Archives par mot-clé : nouveauté

Les musées ont fermé. Les expositions, les biennales1, les foires d’art, les conférences internationales ont été annulées, tandis que les galeries étaient au bord de la banqueroute, que les artistes, pour certains, ne pouvaient plus accéder à leurs ateliers et que les producteurs culturels2 et travailleurs de l’art indépendants ne disposaient plus de moyens de […]

Étrange situation de la littérature durant les semaines de confinement… Son économie s’écroule, les éditeurs sont invités à déstocker en annulant des parutions, les librairies crient famine, certains auteurs implorent l’aide de l’État, etc. Et pourtant la littérature, comme forme de vie et de pensée, n’a jamais été autant à son aise : dans sa fonction même […]

The Undercommons : extraits
Cet article propose une sélection de bonnes feuilles du livre de 2013 The Undercommons, actuellement en voie de traduction pour une publication française en 2021. Y sont abordés les thèmes de la politique « encerclée » (surrounded), de la gouvernance, du planning et de la policy, de la logistique, ainsi que de ce qui fait de l’étude consacrée aux undercommons une philosophie du toucher.

Excerpts from the Undercommons
This article selects passages from Harney and Moten’s book The Undercommons (2013), focusing on issues related to politics surrounded, governance, planning and policy, logistics, and hapticality, whereby the authors put feeling and touching at the core of their philosophical gesture.

Le parti pris des publics
Au carrefour entre une longue tradition théorique (de Benjamin à Rancière) et le contexte contemporain de la culture numérique, nous nous demandons si nos publics sont pris dans les filets de la production – institutionnelle, marchande, individualiste – ou bien s’ils leur échappent largement en tant que processus attentionnels collectifs animés par un dynamisme et une diffusion imprévisibles.

On the Publics’ Side
In the middle of a long-running theoretical tradition (from Benjamin to Rancière) and within the contemporary frame of our digital culture, we ask ourselves if our publics are caught into the net of production—institutional, commercial, individualist—or rather if they slip away as collective attentional processes lead by unpredictable dynamism and spread.

Netflix :
une télé ameliorée ?
Si on analyse les stratégies publicitaires de la plateforme Netflix il devient possible de mieux comprendre le modèle de spectateur que celles-ci façonnent. En étudiant la comparaison avec la chaine câblée HBO mais aussi le matériel de la campagne promotionnelle TV Got Better, nous observons les promesses que Netflix adresse à son public potentiel (plénitude, participation, prestige et personnalisation) ainsi que son encouragement des pratiques de visionnement « en rafale ».

Netflix :
TV got Better ?
If one analyzes the promotional strategies of Netflix, it’s possible to grasp the model of spectatorship that such strategies outline. While studying the comparison with subscription cable channel HBO and promotional materials such as TV Got Better campaign, we observe the promises that Netflix offers to its public (plenitude, participation, prestige and personalization) as well as the way it spreads binge watching practices.

Quel nouvel espace rituel pour le XXIe siècle ?
Chaque époque se caractériserait par des dispositifs rituels de rassemblement des publics qui reflètent une certaine configuration socio-politique : du rassemblement collectif de la tradition théâtrale au modèle individualisé de l’exposition dans le contexte moderne. Comment rassembler des publics face aux défis de notre siècle ?

What is the New Ritual Space for the 21st Century?
Every historical period is caracterised by rituals gathering publics that mirrors a specific socio-political configuration: from the collective gathering of the tradition of theatre to the individualised model of the exhibition in the moderne context. How to gather the publics in front of the challenges of our century ?

L’hétérogènese différentielle
Formes en devenir
entre mathématiques,
philosophie et politique
Cet entretien avec le mathématicien Alessandro Sarti presente les enjeux théoriques et politiques de la recherche autour du phénomène de l’heterogenèse différentielle. En lien avec les pensées philosophiques de Deleuze et Simondon, cette notion tente de décrire différemment la genèse des formes vivantes à la croisée des sciences naturelles et sociales.

