Archives par mot-clé : femme

Dans une de ses 24 propositions au moment des dernières présidentielles1, Multitudes soulignait déjà la nécessité impérative pour la société de mieux défendre les lanceurs d’alerte. Que les salariés notamment puissent rendre publiques sans dommages pour eux-mêmes toutes les malfaçons et magouilles que leurs entreprises les forcent à commettre constituait déjà un saut décisif dans […]

Exploitation sexuelle, violence, pédophilie, pornographie, exhibition, la justice est sommée de se prononcer sur ces atteintes multiples à la loi par des artistes, comme si deux lois entraient de plus en plus souvent en conflit : la loi des tribunaux nationaux, inévitablement convoquée par les tenants d’un certain ordre, et pas seulement moral, d’une part, et […]

« Collectif initié en 2013 par deux artistes basés à Kinshasa, nous traversons le vertige des mondes1 ». Ainsi se présentent les Kongo Astronauts. L’équipe est fluctuante, compte entre deux et sept membres selon les besoins et les envies des uns et des autres. Aux commandes : Eléonore Hellio et Michel Ekeba. D’elle-même, Hellio écrit qu’elle « élargit les […]

Paroles de Yankee recombinées par Kongo Astronauts Tracasseries après tracasseries, je circule malgré moi dans le MATOLO mystique hurlé par des prophètes sur un power sound réglé pour que les fréquences sonores saturent… Cette démesure électrique de leurs paroles se dissout dans l’excès de volume et balance les paradoxes du nouveau monde sur mes parcours. « Donnez, […]

Transitions énergétiques à Istanbul et Le Cap
À propos de  transformations plurielles
Cet article propose d’élargir le débat sur la transition énergétique au-delà du contexte occidental. Partant d’études de cas situées dans deux métropoles des Suds, la réflexion invite à nuancer les scénarios normatifs et supposés universels de transformation des systèmes énergétiques pour confronter les transitions aux singularités des sociétés et des territoires dans lesquels elles prennent forme. Ainsi s’aperçoit-on que les discours sur le changement climatique global ont bien moins d’effets d’entraînement sur les trajectoires énergétiques d’Istanbul et du Cap que l’impact de crises écologiques plus locales ou que l’évolution de compromis socio-politiques, toujours fragiles et dépendants d’héritages historiques nationaux.

Energy Transitions in Istanbul and  Cape  Town
About Plural Transformations
The present article aims at widening the debate on energy transition beyond the Western context. Based on two metropolitan case studies from the “Global South”, it suggests to move away from normative and supposedly universal scenarios of energy changes and to confront transitions with the singularities of the societies and territories in which they take shape. It is then apparent that discourses on global climate change have far less impact on Istanbul and Cap Town energy trajectories than local ecological crisis or changes in socio-political compromises, always fragile and dependent on national historical legacies.

Se soigner en  soignant  la  terre

Se soigner en soignant la terre
Les Amérindiens de Guyane française et les Aborigènes d’Australie, comme d’autres peuples autochtones du monde réinsvestissent leurs savoirs médicinaux traditionnels et réélaborent des rituels pour se soigner et prendre soin de la terre. Comme Starhawk et les Wicca aux USA, en Europe aussi, de la Pologne à la France, des rites de bien-être et de renouage de liens avec la terre se réinventent, que ce soit par la musique et la danse, les festivals de chamanisme ou les ZAD qui réenchantent la manière d’habiter le milieu.

Healing by taking care of the land
Native Americans from French Guiana and Indigenous Australians, like many other Indigenous peoples of the world re-invest their traditional medicinal knowledge and re-elaborate healing rituals to take care of their people and their land. Like Starhawk and the Wicca in US, in Europe also, from Poland to France, rites for well-being and relinking with the earth are reinvented either through music and dance, in festivals of shamanism or in the Zones to Occupy (ZAD) who re-enchant the way inhabitants live with their milieu.

