Archives par mot-clé : modèle

La lutte actuelle de milieux universitaires contre le projet de Loi pluriannuelle de programmation de la recherche (LPPR) respecte un rituel désormais bien connu. Nos différents gouvernements successifs (UMP, LR, PS, LREM) sortent de leur manche une « réforme » censée améliorer la « compétitivité » de la recherche et des universités françaises par rapport à leurs concurrentes étrangères. […]

Fanny Durand présente deux séries de pièces, la première plus ancienne revisite les ornements des uniformes militaires, la seconde exhume les images oubliées des Amazones des temps présents. Les bijoux L’artiste s’intéresse aux bijoux de ces messieurs, ceux qu’ils arborent sur leurs tenues militaires. Ces guerriers s’honorent de porter de telles parures qui les distinguent, […]

Manières de faire des publics
La littérature est restée rivée à un modèle simpliste où il ne serait question que de la transmission d’un texte d’un auteur à ses lecteurs. Néanmoins, son fonctionnement social implique plutôt un écosystème complexe et empirique de relations que Christophe Hanna nomme « public ».

Ways of Making Publics
Literature is still glued to a simplistic model describing the literary world as the transmission of a text from an author to his readers. But the way it socially works outlines a wider empirical ecosystem of relations that Hanna calls a “public”.

Le public des vidéos « ASMR »
Des sentinelles sensibles ?
La recherche d’une mystérieuse sensation appelée « ASMR » donne lieu à une production de plus en plus imposante de vidéos, spécifiquement dédiées à un public qui y serait sensible. Dans ces vidéos, un guide – souvent une jeune femme – joue avec différentes matières qu’elle fait résonner, notamment en touchant directement l’appareillage technique pour faire mine de caresser le futur regardeur. L’ASMR comme phénomène socio-technique est-elle le produit d’un système économique qui désunit et fractionne les êtres en les couplant avec leurs ordinateurs plutôt qu’avec des humains, ou ouvre-t-elle la voie à une forme de résistance sur le réseau, où le corps sentant répond à la résonance concrète de la matière ?

The ASMR Public
Sensible Sentries ?
The search for a mysterious sensation called “ASMR” fosters a more and more important production of videos for a specific public sensible to such inputs. A guide—often a young lady—plays with different matters in order to make them resonate and strokes directly the recording devices as if she was stroking the coming spectator. Is “ASMR” just the product of an economic system separating the people through the technology or rather a way of physical resistance against the network ?

Trajectoires de relocation du cinéma

Trajectoires de relocation du cinéma
La notion de « relocation » désigne le déplacement historique du visionnage cinématographique vers des milieux et des objets nouveaux. Qu’il s’agisse de regarder une œuvre cinématographique sur une tablette dans un train ou bien d’assister à un match de foot dans la salle domestique d’un home théâtre, la dispersion de l’expérience cinématographique, en cours depuis longtemps, est significativement accélérée par les nouveaux media.

Trajectories of Cinematic Relocation
The notion of “relocation” defines the historical displacement of movie screening practice towards new environments and objects. We could think of a movie watched on our tablet on a train or to a football match watched in a home theatre replicating a cinema venue. The relocation of the cinematic experience, started several decades ago, has been greatly accelerated by new media.

Netflix :
une télé ameliorée ?
Si on analyse les stratégies publicitaires de la plateforme Netflix il devient possible de mieux comprendre le modèle de spectateur que celles-ci façonnent. En étudiant la comparaison avec la chaine câblée HBO mais aussi le matériel de la campagne promotionnelle TV Got Better, nous observons les promesses que Netflix adresse à son public potentiel (plénitude, participation, prestige et personnalisation) ainsi que son encouragement des pratiques de visionnement « en rafale ».