Differential heterogenesis
Becoming forms between  mathematics, philosophy and politics
This interview with the mathematician Alessandro Sarti discuss the theoretical and political implications of the research around the issue of the differential heterogenesis. Connected to the philosophical thoughts of Deleuze and Simondon, this notion try to describe differently the genesis of living forms between natural and social sciences.

De la loi des  grands nombres aux grands nombres qui  font  la  loi
IA, jeu de l’imitation et  vote  démocratique
Les affaires de Facebook et de Cambridge Analytica ont révélé aux démocraties la toute-puissance de la manipulation algorithmique. Les IA influencent dorénavant de manière drastique jusqu’au sacro-saint scrutin majoritaire. En ciblant nos affects et les failles de notre jugement, les IA attisent la tyrannie de la majorité. Sommes-nous pour autant condamnés à voir un choix individuel peu assuré dissout dans un choix collectif douteux ? Pour initier une réponse réjouissante qui redonnerait tout son sens au vote, l’article propose de revoir non sans dérision les règles du jeu : Et si les capacités de simulation des IA, au lieu de nous berner, nous aidaient au contraire dans notre jugement de citoyen ? Et si, en dégourdissant la pensée humaine plutôt qu’en la numérisant au moyen de l’IA, la simulation d’un candidat artificiel éveillait une intelligence collective permettant de prémunir les citoyens contre la tyrannie des moyennes ?


From the law of  large numbers to  the  large numbers that  make  the law
AI, imitation game and  democratic voting
Facebook and Cambridge Analytica affairs have exposed democracies to the power of algorithmic manipulation. AI now drastically influences the sacrosanct majority vote. By targeting our affects and the flaws in our judgment, AI fuels the tyranny of the majority. Are we therefore condemned to see an individual choice with little assurance dissolved in a questionable collective choice? To initiate a pleasing response that would restore all meaning to the vote, the article proposes to review not without derision the rules of the game: and if the AI simulation capabilities, instead of fooling us, instead helped us in our judgment of citizen? What if, by stretching human thought rather than digitizing it by means of AI, the simulation of an artificial candidate awakened a collective intelligence making it possible to protect citizens against the tyranny of the average?

Est-il trop tard
pour l’effondrement ?
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.

Is it too late for collapse?
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.

Lire et vivre dans les ruines : Tsing et Sebald
À partir du Champignon de la fin du monde d’Anna Tsing, ce texte interroge l’imaginaire résolument optimiste de découverte et de reconquête nourrie par l’attention à ce qui échappe à la destruction, propre à plusieurs travaux récents. Revenant sur la position du chercheur avide de nouveaux récits, soucieux également de ne pas les écraser sous des jugements déterminant a priori ce qui compte et ne compte pas, au risque de les étouffer, l’article invite cependant à ne pas négliger la dimension de perte associée aux catastrophes passées et en cours. À cet égard, il convoque d’autres voix, en dehors des sciences sociales, en particulier celle de l’écrivant allemand W.G. Sebald, lequel accorde une place très importante aux ruines et à la remémoration des mondes perdus, de ce qui a compté pour les disparus, tel l’inlassable effort caractérisant la vie au sein des milieux fragiles.

Reading and Living in the Ruins: Tsing and Sebald
Musing from Anna Tsing’s Mushroom of the End of the World, this article questions the resolutely optimistic imagination of discovery and reconquest nourished by the “arts of attention” to what escapes the destruction, promoted in many recent works. Returning to the position of the researcher eager for new stories, also anxious not to crush or stifle them under judgments determining a priori what should or should not count, the article invites us not to neglect the dimension of loss associated with past and ongoing disasters. In this regard, it calls in other voices, outside the social sciences, especially that of the German writer WG Sebald, who gives a very important place to the ruins and the remembrance of the lost worlds, of what counted for the disappeared, as a tireless effort characterizing life in fragile environments.