Les morts sont des gens comme les autres
« Les morts sont des gens comme les autres ». Cette constatation m’a été faite par Philippe, médium dans le groupement spirite de la ville où j’habite, lors d’un entretien que nous avons mené avec sa mère Michèle, et lui. Je leur avais demandé de m’expliquer comment ils entraient en communication avec les défunts – qu’est-ce qu’entendre, sentir ou voir signifient dans pareil cas ? Nous avons évoqué leur histoire, leurs destins peu communs, avec ces épreuves, ces mises en danger du corps et ces démêlés avec la mort, ces sentiments de présence et ces surprenants rêves prémonitoires. Des destins que ces personnes ont réussi à socialiser et su transformer en destinée. Le fait que les morts soient des gens comme les autres a de multiples conséquences, et notamment celle d’une obligation à prendre soin d’eux. Et à prendre soin, en leur nom et à leur demande, de ceux qui restent. Les séances au cours desquels ils sont convoqués deviennent dès lors de véritables dispositifs thérapeutiques, dans lesquels et par lesquels, les habitants de deux mondes apprennent, les uns avec les autres et les uns pour les autres à réactiver des liens, des élans de vie et de joie.

The dead are people like the others
“The dead are people like the others”. This observation was made to me by Philippe, a medium in the Spiritist group of the city where I live, during an interview with him and Michèle, his mother. I had asked them to explain to me how they communicated with the dead – what does hearing, feeling or seeing mean in such a case? We have evoked their story, their unusual destinies, with these trials, endangerments of the body and trouble with death, these feelings of presence and these surprising premonitory dreams. Destinies that these people have managed to socialize and transform into destiny. The fact that the dead are people like the others has multiple consequences, including the obligation to take care of them. And to take care, on their behalf and at their request, of those who remain. The sessions in which they are summoned thus become true therapeutic devices, in which and by which, the inhabitants of two worlds learn, with each other and for each other, to reactivate bonds, impulses of life and of joy.

Des génies accueillants au Laos
Au Laos, pays majoritairement bouddhiste, toujours dirigé par un État-parti communiste rigide et répressif, les cultes aux génies continuent à se développer et se transforment, en réponse aux contraintes vécues par la population et à ses désirs d’y échapper. La dimension de refuge des cultes et en même temps, d’échappement imaginaire par le haut à des oppressions de toutes sortes, en est un trait récurrent, manifeste en particulier dans les années quatre-vingt-dix dans l’exaltation des figures royales, opposées aux cadres politiques rendus impuissants de l’État-parti communiste. Aujourd’hui les homosexuels masculins trouvent désormais dans les cultes aux génies, en perpétuel remaniement tant au plan des pratiques que des élaborations des personnages mythiques, une atmosphère accueillante, très séduisante en regard des barrières auxquels ils se heurtent dans la vie quotidienne. Les cérémonies se présentent alors, en résonance avec les images en provenance de Thaïlande, comme des dépassements possibles en phase avec un contexte de globalisation idéologique où les plateaux LGBT rayonnent de leurs potentialités libératoires.

Welcoming geniuses in Laos
In Laos, a predominantly Buddhist country, still run by a rigid and repressive communist party-state, cults devoted to genius continue to develop and transform in response to the constraints faced by the population and their desire to escape. The shelter dimension of the cults and, at the same time, an imaginary escape from the top to oppressions of all kinds, is a recurring feature, manifested particularly in the nineties in the exaltation of the royal figures, opposed to the impotent political frameworks of the communist party-state. Today, male homosexuals find in cults to geniuses, in perpetual shuffling both in terms of practices and elaborations of mythical characters, a welcoming atmosphere, very attractive compared to the barriers they face in everyday life. The ceremonies present themselves, in resonance with the images coming from Thailand, as possible overtaking in phase with a context of ideological globalization where the LGBT plateaux radiate their liberating potentialities.

