Archives par mot-clé : femme

Pour une culture critique de l’IA
L’intelligence artificielle est partout, l’air de rien, pour mieux nous contrôler et nous orienter en douceur. Faut-il se rebeller contre cet état de fait, qui s’impose à nos modes de vie sans la moindre délibération démocratique ? Est-il encore possible ou même souhaitable de jeter ces IA invisibles, voire indiscernables, à la poubelle du numérique ? Ne faudrait-il pas, avant de clamer l’urgence du « danger » qui vient, oser les connaître ? L’enjeu est de construire une culture critique de l’IA, qui associerait artistes, écrivains, chercheurs, ingénieurs, mathématiciens, logiciens, penseurs, philosophes, artisans et bien sûr citoyens dans une même dynamique de réflexion.

For a critical culture  of AI
Artificial intelligence is everywhere, discreetly, to better control and influence us smoothly. Should we rebel against this fact, which is imposed on our lifestyles without the slightest democratic deliberation? Is it still possible or even desirable to throw these invisible AIs, even indistinguishable, into the digital trash? Shouldn’t we, before claiming the urgency of the “danger” that comes, dare to know them? The challenge is to build a critical culture of AI, which would bring together artists, writers, researchers, engineers, mathematicians, logicians, thinkers, philosophers, craftsmen and of course citizens in the same dynamic of reflection.

Alors je me suis résolu à prendre un taxile. Un blob bleu, informe et capitonné, qui ressemblait à une grosse auto-tamponneuse ceinturée de pare chocs élastiques et dont il était inutile de distinguer l’avant de l’arrière. Je me suis vautré dans le fauteuil de cuir, au milieu de ce salon roulant qui singeait on ne sait quoi de vintage. Tout à […]

Dans les imaginaires de l’IA
Du film Her de Spike Jonze à 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, et des androïdes de Philip K. Dick à l’utopie intergalactique de la Culture de l’écrivain Iain M. Banks, il est impossible de comprendre aujourd’hui l’intelligence artificielle sans s’intéresser à ses puissants imaginaires. Ceux-ci, nourrissant bien des fantasmes de la Silicon Valley, sont essentiels à décrypter pour ne pas les subir, voire pour se les approprier et mieux les détourner, en faire des antidotes contre les multinationales du numérique, puis cultiver grâce à eux nos propres machines rebelles de quelque futur.

In the imaginary of  AI
From the film Her by Spike Jonze to 2001: A Space Odyssey by Stanley Kubrick, and from Philip K. Dick androids to the intergalactic utopia of the Culture of the writer Iain M. Banks, it is impossible to understand artificial intelligence without a strong regard to its powerful fictions. These, nourishing many fantasies of Silicon Valley, are essential to decrypt not to undergo them, even to appropriate them and better hijack them, to make them antidotes against the multinationals of the digital, then to cultivate (thanks to them) our own rebellious machines of some future.

Intermède : extrait d’un film
Un chercheur décrit l’IA aimante, le robot enfant tout plein d’empathie de A.I. de Steven Spielberg

LE PROFESSEUR HOBBY : Créer un être artificiel est le plus grand rêve de l’homme depuis l’avènement de la science. Et pas seulement depuis le début des temps modernes, quand nos ancêtres ont étonné le monde avec les premières machines pensantes, les monstres primitifs pouvant jouer aux échecs (rires). Quel chemin nous avons fait depuis ! L’être artificiel est une réalité. Une parfaite […]

Questionner « l’intelligence » des machines

Questionner « l’intelligence » des machines
La création de « puces synaptiques » qui seraient dotées d’une certaine plasticité ouvre-t-elle la voie à une intelligence artificielle vraiment « intelligente », même si de façon différente des êtres humains ? Ou la nature des avancées de ce type, d’une plasticité à des années lumières de celle du cerveau humain, nous contraignent-elles à beaucoup plus de scepticisme ? Pour la philosophe Catherine Malabou, l’essentiel est de permettre aux deux intelligences, naturelle et artificielle, de s’enrichir l’une l’autre. De ne jamais fermer la voie des possibles, que ce soit par des réflexions philosophiques, des fictions ou des expérimentations.