Netflix :
TV got Better ?
If one analyzes the promotional strategies of Netflix, it’s possible to grasp the model of spectatorship that such strategies outline. While studying the comparison with subscription cable channel HBO and promotional materials such as TV Got Better campaign, we observe the promises that Netflix offers to its public (plenitude, participation, prestige and personalization) as well as the way it spreads binge watching practices.

En quête d’une morale des sexes ?
Le mot de « phallocratie » des années 1970 est remplacé par celui de « patriarcat » dans le mouvement des femmes des années 2010. Ce changement s’accompagne d’une dépolitisation du mouvement, aujourd’hui soucieux, avant tout, d’obtenir des actions gouvernementales efficaces, et ouvert à toutes les opinions politiques. Il s’ensuit une forte demande de moralisation des comportements comme en témoigne le travail de l’unité de « dépatriarcalisation » du ministère du tourisme en Bolivie.

In Search of a Moral of the Sexes?
The word “phallocracy” from the 1970s is replaced by “patriarchy” in the women’s movement of the 2010s. This change is accompanied by a depoliticization of the movement, which is now concerned above all with obtaining effective government action and is open to all political opinions. There is also a strong demand for moralizing behavior, as shown by the work of the “depatriarchalization” unit of the Ministry of Tourism in Bolivia.

La persistance du patriarcat
Le mouvement des femmes contre les agressions sexuelles pointe la responsabilité du patriarcat, d’un système de classement binaire qui organise la domination des hommes sur les femmes. La sociologie française préfère parler d’une domination masculine, expliquée par la volonté des hommes de s’approprier la fécondité des femmes pour Françoise Héritier, ou de construire un monde de l’entre-soi pour Pierre Bourdieu. Pour Carol Gilligan et Naomi Snider, le patriarcat est une force de hiérarchisation genrée qui s’applique à toutes les relations sociales, mais qui rencontre aujourd’hui une résistance, celle des femmes et celles de toutes les minorités sexuelles.

The Persistence of Patriarchy
The women’s movement against sexual violence points to the responsibility of patriarchy, a binary ranking system that organizes the domination of men over women. French sociology prefers to speak of male domination explained by men’s desire to appropriate women’s fertility for Françoise Héritier, or to build a world among themselves for Pierre Bourdieu. For Carol Gilligan and Naomi Snider, patriarchy is a gendered hierarchical force that applies to all social relations but which today meets with resistance, from women and from all sexual minorities.

Le réveil des mauvaises filles
Au résumé de la thèse de Gilligan et Snider déjà présenté dans les articles précédents, l’autrice ajoute que femmes et hommes ainsi différenciées reconnaissent chacun·e leur vulnérabilité et celle de l’autre, ce qui les met sur la voie de l’égalité. Le film Atlantique de Mati Diop offre une belle illustration de cette théorie. On y voit les jeunes femmes reprendre à leur compte la revendication de dignité de leurs amis morts en mer dans le drame de l’émigration.

Waking up the Bad Girls
To the summary of Gilligan and Snider’s thesis already presented in the previous articles, the author adds that women and men thus differentiated recognize each other’s vulnerability and that of the other. Mati Diop’s film Atlantic is be a good illustration of this theory. It shows young women taking up the claim to dignity of their friends who died at sea in the drama of emigration.

La longue durée de l’exploitation domestique
Les femmes mariées restent gouvernées par les hommes qui en attendent un travail domestique ménager, culturel, social, et sexuel. La famille reste oppressive pour les femmes. Patriarcat et capitalisme sont deux systèmes d’oppression distincts. Partout, et pas seulement dans le capitalisme, le travail ménager est fait par les femmes gratuitement et obligatoirement, parfois par des domestiques qu’il faut tout de même contrôler. La hiérarchie entre les hommes et les femmes reste admise, car elle est héritée du passé. Les femmes continuent de s’autosacrifier quand il faut partager au sein de la famille.