La servante géante

La servante géante
Dans l’aube qui succéda à l’éruption du 26 octobre 2010, Bu Pujo succomba à ses brûlures. À cette nouvelle, le volcan disparut. Il ne restait plus, au nord, qu’un écran de nuages figés dans l’épouvante. Cela faisait un grand vide, un immense courant d’air froid dans lequel la montagne de feu avait été emportée. Au petit matin, le Merapi avait disparu parce que celle qui le portait était morte. Oui, Bu Pujo portait le volcan comme ces lourds paniers d’offrandes qu’elle chargeait sur son dos le jour de la procession. Elle en portait la responsabilité, comme son propre enfant, avec ses prodiges et ses tares. Voilà pourquoi Bu Pujo avait l’air d’une géante.

The giant maid
In the dawn that followed the eruption of October 26, 2010, Bu Pujo succumbed to her burns. At this news, the volcano disappeared. There was nothing left in the north but a screen of clouds frozen in fear. It was a big void, a huge cold draft in which the mountain of fire had been washed away. In the early morning, the Merapi had disappeared because the one who was carrying it was dead. Yes, Bu Pujo was carrying the volcano like those heavy baskets of offerings she loaded on her back on the day of the procession. She bore the responsibility, like her own child, with her wonders and her flaws. That’s why Bu Pujo looked like a giant.

Commençons par le postulat suivant : il n’est plus possible de douter de la nature mortifère du suprémacisme blanc. Aussi, au-devant de la réalité violente qui surgit au cœur même d’États réputés pacifiés, une première réaction s’est énoncée comme suit : le suprémacisme blanc est un ensemble d’idées1 à caractère terroriste2. Cette critique, nécessaire, a alors le […]

Est-il trop tard
pour l’effondrement ?
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.

Is it too late for collapse?
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler
« Nous sommes tous sur le même bateau », s’écrient les collapsologues, comme s’il s’agissait d’un scoop. Seulement, ces catastrophes annoncées, ou déjà bien amorcées, sont principalement causées par l’Occident et son système économique destructeur. Il s’agit ici de s’interroger sur l’effondrement en adoptant une perspective inversée et d’exposer la démarche de l’autrice de science-fiction Octavia Butler et des continuatrices de son œuvre, qui excellent à rendre possible des histoires alternatives. L’effondrement peut être l’occasion rêvée de changer d’angle et d’échelle et de revenir à l’essentiel.

Collapse Viewed from Below Along with Octavia Butler’s Sci-Fi
«We are all on the same boat,» exclaim the collapsologists, as if it were a scoop. Only these announced (or already well-established) disasters are mainly caused by the West and its destructive economic system. The aim here is to question the notion of collapse by adopting an inverted perspective, as provided by the science-fiction writings by Octavia Butler and the continuators of her work, who excel at making alternative stories possible. The collapse may be the perfect opportunity to change your viewpoint and scales of consideration, and to get back to basics.

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

sans histoire/s

«sans histoire/s»
Au volant de son taxi, Mori sillonne New York, la ville où il s’est installé après avoir vécu dans plusieurs autres pays, et qu’il aime et n’aime pas. Arrêté par les agents de contrôle de l’immigration clandestine, il est renvoyé en Afrique après un séjour en détention. Contre la frontière et ses cruautés, le récit, traversé par la pensée de Deleuze, de Derrida et de Tierno Bokar, suggère que seule la mise en œuvre d’une poétique de l’hospitalité peut redonner sens à nos vies, redonner au parcours de chacun, migrants et sédentaires, le statut d’une histoire.

“without history/ies”
At the wheel of his taxi, Mori drives in the streets of New York, the city where he settled after living in several other countries, a city he likes and dislikes. Arrested by agents of the office against illegal immigration, he is sent back to Africa after a stay in detention. Against the border and its cruelties, the story, inspired by the thoughts of Deleuze, Derrida and Tierno Bokar, suggests that only the implementation of a poetics of hospitality can restore meaning to our lives, and stage our trajectories, whether migrant or sedentary, as a story.