Questioning the “intelligence” of the machines
Does the creation of “synaptic chips” which would have a certain plasticity open the way to a really “intelligent” artificial intelligence, even if in a different way from human beings? Or do the nature of such advances, from plasticity far away from that of the human brain, force us to be much more skeptical? For the philosopher Catherine Malabou, the main thing is to allow the two intelligences, natural and artificial, to enrich each other, and never to close the path of possibilities, whether by philosophical reflections, fictions or experiments.

De la conServation à  la  conVersation
Le pari de la carte blanche

De la conServation à la conVersation
Le pari de la carte blanche
Nanette Snoep, alors directrice du Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) et aujourd’hui à la tête du Rautenstrauch Joest Museum – Kulturen der Welt à Cologne, revient dans cet article sur l’exposition « Megalopolis – Les voix de Kinshasa » (2018) qu’elle accueillit à Leipzig, et sur la manière dont son organisation fut conçue pour donner carte blanche aux commissaires Eddy Ekete et Freddy Tsimba, artistes plasticiens congolais. Les difficultés inhérentes à l’organisation encore dominante aujourd’hui du musée ethnographique, la nécessaire et urgente participation d’acteurs culturels issus des pays d’où proviennent les collections ethnographiques invite à revisiter structurellement son fonctionnement. Comment les musées peuvent-ils devenir des lieux effectifs de décolonisation du savoir et des narrations ? Qui parle et qui parle à qui ? Et comment ? Au lieu d’être un musée confiné à l’exclusive conServation, il devrait se dédier davantage à la conVersation, dans un forum où les objets nous parlent et où les gens se parlent.

From conServation to conVersation
The bet of the carte blanche 
Nanette Snoep, then director of the Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) and now head of the Rautenstrauch-Joest Museum – Kulturen der Welt in Cologne, looks back in this article on the exhibition “Megalopolis – Voices from Kinshasa”(2018) that she hosted in Leipzig and how its organisation was designed to give curators Eddy Ekete and Freddy Tsimba carte blanche. The difficulties inherent in the ethnographic museum’s organization, which is still dominant today, and the necessary and urgent participation of cultural actors from the countries from which the ethnographic collections originate, call for a structural revision of its functioning. How can museums become effective places for the decolonization of knowledge and narratives? Who speaks and who speaks to whom? And how? Instead of being a museum confined to exclusive conServation, it should be more dedicated to conVersation, in a forum where objects speak to us and people speak to each other.

Dans une de ses 24 propositions au moment des dernières présidentielles1, Multitudes soulignait déjà la nécessité impérative pour la société de mieux défendre les lanceurs d’alerte. Que les salariés notamment puissent rendre publiques sans dommages pour eux-mêmes toutes les malfaçons et magouilles que leurs entreprises les forcent à commettre constituait déjà un saut décisif dans […]

Exploitation sexuelle, violence, pédophilie, pornographie, exhibition, la justice est sommée de se prononcer sur ces atteintes multiples à la loi par des artistes, comme si deux lois entraient de plus en plus souvent en conflit : la loi des tribunaux nationaux, inévitablement convoquée par les tenants d’un certain ordre, et pas seulement moral, d’une part, et […]

« Collectif initié en 2013 par deux artistes basés à Kinshasa, nous traversons le vertige des mondes1 ». Ainsi se présentent les Kongo Astronauts. L’équipe est fluctuante, compte entre deux et sept membres selon les besoins et les envies des uns et des autres. Aux commandes : Eléonore Hellio et Michel Ekeba. D’elle-même, Hellio écrit qu’elle « élargit les […]

Paroles de Yankee recombinées par Kongo Astronauts Tracasseries après tracasseries, je circule malgré moi dans le MATOLO mystique hurlé par des prophètes sur un power sound réglé pour que les fréquences sonores saturent… Cette démesure électrique de leurs paroles se dissout dans l’excès de volume et balance les paradoxes du nouveau monde sur mes parcours. « Donnez, […]

