans l’usine. C’est aujourd’hui le capital qui tire rigoureusement ses conclusions de l’analyse en mettant au travail n’importe qui de par le monde, n’importe quand selon le besoin. L’ouvrier-masse a bien été l’acteur central de l’explosion du fordisme que l’opéraïsme avait parfaitement analysé, mais pas de la manière prévue. La polarisation sur la prééminence ouvrière dans le rapport capital/travail des trente années d’après-guerre avait fini par beaucoup trop minorer les potentialités de l’autre acteur. Ce dernier se rattrape magistralement depuis vingt ans en mettant en place une révolution dont nul n’avait même envisagé la moindre phase. L’ouvrier est exclu de l’entreprise et son revenu, en se socialisant, régresse souvent fortement par rapport à l’ancien salaire fordien. Surtout, toute une génération, insuffisamment formée pour répondre à l’avènement brutal de cette exclusion de l’entreprise, décroche de toute forme de socialisation pour tomber dans l’assistance[[« Mouvements de chômeurs et de précaires en France, la revendication d’un revenu garanti », T. Baudouin, M. Collin, J. N. Chopart et L. Guilloteau. MIRE, 1987.. Avènement d’autant plus brutal, encore une fois, que totalement non-prévu par tous les théoriciens de la combativité ouvrière. Au point que le travail industriel salarié peut redevenir, de par la force du capital, une valeur rare que la social-démocratie s’échine à vouloir multiplier par l’abaissement de la durée du travail pour le repartager entre un plus grand nombre.

Marchandisation

Or l’exclusion par le capital de ce travail industriel dans la sphère publique , si elle est liée comme on vient de le voir à la faculté apportée au capital par la mondialisation d’élargir considérablement la main-d’œuvre potentielle provient, beaucoup plus fondamentalement, de la primauté de la marchandisation du produit qui constitue la mutation essentielle de cette globalisation. « Ce n’est plus un capitalisme pour la production, mais pour le produit, c’est à dire pour la vente ou le marché. » constate Deleuze dans le post-scriptum de « Pourparlers » en 1990. L’émancipation vis à vis de la dimension nationale des marchés, bien au-delà de la régulation industrielle fordienne, concerne surtout la demande qui fait exploser la massification par sa multiplicité. C’est d’abord en tant qu’offre d’un produit standard que le fordisme est dépassé. Ce sont dorénavant les parties du tout qui sont standardisées, dans le but de pouvoir assembler ces pièces détachées dans un tout multiforme adapté à la diversité économique et culturelle des demandes. Le cœur du procès n’est plus la production des pièces mais leur combinaison pour pouvoir se vendre à des demandes de plus en plus diverses. La complexité se substitue à la massification puisqu’à la diversité des clientèles s’ajoute la prise en compte de leurs évolutions. La fameuse boutade « n’importe qu’elle couleur, pourvu que ce soit noire », qu’Henri Ford opposait aux clients de ses voitures, se retourne exactement.: la fabrication des pièces est calculée pour se combiner au contraire dans un nombre maximum de formes marchandes. L’entreprise traite ainsi essentiellement la conception du produit et sa distribution logistique, c’est à dire précisément l’aval et l’amont de la production pure qui, pour sa part, est de plus en plus « externalisée ».

Subjectivisation des communautés de productions…

Pas plus qu’il n’y a simple dilatation de l’ancien système industriel occidental sur l’ensemble du globe, il n’y a non plus simple élargissement de sa société de consommation. Car si les divers pôles de l’économie-monde d’aujourd’hui combinent leurs facteurs de production dans une division internationale du travail beaucoup plus productive, ils affirment en même temps leurs spécificités dans le domaine de la consommation[[Le livre à lire est toujours celui de Robert Reich, L’économie mondialisée.. L’ethnocentrisme, qui pronostique la perte des identités dans l’affirmation d’un post-fordisme mondial destructeur de la classe ouvrière, est trop étroit. L’émergence de marchés dotés de cultures et d’imaginaires différents dans l’économie mondiale est en effet tout aussi essentielle, dans le processus de dépassement du fordisme, que ne le sont les mutations de l’appareil de production. Même si elles supportent les fantasmes populaires et intellectuels dominants, les stratégies de type Mac Donald, Coca ou Benetton de standardisation de produits mondiaux sont très minoritaires par rapport à la révolution que représente la captation d’une demande plurielle et mouvante par la production. Le leitmotiv de la flexibilité exprime cette intégration de la demande à l’intérieur même du procès de production. Mais en même temps que la production matérielle de masse se marginalise aux confins du vaste monde, la logistique marchande réunissant des qualifications productives et commerciales complexes se situe, tout au contraire, de plus en plus près de marchés de plus en plus diverses.

