Les émeutes urbaines de Novembre 2005

Non au couvre-feu colonial ! La révolte n’est pas un crime ! Les véritables incendiaires sont au pouvoir !

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Brutalité permanente de la police, mépris de la douleur des gens après la
mort de deux adolescents, gazage d’une mosquée, propos irresponsables des
autorités de l’État, les provocations d’un pouvoir exclusivement préoccupé
par les calculs politiciens et les échéances électorales ont mis le feu aux
poudres, et servi de détonateurs à la révolte longuement rentrée de la
jeunesse indigène ou indigénisée des quartiers populaires. On parle
désormais d’envoyer la troupe pour mater cette révolte. On ne l’envisage,
dans une logique de guerre civile, que pour parler de sa répression.

Victimes de toutes les discriminations, de toutes les humiliations, objets
permanents du mépris social, de la brutalité policière, des contrôles au
faciès, du racisme, privés d’avenir, précarisés, déclassés, rejetés,
orientés par le système scolaire dans les voies de garage, interdits de se
rassembler, toujours soupçonnés de tous les maux, privés de leur droit au
respect et à la dignité, les jeunes des quartiers expriment leur révolte de
manière spectaculaire et disent : « Nous n’avons pas d’autre moyen de nous
faire entendre ! ». Face à une violence sociale et institutionnelle
insupportable, leur révolte est plus que légitime : elle est salutaire. Elle
constitue une réaction politique. En l’assimilant à la délinquance, en y
opposant la répression brutale, en ajoutant le mépris à la provocation, le
pouvoir souffle sur l’incendie qu’il a lui-même allumé.

Cette révolte confirme l’analyse que le Mouvement des Indigènes de la
République a proposée depuis le lancement de son Appel en janvier 2005. La
riposte des institutions de l’État est l’illustration de la gestion
coloniale des populations issues de l’immigration, quel que soit le régime
en place, de droite comme de gauche. Dominique de Villepin en est la
dernière incarnation. L’actuel Premier Ministre a décrété l’état d’urgence
et la possibilité pour les Préfets d’instaurer un couvre feu dans les
quartiers populaires en s’appuyant sur une loi coloniale adoptée en 1955
pour réprimer le mouvement national algérien. C’est cette même loi qui a
servi à mater dans le sang les manifestants algériens du 17 Octobre 1961 et
qui a été mise en œuvre en Kanaky en 1984 sous le gouvernement socialiste de
Laurent Fabius. La continuité des pratiques n’est donc plus à prouver. La
matrice idéologique ayant permis ces crimes coloniaux animent toujours les
manières institutionnelles de voir, de penser, de ressentir et de traiter
administrativement les populations issues de la colonisation et assignées à
résidence dans ces nouvelles zones d’indigénat que sont les quartiers
populaires.

Quand à la proposition du ” droit à l’apprentissage à 14 ans”, ce n’est ni
plus ni moins qu’une remise en cause de l’obligation de scolarisation
jusqu’à 16 ans; c’est un des acquis que la droite voulait démanteler depuis
longtemps. Elle ose aujourd’hui le présenter comme une mesure “en faveur des
déshérités” : c’est en réalité l’annonce cynique que, ilotes aujourd’hui,
les habitants des quartiers populaires seront ilotes demain, et dès 14 ans.

Les formes prises par cette révolte conduisent à des violences et à des
dégâts dont sont également victimes les populations déshéritées de ces
quartiers. Nous tenons à affirmer notre plus entière solidarité à ces
populations, et à celles et ceux dont les biens ont été endommagés ou
détruits. L’État, responsable de la situation, doit sans délai les
indemniser de la totalité du préjudice qu’elles subissent.

Ce qu’exige la jeunesse des cités, c’est d’être reconnue dans sa dignité,
c’est de pouvoir vivre dans l’égalité et le respect. Il s’agit d’une
exigence politique et sociale élevée, juste dans son principe, et à laquelle
il est nécessaire de répondre politiquement.