The Long Duration of Domestic Exploitation
Married women continue to be governed by men who expect them to perform domestic, cultural, social, and sexual work. The family remains oppressive for women. Patriarchy and capitalism are two distinct systems of oppression. Everywhere, and not only in capitalism, domestic work is done by women free of charge and compulsorily, sometimes by domestic servants who still have to be controlled. The hierarchy between men and women is still accepted because it is inherited from the past. Women continue to be self-sacrificing when it comes to sharing within the family.

#MeToologies ou les ciseaux de Vanessa Springora
Le patriarcat au singulier est une construction mythique permise aujourd’hui par la concision et la répétition du message numérique. L’heure est plus que jamais à l’opposition binaire des catégories et à la concurrence entre mouvements. Le mouvement #MeToo a été lancé en 2007 par une femme noire devenue vice-présidente de la fondation Girls for Gender Equity. Il s’agit de construire une communauté de plaignantes, un groupe d’assujetties au binarisme genré, au modelé médiatique des visages de stars, et d’entonner une véritable ode aux méfaits du patriarcat, ce à quoi contribue également le témoignage de Vanessa Springora. Le hashtag rappelle la grille du vieux confessionnal.

#MeToologies or Vanessa Springora’s Scissors
Patriarchy (named in the singular instead of the plural) is a mythical construction made possible today by the conciseness and repetition of the digital message. Now more than ever, we live in the binary opposition of categories and competition between movements. The #MeToo movement was launched in 2007 by a black woman who became vice-president of the Girls for Gender Equity Foundation. The aim is to build a community of women complainants, a group of women subjected to gendered binarism, to the media shaping of the faces of stars. Singing an ode to the evils of patriarchy is also the aim of Vanessa Springora’s testimony. The hashtag is reminiscent of the old confessional.

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Séries TV, déplacement des rapports de genre

Les séries TV, déplacement des rapports de genre
À la différence du cinéma, les séries TV, genre mineure, regardé dans l’univers domestique, ont mis souvent en avant les femmes. À partir de la série Buffy, leurs héroïnes échappent aux stéréotypes de genre et allient violence, souci des autres et affirmation d’un pouvoir collectif. Au tournant du siècle certaines séries deviennent féministes et accompagnent la transformation de la vision des femmes, de leur âge, de leur orientation sexuelle, de leurs appartenances sociale et raciale. Il y a même des vieilles et des méchantes. L’article détaille ces transformations dans l’évocation concrète des séries de référence.


How TV Series Transform Gender Relations
Unlike cinema, TV series, as a minor genre watched in the domestic universe, often put women in the spotlight. Starting with the series Buffy, their heroines escape gender stereotypes and combine violence, care for others and affirmation of collective power. At the turn of the century, some series became feminist and accompanied the transformation of women’s image, their age, sexual orientation, social and racial background. There are even old and mean women. The article details these transformations in the concrete evocation of the reference series.

Quel nouvel espace rituel pour le XXIe siècle ?
Chaque époque se caractériserait par des dispositifs rituels de rassemblement des publics qui reflètent une certaine configuration socio-politique : du rassemblement collectif de la tradition théâtrale au modèle individualisé de l’exposition dans le contexte moderne. Comment rassembler des publics face aux défis de notre siècle ?

What is the New Ritual Space for the 21st Century?
Every historical period is caracterised by rituals gathering publics that mirrors a specific socio-political configuration: from the collective gathering of the tradition of theatre to the individualised model of the exhibition in the moderne context. How to gather the publics in front of the challenges of our century ?

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Media sans audience

Media sans audience
Cet article datant de l’an 2000 proposait un survol visionnaire de la façon dont des media alors émergeants aux débuts de l’internet questionnaient la prémisse identifiant le succès d’un média avec la maximisation chiffrée de son audience. L’auteur passe en revue des « media intimes », des « media socialisés », des « media souverains » et des « media phatiques » pour dépasser les idées héritées du XXe siècle sur l’utilité et la qualité des mass-médias.