Écrire le monde depuis l’Afrique, inscrire l’Afrique dans le monde ou comme un fragment du monde, voilà bien une tâche grisante et, la plupart du temps, propre à la perplexité (Mbembe 2001). Comme nom et comme signe, l’Afrique a toujours occupé une position paradoxale dans les formes modernes du savoir (Mudimbe 1988). D’un côté, l’Afrique […]

Femme, noire, favelada, lesbienne, militante des droits humains et conseillère municipale élue par le PsoL (Parti Socialisme et Liberté) de Rio de Janeiro, Marielle Franco a été assassinée. Par qui ? Cet assassinat n’est pas encore élucidé. Des images montrent deux voitures « clonées » – c’est-à-dire dont les plaques d’immatriculation ont été clonées à deux autres voitures identiques – […]

Variations d’intensité
Cet article est une réplique à Tristan Garcia, qui a développé une critique de l’idéal moderne de la « vie intense ». La défense de l’intensité consiste à en penser la logique sur un exemple. Le rock sert ici d’expérience cruciale pour départager les deux conceptions rivales de l’intensité. La critique de Garcia repose en effet sur une opposition indue entre identité et intensité. Le mode d’existence phonographique des œuvres rock réfute cette opposition. L’article s’efforce ensuite de tirer les conséquences éthiques de cette nouvelle conception logique de l’intensité.

Intensity Variations
This article is a reply to Tristan Garcia’s criticism of the modern ideal of “intense life”. In this attempt to re-think the logic of intensity, rock music functions as a crucial experience in order to decide between the two competing conceptions of intensity. Garcia’s criticism is based on an inaccurate opposition between intensity and identity. The phonographic mode of existence of the musical work in rock music disproves this opposition. The article attempts to draw the ethical consequences of this re-thinking of intensity.

Le 8 mars 2018, au terme d’un examen en procédure accélérée devant le Parlement, la loi ORE était promulguée. ORE pour « Orientation et Réussite des Étudiants ». Le nom ferait presque sourire. Il faudrait donc une loi pour que soit reconnue l’importance de missions que la plupart des personnels de l’université considèrent comme partie intégrante de leur […]

Raviver un souffle post-capitaliste
Après tant d’annonces de la fin prochaine, de l’effondrement ou du dépassement du capitalisme, comment et pourquoi y croire encore ? Peut-être convient-il de regarder ailleurs que là où l’on se tourne habituellement. Non pas seulement du côté de ses « ennemis », qui résistent bruyamment contre lui, mais tout autant en direction de cela même qui paraît aujourd’hui annoncer son triomphe : le numérique, l’information, l’automation, les métamorphoses du capital et l’hétérogénéité de ce qu’il rassemble. Les alternatives grouillent peut-être déjà sous l’apparence trompeuse d’une victoire de surface.

Reopening a Post-Capitalist Horizon
Once Again?
After so many announcements about the forthcoming end, collapse or overcoming of capitalism, how and why should anyone still put any faith in such perspectives? We may want to look somewhere else than in the usual direction. Not only towards the traditional “enemies” of capitalism, who loudly protest against it, but just as much towards the very things which appear to showcase its triumph: digital technologies, information, automation, metamorphoses of capital and the very heterogeneity of what it assembles. Alternatives are already brewing under a deceptive surface of victory.

Et si ce n’était même plus du capitalisme, mais quelque chose d’encore bien pire ?
Le capital a pensé trouver le moyen d’esquiver la confrontation avec les travailleurs en se fiant au vecteur d’information. La mondialisation, la désindustrialisation et la sous-traitance permettraient de s’affranchir du pouvoir dont disposaient les travailleurs pour bloquer les flux de la production. Il est temps, toutefois, de se demander si ce qui est apparu en plus et au-dessus du mode de production capitaliste ne serait pas quelque chose de qualitativement différent, qui se trouve en train de générer de nouvelles formes de domination de classe, de nouvelles formes d’extraction de plus-value, voire même de nouveaux types de formation de classe. De même que le capital a dominé la propriété foncière, subsumant son contrôle sur la terre dans une forme de propriété plus abstraite et fongible, de même la classe vectorialiste a subsumé et débordé le capital en s’appuyant sur une forme plus abstraite de valorisation.

