Archives par mot-clé : technologie

Transformations énergétiques sous contrainte écologique forte
L’idée d’une « transition » énergétique, processus pilotable dans un monde relativement stable et anticipable, semble arriver à son terme. Même le GIEC en appelle désormais à des « transformations » énergétiques rapides et radicales. Toutefois, malgré la prise de conscience de l’urgence climatique et de la perte dramatique de biodiversité, qui s’actualise notamment dans une série de manifestations et de luttes, la question du climat est trop rarement articulée à la question de l’énergie. Dans cette Majeure, nous explorons ce que pourraient vouloir dire ces transformations énergétiques et partons à la recherche des bonnes échelles pour agir et des récits pertinents pour inspirer les collectifs.

Energy transformations under strong ecological constraint
The idea of an energy “transition”, a process that can be controlled in a relatively stable and predictable world, seems to be coming to an end. Even the IPCC now calls for fast and radical energy “transformations”. However, despite the awareness of the climatic urgency and the dramatic loss of biodiversity, which is actualized in particular in a series of demonstrations and struggles, the climate issue is too rarely linked to the issue of energy. In this Majeure, we explore what these energetic transformations could mean, as we look for the right scales to take action and narratives that are relevant to inspiring collectives.
Gordon Walker

Rythmanalyse des relations énergie-société-climat
Partant de la rythmanalyse de Lefebvre, j’examine l’énergétique et la constitution spatio-temporelle du rythme et la manière dont cela met en évidence l’enchevêtrement polyrythmique des flux d’énergie dans la vie quotidienne, ainsi que la relation entre la techno-énergie « artificielle » des systèmes énergétiques et les échanges énergétiques « naturels » des mouvements planétaires, des systèmes écologiques et du fonctionnement des organismes (y compris humains). Je développe une compréhension thermodynamique et matérialiste de l’énergie et du rythme, afin de présenter un certain nombre de propositions et d’explorer les implications pour la poursuite de stratégies de transformation à faible intensité de carbone à l’intérieur et à l’extérieur des systèmes d’énergie.

Rythmanalysis of  energy-societey-climate relationships
Drawing inspiration from Lefebvre’s rhythmanalysis, I consider the energetic as well as the spatiotemporal constitution of rhythm and how this brings into view the polyrhythmic interweaving of energy flows in everyday life, as well as the relationship between the “artificial” techno-energy of energy systems and the “natural” energetic exchanges of planetary movements, ecological systems and organisms (including humans). I follow a thermodynamic, materialist understanding of the energy and of rhythm, in order to outline a number of propositions about energy-rhythm relations and co-dependencies, and in order to explore implications that follow for pursuing strategies of low carbon transformation within and outside of energy systems.

La « part récupérable »
Entre les « mailles » du programme bioéconomique

La « part récupérable »
Entre les « mailles » du programme bioéconomique
La pensée de Nicholas Georgescu-Roegen adresse une question forte aux processus contemporains de transition énergétique. En quoi contribuent-ils à ralentir la « marche de l’entropie » ? Comment faire la différence entre les développements qui prolongent un modèle extractiviste, à fort impact sur l’environnement et le climat, et ceux qui contribuent à renouveler notre rapport aux ressources et à la terre ? L’article invite à poursuivre un geste théorique, engagé par Georgescu-Roegen, qui consiste à raisonner conjointement les liens entre énergie, matière et espace. Pour cela, il tire partie de l’idée simondonienne selon laquelle la mise au point des objets techniques procède moins par « rupture » que par récupération et réexploration d’états antérieurs. Cela attire l’attention sur la façon dont les expériences contemporaines de transition trouvent leurs appuis au travers d’échelles et d’héritages sociospatiaux multiples, et confèrent aux énergies investies par le passé un nouvel élan. De la même façon, tout n’aura pas été perdu si l’on sait retirer des aventures technologiques contemporaines vers les énergies renouvelables les éléments d’une nouvelle culture sociotechnique, qui concrétise un autre rapport aux techniques comme à la terre.