Dès à présent, nous posons un certain nombre d’exigences
Bien évidemment, l’actuel ministre de l’intérieur doit être démis de ses
fonctions s’il ne démissionne pas lui-même ; il en va de même du premier
ministre qui approuve et soutient publiquement la répression de masse que
son collègue organise. Mais nous ne nous faisons pas d’illusion sur les
effets réels de ces démissions : si, symboliquement, le départ de ces
boute-feu s’impose, il ne constitue en aucun cas une solution, ni un
objectif de lutte prioritaire. Nous ne militons pas pour un clan contre un
autre, nous ne nous faisons pas d’illusion sur les objectifs réels des
politiques, de droite ou de gauche, qui lorgnent sur le pouvoir et dont
l’horizon est borné par les élections à venir.

q Des centaines de jeunes ont été interpellés et arrêtés par les
forces de police dans le cadre des évènements en cours. Nous exigeons leur
libération immédiate. Il convient de reconnaître aux faits qui leurs sont
reprochés leur caractère politique, et de leur refuser un traitement
judiciaire, dont la logique est celle de la provocation : les révoltés ne
sont ni des « racailles » ni des « sauvageons ». Ils doivent être entendus
pour ce qu’ils sont, et pour cela l’amnistie pour les révoltés s’impose.
Nous refusons qu’une justice plus ou moins expéditive frappe arbitrairement
certains, et que les autres demeurent sous le coup d’un risque d’arrestation
et de poursuites. À révolte politique, réponse politique.

Des parties entières de la Seine-Saint Denis et d’autres zones
urbaines font l’objet d’une véritable occupation par des milliers de CRS ou
autres gendarmes, dans une logique de guerre civile. Nous exigeons leur
évacuation sans délai. La présence de ces forces de répression – et à plus
forte raison celle de forces militaires – contribue, non pas à la « sécurité
publique », mais à attiser la révolte des populations. Elle porte atteinte à
leur dignité et constitue comme une punition collective que nous refusons.

Par centaines, des habitants des cités en révolte ont subi de gros
dommages du fait des émeutes. Ces victimes doivent être indemnisées
immédiatement ; l’intervention à cette fin des pouvoirs publics se justifie
parfaitement par la responsabilité entière de l’État dans la situation
actuelle.

Il est indispensable de faire la lumière complète et de dire la
vérité sur les évènements qui ont déclenché la révolte : sur la mort de Zyad
Benna et Bouna Traoré et sur le gazage de la Mosquée de Clichy-sous-bois.
Une commission d’enquête indépendante, comportant des représentants des
habitants et des acteurs de terrain doit être formée et dotée de moyens
réels, pour mettre en lumière les agissements de la police tout au long du
déroulement des évènements.

L’instauration de l’état d’urgence renforce de manière scandaleuse
l’isolement et l’enclavement organisés des quartiers populaires. Il doit y
être mis fin sans délai et la liberté de circulation des habitants des
quartiers doit être restaurée et garantie.

Les dispositifs « sécuritaires » institués par les lois Perben,
Sarkozy, Chevènement, Vaillant, doivent être supprimés ; les textes qui les
instituent doivent être retirés.

Nous exigeons la mise en place d’une politique résolue de lutte
contre les discriminations dans tous les domaines et de mesures immédiates
contre la précarité , le chômage et la ghettoïsation : la création d’emplois
stables et valorisants, tant publics que privés ; la garantie d’une égalité
réelle en matière d’éducation et de formation; la mise en place de mesures
d’amélioration des conditions de logement et du cadre de vie dans les
quartiers populaires , ce qui passe notamment par la garantie de transports
en commun dignes de ce nom et gratuits; le droit de vote et la citoyenneté
de résidence pour les non-français et la régularisation de tous les
sans-papiers.

Nous invitons par ailleurs, partout où c’est possible, à l’organisation de
débats et de réunions publiques, à la prise des dispositions nécessaires à
la convergence de l’action en vue de faire plier le gouvernement.

Fait à Paris le 9 Novembre 2005

Contacts : Mouvement des Indigènes de la République Tél. : 06-18-92-76-15 ;
E-mail : contact@indigenes.org ; site Internet : www.indigenes.org