Media Without an Audience
This 2000 article provided a visionary overview of how the then-emerging digital media questioned the premise that a media’s success is based on maximizing its audience. The author reviews “intimate media”, “socialized media”, “sovereign media” and “phatic media”, in order to move beyond the ideas inherited from 20th century about the utility and quality of mass media.

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La démocratie d’Aung San Suu Kyi
Persistance d’un système ethnonationaliste et militariste en Birmanie

La démocratie d’Aung San Suu Kyi
Persistance du système ethnonationaliste et militariste en Birmanie
Dès 1947, la construction de la nation birmane par Aung San, militaire victorieux de l’occupation japonaise, s’est faite en excluant certaines minorités, notamment musulmanes. En 1988, Aung San Suu Kyi revient au pays et prend la tête de l’opposition au nom de son père, assassiné en 1947, avec son parti la Ligue nationale pour la démocratie. Elle affirme son allégeance au bouddhisme et son soutien à l’armée malgré les exactions de celle-ci contre les minorités. Et c’est en tant que cheffe de fait du gouvernement qu’elle comparait devant le tribunal de la Haye en 2019.

Aung San Suu Kyi’s Democracy
Persistance of the Ethnonationalist and Militarist System in Burma
The ethnonationalist and militarist system in Burma started as early as 1947, during the building of the Burmese nation by Aung San, the victorious military officer of the Japanese occupation. This system established itself upon the exclusion of certain minorities, notably Muslims. In 1988, Aung San Suu Kyi returned to the country and took over the leadership of the opposition in the name of her father, assassinated in 1947, with his National League for Democracy party. She affirms her allegiance to Buddhism and her support for the army despite the latter’s exactions against minorities. And it is as de facto head of government that she appeared before the Hague Tribunal in 2019.

Aujourd’hui, la question énergétique est dans toutes les bouches. Du matin au soir, journalistes, politiciens, ONG se gargarisent de « transition », « de plan de financement pour la troisième révolution industrielle », « d’électricité verte », de « Green New Deal ». Discours qui paraissent salutaires, mais qui servent la soupe quotidienne des grands groupes de l’énergie, dont l’avalanche de récits fait […]

L’hétérogènese différentielle
Formes en devenir
entre mathématiques,
philosophie et politique
Cet entretien avec le mathématicien Alessandro Sarti presente les enjeux théoriques et politiques de la recherche autour du phénomène de l’heterogenèse différentielle. En lien avec les pensées philosophiques de Deleuze et Simondon, cette notion tente de décrire différemment la genèse des formes vivantes à la croisée des sciences naturelles et sociales.

Differential heterogenesis
Becoming forms between  mathematics, philosophy and politics
This interview with the mathematician Alessandro Sarti discuss the theoretical and political implications of the research around the issue of the differential heterogenesis. Connected to the philosophical thoughts of Deleuze and Simondon, this notion try to describe differently the genesis of living forms between natural and social sciences.

Pour une culture critique de l’IA
L’intelligence artificielle est partout, l’air de rien, pour mieux nous contrôler et nous orienter en douceur. Faut-il se rebeller contre cet état de fait, qui s’impose à nos modes de vie sans la moindre délibération démocratique ? Est-il encore possible ou même souhaitable de jeter ces IA invisibles, voire indiscernables, à la poubelle du numérique ? Ne faudrait-il pas, avant de clamer l’urgence du « danger » qui vient, oser les connaître ? L’enjeu est de construire une culture critique de l’IA, qui associerait artistes, écrivains, chercheurs, ingénieurs, mathématiciens, logiciens, penseurs, philosophes, artisans et bien sûr citoyens dans une même dynamique de réflexion.

For a critical culture  of AI
Artificial intelligence is everywhere, discreetly, to better control and influence us smoothly. Should we rebel against this fact, which is imposed on our lifestyles without the slightest democratic deliberation? Is it still possible or even desirable to throw these invisible AIs, even indistinguishable, into the digital trash? Shouldn’t we, before claiming the urgency of the “danger” that comes, dare to know them? The challenge is to build a critical culture of AI, which would bring together artists, writers, researchers, engineers, mathematicians, logicians, thinkers, philosophers, craftsmen and of course citizens in the same dynamic of reflection.