Transitions énergétiques à Istanbul et Le Cap
À propos de  transformations plurielles
Cet article propose d’élargir le débat sur la transition énergétique au-delà du contexte occidental. Partant d’études de cas situées dans deux métropoles des Suds, la réflexion invite à nuancer les scénarios normatifs et supposés universels de transformation des systèmes énergétiques pour confronter les transitions aux singularités des sociétés et des territoires dans lesquels elles prennent forme. Ainsi s’aperçoit-on que les discours sur le changement climatique global ont bien moins d’effets d’entraînement sur les trajectoires énergétiques d’Istanbul et du Cap que l’impact de crises écologiques plus locales ou que l’évolution de compromis socio-politiques, toujours fragiles et dépendants d’héritages historiques nationaux.

Energy Transitions in Istanbul and  Cape  Town
About Plural Transformations
The present article aims at widening the debate on energy transition beyond the Western context. Based on two metropolitan case studies from the “Global South”, it suggests to move away from normative and supposedly universal scenarios of energy changes and to confront transitions with the singularities of the societies and territories in which they take shape. It is then apparent that discourses on global climate change have far less impact on Istanbul and Cap Town energy trajectories than local ecological crisis or changes in socio-political compromises, always fragile and dependent on national historical legacies.

Se soigner en  soignant  la  terre

Se soigner en soignant la terre
Les Amérindiens de Guyane française et les Aborigènes d’Australie, comme d’autres peuples autochtones du monde réinsvestissent leurs savoirs médicinaux traditionnels et réélaborent des rituels pour se soigner et prendre soin de la terre. Comme Starhawk et les Wicca aux USA, en Europe aussi, de la Pologne à la France, des rites de bien-être et de renouage de liens avec la terre se réinventent, que ce soit par la musique et la danse, les festivals de chamanisme ou les ZAD qui réenchantent la manière d’habiter le milieu.

Healing by taking care of the land
Native Americans from French Guiana and Indigenous Australians, like many other Indigenous peoples of the world re-invest their traditional medicinal knowledge and re-elaborate healing rituals to take care of their people and their land. Like Starhawk and the Wicca in US, in Europe also, from Poland to France, rites for well-being and relinking with the earth are reinvented either through music and dance, in festivals of shamanism or in the Zones to Occupy (ZAD) who re-enchant the way inhabitants live with their milieu.

Les morts sont des gens comme les autres
« Les morts sont des gens comme les autres ». Cette constatation m’a été faite par Philippe, médium dans le groupement spirite de la ville où j’habite, lors d’un entretien que nous avons mené avec sa mère Michèle, et lui. Je leur avais demandé de m’expliquer comment ils entraient en communication avec les défunts – qu’est-ce qu’entendre, sentir ou voir signifient dans pareil cas ? Nous avons évoqué leur histoire, leurs destins peu communs, avec ces épreuves, ces mises en danger du corps et ces démêlés avec la mort, ces sentiments de présence et ces surprenants rêves prémonitoires. Des destins que ces personnes ont réussi à socialiser et su transformer en destinée. Le fait que les morts soient des gens comme les autres a de multiples conséquences, et notamment celle d’une obligation à prendre soin d’eux. Et à prendre soin, en leur nom et à leur demande, de ceux qui restent. Les séances au cours desquels ils sont convoqués deviennent dès lors de véritables dispositifs thérapeutiques, dans lesquels et par lesquels, les habitants de deux mondes apprennent, les uns avec les autres et les uns pour les autres à réactiver des liens, des élans de vie et de joie.

The dead are people like the others
“The dead are people like the others”. This observation was made to me by Philippe, a medium in the Spiritist group of the city where I live, during an interview with him and Michèle, his mother. I had asked them to explain to me how they communicated with the dead – what does hearing, feeling or seeing mean in such a case? We have evoked their story, their unusual destinies, with these trials, endangerments of the body and trouble with death, these feelings of presence and these surprising premonitory dreams. Destinies that these people have managed to socialize and transform into destiny. The fact that the dead are people like the others has multiple consequences, including the obligation to take care of them. And to take care, on their behalf and at their request, of those who remain. The sessions in which they are summoned thus become true therapeutic devices, in which and by which, the inhabitants of two worlds learn, with each other and for each other, to reactivate bonds, impulses of life and of joy.