The “recoverable part”
Between the “meshes” of  the  bioeconomic program
The contemporary processes of energy transition are deeply challenged by Nicholas Georgescu-Roegen’s thought. Do these processes contribute or not to slow down the physical process of entropy ? How can we make the difference between the processes of transition that generate new impacts on the environment and the climate, and the ones that effectively contribute to reshape our relationships to the Earth and its resources ? The paper’s proposal is to continue, in the wake of a theoretical effort engaged by Georgescu-Roegen, thinking altogether the relationships between energy, matter and space. To do so, it gets inspiration from Simondon’s approach of the process of technical innovation, which last is less ruled by technological breakthrough but efforts to invent new developments from previous outdated technological assemblages and socio-geographical heritages. From this point of view, all the energies and materialities invested in the current processes of energy transition are not lost if we learn from their uncertain developements some lessons to steer the next experiments ones and make ourselves more conscious of our interrelations with Earth.

L’effondrement
des grandes infrastructures : une  opportunité ?
L’immense parc des infrastructures en ruine, obsolescentes ou en passe de le devenir, représente un enjeu de transformation sans précédent. À la fois marqueurs idéologiques d’une modernité prométhéenne et symboles d’un service public en déliquescence, la crise écologique, technique et politique des grandes infrastructures notamment énergétique, interrogent notre capacité à transformer nos modèles sociétaux.

The collapse of large infrastructures: an  opportunity?
The vast set of infrastructures in ruins, obsolete or on their way to obsolescence, represents an unprecedented transformation challenge. Both ideological markers of a Promethean modernity and symbols of a failing public service, the ecological, technical and political crisis of our major infrastructures, and in particular those of energy production, question our ability to transform our societal models.

Une lecture pragmatiste des  parcs éoliens citoyens en  Frise  du  Nord
Le temps de l’expérience et  la  continuité des  efforts de  transition
La  proposition de cet article est de se saisir du « temps de l’expérience » des parcs éoliens citoyens en Frise du Nord (Allemagne) en le confrontant à la fois aux pulsations politiques des expérimentations techniques et à la fois aux rythmes des vents, comme ce qui permettrait d’en prendre soin, pour penser la continuité des épreuves de transition dans le temps mais aussi dans l’espace, dans une perspective démocratique de multiplication des expériences de transition.


A pragmatist reading of citizens’ wind farms in  North  Friesland
The time of experience and  the  continuity
of  transition efforts
This article aims at considering the “time of experience” of citizen wind farms in Northern Friesland (Germany) by comparing it both with the political pulsations of technical experiments and with the rhythms of wind, as what would allow us to take care of it, to think about the continuity in time but also in space of the transition processes, in a democratic perspective of multiplication of transition experiences.

L’essor des coopératives énergétiques citoyennes
Au cours des années 2000, le développement de la filière photovoltaïque en France a essentiellement pris la forme de projets individuels et privés, organisés autour d’une quête de retour sur investissement suscitant débordements et controverses. A partir du cas des centrales villageoises, l’article souligne que l’essor actuel des coopératives énergétiques citoyennes porte un modèle politique alternatif pour le développement des renouvelables, davantage ouverts à des enjeux sociaux, territoriaux et écologiques.

The rise of
citizen energy cooperatives
During the 2000s, the development of the French photovoltaic sector mainly took the form of individual and private projects and was driven by a quest of return-on-investment which aroused several controversies. Starting with the centrales villageoises case study, this paper underlines that the current development of renewable communities bears an alternative political model for the development of renewable energies, more inclusive of social, local and environmental issues.

Tactiques
pour questions épineuses
L’électricité est un vecteur doté d’une magnitude et d’une direction. Il est soumis aux changements de la société et des gouvernements. Dans cet article, City Mine(d) considère l’électricité comme un vecteur de changement social. Nous fournissons un point de vue sur les défis auxquels la société est confrontée (les « problèmes épineux » que nous rencontrons), puis nous proposons un aperçu de notre approche de l’innovation sociale avant de l’appliquer au secteur de l’électricité.

