Archives par mot-clé : intellect

En ces temps de pandémie, certains pays poursuivent tranquillement leur voie dictatoriale, enfermant leur population depuis des lustres – Turkménistan, Corée du Nord, etc. – et surenchérissant sur la clôture par souci extrême d’empêcher le virus de pénétrer sur leur territoire national. D’autres, comme la Birmanie, interdisent toute information et répriment journalistes et réseaux sociaux. En Inde, où […]

Mon prénom s’écrivait jadis Chôra (χώρα). Je renais sans cesse, en différents lieux, parce que je suis le terreau d’où émergent les différentes formes de vie, le territoire antérieur à toute enclosure, le commun dont chacune de nous est une émanation, la commune dans laquelle chaque volonté rêve de se reconnaître. Une philosophe contemporaine dit […]

Télétravail

Lorsqu’en mai, Twitter annonce : « Si nos employés ont un rôle et une situation qui leur permettent de travailler de chez eux et qu’ils veulent le faire indéfiniment, nous rendrons cela possible », et lorsque Mark Zuckerberg surenchérit en clamant que Facebook veut devenir dans les dix ans « l’entreprise la plus en avancée du monde sur le […]

Dans le monde qui n’est pas celui de l’infiniment petit, mais le monde social, ce que l’on dit invisible est généralement ce qui est là, juste sous notre nez, mais auquel on ne prête aucune attention, notamment quand il s’agit de travail, parce qu’on a été éduqué à penser que certaines activités n’avaient aucune valeur […]

Étrange situation de la littérature durant les semaines de confinement… Son économie s’écroule, les éditeurs sont invités à déstocker en annulant des parutions, les librairies crient famine, certains auteurs implorent l’aide de l’État, etc. Et pourtant la littérature, comme forme de vie et de pensée, n’a jamais été autant à son aise : dans sa fonction même […]

La lutte actuelle de milieux universitaires contre le projet de Loi pluriannuelle de programmation de la recherche (LPPR) respecte un rituel désormais bien connu. Nos différents gouvernements successifs (UMP, LR, PS, LREM) sortent de leur manche une « réforme » censée améliorer la « compétitivité » de la recherche et des universités françaises par rapport à leurs concurrentes étrangères. […]

All Incomplete

All Incomplete
Tirant son titre du prochain manifeste à paraître des deux auteurs, ce bref article met en relief la complicité intellectuelle entre Stefano Harney et Fred Moten au sein de nos sensibilités contemporaines. Il suggère quelques façons de les entendre dialoguer ensemble – entre eux, avec nous, parmi nous.

All Incomplete
Drawing its title from the forthcoming book by the two authors, this brief article stages and echoes the intellectual complicity displayed by Stefano Harney and Fred Moten within our current modes of sensibility. It suggests a few ways of listening to the common dialogue they share—with each other, with us, among us.

The Undercommons : extraits
Cet article propose une sélection de bonnes feuilles du livre de 2013 The Undercommons, actuellement en voie de traduction pour une publication française en 2021. Y sont abordés les thèmes de la politique « encerclée » (surrounded), de la gouvernance, du planning et de la policy, de la logistique, ainsi que de ce qui fait de l’étude consacrée aux undercommons une philosophie du toucher.

Excerpts from the Undercommons
This article selects passages from Harney and Moten’s book The Undercommons (2013), focusing on issues related to politics surrounded, governance, planning and policy, logistics, and hapticality, whereby the authors put feeling and touching at the core of their philosophical gesture.

Créer des publics
Cet article commence par survoler quelques définitions possibles de ce que sont « les publics », et en quoi on peut les considérer non en termes de données, mais en termes de réalités construites par des infrastructures de médiation. Il envisage ensuite quelques-unes des modalités possibles de l’instauration des nouveaux publics dont nos sociétés auraient besoin pour mieux réaliser leurs idéaux démocratiques.

Creating Publics
This article begins by outlining some possible definitions of what “publics” are, and how they can be considered not in terms of preexisting audiences, but in terms of realities constructed by infrastructures of mediation. The paper then considers some possible ways of creating the new publics that our societies need better to realize their democratic ideals.