Des génies accueillants au Laos
Au Laos, pays majoritairement bouddhiste, toujours dirigé par un État-parti communiste rigide et répressif, les cultes aux génies continuent à se développer et se transforment, en réponse aux contraintes vécues par la population et à ses désirs d’y échapper. La dimension de refuge des cultes et en même temps, d’échappement imaginaire par le haut à des oppressions de toutes sortes, en est un trait récurrent, manifeste en particulier dans les années quatre-vingt-dix dans l’exaltation des figures royales, opposées aux cadres politiques rendus impuissants de l’État-parti communiste. Aujourd’hui les homosexuels masculins trouvent désormais dans les cultes aux génies, en perpétuel remaniement tant au plan des pratiques que des élaborations des personnages mythiques, une atmosphère accueillante, très séduisante en regard des barrières auxquels ils se heurtent dans la vie quotidienne. Les cérémonies se présentent alors, en résonance avec les images en provenance de Thaïlande, comme des dépassements possibles en phase avec un contexte de globalisation idéologique où les plateaux LGBT rayonnent de leurs potentialités libératoires.

Welcoming geniuses in Laos
In Laos, a predominantly Buddhist country, still run by a rigid and repressive communist party-state, cults devoted to genius continue to develop and transform in response to the constraints faced by the population and their desire to escape. The shelter dimension of the cults and, at the same time, an imaginary escape from the top to oppressions of all kinds, is a recurring feature, manifested particularly in the nineties in the exaltation of the royal figures, opposed to the impotent political frameworks of the communist party-state. Today, male homosexuals find in cults to geniuses, in perpetual shuffling both in terms of practices and elaborations of mythical characters, a welcoming atmosphere, very attractive compared to the barriers they face in everyday life. The ceremonies present themselves, in resonance with the images coming from Thailand, as possible overtaking in phase with a context of ideological globalization where the LGBT plateaux radiate their liberating potentialities.

La servante géante

La servante géante
Dans l’aube qui succéda à l’éruption du 26 octobre 2010, Bu Pujo succomba à ses brûlures. À cette nouvelle, le volcan disparut. Il ne restait plus, au nord, qu’un écran de nuages figés dans l’épouvante. Cela faisait un grand vide, un immense courant d’air froid dans lequel la montagne de feu avait été emportée. Au petit matin, le Merapi avait disparu parce que celle qui le portait était morte. Oui, Bu Pujo portait le volcan comme ces lourds paniers d’offrandes qu’elle chargeait sur son dos le jour de la procession. Elle en portait la responsabilité, comme son propre enfant, avec ses prodiges et ses tares. Voilà pourquoi Bu Pujo avait l’air d’une géante.

The giant maid
In the dawn that followed the eruption of October 26, 2010, Bu Pujo succumbed to her burns. At this news, the volcano disappeared. There was nothing left in the north but a screen of clouds frozen in fear. It was a big void, a huge cold draft in which the mountain of fire had been washed away. In the early morning, the Merapi had disappeared because the one who was carrying it was dead. Yes, Bu Pujo was carrying the volcano like those heavy baskets of offerings she loaded on her back on the day of the procession. She bore the responsibility, like her own child, with her wonders and her flaws. That’s why Bu Pujo looked like a giant.

Commençons par le postulat suivant : il n’est plus possible de douter de la nature mortifère du suprémacisme blanc. Aussi, au-devant de la réalité violente qui surgit au cœur même d’États réputés pacifiés, une première réaction s’est énoncée comme suit : le suprémacisme blanc est un ensemble d’idées1 à caractère terroriste2. Cette critique, nécessaire, a alors le […]

Est-il trop tard
pour l’effondrement ?
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.