Le troisième âge de l’intelligence augmentée, dite  artificielle
Le constat que faisait Herbert Simon, Prix Nobel d’économie 1978, comme quoi l’IA est très éloignée de l’intelligence humaine naviguant dans un monde incertain, reste plus juste que jamais en 2020. D’abord, l’IA manque de rigueur méthodologique sur la constitution et le traitement des données. Pire : après avoir privilégié le modèle de l’intelligence symbolique, qui a trouvé ses limites, elle prend désormais pour modèle l’intelligence intuitive de l’enfant de moins de 6 ans, qui plus est de façon caricaturale. Ne faudrait-il pas plutôt tenter d’aller vers un troisième âge de l’IA, augmentant nos capacités plutôt que les singeant, et s’appuyant sur tous les ressorts de l’intelligence ?

The third age of augmented intelligence, known as artificial intelligence
The observation made by Herbert Simon, 1978 Nobel Prize in economics, that AI is far removed from human intelligence navigating in an uncertain world, remains more correct than ever in 2020. First, AI lacks methodological rigor on the constitution and processing of data. Worse: after having privileged the symbolic intelligence model, which has found its limits, it now takes as its model the intuitive intelligence of children under 6, what is more in a very crude and cartoonish way. Shouldn’t we rather try to go towards a third age of AI, increasing our capacities rather than mimicking them, and relying on all the springs of intelligence?

De la loi des  grands nombres aux grands nombres qui  font  la  loi
IA, jeu de l’imitation et  vote  démocratique
Les affaires de Facebook et de Cambridge Analytica ont révélé aux démocraties la toute-puissance de la manipulation algorithmique. Les IA influencent dorénavant de manière drastique jusqu’au sacro-saint scrutin majoritaire. En ciblant nos affects et les failles de notre jugement, les IA attisent la tyrannie de la majorité. Sommes-nous pour autant condamnés à voir un choix individuel peu assuré dissout dans un choix collectif douteux ? Pour initier une réponse réjouissante qui redonnerait tout son sens au vote, l’article propose de revoir non sans dérision les règles du jeu : Et si les capacités de simulation des IA, au lieu de nous berner, nous aidaient au contraire dans notre jugement de citoyen ? Et si, en dégourdissant la pensée humaine plutôt qu’en la numérisant au moyen de l’IA, la simulation d’un candidat artificiel éveillait une intelligence collective permettant de prémunir les citoyens contre la tyrannie des moyennes ?


From the law of  large numbers to  the  large numbers that  make  the law
AI, imitation game and  democratic voting
Facebook and Cambridge Analytica affairs have exposed democracies to the power of algorithmic manipulation. AI now drastically influences the sacrosanct majority vote. By targeting our affects and the flaws in our judgment, AI fuels the tyranny of the majority. Are we therefore condemned to see an individual choice with little assurance dissolved in a questionable collective choice? To initiate a pleasing response that would restore all meaning to the vote, the article proposes to review not without derision the rules of the game: and if the AI simulation capabilities, instead of fooling us, instead helped us in our judgment of citizen? What if, by stretching human thought rather than digitizing it by means of AI, the simulation of an artificial candidate awakened a collective intelligence making it possible to protect citizens against the tyranny of the average?