What if this is not even capitalism any more, but something  worse?
Capital thought it found it by escaping from labor along the information vector. Globalization, deindustrialization, and outsourcing would enable it to be free from the power of labor to block the flows of production. We should now ask whether what has emerged, in addition to and on top of a capitalist mode of production, is something qualitatively different, but which generates new forms of class domination, new forms of the extraction of surplus, even new kinds of class formation. Just as capital came to dominate landed property, subsuming its control over land in a more abstract and fungible property form, so too the vectoralist class has subsumed and outflanked capital in a more abstract form.

L’appropriation du capital fixe : une  métaphore ?
L’auteur revisite ici son intuition de base, qui renverse l’axiome central soumettant le travailleur au capitaliste du fait de la propriété exclusive dont bénéficie celui-ci sur les moyens de production (le capital fixe, l’usine, les machines). En parlant de « réappropriation du capital fixe » par le travailleur de l’âge des réseaux numériques, il précise ici qu’il ne s’agit pas d’une simple métaphore, mais bien d’un axiome véritablement transformateur de nos horizons socio-politiques.

The Appropriation of Fixed Capital: a  Metaphor?
The author revisits his basic intuition, which turns the central axiom of capitalism on its head: while, in the industrial mode of production, the worker used to be subjected to the capital-owner who held exclusive property of the means of production (the factory), cognitive capitalism has to face a new situation, wherein fixed capital takes the form the worker’s capacity, located in the worker’s body and mind. “Reappropriation” is not to be understood as a mere metaphor, but rather as an axiom of socio-political transformations.

L’hétéromation
La numérisation de l’économie –  comme de la vie quotidienne  – a transformé la division du travail entre humains et machines, versant beaucoup de gens dans du travail qui est à la fois caché, mal payé ou accepté comme incombant à « l’usager » de la technologie digitale. À travers clics, balayages, connexions, profils, emails et courriers, nous sommes les participants plus ou moins volontaires à des pratiques digitales dont la valeur profite à d’autres, mais peu ou pas à nous. Hamid Ekbia et Bonnie Nardi nomment hétéromation ce type de participation : l’extraction de valeur économique au moyen de travail pas cher ou gratuit caché sous des apparences d’automation algorithmique. Ils explorent ici les processus sociaux et technologiques par lesquels la valeur est extraite du travail numérisé.

Heteromation
The computerization of the economy—and everyday life—has transformed the division of labor between humans and machines, shifting many people into work that is hidden, poorly compensated, or accepted as part of being a “user” of digital technology. Through our clicks and swipes, logins and profiles, emails and posts, we are, more or less willingly, participating in digital activities that yield economic value to others but little or no return to us. Hamid Ekbia and Bonnie Nardi call this kind of participation—the extraction of economic value from low-cost or free labor in computer-mediated networks—“heteromation.”

Afrocomputation

Afrocomputation
L’explosion des usages des techniques de communication en Afrique puise ses racines dans l’imaginaire pré-colonial, qui portait sur l’extension du monde au-delà du perceptible, du corporel, du conscient. Dans cette cosmogonie, les objets techniques et artefacts étaient doués d’une vitalité qui en faisaient des interfaces, des seuils à transgresser pour accéder aux horizons infinis de l’univers, dans une sorte de transmutation. Le téléphone portable et Internet parlent à l’inconscient archaïque et aux mémoires techniques des sociétés africaines, leur permettant de passer sans transition de l’âge de pierre à l’âge numérique. L’Afrique était déjà numérique à une époque pré-numérique, car les sociétés africaines se sont constituées par la circulation et le mouvement, inscrits dans les mythes africains de l’origine. Qui dit migration dit expérience de la nouveauté, plasticité permanente, extension du possible. Cette souplesse et cette aptitude à l’innovation constante, c’est aussi l’esprit d’Internet et du numérique.