…matérielles ET immatérielles

L’occident a produit, durant les années 80, deux types d’analyses post-modernes de cette remise en cause de l’industrie fordienne qui convergent dans une même minoration de la production industrielle. L’analyse en terme de délocalisations reprend les anciennes visions d’une économie-monde industrielle dotée d’un cœur et de périphéries (Braudel pour l’Europe, Mahan pour les USA) pour expliquer une domination de l’Asie, nouveau centre du capitalisme mondial. L’analyse d’une mutation radicale de l’économie fondée sur le travail immatériel, si elle exprime la nouvelle coexistence marchande des divers pôles de l’économie-monde, rejette néanmoins de la même façon l’industrie d’un occident voué désormais aux seuls services.

Or la mondialisation, de même qu’elle déborde précisément l’ancienne économie centralisée en imposant la coexistence de plusieurs marchés, ne fait nullement déserter l’industrie des centres d’hier mais la subsume aux services marchands. De nombreuses phases de la production industrielle la plus classique sont toujours réalisées aujourd’hui dans l’hémisphère nord et le premier producteur mondial de la marchandise fordienne par excellence, l’automobile, est, proportionnellement, la Belgique avec dix millions d’habitants pour un million et demi de voitures distribuées annuellement. Du transport des pièces détachées venues de diverses parties du monde pour leur assemblage à la gestion de toute la marchandisation du produit fini dans des régions économiques spécifiques, de très nombreux services sont étroitement liés aujourd’hui aux tâches de pure production qu’ils doivent commander directement.

Les nouveaux centres de marchandisation n’ont certes plus rien de l’usine, en ce qu’ils exigent une division sociale du travail immensément plus complexe, mais ne font nullement disparaître pour autant la production matérielle. Les ouvriers, encore plus polyvalents, sont totalement dépendants de l’ensemble des capteurs nécessaires à la saisie des marchés qui sont aujourd’hui incrustés dans tous les pores de la société. Les notions de compétence, ou d’expertise, qui se substituent aux anciennes qualifications précisément programmées expriment cette incrustation d’une production directement en prise avec les populations susceptibles de la consommer sous des formes très diverses.

L’analyse sociologique a déjà abondamment mis en évidence les effets négatifs de cette mobilité du travail sur la condition ouvrière et sur le statut du collectif de travail en terme de précarité et d’exclusion. Mais cette surdétermination de la production par la marchandisation implique une coordination complexe des facteurs qui si elle n’a plus grand chose à voir avec l’ancienne usine, offre beaucoup plus de perspectives à d’autres entrepreneurs.

Les politiques des territoires de la mondialisation.

D’ores et déjà, la sociologie de l’entreprise constate que les capacités de coopération acquises par cette force de travail socialisée lui permettent de modifier elle-même ses stratégies, même si ce n’est encore que sur des segments étroits du cycle et en fonction d’un marché précisément ciblé. Mais cette articulation de la production avec des procédures de distribution du marché change beaucoup plus profondément la nature du travail qui s’introduit dans l’ensemble de la ville à mesure que la forme usine s’y dissout.

L’on passe de l’addition d’individus pré-programmés dans l’usine à une force de travail collective beaucoup plus large et susceptible d’initiatives. C’est la puissance productive même qui se transforme à travers ce passage de la qualification à la compétence. Dans cet article, centré sur les dimensions géo-politiques de la mutation, on insistera sur l’émergence de la ville comme espace productif majeur de la mondialisation La cité, qui développe des projets de captation de flux pour imposer ses productions de plus-value doit, d’une part, mobiliser l’ensemble de ses compétences, c’est à dire de ses citoyens, en remettant en cause beaucoup des rapports sociaux institués de l’ordre industriel. Elle doit aussi nouer des relations avec d’autres villes qui bouleversent les hiérarchies politiques nationales et transnationales.