Sur les traversées
Dans cet entretien, la poétesse explore ce que signifie l’écriture de l’histoire des « sans histoires ». À travers la nouvelle qu’elle livre à Multitudes, intitulée précisément « sans histoire/s », et son recueil La quête infinie de l’autre rive (2011), l’auteur analyse le pouvoir de « considération » de la littérature, reliant les pensées de Marielle Macé avec celles d’Édouard Glissant.

On crossings
With this interview, the poetess explores what it means to write stories of people « without histories ». Through the short story she gives to Multitudes, entitled « without history/ies », and through her book La quête infinie de l’autre rive (2011), she analyses the power of « consideration » carried by literature, linking Marielle Macé’s thoughts with Edouard Glissant’s, among others.

Le français, c’est de l’italien mal gaulé
Gauz revient dans cet entretien sur son dernier roman, Camarade Papa, lequel a reçu le Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire en 2018. Il nous ouvre des chemins pour mieux le lire. Celui de raconter une histoire de l’Histoire, à hauteur d’hommes, adultes ou enfants, pleine de beauté, d’idéaux et de liberté. Celui de sortir de la couleur pour retrouver la capacité de ravissement et défendre les façons de parler comme cultures et armes politiques. Celui de nommer la beauté de l’espoir des migrants, qui sont des « super espérants ».

French is lousy Italian
In this interview, Gauz returns on his latest novel, Camarade Papa, who received the Literary Grand Prix of Black Africa in 2018. He opens paths for us to read it better. This invites us to tell a story of History, at the level of men, adults or children, a story full of beauty, ideals and freedom. It also invites us to escape from color in order to to regain a capacity of rapture and to defend the various ways of speaking as cultures and political weapons. It invites us to name the beauty of hope of migrants, who are “super hopefuls”.

Les migrations méditerranéennes
Entre enquête et polar
Jeune écrivain sénégalais, Mohamed Mbougar Sarr s’est fait enquêteur en Sicile, dans un petit village qui accueille des migrants d’Afrique subsaharienne. Le résultat de cette pratique d’enquête a été l’écriture d’un roman : Silence du chœur.

The Mediterranean migrations
Between investigation and thriller
Mohamed Mbougar Sarr is a young Senegalese writer. He pursued fieldwork research in a small village in Sicily, where Sub-Saharan migrants are waiting for regularization of their situation. The result of this fieldwork is the writing of a novel : Silence du chœur.

Théâtre et migrations
Entre Conakry et Paris
Entretien avec Hakim Bah

Théâtre et migrations
Entre Conakry et Paris
Dramaturge guinéen, Hakim Bah revient dans cet entretien sur l’écriture de deux de ses pièces récentes traitant des migrations : Convulsions, qui est une réécriture du Thyeste de Sénèque, et À bout de sueurs. Les mythes méditerranéens côtoient les coupures de presse et les faits divers dans ces textes à l’oralité et à la poésie très marquées.

Theater and migrations
Between Conakry and Paris
In this interview, Hakim Bah describes the writing process of two of his last plays, which deal with migrations : Convulsions, a rewriting of Seneca’s Thyeste, and À bout de sueurs. Mediterranean myths meet newspaper clippings in his texts characterised by orality and poetry.