Afrocomputation
The explosion of uses of communication techniques throughout Africa has roots that go deep into the pre-colonial imaginary, which extended its world beyond the perceptible, the corporeal, the conscious. In this cosmogony, technical objects and artefacts were endowed with a vitality generating interfaces, thresholds to transgress in order to reach the universe’s infinite horizons. Smartphones and the Internet speak to this archaic unconscious as well as to the technical memories of African societies, allowing them to move without transition from the stone age to the digital age.Africa was digital before the digital age, as African societies were constituted by circulation and movement, written in the myths of origins. Migration means a readiness to experience novelty, permanent plasticity, extension of the possible. This subtle aptitude constantly to innovate also animates the spirit of the Internet and of the digital.

Le court-circuitage néolibéral des volontés & des attentions
Le libéralisme se réfère à la volonté individuelle comme à son principal principe de légitimation. Or toute une série de dispositifs (médicaments, design, algorithmes, priming, nudge) mis en place sous régime néolibéral tendent à court-circuiter toute capacité de choix délibéré. À quoi ressemble ce néolibéralisme d’après la fin de l’illusion du choix ? En quoi est-il solidaire des dispositifs qui externalisent le travail de notre attention ? Ces court-cicuitages de nos choix et de nos attentions ne relèvent-ils pas eux-mêmes d’une illusion entretenue par les marketeurs d’innovations ?

Neoliberal Short-Circuiting of Individual Will and Attention
Individual will plays a fundamental role of legitimation in liberalism. A whole range of devices (performance enhancing drugs, algorithms, design, priming, nudge) currently promoted by neoliberal policies tends to short-circuit our capacity to make deliberate choices. What does liberalism look like after the end of the illusion of choice? What are its links to the various devices that externalize our attentions? Aren’t we deluded when we naïvely believe in the capacity of our digital technology to short-circuit human attention, reflection and deliberation?

Autopsie urbaine
Sur Le Géant de Michael Klier
Le Géant (1982), film de Michael Klier, est un montage d’images de vidéosurveillance et policières, enregistrées dans de grandes villes d’Allemagne de l’Ouest (RFA). Au-delà d’une simple critique dénonciatrice, ce détournement artistique interroge de manière spéculative nos regards de spectateur sur les espaces urbains. En dépassant l’association convenue entre mise en visibilité et capacité de contrôle, il ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur les expériences urbaines.

Urban Autopsy
On Michael Klier’s
The Giant
Michael Klier’s film
The Giant (1982) edits images of video-surveillance taken by the police and recorded in West Germany’s larger cities. Beyond a mere critique denouncing police surveillance, this artistic détournement questions in a speculative way our gaze as viewers of urban spaces. By overcoming the clichés associating visibility and control, it breaks new reflexive grounds about urban experiences.

Pour la première fois, l’assemblée générale de l’ONU sur la lutte contre les drogues qui s’est tenue en avril 2014 ne fait plus référence à la guerre à la drogue. Tel était pourtant l’objectif du programme de dix ans en cours jusqu’en 2019, mais le Mexique, la Colombie et le Guatemala étaient dans l’urgence. En 2012, […]

  Commençons par la fin. Il n’y a pas eu de « coup d’état » au Brésil, mais une glasnost qui entraîne un début d’implosion du consortium politique qui gouvernait et gouverne le pays : un cartel maffieux de grandes entreprises privées et étatiques, composé par quelques dizaines de « patrons » publics et privés. Évidemment, la corruption systémique n’est […]

Sensibilité, imagination, techno-esthétique

À partir d’une lecture de Kant et d’une analyse de quelques expériences de nos interactions avec la réalité matérielle, cet article développe une pensée de l’aisthesis qui précise la nature de la différence entre les perceptions qui nous viennent à travers des médiations techniques (au-jourd’hui numériques) et les perceptions que nous avons des formes qui constituent notre envi-ronnement présentiel. Sans aucune technophobie, il aide à comprendre en quoi l’autoréférentialité de la représentation ne cesse de croître en même temps que nos percep-tions sont de plus en plus filtrées par des médiations numériques.