Intermède : extrait d’un film
Un chercheur décrit l’IA aimante, le robot enfant tout plein d’empathie de A.I. de Steven Spielberg

LE PROFESSEUR HOBBY : Créer un être artificiel est le plus grand rêve de l’homme depuis l’avènement de la science. Et pas seulement depuis le début des temps modernes, quand nos ancêtres ont étonné le monde avec les premières machines pensantes, les monstres primitifs pouvant jouer aux échecs (rires). Quel chemin nous avons fait depuis ! L’être artificiel est une réalité. Une parfaite […]

Pour un design alternatif de l’intelligence artificielle ?
Mené entre septembre 2019 et janvier 2020 par les designers Jürg Lehni et Douglas Edric Stanley au sein du Master Media Design de la Haute École d’Art & Design de Genève (HEAD – Genève), le workshop « Thinking Machines » prend comme point de départ l’automatisation des métiers de la création et le fantasme de machines « pensantes ». Ce projet examine, avec un brin d’ironie, un avenir où les designers seraient en mesure de cultiver les IA et de s’extraire des fantasmes technologiques. En quoi le design pourrait-il contribuer à une critique de la culture dominante de l’IA ? Comment inventer, par les pratiques de design, des alternatives soutenables ?

For an alternative design of artificial intelligence?
Conducted between September 2019 and January 2020 by designers Jürg Lehni and Douglas Edric Stanley within the Head of Research at HEAD–Geneva, the workshop “Thinking Machines” takes as its starting point the automation of creative professions and the fantasy of “thinking” machines. This project examines, with a touch of irony, a future where designers would be able to cultivate AI and extract themselves from the fantasies of technopower. How might design contribute to a critique of the dominant AI culture? How can sustainable alternatives be invented through design practices?

Restitutions de basse intensité

Restitutions de basse intensité
Le rapport Sarr-Savoy sur la restitution du patrimoine africain a provoqué controverses et crispations. Quels peuvent être les critères de restitution des objets ? Les modes d’acquisition, les usages dans le contexte culturel d’origine, les modalités de retour en Afrique ? Il s’agit ici de faire un pas de côté par rapport au débat sur le devenir des musées détenteurs de collections coloniales, particulièrement euro centré. La restitution n’est pas seulement le déplacement physique d’un artefact d’un musée à un autre, elle est un geste symbolique. Ainsi, dans les angles morts de la restitution formelle, cette Mineure recherche des formes alternatives de restitution de basse intensité, à partir desquels pourrait s’ouvrir de nouveaux horizons d’appropriation.

Low-intensity restitutions
The Sarr-Savoy report on the restitution of African heritage has caused controversy and tension. What can be the criteria for the restitution of objects? Modes of acquisition, uses in the original cultural context, modalities of return to Africa? The aim is here to take a step aside from the debate on the future of museums holding colonial collections, particularly Euro-centred. Restitution is not just the physical movement of an artefact from one museum to another, it is a symbolic gesture. Thus, in the blind spots of formal restitution, this Mineure seeks alternative forms of low-intensity restitution, from which new horizons of appropriation could open up.

Zone de contact autour d’histoires d’objets mal acquis
L’association Alter Natives a voulu mobiliser autour des enjeux de la restitution d’objets africains des personnes peu enclines à fréquenter les musées qui les conservent. L’expérience se nomme Zone de contact/Objets d’ailleurs. Il s’agit pour des jeunes franciliens d’entrer dans les réserves des musées, de choisir certains objets d’origine non européenne, d’enquêter sur leur biographie pour savoir d’où ils viennent et d’être en mesure d’expliquer leur parcours au reste de la population. Dans ce projet de long terme, ancré sur des territoires divers, la restitution des objets mal acquis n’est donc pas le mobile principal. Ces actions permettent de tester des outils pour établir un autre type de rapport aux savoirs et développer une relation directe avec les populations dont sont issues ces objets, dans leurs pays d’origine, d’Afrique essentiellement.

Contact zone around stories of
ill-gotten objects
The Alter Natives association wanted to mobilize people who are reluctant to visit the museums that preserve them around the issues of the restitution of African objects. The experience is called Contact zone/Objects from elsewhere. It involves young people from the Ile-de-France region entering museum reserves, selecting objects of non-European origin, investigating their biography to find out where they come from and being able to explain their journey to the rest of the population. In this long-term project, anchored in various territories, the restitution of ill-gotten objects is therefore not the main motive. These actions make it possible to test tools to establish another type of relationship with knowledge and to develop a direct relationship with the populations from which these objects come, in their countries of origin, mainly in Africa.