Tactics for tough  issues
Electricity is a vector with a magnitude and a direction. It is subject to the changes in society and government. In this article, City Mine(d) looks at electricity as a vector for social change. We provide a lens by which to look at the challenges society is faced with, referred to as the “tough issues” we meet, and then offer some insights into our approach of social innovation, before applying this to the electricity sector.

Transitions énergétiques à Istanbul et Le Cap
À propos de  transformations plurielles
Cet article propose d’élargir le débat sur la transition énergétique au-delà du contexte occidental. Partant d’études de cas situées dans deux métropoles des Suds, la réflexion invite à nuancer les scénarios normatifs et supposés universels de transformation des systèmes énergétiques pour confronter les transitions aux singularités des sociétés et des territoires dans lesquels elles prennent forme. Ainsi s’aperçoit-on que les discours sur le changement climatique global ont bien moins d’effets d’entraînement sur les trajectoires énergétiques d’Istanbul et du Cap que l’impact de crises écologiques plus locales ou que l’évolution de compromis socio-politiques, toujours fragiles et dépendants d’héritages historiques nationaux.

Energy Transitions in Istanbul and  Cape  Town
About Plural Transformations
The present article aims at widening the debate on energy transition beyond the Western context. Based on two metropolitan case studies from the “Global South”, it suggests to move away from normative and supposedly universal scenarios of energy changes and to confront transitions with the singularities of the societies and territories in which they take shape. It is then apparent that discourses on global climate change have far less impact on Istanbul and Cap Town energy trajectories than local ecological crisis or changes in socio-political compromises, always fragile and dependent on national historical legacies.

Comment conserver
des  futurs énergétiques ouverts ?
17 ateliers européens de  storytelling
Dans le cadre du projet européen Shape Energy, des ateliers multipartites destinés à faire émerger des scénarios autour de futurs énergétiques désirables ont été organisés autour de problématiques locales en partenariat avec dix-sept villes européennes. Revenir sur ces différentes expériences convie à interroger deux des résultats. Le premier est celui de la méthode utilisée, le storytelling. Le deuxième est celui des thématiques traitées et des questions sous-jacentes.

How to keep futures  open?
Multi-stakeholders workshops
of storytelling
As part of the European project Shape Energy and in partnership with seventeen European cities, multistakeholders workshops aiming at bringing out desirable futures have been organized around local energy issues. To get back to these different experiences invites us to question two of the results: the first is the method used to bring out those scenarios: the storytelling. The second deals with the underlying issues of those workshops.

Cyber samsāra ou la métempsycose des machines

Cyber samsāra ou la métempsycose des machines
Une forme de transmigration électronique est en train de s’opérer sous nos yeux. Le Dalaï Lama l’a bien compris, apportant récemment sa bénédiction à un grand projet de « téléchargement de l’esprit » (mind uploading). Quel lien entretient ce modèle « numérique » de la transmigration (celui que nous promettent les transhumanistes) avec les formes plus anciennes (brahmanique, bouddhiste, spirite, etc.) ? Aurions-nous déjà opéré notre propre transmigration ? Basculé dans une autre matrice ? Serions-nous tous en train de devenir des esprits sans le savoir ?

Cyber samsāra or the metempsychosis of machines
A form of electronic transmigration is taking place under our eyes. The Dalai Lama has understood this, recently bringing his blessing to a big project of “mind uploading”. What is the link between this “digital” model of transmigration (the one that the transhumanists promise to us) and the older forms (Brahmanic, Buddhist, Spiritual, etc.)? Would we have already done our own transmigration? Switched to another matrix? Would we all be spirits without knowing it?

A lire en ligne
Trois approches de lutte pour la visibilité de la collapsologie dans les médias français

Les discours écologistes, depuis les années 1970, ont très souvent été jugés dans les médias de masse inutilement alarmistes, trop culpabilisateurs, voire naïvement irresponsables. Si, depuis une vingtaine d’années, certaines postures environnementalistes ont réussi à imprégner certaines sphères économiques et politiques, il reste que les théoriciens de l’effondrement de notre civilisation dont Yves Cochet fait figure […]