Construire des publics pour se saisir de l’actualité
Saisir est une association d’éducation populaire et d’éducation aux médias qui organise des « ateliers populaires de décryptage de l’actualité ». Le principe en est simple : une organisation – association, entreprise, café, collectivité locale – propose à son public de se réunir environ deux heures pour débriefer ensemble de l’actualité du moment. Derrière ce format se cache le triple pari de l’oralité, de l’altérité et de l’unité de temps et d’espace. Au lieu d’écouter ou de voir les informations en état de solitude passive, Saisir invite à formuler avec autrui ce qui peut être une signification commune de ces informations.

Constructing Publics to Make Sense of the News
Saisir is an association for popular education and media education, which organizes “popular workshops for deciphering the News”. The principle is simple: an organization—an association, a company, a café, a local authority—offers its members the opportunity to meet for about two hours in order to debrief together on current events. Behind this format lies the triple challenge of orality, alterity and co-presence. Instead of listening to or seeing the News in a state of passive solitude, Saisir invites us to formulate with each other what may be a common meaning of the News.

En quête d’une morale des sexes ?
Le mot de « phallocratie » des années 1970 est remplacé par celui de « patriarcat » dans le mouvement des femmes des années 2010. Ce changement s’accompagne d’une dépolitisation du mouvement, aujourd’hui soucieux, avant tout, d’obtenir des actions gouvernementales efficaces, et ouvert à toutes les opinions politiques. Il s’ensuit une forte demande de moralisation des comportements comme en témoigne le travail de l’unité de « dépatriarcalisation » du ministère du tourisme en Bolivie.

In Search of a Moral of the Sexes?
The word “phallocracy” from the 1970s is replaced by “patriarchy” in the women’s movement of the 2010s. This change is accompanied by a depoliticization of the movement, which is now concerned above all with obtaining effective government action and is open to all political opinions. There is also a strong demand for moralizing behavior, as shown by the work of the “depatriarchalization” unit of the Ministry of Tourism in Bolivia.

La persistance du patriarcat
Le mouvement des femmes contre les agressions sexuelles pointe la responsabilité du patriarcat, d’un système de classement binaire qui organise la domination des hommes sur les femmes. La sociologie française préfère parler d’une domination masculine, expliquée par la volonté des hommes de s’approprier la fécondité des femmes pour Françoise Héritier, ou de construire un monde de l’entre-soi pour Pierre Bourdieu. Pour Carol Gilligan et Naomi Snider, le patriarcat est une force de hiérarchisation genrée qui s’applique à toutes les relations sociales, mais qui rencontre aujourd’hui une résistance, celle des femmes et celles de toutes les minorités sexuelles.

The Persistence of Patriarchy
The women’s movement against sexual violence points to the responsibility of patriarchy, a binary ranking system that organizes the domination of men over women. French sociology prefers to speak of male domination explained by men’s desire to appropriate women’s fertility for Françoise Héritier, or to build a world among themselves for Pierre Bourdieu. For Carol Gilligan and Naomi Snider, patriarchy is a gendered hierarchical force that applies to all social relations but which today meets with resistance, from women and from all sexual minorities.

La longue durée de l’exploitation domestique
Les femmes mariées restent gouvernées par les hommes qui en attendent un travail domestique ménager, culturel, social, et sexuel. La famille reste oppressive pour les femmes. Patriarcat et capitalisme sont deux systèmes d’oppression distincts. Partout, et pas seulement dans le capitalisme, le travail ménager est fait par les femmes gratuitement et obligatoirement, parfois par des domestiques qu’il faut tout de même contrôler. La hiérarchie entre les hommes et les femmes reste admise, car elle est héritée du passé. Les femmes continuent de s’autosacrifier quand il faut partager au sein de la famille.

The Long Duration of Domestic Exploitation
Married women continue to be governed by men who expect them to perform domestic, cultural, social, and sexual work. The family remains oppressive for women. Patriarchy and capitalism are two distinct systems of oppression. Everywhere, and not only in capitalism, domestic work is done by women free of charge and compulsorily, sometimes by domestic servants who still have to be controlled. The hierarchy between men and women is still accepted because it is inherited from the past. Women continue to be self-sacrificing when it comes to sharing within the family.