Sensibility, imagination, techno-aesthetics

Starting from a reading of Kant’s aesthetics and from the analysis of a few forms of interaction with material reality, this article develops a theory of the aesthesis which helps to pin down the difference between the perceptions we draw from technical images (now digital) and those we draw from our unmediated interactions with our present environment. Without any technophobia, it explains how the self-referentiality of our representations tends to increase as our perceptions are increasingly filtered by digital mediations.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: https://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

Entre archéologie et écologie
Une perspective sur la théorie médiatique

Cet article propose trois graphies pour distinguer trois sens assez différents au sein de ce que l’on fait confusément relever des « médias » en français. Ce faisant, il propose, à la suite de Marshall McLuhan, de considérer la cause formelle comme une catégorie centrale pour comprendre les dynamiques médiatiques. Cela le conduit à situer son approche aux confins de l’archéologie et de l’écologie des media.

Between Archaeology and Ecology
A Perspective on Media Theory

This paper suggests three different forms of spelling to account for the plurality of the notion of “media”. Following Marshall McLuhan, it considers the category of formal cause as playing a crucial role in understanding media dynamics. Such a perspective is located at the convergence of media archaeology with media ecology.

Le « nouveau monde » des histoires

Les thèses défendues ici par l’un des membres du collectif Wu Ming prennent le contrepied des discours habituels tenus sur le populisme. Raconter des histoires, s’armer des pouvoirs propres du storytelling ne revient pas nécessairement à embobiner les masses dans des bobards : sous certaines conditions, cela peut au contraire aider à la circulation de récits émancipants, qui élèvent l’intelligence de ceux qui les racontent comme de ceux qui les écoutent.

The “New World” of Stories

The theses defended by a member of the Wu Ming collective go against the grain of the common discourses against populism. The practices of storytelling do not necessarily lead to luring the masses by lying to them: under certain conditions, it can put into circulation empowering myths which elevate the intelligence of those who tell the tales as of those who listen to them.

Documenter les contre-fictions

Documenter les contre-fictions

Quelques films récents donnent à voir à la fois un désir de documenter une réalité que l’appareillage dé-subjectivé de la caméra saisit mieux qu’une conscience humaine encombrée de clichés, et un besoin de réinjecter des fictions au sein de la réalité qu’on filme. Cette tension pro-duit une dynamique contre-fictionnelle qui ouvre des voies prometteuses au geste documentaire.

Documenting Counter-Fictions

A number of recent films are animated by a desire to document reality through a de-subjectified camera which captures it better than a human consciousness overtaken by stereotypes. At the same time, they need to reinject some sort of fiction into the reality they document. This tension generates a counter-fictional dynamics which paves promising new ways for the documentary gesture.

Field recording, hypothèses critiques

Au travers de la multiplicité des usages du field recording, tantôt support d’étude des paysages sonores, tantôt outil de composition musical et environnemental, mais nécessairement dépendant d’un contexte (inter) culturel, David Christoffel et Guillaume Tiger explorent un certain rapport à la nature. Comment parle-t-on de nature via les field recordings ? Quel sens donner à la représentation de la nature dans la musique ? Comment « justice » est-elle rendue à la nature dans l’élaboration de paysages sonores virtuels ? Les réflexions croisées des auteurs sur ces questionnements tournent en sens inverses autour d’un même pot de sons naturels.

Field recording: Critical Hypotheses

Through the diversity of field recording’s uses (sometimes support for soundscape studies, sometimes composition tool for music and environments but always depend on—inter—cultural context), David Christoffel and Guillaume Tiger investigate some relation to nature. How do we speak of nature through field recordings? What is the meaning of Nature within musical composition processes? How do we give “justice” to nature through the creation of virtual soundscapes? The authors exchange on these matters, their points of view rotating in opposite directions around the same melting pot of natural sonorities.