Le manifeste polémique d’UbuWeb

Pour l’anniversaire des vingt ans d’UbuWeb1, il y a quelques années, un groupe appelé Custodians Online, dédié à la dissémination de la culture et du savoir libres, a offert à UbuWeb deux cadeaux2. D’abord, ils ont créé une multitude de miroirs du site pour que, même si on devait disparaitre, il ne disparaisse jamais. Ensuite, […]

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler
« Nous sommes tous sur le même bateau », s’écrient les collapsologues, comme s’il s’agissait d’un scoop. Seulement, ces catastrophes annoncées, ou déjà bien amorcées, sont principalement causées par l’Occident et son système économique destructeur. Il s’agit ici de s’interroger sur l’effondrement en adoptant une perspective inversée et d’exposer la démarche de l’autrice de science-fiction Octavia Butler et des continuatrices de son œuvre, qui excellent à rendre possible des histoires alternatives. L’effondrement peut être l’occasion rêvée de changer d’angle et d’échelle et de revenir à l’essentiel.

Collapse Viewed from Below Along with Octavia Butler’s Sci-Fi
«We are all on the same boat,» exclaim the collapsologists, as if it were a scoop. Only these announced (or already well-established) disasters are mainly caused by the West and its destructive economic system. The aim here is to question the notion of collapse by adopting an inverted perspective, as provided by the science-fiction writings by Octavia Butler and the continuators of her work, who excel at making alternative stories possible. The collapse may be the perfect opportunity to change your viewpoint and scales of consideration, and to get back to basics.

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

Penser l’iconotexte de l’effondrement
Comment figurer visuellement les effets des bouleversements qui marquent notre entrée collective dans l’Anthropocène ? Comment saisir l’imminence de ces transformations, sans verser dans une forme de voyeurisme de la catastrophe qui, en se soumettant aux formes du spectaculaire, stérilise toute forme d’action efficace au lieu de la favoriser ? Peut-être en cherchant des images en creux, des images inquiètes, incomplètes, qui suscitent l’interrogation et l’exercice projectif de la pensée et de l’imagination : des images qui ne représentent pas les effets des bouleversements, mais les laissent flotter à la lisière de la représentation. On voudrait ainsi définir les contours possibles d’un iconotexte de l’effondrement qui constitue un nouveau régime d’articulation du visible et du lisible, propre à l’imminence des transformations qui nous guettent.

Thinking Through the Iconotext of Collapse
How can one visualize the effects of the upheavals that mark our collective entry into the Anthropocene? How can one grasp the imminence of these transformations, without falling into the traps of a voyeurism which, by submitting itself to the forms of the spectacular, would sterilize any form of effective action, instead of favoring it? Perhaps by searching for hollow images—worried, disquieting, incomplete images that provoke the interrogation and the projective exercise of thought and imagination: images that do not represent the effects of the upheavals, but leave them floating at the edge of representation. We would like to define the possible contours of an iconotext of collapse which could constitute a new system of articulation between the visible and the legible, peculiar to the imminence of the transformations which are ahead of us.

Agir avant et après la fin du monde, dans l’infinité des milieux en interaction
Suivant une perspective de sociologie pragmatique des transformations, cet article explore, à travers l’engagement discursif et pratique des figures de l’irréversibilité, une diversité de formes de bifurcations et d’ouvertures d’avenir qui prennent corps dans des micromondes. Il plaide pour la nécessité de rendre intelligible la manière dont s’élaborent, en contexte, de nouvelles prises individuelles et collectives sur des mondes constamment en train de se refaire. L’enquête sociologique s’ouvre à de nouvelles cosmologies moins exclusives où se jouent les capacités de reconfiguration, de rebondissement ou de rupture, ainsi qu’à un agir démocratique qui se forme et se réforme dans ces interstices qui hantent les régimes autoritaires et défient les prophéties déterministes.

Acting Before and After the End of the World Within Infinite Milieus of Interaction
Following a perspective of pragmatic sociology of transformations, this article explores, through the discursive and practical engagement of the figures of irreversibility, a diversity of forms of bifurcations and openings for the future that take shape in microworlds. It argues for the need to make intelligible the way in which are elaborated, in context, new individual and collective affordances on worlds that are constantly being rebuilt. The sociological inquiry opens up new and less exclusive cosmologies empowering our capacities for reconfiguration, rebounding or rupture, as well as for democratic actions that are formed and reformed in these interstices that haunt authoritarian regimes and challenge deterministic prophecies.