Is it too late for collapse?
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler
« Nous sommes tous sur le même bateau », s’écrient les collapsologues, comme s’il s’agissait d’un scoop. Seulement, ces catastrophes annoncées, ou déjà bien amorcées, sont principalement causées par l’Occident et son système économique destructeur. Il s’agit ici de s’interroger sur l’effondrement en adoptant une perspective inversée et d’exposer la démarche de l’autrice de science-fiction Octavia Butler et des continuatrices de son œuvre, qui excellent à rendre possible des histoires alternatives. L’effondrement peut être l’occasion rêvée de changer d’angle et d’échelle et de revenir à l’essentiel.

Collapse Viewed from Below Along with Octavia Butler’s Sci-Fi
«We are all on the same boat,» exclaim the collapsologists, as if it were a scoop. Only these announced (or already well-established) disasters are mainly caused by the West and its destructive economic system. The aim here is to question the notion of collapse by adopting an inverted perspective, as provided by the science-fiction writings by Octavia Butler and the continuators of her work, who excel at making alternative stories possible. The collapse may be the perfect opportunity to change your viewpoint and scales of consideration, and to get back to basics.

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

sans histoire/s

«sans histoire/s»
Au volant de son taxi, Mori sillonne New York, la ville où il s’est installé après avoir vécu dans plusieurs autres pays, et qu’il aime et n’aime pas. Arrêté par les agents de contrôle de l’immigration clandestine, il est renvoyé en Afrique après un séjour en détention. Contre la frontière et ses cruautés, le récit, traversé par la pensée de Deleuze, de Derrida et de Tierno Bokar, suggère que seule la mise en œuvre d’une poétique de l’hospitalité peut redonner sens à nos vies, redonner au parcours de chacun, migrants et sédentaires, le statut d’une histoire.

“without history/ies”
At the wheel of his taxi, Mori drives in the streets of New York, the city where he settled after living in several other countries, a city he likes and dislikes. Arrested by agents of the office against illegal immigration, he is sent back to Africa after a stay in detention. Against the border and its cruelties, the story, inspired by the thoughts of Deleuze, Derrida and Tierno Bokar, suggests that only the implementation of a poetics of hospitality can restore meaning to our lives, and stage our trajectories, whether migrant or sedentary, as a story.

Sur les traversées
Dans cet entretien, la poétesse explore ce que signifie l’écriture de l’histoire des « sans histoires ». À travers la nouvelle qu’elle livre à Multitudes, intitulée précisément « sans histoire/s », et son recueil La quête infinie de l’autre rive (2011), l’auteur analyse le pouvoir de « considération » de la littérature, reliant les pensées de Marielle Macé avec celles d’Édouard Glissant.

On crossings
With this interview, the poetess explores what it means to write stories of people « without histories ». Through the short story she gives to Multitudes, entitled « without history/ies », and through her book La quête infinie de l’autre rive (2011), she analyses the power of « consideration » carried by literature, linking Marielle Macé’s thoughts with Edouard Glissant’s, among others.

Le français, c’est de l’italien mal gaulé
Gauz revient dans cet entretien sur son dernier roman, Camarade Papa, lequel a reçu le Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire en 2018. Il nous ouvre des chemins pour mieux le lire. Celui de raconter une histoire de l’Histoire, à hauteur d’hommes, adultes ou enfants, pleine de beauté, d’idéaux et de liberté. Celui de sortir de la couleur pour retrouver la capacité de ravissement et défendre les façons de parler comme cultures et armes politiques. Celui de nommer la beauté de l’espoir des migrants, qui sont des « super espérants ».

French is lousy Italian
In this interview, Gauz returns on his latest novel, Camarade Papa, who received the Literary Grand Prix of Black Africa in 2018. He opens paths for us to read it better. This invites us to tell a story of History, at the level of men, adults or children, a story full of beauty, ideals and freedom. It also invites us to escape from color in order to to regain a capacity of rapture and to defend the various ways of speaking as cultures and political weapons. It invites us to name the beauty of hope of migrants, who are “super hopefuls”.