Le troisième âge de l’intelligence augmentée, dite  artificielle
Le constat que faisait Herbert Simon, Prix Nobel d’économie 1978, comme quoi l’IA est très éloignée de l’intelligence humaine naviguant dans un monde incertain, reste plus juste que jamais en 2020. D’abord, l’IA manque de rigueur méthodologique sur la constitution et le traitement des données. Pire : après avoir privilégié le modèle de l’intelligence symbolique, qui a trouvé ses limites, elle prend désormais pour modèle l’intelligence intuitive de l’enfant de moins de 6 ans, qui plus est de façon caricaturale. Ne faudrait-il pas plutôt tenter d’aller vers un troisième âge de l’IA, augmentant nos capacités plutôt que les singeant, et s’appuyant sur tous les ressorts de l’intelligence ?

The third age of augmented intelligence, known as artificial intelligence
The observation made by Herbert Simon, 1978 Nobel Prize in economics, that AI is far removed from human intelligence navigating in an uncertain world, remains more correct than ever in 2020. First, AI lacks methodological rigor on the constitution and processing of data. Worse: after having privileged the symbolic intelligence model, which has found its limits, it now takes as its model the intuitive intelligence of children under 6, what is more in a very crude and cartoonish way. Shouldn’t we rather try to go towards a third age of AI, increasing our capacities rather than mimicking them, and relying on all the springs of intelligence?

Pour un design alternatif de l’intelligence artificielle ?
Mené entre septembre 2019 et janvier 2020 par les designers Jürg Lehni et Douglas Edric Stanley au sein du Master Media Design de la Haute École d’Art & Design de Genève (HEAD – Genève), le workshop « Thinking Machines » prend comme point de départ l’automatisation des métiers de la création et le fantasme de machines « pensantes ». Ce projet examine, avec un brin d’ironie, un avenir où les designers seraient en mesure de cultiver les IA et de s’extraire des fantasmes technologiques. En quoi le design pourrait-il contribuer à une critique de la culture dominante de l’IA ? Comment inventer, par les pratiques de design, des alternatives soutenables ?

For an alternative design of artificial intelligence?
Conducted between September 2019 and January 2020 by designers Jürg Lehni and Douglas Edric Stanley within the Head of Research at HEAD–Geneva, the workshop “Thinking Machines” takes as its starting point the automation of creative professions and the fantasy of “thinking” machines. This project examines, with a touch of irony, a future where designers would be able to cultivate AI and extract themselves from the fantasies of technopower. How might design contribute to a critique of the dominant AI culture? How can sustainable alternatives be invented through design practices?

Questionner « l’intelligence » des machines

Questionner « l’intelligence » des machines
La création de « puces synaptiques » qui seraient dotées d’une certaine plasticité ouvre-t-elle la voie à une intelligence artificielle vraiment « intelligente », même si de façon différente des êtres humains ? Ou la nature des avancées de ce type, d’une plasticité à des années lumières de celle du cerveau humain, nous contraignent-elles à beaucoup plus de scepticisme ? Pour la philosophe Catherine Malabou, l’essentiel est de permettre aux deux intelligences, naturelle et artificielle, de s’enrichir l’une l’autre. De ne jamais fermer la voie des possibles, que ce soit par des réflexions philosophiques, des fictions ou des expérimentations.

Questioning the “intelligence” of the machines
Does the creation of “synaptic chips” which would have a certain plasticity open the way to a really “intelligent” artificial intelligence, even if in a different way from human beings? Or do the nature of such advances, from plasticity far away from that of the human brain, force us to be much more skeptical? For the philosopher Catherine Malabou, the main thing is to allow the two intelligences, natural and artificial, to enrich each other, and never to close the path of possibilities, whether by philosophical reflections, fictions or experiments.

De la conServation à  la  conVersation
Le pari de la carte blanche

De la conServation à la conVersation
Le pari de la carte blanche
Nanette Snoep, alors directrice du Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) et aujourd’hui à la tête du Rautenstrauch Joest Museum – Kulturen der Welt à Cologne, revient dans cet article sur l’exposition « Megalopolis – Les voix de Kinshasa » (2018) qu’elle accueillit à Leipzig, et sur la manière dont son organisation fut conçue pour donner carte blanche aux commissaires Eddy Ekete et Freddy Tsimba, artistes plasticiens congolais. Les difficultés inhérentes à l’organisation encore dominante aujourd’hui du musée ethnographique, la nécessaire et urgente participation d’acteurs culturels issus des pays d’où proviennent les collections ethnographiques invite à revisiter structurellement son fonctionnement. Comment les musées peuvent-ils devenir des lieux effectifs de décolonisation du savoir et des narrations ? Qui parle et qui parle à qui ? Et comment ? Au lieu d’être un musée confiné à l’exclusive conServation, il devrait se dédier davantage à la conVersation, dans un forum où les objets nous parlent et où les gens se parlent.