22 février-22 août 2019
L’espérance

Le mouvement social a relevé un premier défi important : le dévoilement collectif et public d’une histoire politique dominante falsifiée et tronquée par la violence du politique déployée par les pouvoirs qui se sont succédé depuis 57 ans. Dans une société orpheline de contre-pouvoirs autonomes et puissants, il a pu arracher une liberté de parole interdite […]

5 juillet 1962-5 juillet 2019
« Libérez le peuple »

Le mouvement social algérien s’est de nouveau affirmé de façon pacifique par le nombre impressionnant de manifestants dans l’espace public au cours de 20ème vendredi le 5 juillet 2019, coïncidant avec le 57ème anniversaire de la fête de l’indépendance nationale. Le mouvement populaire a marqué de son empreinte l’événement politique annonciateur de la fin du […]

L’appropriation du drapeau national au cœur du mouvement social en Algérie

Comment lire la présence imposante du drapeau national dans les cinq manifestations (22 février, 1er, 8, 15 et 22 mars 2019) organisées dans toutes les villes d’Algérie ? Ce présentéisme totalisant du drapeau national a incontestablement une profondeur historique et anthropologique. Il redonne un sens pertinent à la Nation réappropriée, cette fois-ci par la population qui […]

L’assassinat du maire de Gdańsk, Paweł Adamowicz, le 14 janvier 2019, a révélé au monde entier la haine qui règne aujourd’hui en Pologne. Une haine orchestrée par le parti Droit et Justice (PiS), actuellement au pouvoir, et par ses supplétifs – groupuscules fascistes, prédicateurs nationaux catholiques, prêtres en folie, universitaires aigris, sites web et journaux patriotiques, […]

Une trentaine de femmes des quartiers nord de Marseille ont publié le 1er avril dernier dans le quotidien Libération une tribune pour que l’on affecte au développement social des quartiers les biens saisis aux trafiquants. Elles s’appuient sur l’expérience italienne racontée en 2014 sur le site www.laurent-muchielli.org par deux chercheurs, spécialistes de l’étude des mafias italiennes, […]

Apprentissage – Extinction – Résurrection / Grégory Chatonsky & Ariel Kyrou

Improvisation de l’amateur Ariel Kyrou Apprentissage – Extinction – Résurrection : le corpus spécialement conçu pour ce numéro de Multitudes s’ouvre et se ferme par une Terre aux arcs-en-ciel de bleus et de mauves. Une montagne brisée. Une carte aux lignes accidentées, émaillée de pixels déstructurés et sauvages. Est-ce dans ce paysage à la fois topographique […]

De la vision médiate en clinique : l’échostéthoscopie

De la vision médiate en clinique
L’échostéthoscopie
La clinique est ce rapport singulier d’un malade qui se plaint et d’un médecin qui l’écoute, pour le soulager, le guérir. Mais elle traverse une période de crise. On annonce même sa mort prochaine ! Étrangement, des progrès technologiques viennent aujourd’hui à son aide, l’incitant à rebondir. Deux cents ans après le stéthoscope, la vision médiate par échographie portable devient réalité et entre en scène pour sonder le corps malade « à son chevet ». Ce visible virtuel émanant de l’examen clinique se fait ainsi visible pour le clinicien, les médecins et malades en général, parce que les images peuvent se partager. C’est pour le clinicien prendre possession d’un espace jusque-là imperméable : la vision ne connaît plus d’interdit, mais n’affirme sa puissance que si elle pénétrée par une belle clinique.

Mediated vision
in the clinical gaze
Echostethoscopy
The clinical relation is the singular encounter between a patient who complains and a doctor who listens, in order to relieve and cure. But it is going through a period of crisis. One even announces his impending death! Strangely, technological advances are now coming to its rescue, prompting it to bounce back. Two hundred years after the stethoscope, the mediated vision by portable ultrasound becomes reality and enters the stage to probe the sick body “at his bedside”. This virtual visible from the clinical examination becomes thus visible to the clinician, doctors and patients in general, because the images can be shared. That means for the clinician to take possession of space that was impermeable until there: the vision penetrates beyond old barriers, but it will only assert its full power if it is permeated by a clinical relation restored to its true beauty.