Formes rapides de restitution
La restitution des artefacts pillés lors des conquêtes coloniales ou abritées dans les musées « coloniaux » suscite des réactions antagoniques. Faut-il « tuer » le modèle du musée ethnographique, comme le préconise le président du Mali, ou bien purifier les collections témoins de pratiques génocidaires, en les radiographiant ou les cachant dans les réserves muséales, à l’abri des regards critiques ? La complicité entre le pouvoir académique et le principe d’inaliénabilité de la propriété muséologique rendent le processus de restitution particulièrement lent. Pour éviter que la restitution soit récupérée, des réponses rapides ont été conçues pour mieux correspondre aux imaginaires et pratiques de la jeunesse africaine: musée numérique, muséologie critique, institutions de culture populaire et restitution « en mode rapide ». Plutôt que de se focaliser sur des objets iconiques, la restitution en mode rapide cherche à revisiter l’ingéniosité traditionnelle précoloniale pour développer de nouvelles techniques, de nouvelles œuvres d’art et de nouveaux objets à finalité sociale et spirituelle.

Rapid response to restitution
The restitution of artefacts looted during the colonial conquests or housed in “colonial” museums provokes antagonistic reactions. Should the model of the ethnographic museum be “killed”, as advocated by the President of Mali, or should the collections that bear witness to genocidal practices be purified by X-raying them or hiding them in museum reserves, away from critical eyes? The complicity between academic power and principle of inalienability of museological property makes the restitution process particularly slow. In order to prevent restitution from being retrieved, rapid responses have been designed to better correspond to the imaginaries and practices of African youth: digital museums, critical museology, popular culture institutions and “rapid response”restitution. Rather than focusing on iconic objects, rapid mode restitution seeks to revisit traditional pre-colonial ingenuity to develop new techniques, new works of art and new objects with social and spiritual purposes.

Dans une de ses 24 propositions au moment des dernières présidentielles1, Multitudes soulignait déjà la nécessité impérative pour la société de mieux défendre les lanceurs d’alerte. Que les salariés notamment puissent rendre publiques sans dommages pour eux-mêmes toutes les malfaçons et magouilles que leurs entreprises les forcent à commettre constituait déjà un saut décisif dans […]

Dans leur ouvrage écrit en collaboration Knowing and the Known1 [le connaissant et le connu], le philosophe pragmatiste John Dewey et le sociologue Arthur Bentley proposent une « approche transactionnelle » de l’enchevêtrement vital des humains, des choses et du « milieu » en tant que « parties » culturelles, sociales, commerciales et individuelles d’un « ensemble de transactions », soutenant que « sans […]

Transformations énergétiques sous contrainte écologique forte
L’idée d’une « transition » énergétique, processus pilotable dans un monde relativement stable et anticipable, semble arriver à son terme. Même le GIEC en appelle désormais à des « transformations » énergétiques rapides et radicales. Toutefois, malgré la prise de conscience de l’urgence climatique et de la perte dramatique de biodiversité, qui s’actualise notamment dans une série de manifestations et de luttes, la question du climat est trop rarement articulée à la question de l’énergie. Dans cette Majeure, nous explorons ce que pourraient vouloir dire ces transformations énergétiques et partons à la recherche des bonnes échelles pour agir et des récits pertinents pour inspirer les collectifs.

