Pour un Web communautaire

LE MONDE | 13.02.06 | Mettre à disposition – gratuitement, le cas échéant – une partie de sa connexion Wi-Fi (c’est-à-dire sans fil) au profit d’internautes de passage dans les environs : ce principe de partage des ressources est le cheval de bataille de la société espagnole FON, lancée en France en décembre 2005.
Après avoir téléchargé un logiciel, les utilisateurs (3 000 inscrits, à l’heure actuelle) jouent un rôle de point d’accès à Internet en redistribuant 50 % de leur bande passante – autrement dit leur capacité d’accès au Web – via une borne (un “routeur”) installée, par exemple, sur leur fenêtre.

Aujourd’hui, il est certes possible de “squatter” une installation Wi-Fi non sécurisée, mais la chose est devenue difficile, compte tenu de l’extension des mécanismes de protection. Le système proposé par FON s’efforce d’organiser volontairement le partage de l’accès à la Toile afin de permettre aux internautes de se connecter à peu près partout où ils se trouvent. Le fondateur de la société, l’Argentin Martin Varsavsky, ambitionne d’installer “un million de points d’accès dans le monde en quatre ans”. Les volontaires pourront être localisés grâce aux cartes diffusées sur le site www.fon.com.

“LINUS”, “BILLS”, “ALIENS”

Les protagonistes du réseau FON n’appartiennent pas tous à la même tribu. On identifie d’abord les “Linus” (en référence à Linus Torvalds, le créateur du système d’exploitation informatique Linux), qui partagent gracieusement avec d’autres la connexion à Internet que prodigue leur fournisseur d’accès.
C’est sur ces “partageurs” que se fonde la philosophie de la communauté solidaire. “Tout notre système repose sur l’adhésion, la participation active”, note Yann Mauchamp, le directeur de la branche française de FON. Pour s’approprier ce nouvel outil, les Linus doivent imaginer des solutions techniques afin de le populariser.

Ensuite, on trouve les “Bills” (pied de nez à Bill Gates, patron de Microsoft), des utilisateurs qui font payer pour mettre Internet à la disposition d’autrui. Ce seront, par exemple, des restaurateurs ou des hôteliers, qui proposeront des accès publics.

Enfin, les “Aliens” ne font pas office de point d’accès, mais ils peuvent se connecter moyennant un abonnement mensuel auprès de FON, à la demi-heure ou pour vingt-quatre heures.

M. Varsavsky a annoncé le 5 février que le moteur de recherche américain Google, l’éditeur de logiciels pour téléphonie sur Internet Skype et deux firmes de capital-risque (Sequoia Capital et Index Ventures) ont prévu d’investir 18 millions d’euros dans le projet. FON, qui souhaite aussi sceller des accords avec les fournisseurs d’accès, auxquels sera proposé un système de rémunération, compte obtenir d’autres sources de revenus grâce à l’achat des “routeurs” et à une future offre de téléphonie.