Extractivisme prédateur et conflits de distribution écologique
Le minerai de fer en Inde
Cet article s’attaque au manque d’informations sur les nombreux conflits de distribution écologique (EDC) provoqués par l’extractivisme minier en Inde au cours de ces dernières années. Le minerai de fer est le métal le plus extrait en Inde et, par conséquent, les conflits liés à cette activité sont importants. Nous analysons ici neuf conflits majeurs surgis dans différents états de l’Inde. Dans l’analyse de ces cas, nous mettons l’accent que les conséquences de l’extractivisme prédateur dans le secteur de l’exploitation des minerais, ainsi que leurs impacts environnementaux, sociaux et culturels sur les régions minières « périphériques » de l’Inde.

Predatory extractivism and ecological distribution
conflicts

Iron ore in India
This article faces the lack of information on the abundant ecological distribution conflicts (EDC) related to mineral extractivism in India in recent years. Iron ore is the most extracted metal in India, and therefore, the conflicts in this activity are most significant. Here we analyze nine major conflicts in different states of India. From these cases, the consequences of predatory extractivism in the borders of the extraction of resources are reviewed, as well as their environmental, social and cultural impacts on the « peripherical » regions extracting iron ore.

L’impact environnemental et social des politiques publiques de développement sur les communautés autochtones
Les Dongria Kondh en Inde
Les réformes économiques néolibérales, suite à la crise financière de 1991, ont provoqué des mutations dans l’économie indienne, son développement industriel et agricole. Celles-ci ont touché l’ensemble de la population mais particulièrement, les groupes sociaux classés comme les plus vulnérables, telles que les communautés autochtones adivasi. Du point de vue des politiques publiques, ce qui caractérise les Adivasis, c’est leur désavantage économique et social. Ils font donc partie d’une catégorie sociale ciblée par différents programmes nationaux de développement et de réduction de la pauvreté, notamment par l’intermédiaire du Dongria Kondh Development Agency (DKDA pour son acronyme anglais), département gouvernemental de médiation entre le gouvernement central indien et le groupe autochtone Dongria Kondh. C’est sur ce groupe que porte notre enquête anthropologique. Le présent article, dont les résultats s’appuient sur neuf mois de travail sur le terrain entre 2011 et 2015, vise à mettre en évidence la manière dont les politiques publiques nationales visant les communautés de dongria ont des impacts environnementaux et sociaux significatifs.
The environmental and social impact of public policies of development on indigenous communities
The Dongria Kondh in India
The neoliberal economic reforms, following the financial crisis of 1991, caused changes in the Indian economy, in its industrial and agricultural development. These changes affected the entire population, and especially the vulnerable social groups, such as the indigenous adivasi communities. From the point of view of public policies, the Adivasi are characterized by their economic and social inferiority. They are therefore part of a social category targeted by different national programs of development and poverty reduction, including the Dongria Kondh Development Agency (DKDA), the governmental department of mediation between the central government of India and the indigenous Dongria Kondh group. This group is the focus of our anthropological inquiry. This article, which is based on nine months of field work between 2011 and 2015, aims to highlight how national public policies targeting dongria communities have significant environmental and social impacts.

Face à la croissance verte
Visions du « commun » du collectif Timbaktu dans l’Andhra Pradesh
L’utilisation des énergies renouvelables en Inde est en train de modifier (ou de maintenir) le modèle de croissance et de développement inégal qui la caractérise comme « économie émergente ». Nous mettons l’accent sur deux processus contrastés que connait l’Anantapuramu, un district rural marqué par des indices de pauvreté et de vulnérabilité climatique élevés. D’un côté, le développement de méga-infrastructures d’énergie éolienne déclenche une transformation régionale en faveur de « l’industrialisation verte ». De l’autre, la résistance du Collectif Timbaktu, une organisation de base qui travaille à la régénération des terres communales « improductives », promeut la gestion collective des ressources et renforce les relations de coopération au sein des communautés locales. Cette perspective contrastée permet de mettre à jour les différentes façons de comprendre la durabilité et ses implications politiques dans les dynamiques écologiques, sociales et spatiales des territoires concrets.