Energy transformations under strong ecological constraint
The idea of an energy “transition”, a process that can be controlled in a relatively stable and predictable world, seems to be coming to an end. Even the IPCC now calls for fast and radical energy “transformations”. However, despite the awareness of the climatic urgency and the dramatic loss of biodiversity, which is actualized in particular in a series of demonstrations and struggles, the climate issue is too rarely linked to the issue of energy. In this Majeure, we explore what these energetic transformations could mean, as we look for the right scales to take action and narratives that are relevant to inspiring collectives.
Gordon Walker

Rythmanalyse des relations énergie-société-climat
Partant de la rythmanalyse de Lefebvre, j’examine l’énergétique et la constitution spatio-temporelle du rythme et la manière dont cela met en évidence l’enchevêtrement polyrythmique des flux d’énergie dans la vie quotidienne, ainsi que la relation entre la techno-énergie « artificielle » des systèmes énergétiques et les échanges énergétiques « naturels » des mouvements planétaires, des systèmes écologiques et du fonctionnement des organismes (y compris humains). Je développe une compréhension thermodynamique et matérialiste de l’énergie et du rythme, afin de présenter un certain nombre de propositions et d’explorer les implications pour la poursuite de stratégies de transformation à faible intensité de carbone à l’intérieur et à l’extérieur des systèmes d’énergie.

Rythmanalysis of  energy-societey-climate relationships
Drawing inspiration from Lefebvre’s rhythmanalysis, I consider the energetic as well as the spatiotemporal constitution of rhythm and how this brings into view the polyrhythmic interweaving of energy flows in everyday life, as well as the relationship between the “artificial” techno-energy of energy systems and the “natural” energetic exchanges of planetary movements, ecological systems and organisms (including humans). I follow a thermodynamic, materialist understanding of the energy and of rhythm, in order to outline a number of propositions about energy-rhythm relations and co-dependencies, and in order to explore implications that follow for pursuing strategies of low carbon transformation within and outside of energy systems.

La « part récupérable »
Entre les « mailles » du programme bioéconomique

La « part récupérable »
Entre les « mailles » du programme bioéconomique
La pensée de Nicholas Georgescu-Roegen adresse une question forte aux processus contemporains de transition énergétique. En quoi contribuent-ils à ralentir la « marche de l’entropie » ? Comment faire la différence entre les développements qui prolongent un modèle extractiviste, à fort impact sur l’environnement et le climat, et ceux qui contribuent à renouveler notre rapport aux ressources et à la terre ? L’article invite à poursuivre un geste théorique, engagé par Georgescu-Roegen, qui consiste à raisonner conjointement les liens entre énergie, matière et espace. Pour cela, il tire partie de l’idée simondonienne selon laquelle la mise au point des objets techniques procède moins par « rupture » que par récupération et réexploration d’états antérieurs. Cela attire l’attention sur la façon dont les expériences contemporaines de transition trouvent leurs appuis au travers d’échelles et d’héritages sociospatiaux multiples, et confèrent aux énergies investies par le passé un nouvel élan. De la même façon, tout n’aura pas été perdu si l’on sait retirer des aventures technologiques contemporaines vers les énergies renouvelables les éléments d’une nouvelle culture sociotechnique, qui concrétise un autre rapport aux techniques comme à la terre.

The “recoverable part”
Between the “meshes” of  the  bioeconomic program
The contemporary processes of energy transition are deeply challenged by Nicholas Georgescu-Roegen’s thought. Do these processes contribute or not to slow down the physical process of entropy ? How can we make the difference between the processes of transition that generate new impacts on the environment and the climate, and the ones that effectively contribute to reshape our relationships to the Earth and its resources ? The paper’s proposal is to continue, in the wake of a theoretical effort engaged by Georgescu-Roegen, thinking altogether the relationships between energy, matter and space. To do so, it gets inspiration from Simondon’s approach of the process of technical innovation, which last is less ruled by technological breakthrough but efforts to invent new developments from previous outdated technological assemblages and socio-geographical heritages. From this point of view, all the energies and materialities invested in the current processes of energy transition are not lost if we learn from their uncertain developements some lessons to steer the next experiments ones and make ourselves more conscious of our interrelations with Earth.