From conServation to conVersation
The bet of the carte blanche 
Nanette Snoep, then director of the Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) and now head of the Rautenstrauch-Joest Museum – Kulturen der Welt in Cologne, looks back in this article on the exhibition “Megalopolis – Voices from Kinshasa”(2018) that she hosted in Leipzig and how its organisation was designed to give curators Eddy Ekete and Freddy Tsimba carte blanche. The difficulties inherent in the ethnographic museum’s organization, which is still dominant today, and the necessary and urgent participation of cultural actors from the countries from which the ethnographic collections originate, call for a structural revision of its functioning. How can museums become effective places for the decolonization of knowledge and narratives? Who speaks and who speaks to whom? And how? Instead of being a museum confined to exclusive conServation, it should be more dedicated to conVersation, in a forum where objects speak to us and people speak to each other.

Dans une de ses 24 propositions au moment des dernières présidentielles1, Multitudes soulignait déjà la nécessité impérative pour la société de mieux défendre les lanceurs d’alerte. Que les salariés notamment puissent rendre publiques sans dommages pour eux-mêmes toutes les malfaçons et magouilles que leurs entreprises les forcent à commettre constituait déjà un saut décisif dans […]

Dans leur ouvrage écrit en collaboration Knowing and the Known1 [le connaissant et le connu], le philosophe pragmatiste John Dewey et le sociologue Arthur Bentley proposent une « approche transactionnelle » de l’enchevêtrement vital des humains, des choses et du « milieu » en tant que « parties » culturelles, sociales, commerciales et individuelles d’un « ensemble de transactions », soutenant que « sans […]

Cyber samsāra ou la métempsycose des machines

Cyber samsāra ou la métempsycose des machines
Une forme de transmigration électronique est en train de s’opérer sous nos yeux. Le Dalaï Lama l’a bien compris, apportant récemment sa bénédiction à un grand projet de « téléchargement de l’esprit » (mind uploading). Quel lien entretient ce modèle « numérique » de la transmigration (celui que nous promettent les transhumanistes) avec les formes plus anciennes (brahmanique, bouddhiste, spirite, etc.) ? Aurions-nous déjà opéré notre propre transmigration ? Basculé dans une autre matrice ? Serions-nous tous en train de devenir des esprits sans le savoir ?

Cyber samsāra or the metempsychosis of machines
A form of electronic transmigration is taking place under our eyes. The Dalai Lama has understood this, recently bringing his blessing to a big project of “mind uploading”. What is the link between this “digital” model of transmigration (the one that the transhumanists promise to us) and the older forms (Brahmanic, Buddhist, Spiritual, etc.)? Would we have already done our own transmigration? Switched to another matrix? Would we all be spirits without knowing it?

Dans Le Mouton enragé (1974) de Michel Deville, Claude (alias Jean-Pierre Cassel) fait remarquer à son ami Nicolas (alias Jean-Louis Trintignant), en proie à des difficultés financières : « C’est pas de l’argent qu’il te faut, c’est une situation. »1 En milieu urbain, dans les soirées, les cafés ou les restaurants, la socialisation des membres des classes moyennes […]

Est-il trop tard
pour l’effondrement ?
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.

Is it too late for collapse?
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.

Le Plantationocène dans la perspective des undercommons
Cet article plaide pour un décadrage et un recadrage nécessaires pour neutraliser certains effets pervers du terme d’effondrement, tout en conservant ses vertus mobilisatrices. Il propose de s’appuyer sur la notion d’undercommons (« communs d’en bas » ou « sous-communs ») avancée par Stefano Harney & Fred Moten en 2013, qui s’inspire des formes de vie et de pensée collectives cultivées au sein de la black radical tradition nord-américaine, par celles et ceux qui sont issu.es des cales esclavagistes de la colonisation plantacionocène.