Le fonctionnement de l’attention dans le travail du cartographe
La cartographie est une méthode proposée par Gilles Deleuze et Félix Guattari actuellement développée et utilisée dans des recherches de terrain tournées vers l’étude de la subjectivité.  Cet  article aborde le problème du fonctionnement de l’attention à l’étape initiale du travail du cartographe. Il a pour base les concepts d’attention flottante  de Sigmund Freud, celui de  reconnaissance attentive  de Henri Bergson et les contributions  de la phénoménologie aux sciences cognitives contemporaines. L’attention cartographique est définie comme concentrée et ouverte  au plan collectif  des  forces et  des  affects, étant constituée de quatre qualités attentionnelles:  l’acte de tracer, le toucher, l’atterrissage et la reconnaissance attentive.

The operation of attention in the work of the cartographer
Cartography is a method proposed by Gilles Deleuze and Félix Guattari, which is currently being developed and used in field research focused on the study of subjectivity. This article addresses the problem of the operation of attention at the initial stage of the cartographer’s work. It is based on Sigmund Freud’s concepts of fluttering attention, Henri Bergson’s attentive recognition and the contributions of phenomenology to contemporary cognitive science. Cartographic attention is defined as concentrated and opened to the collective plane of forces and affects, made of four attentional qualities: the act of tracing, touching, landing, and attentive recognition.

Apprentissage – Extinction – Résurrection / Grégory Chatonsky & Ariel Kyrou

Improvisation de l’amateur Ariel Kyrou Apprentissage – Extinction – Résurrection : le corpus spécialement conçu pour ce numéro de Multitudes s’ouvre et se ferme par une Terre aux arcs-en-ciel de bleus et de mauves. Une montagne brisée. Une carte aux lignes accidentées, émaillée de pixels déstructurés et sauvages. Est-ce dans ce paysage à la fois topographique […]

La clinique est morte, vive la clinique !
La médecine clinique fut longtemps considérée comme morte. On la croyait disparue dans l’émergence technologique des I.A. et des big data. Mais ses meurtriers ont oublié que la clinique est une pratique théorique qui se différencie dans le regard et la décision de chaque médecin comme de chaque patient. La clinique ne s’est-elle pas dès lors transformée au gré du temps et des technologies ? C’est ce que l’article interroge. Mais dès lors qu’elle renaît, quelles pourraient être ses perspectives d’avenir ? Produisant des observations, des décisions thérapeutiques et des résultats de traitement, la clinique fournit une masse de données au système de santé. Elle représente une source inestimable de big data pour la médecine. Elle ouvre la voie pour intégrer les I.A. à la décision. Mais c’est l’autogestion de ces données par la relation clinique qui doit pouvoir dessiner les perspectives éthiques et politiques d’une médecine garantissant les biens communs dans l’avancée technologique actuelle.

Clinical medicine
is dead, long live
the clinical !
Clinical medicine was long considered dead. It was thought to have disappeared in the technological emergence of A.I. and big data. But its murderers have forgotten that the clinical is a theoretical practice that differs in the look and decision of each doctor and each patient. Has the clinical not changed with time and technology? This is what the article questions. Now it is born again, what could be its future prospects? Producing observations, therapeutic decisions and treatment results, the clinical provides a mass of data to the health system. It represents an invaluable source of big data for medicine. It paves the way for the integration of A.I. into the decision. But it is the self-management of these data by the clinical relation which must be in a position to draw the ethical and political perspectives for a medicine guaranteeing the common good in the current technological advance.