Les migrations méditerranéennes
Entre enquête et polar
Jeune écrivain sénégalais, Mohamed Mbougar Sarr s’est fait enquêteur en Sicile, dans un petit village qui accueille des migrants d’Afrique subsaharienne. Le résultat de cette pratique d’enquête a été l’écriture d’un roman : Silence du chœur.

The Mediterranean migrations
Between investigation and thriller
Mohamed Mbougar Sarr is a young Senegalese writer. He pursued fieldwork research in a small village in Sicily, where Sub-Saharan migrants are waiting for regularization of their situation. The result of this fieldwork is the writing of a novel : Silence du chœur.

Théâtre et migrations
Entre Conakry et Paris
Entretien avec Hakim Bah

Théâtre et migrations
Entre Conakry et Paris
Dramaturge guinéen, Hakim Bah revient dans cet entretien sur l’écriture de deux de ses pièces récentes traitant des migrations : Convulsions, qui est une réécriture du Thyeste de Sénèque, et À bout de sueurs. Les mythes méditerranéens côtoient les coupures de presse et les faits divers dans ces textes à l’oralité et à la poésie très marquées.

Theater and migrations
Between Conakry and Paris
In this interview, Hakim Bah describes the writing process of two of his last plays, which deal with migrations : Convulsions, a rewriting of Seneca’s Thyeste, and À bout de sueurs. Mediterranean myths meet newspaper clippings in his texts characterised by orality and poetry.

22 février-22 août 2019
L’espérance

Le mouvement social a relevé un premier défi important : le dévoilement collectif et public d’une histoire politique dominante falsifiée et tronquée par la violence du politique déployée par les pouvoirs qui se sont succédé depuis 57 ans. Dans une société orpheline de contre-pouvoirs autonomes et puissants, il a pu arracher une liberté de parole interdite […]

5 juillet 1962-5 juillet 2019
« Libérez le peuple »

Le mouvement social algérien s’est de nouveau affirmé de façon pacifique par le nombre impressionnant de manifestants dans l’espace public au cours de 20ème vendredi le 5 juillet 2019, coïncidant avec le 57ème anniversaire de la fête de l’indépendance nationale. Le mouvement populaire a marqué de son empreinte l’événement politique annonciateur de la fin du […]

L’appropriation du drapeau national au cœur du mouvement social en Algérie

Comment lire la présence imposante du drapeau national dans les cinq manifestations (22 février, 1er, 8, 15 et 22 mars 2019) organisées dans toutes les villes d’Algérie ? Ce présentéisme totalisant du drapeau national a incontestablement une profondeur historique et anthropologique. Il redonne un sens pertinent à la Nation réappropriée, cette fois-ci par la population qui […]

L’assassinat du maire de Gdańsk, Paweł Adamowicz, le 14 janvier 2019, a révélé au monde entier la haine qui règne aujourd’hui en Pologne. Une haine orchestrée par le parti Droit et Justice (PiS), actuellement au pouvoir, et par ses supplétifs – groupuscules fascistes, prédicateurs nationaux catholiques, prêtres en folie, universitaires aigris, sites web et journaux patriotiques, […]

Une trentaine de femmes des quartiers nord de Marseille ont publié le 1er avril dernier dans le quotidien Libération une tribune pour que l’on affecte au développement social des quartiers les biens saisis aux trafiquants. Elles s’appuient sur l’expérience italienne racontée en 2014 sur le site www.laurent-muchielli.org par deux chercheurs, spécialistes de l’étude des mafias italiennes, […]

Apprentissage – Extinction – Résurrection / Grégory Chatonsky & Ariel Kyrou

Improvisation de l’amateur Ariel Kyrou Apprentissage – Extinction – Résurrection : le corpus spécialement conçu pour ce numéro de Multitudes s’ouvre et se ferme par une Terre aux arcs-en-ciel de bleus et de mauves. Une montagne brisée. Une carte aux lignes accidentées, émaillée de pixels déstructurés et sauvages. Est-ce dans ce paysage à la fois topographique […]