La ville s’impose ici comme le cadre le plus efficace de la mise en oeuvre de ces liaisons entre compétences internes à l’entreprise et sous-traitées qui reposent sur une socialisation élargie de la production marchande. Concurrence et concourance, dit Edgar Morin. Cadre des nouvelles formes de coopérations productives, la cité ne sert pas à minimiser les coûts de la firme, comme l’avancent les sociologues de l’entreprise mais bien plutôt à démultiplier la productivité sociale. On sait que la redécouverte, par les théoriciens de la « troisième Italie », des districts industriels marshalliens a permis de mettre en évidence, depuis une dizaine d’années, de nombreuses structures économiques territorialisées. Tous ces systèmes productifs localisés mettent en évidence l’aspect majeur de cette nouvelle économie à l’intérieur de laquelle l’interconnexion progressive des activités de l’industrie et du commerce, c’est à dire de la production et de la circulation[[Le livre référence d’Alfred Marshall, au début du siècle, avait précisément pour titre : « Industry and Trade »., exige des compétences complexes dans une économie qualifiée de transactionnelle.

Les luttes de décembre 95, dont le rythme et l’organisation étaient propres à chaque ville, laissent apparaître ce progressif recouvrement des anciennes structures fordiennes centralisées autour de la branche et du métier. Le rôle local joué, notamment, par l’université est caractéristique de la nécessité pour le capital d’une formation croissante d’une force de travail de plus en plus subjectivement impliquée dans des processus spécifiques de production. On notera aussi que cette implication se formalise moins dans l’entreprise que dans un projet, c’est à dire un événement productif qui implique des collaborations pulvérisant les anciennes divisions fonctionnelles fordiennes. La notion de communauté[[« Communauté et modernité », G. Raulet et J. M. Vaysse (ed), L’Harmattan, 1995. – locale, européenne, productive… – réapparaît comme un opérateur de la modernité[[Dans la lignée d’Anthony Giddens, Les conséquences de la modernité, L’Harmattan, 1994..

Au-delà de la ville, la logistique mondiale détermine d’autres structurations territoriales. L’Union Européenne, l’Alena, l’Asean ou le Mercosur constituent progressivement des entités géo-économiques cohérentes dont usent d’ores et déjà pleinement les multinationales pour rationaliser la marchandisation de leurs productions. Ces espaces, spécificiés, tant pour leurs facteurs de production qu’en ce qui concerne leurs modes de consommation, génèrent déjà à l’intérieur de chacun d’entre eux de nouveaux rapports de force socio-politiques dans lesquels les villes jouent aussi un rôle déterminant. Au sein des « hubs » internationaux censés organiser le procès de circulation dans les grandes régions de consommation de chacun de ces marchés, tout comme chez les collectivités marginalisées au contraire par la faiblesse de leur offre ou de leur demande, des rapports s’établissent qui débordent les anciennes divisions politiques et fonctionnelles. La mondialisation et la territorialisation des stratégies économiques qui l’accompagne entraînent devant nous des processus de subjectivisation de nouveaux collectifs de production.

Baudouin Thierry

Sociologue, chercheur associé au laboratoire AUS - Architecture Urbanisme et Sociétés - de l’Université Paris 8. Il travaille sur les villes comme territoires productifs essentiels du procès de circulation mondialisé, aussi bien dans leurs nouvelles formes de conflictualités que de gouvernance. Il a notamment publié sur le sujet : Le travail et après, 1978, chez JP Delarge. La grève et la ville, 1979, chez Christian Bourgois. Le contournement des forteresses ouvrières, 1983, chez Méridiens Klinsieck. Urbanité des cités portuaires, 1997 et Ville productive et mobilisation des territoires, 2006, chez L’Harmattan. Le Havre, 1900-2000, ville portuaire, 2001, aux Editions des Falaises. Il a participé à Seine métropole, 2009, Antoine Grumbach & associés ed. Il est membre du collectif de rédaction de la revue Multitudes.