Le hasard clinique ou la crise de la rationalité médicale
L’application médicale de la loi des grands nombres a longtemps effrayé les cliniciens pour sa potentialité à réduire le médecin à n’être « qu’une machine arithmétique » et le patient à n’être « qu’un individu pathologique moyen ». Les enjeux de la prise de décision clinique, qui répondent depuis le xixe siècle à une double exigence de soin et de connaissance ont ainsi engendré une crise de la rationalité médicale. La médecine clinique, en s’efforçant de rendre le hasard positif, a ainsi opposé l’art à la science. En considérant ce conflit dans l’histoire longue de la médecine, cet article en vient à questionner la numérisation de la décision médicale effectuée au moyen de l’I.A. et des big data, d’un point de vue épistémologique comme éthique.

Clinical probabilities or the crisis of medical rationality
The medical application of the law of large numbers has long frightened clinicians for its potential to reduce the physician to be “just an arithmetic machine” and the patient to be “only an average pathological individual”. The issues of clinical decision-making that have responded since the 19th century to a dual requirement of care and knowledge have thus generated a crisis of medical rationality. Clinical medicine, by striving to render chance positive, has thus opposed art to science. By considering this conflict in the long history of medicine, the article comes to question the digitization of the medical decision made by means of A.I. and big data, from an epistemological as well as ethical point of view.

La technique qui donne confiance
L’exemple de
l’imagerie médicale
Faut-il craindre la technique comme un monstre qui dévorerait notre être et qui nous éloignerait du souci de nous-mêmes, en nous réduisant à ne plus être que ses objets ? Faut-il la craindre tout particulièrement pour la médecine qui se donne en confiance aux appareils et aux calculs, sans toujours imaginer à quelle opération de réduction, elle risque, ce faisant, de livrer malades et maladies ? Mais la technique n’est-elle pas d’abord un geste de notre part, un geste provisoire que nous faisons vers nous-mêmes, aussi maladroit puisse-t-il paraître ? Ce geste, l’avons-nous achevé ? Sommes-nous sûrs du sens et de la suite que nous voulons lui donner ? Parmi tous les lieux de technique en médecine qui appellent à réenvisager ces questions, il y en a un emblématique, celui de l’imagerie cérébrale, avec sa prétention à dire notre intimité, sa réalité de faiseuse d’images et notre jouissance à en nourrir notre imaginaire. Devons-nous être dupes ? Ne pouvons-nous voir la technique comme un moyen, non de nous figer, mais de nous chercher et de nous dépasser ? Un moyen de nous révéler, une confiance que nous nous donnons pour cette entreprise ?

The technique that builds confidence
The example
of medical imaging
Should we fear technique as a monster that devours our being and moves us away from our concern for ourselves, reducing ourselves to be nothing more than its objects? Should we fear it especially in the case of medicine, when it puts its trust in devices and calculations, without always imagining which operation of reduction it risks, doing so, to impose upon patients and diseases? But is not the technique first of all a gesture on our part, a temporary gesture that we make towards ourselves, as awkward as it may seem? This gesture, did we finish it? Are we confident about the meaning and the result we want to give it? Among all the places of technical medicine that call for a re-examination of these questions, there is one emblematic domain, that of brain imaging, with its claim to map our intimacy, its image-making reality, and our enjoyment to nourish our imagination with such representations. Should we be fooled? Can we not see technique as a means, not to freeze ourselves, but to seek and overcome ourselves? A way to reveal ourselves, a confidence we give ourselves for this company?

De la médecine personnalisée
à l’exposomique
Environnement et santé
à l’ère des big data
Depuis une vingtaine d’années, le concept de « médecine personnalisée » désigne la possibilité d’adapter finement les diagnostics et thérapies au profil biologique, en particulier génétique, de chaque patient·e. L’article traite d’un aspect spécifique de la médecine personnalisée, celui du statut qu’y acquiert « l’environnement ». Il est unanimement admis que les gènes n’expliquent qu’un faible pourcentage des phénotypes pathologiques, l’environnement en constituant le principal facteur explicatif. Les efforts pour identifier et caractériser ces facteurs environnementaux sont aujourd’hui rassemblés sous une nouvelle étiquette, l’exposomique. Elle connaît deux orientations. L’une conduit à une vision industrielle, orientée vers la recherche de cibles susceptibles d’intervention technique. L’autre vise la critique des choix politiques et sociaux en matière de santé publique. L’article porte sur cette croisée des chemins dans la manière d’appréhender les rapports entre santé et environnement.