The Plantationocene from the Point of View of the Undercommons
This article argues for a reframing of the notion of collapse, necessary to neutralize some of its perverse effects, while maintaining its mobilizing virtues. It suggests to draw inspiration from the notion of undercommons, as elaborated by Stefano Harney & Fred Moten in 2013, which is inspired by collective forms of life and thought cultivated in the Black Radical Tradition, by those who came as slaves and subalterns from the hold of Plantacionocene colonization.

La « civilisation écologique » controlée par le numérique en Chine
Le concept de « civilisation écologique » a initialement été développé par des intellectuels chinois, à la fin des années 1980, comme une critique de la modernité industrielle et du système capitaliste face à la catastrophe écologique planétaire en cours. À partir du milieu des années 2000, et suite à l’accentuation des contestations environnementales dans les grandes villes du pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) a décidé de faire de cette notion un de ses slogans politiques phares, mais au prix de vider ce concept de sa dimension critique pour l’instrumentaliser au service de la propagande d’État, de la croissance verte et du contrôle numérique des écosystèmes. La Chine serait-elle en train d’inventer de nouvelles normes de gouvernance ?

Digital Control as a Environmental Policy according to the Chinese Communist Party
The concept of «ecological civilization» was initially developed by Chinese intellectuals in the late 1980s as a critique of industrial modernity and the capitalist system, in the face of the ongoing global ecological catastrophe. Starting in the mid-2000s, and following the intensification of environmental challenges in the country’s major cities, the Chinese Communist Party (CCP) decided to make this notion one of its flagship political slogans, but at the price of emptying this concept of its critical dimension, to use it in the service of State propaganda, green growth and digital control of ecosystems. Is China inventing new standards of governance?

Lire et vivre dans les ruines : Tsing et Sebald
À partir du Champignon de la fin du monde d’Anna Tsing, ce texte interroge l’imaginaire résolument optimiste de découverte et de reconquête nourrie par l’attention à ce qui échappe à la destruction, propre à plusieurs travaux récents. Revenant sur la position du chercheur avide de nouveaux récits, soucieux également de ne pas les écraser sous des jugements déterminant a priori ce qui compte et ne compte pas, au risque de les étouffer, l’article invite cependant à ne pas négliger la dimension de perte associée aux catastrophes passées et en cours. À cet égard, il convoque d’autres voix, en dehors des sciences sociales, en particulier celle de l’écrivant allemand W.G. Sebald, lequel accorde une place très importante aux ruines et à la remémoration des mondes perdus, de ce qui a compté pour les disparus, tel l’inlassable effort caractérisant la vie au sein des milieux fragiles.

Reading and Living in the Ruins: Tsing and Sebald
Musing from Anna Tsing’s Mushroom of the End of the World, this article questions the resolutely optimistic imagination of discovery and reconquest nourished by the “arts of attention” to what escapes the destruction, promoted in many recent works. Returning to the position of the researcher eager for new stories, also anxious not to crush or stifle them under judgments determining a priori what should or should not count, the article invites us not to neglect the dimension of loss associated with past and ongoing disasters. In this regard, it calls in other voices, outside the social sciences, especially that of the German writer WG Sebald, who gives a very important place to the ruins and the remembrance of the lost worlds, of what counted for the disappeared, as a tireless effort characterizing life in fragile environments.

Faut-il « avertir de la fin des temps pour exiger la fin des touillettes » ? Les ressorts de l’engagement écocitoyen
À partir d’une incursion sur les forums électroniques d’« effondrés », cet article se penche sur ce que l’idée d’effondrement fait à celle et ceux qui y adhèrent. En décalage avec des questionnements sous l’angle des risques de démobilisation ou de dépolitisation, on voit que cette idée, en stimulant l’exploration en commun des relations concrètes et situées, peut favoriser une radicalisation du rapport au réel. Au contraire d’une fabrique de l’ignorance et du désemparement, les groupes Facebook des « effondrés » apparaissent comme des espaces d’exploration partagée, où les prises et les pistes le disputent sans cesse au désarroi. On peut alors voir, dans la fortune du terme effondrement, l’indice d’une multiplication des enquêtes lancées pour retrouver une terre où atterrir en expérimentant de nouveaux détachements-attachements.