Facing green growth
Visions of the “common” of the Timbaktu Collective in Andhra Pradesh
The use of renewable energies in India is changing (or maintaining) the unequal growth and development model that characterizes an “emerging economy”. We contrast two processes currently unfolding in Anantapuramu, a rural district marked by high rates of poverty and climatic vulnerability. On the one hand, the progressive expansion of mega-infrastructures of wind energy acts like a trigger for a regional transformation in favor of « green industrialization ». On the other, the resistance of the Timbaktu Collective, a basic organization that works on regeneration of “unproductive” communal lands, promotes the collective management of resources and strengthens cooperative relationships within local communities. This contrasted perspective sheds light on different ways of understanding sustainability, as well as its political implications in ecological, social and spatial dynamics of concrete territories.

L’oppression des communautés autochtones hindoues au Pakistan
Le projet d’extraction de charbon de Thar
Le mégaprojet de centrale au charbon Thar (Thar Coal Mega Power Project) est l’un des plus ambitieux du Pakistan. Il affectera directement les communautés du désert de Thar sur une superficie d’environ neuf mille kilomètres carrés. Plus de deux cent cinquante villages seront évacués pour assurer son succès économique. Le projet a d’ores et déjà provoqué des migrations, des spéculations sur le sol, l’usurpation de pâturages communs et le rejet des communautés. Les conflits dans la région revêtent deux faces. D’abord, on constate des conflits entre les communautés autochtones, l’État et les fonctionnaires de la Sindh Engro Coal Mining Company (SECMC). Ensuite, les problèmes intracommunautaires se sont transformés en conflits religieux entre musulmans et hindous, bien que les causes sous-jacentes soient environnementales. Cet article fournit une description critique des conflits, de l’usurpation de la terre, des processus de spéculation et d’accumulation dans la zone du projet.

The oppression of indigenous communities in Pakistan
The Thar coal
mining project
The Thar Coal Mega Power Project is one of the most ambitious projects in Pakistan. It will directly affect the communities of the Thar Desert over an area of ​​about nine thousand square kilometers. More than two hundred and fifty villages will be evacuated to ensure its economic success. The project has already caused migration, speculation on the ground, usurpation of common pastures and rejection of communities. Conflicts in the region take two sides. First, there are conflicts between indigenous communities, the state, and officials of the Sindh Engro Coal Mining Company (SECMC). Second, intra-community problems have turned into religious conflicts between Muslims and Hindus, although the underlying causes are environmental. This article provides a critical description of conflicts, land spoofing, speculation and accumulation processes in the project area.

Sri Lanka : Conflits socio-environnementaux et projets de développement
Cet article analyse les situations d’injustice environnementale au Sri Lanka, en comparant vingt-six conflits socio-environnementaux identifiés dans l’Atlas mondial de la justice environnementale. Ils sont été compilés par l’auteur, en collaboration avec des activistes du Center for Environmental Justice (CEJ) du Sri Lanka. En nous appuyant sur différentes sources (rapports d’ONG, journaux, blogs, sources gouvernementales, déclarations commerciales et articles universitaires), et en privilégiant une approche d’écologie politique, nous analysons quelles sont les activités économiques qui génèrent des affrontements, quels acteurs y participent et de quelle manière les différents groupes se sont mobilisés contre des projets d’investissement.

Sri Lanka. Socio-environmental conflicts and development projects
This article analyzes situations of environmental injustice in Sri Lanka, comparing twenty-six socio-environmental conflicts identified in the Global Atlas of Environmental Justice. They have been compiled by the author, in collaboration with activists from Sri Lanka’s Center for Environmental Justice (CEJ). By nudging different sources (NGO reports, newspapers, blogs, government sources, commercial statements, academic articles), and focusing on an approach of political ecology, we analyze what are the economic activities that generate confrontations, which actors participate, and how different groups have mobilized against investment projects.