Are Apocalyptic Threats Necessary to Recycle Plastic Spoons? On the Dynamics of EcoPolitical Involvement
Based on an incursion into the electronic forums of collapsonauts, this article looks at what the idea of ​​collapse does to those who adhere to it. At odds with the denunciations about the risks of demobilization or depoliticization, we can see that collapsology, by stimulating the joint exploration of concrete and situated relations, can encourage a radicalization of the relation to reality. Far from being a fabric of ignorance and distress, Facebook groups of collapsonauts appear as spaces of shared exploration, where the emergence of affordances and new paths prevail over dismay. We can thus see, in the fortunes of the term collapse, the index of a multiplication of investigations launched to find place where Earthbounds can land by experimenting with new modes of detachments-attachments.

Converger vers l’effondrement – Trajectoires et perspectives
Le texte montre comment les questions d’effondrement viennent à s’imposer dans les trajectoires professionnelles et personnelles, même si le fonctionnement des sciences sociales et de l’université sont plutôt des obstacles à sa prise en compte. Des perspectives se dégagent – au-delà du redéploiement des questions de recherche autour des mouvements souhaitant conjurer l’effondrement, elles oscillent entre un pessimisme non résigné, attentif à des questions de relocalisation, et l’implication directe dans de nouveaux mouvements écologistes.

Converging Towards Collapse – Trajectories and Perspectives
This article shows how issues of collapse are gaining ground in professional and personal trajectories, even if the functioning of the social sciences and the university tend to raise obstacles to its taking into account. Perspectives emerge—beyond the redeployment of research questions around movements wishing to avert collapse, they oscillate between un-resigned pessimism, attentive to issues of relocalization, and direct involvement in new ecologist movements.

22 février-22 août 2019
L’espérance

Le mouvement social a relevé un premier défi important : le dévoilement collectif et public d’une histoire politique dominante falsifiée et tronquée par la violence du politique déployée par les pouvoirs qui se sont succédé depuis 57 ans. Dans une société orpheline de contre-pouvoirs autonomes et puissants, il a pu arracher une liberté de parole interdite […]

5 juillet 1962-5 juillet 2019
« Libérez le peuple »

Le mouvement social algérien s’est de nouveau affirmé de façon pacifique par le nombre impressionnant de manifestants dans l’espace public au cours de 20ème vendredi le 5 juillet 2019, coïncidant avec le 57ème anniversaire de la fête de l’indépendance nationale. Le mouvement populaire a marqué de son empreinte l’événement politique annonciateur de la fin du […]

Evidence-Based Medicine
et expertise clinique
L’Evidence-Based Medicine (EBM) est définie comme « l’utilisation consciencieuse et judicieuse des meilleures données actuelles de la recherche clinique dans la prise en charge personnalisée de chaque patient ». L’EBM met en œuvre des standards de qualité du plus haut niveau par le tri actif de toutes les études cliniques disponibles. D’un côté, elle remet en question le fondement des savoirs pratiques basé sur l’intuition, l’expérience clinique et le mécanisme des maladies. D’un autre, elle refuse l’autorité des experts et leurs recommandations. Si l’intention de l’EBM d’améliorer la pratique clinique est louable, elle ne peut résoudre la question cruciale de l’expertise clinique. En se concentrant sur les études cliniques, l’EBM oublie que le savoir clinique nécessite de rassembler plusieurs formes de savoirs. Dès lors, il manque à l’EBM une connaissance tacite, non formalisable, qu’elle rejette pour son absence supposée d’objectivité. L’expertise clinique comme incorporation de gestes à la fois intellectuels et techniques nécessite un travail de synthèse entre les connaissances implicites et explicites afin de revenir à son but : le soin au patient dans sa particularité.

Evidence-Based Medicine and Clinical Expertise
Evidence-Based Medicine (EBM) is defined as “the conscientious and judicious use of the best current data of clinical research in the personalized care of each patient”. EBM implements quality standards of the highest level by active sorting of all available clinical studies. On the one hand, it challenges the foundation of practical knowledge based on intuition, clinical experience and the mechanism of disease. On the other hand, it refuses the authority of the experts and their recommendations. While EBM’s intention to improve clinical practice is commendable, it cannot solve the crucial question of clinical expertise. By focusing on clinical studies, the EBM forgets that clinical knowledge requires bringing together several forms of knowledge. Therefore, the EBM lacks a tacit, non-formalizable knowledge, which it rejects for its supposed lack of objectivity. Clinical expertise as an incorporation of both intellectual and technical gestures requires a synthesis between implicit and explicit knowledge in order to return to its purpose: the care of the patient in his particularity.