From personalized medicine
to exposomics
Environment and health in the era of
big data
For about twenty years, the concept of “personalized medicine” refers to the possibility of fine-tuning diagnoses and therapies to the biological (in particular genetic) profile of each patient. The article deals with a specific aspect of personalized medicine, that of the status of the environment. It is widely accepted that genes account for only a small percentage of pathological phenotypes, while the environment remains the main explanatory factor. Efforts to identify and characterize these environmental factors are today brought together under a new label, the exposomic. It follows two directions. One leads to an industrial vision, oriented towards the search for targets susceptible of technical intervention. The other aims towards a critique of political and social choices in public health. The article focuses on this crossroads in the way of understanding the relationship between health and environment.

La neuronisation
de la psychiatrie
Éternel retour du mythe ?
La crise structurelle de la psychiatrie questionne aujourd’hui le modèle médical dans son ensemble. Premier poste de dépense de l’assurance maladie, les techniques de soins psychiatriques, soins de la subjectivité malade, sont-elles destinées à être numérisées ? L’influence étasunienne, vecteur d’un retour de la neuropsychiatrie, tend à le laisser croire. À partir des constats observés au fil de l’histoire de la psychiatrie française, nous interrogerons cette tendance, ses fantasmes et réalités, pour préciser les conditions d’une appropriation des technologies qui améliore le service médico-psychiatrique individuel et collectif.

The neuronization of psychiatry
Eternal return of the myth ?
The structural crisis of psychiatry today questions the medical model as a whole. First item of expenditure of the Health System, the techniques of psychiatric care, aimed towards the patient subjectivity, may be on the way to be digitized? The US influence, vector of a return of the neuropsychiatry, pushes in this direction. Based on the findings observed over the history of french psychiatry, this paper will examine this trend, its fantasies and realities, to clarify the conditions of an appropriation of technologies that improves the individual and collective medico-psychiatric service.

De la vision médiate en clinique : l’échostéthoscopie

De la vision médiate en clinique
L’échostéthoscopie
La clinique est ce rapport singulier d’un malade qui se plaint et d’un médecin qui l’écoute, pour le soulager, le guérir. Mais elle traverse une période de crise. On annonce même sa mort prochaine ! Étrangement, des progrès technologiques viennent aujourd’hui à son aide, l’incitant à rebondir. Deux cents ans après le stéthoscope, la vision médiate par échographie portable devient réalité et entre en scène pour sonder le corps malade « à son chevet ». Ce visible virtuel émanant de l’examen clinique se fait ainsi visible pour le clinicien, les médecins et malades en général, parce que les images peuvent se partager. C’est pour le clinicien prendre possession d’un espace jusque-là imperméable : la vision ne connaît plus d’interdit, mais n’affirme sa puissance que si elle pénétrée par une belle clinique.

Mediated vision
in the clinical gaze
Echostethoscopy
The clinical relation is the singular encounter between a patient who complains and a doctor who listens, in order to relieve and cure. But it is going through a period of crisis. One even announces his impending death! Strangely, technological advances are now coming to its rescue, prompting it to bounce back. Two hundred years after the stethoscope, the mediated vision by portable ultrasound becomes reality and enters the stage to probe the sick body “at his bedside”. This virtual visible from the clinical examination becomes thus visible to the clinician, doctors and patients in general, because the images can be shared. That means for the clinician to take possession of space that was impermeable until there: the vision penetrates beyond old barriers, but it will only assert its full power if it is permeated by a clinical relation restored to its true beauty.

L’oppression des communautés autochtones hindoues au Pakistan
Le projet d’extraction de charbon de Thar
Le mégaprojet de centrale au charbon Thar (Thar Coal Mega Power Project) est l’un des plus ambitieux du Pakistan. Il affectera directement les communautés du désert de Thar sur une superficie d’environ neuf mille kilomètres carrés. Plus de deux cent cinquante villages seront évacués pour assurer son succès économique. Le projet a d’ores et déjà provoqué des migrations, des spéculations sur le sol, l’usurpation de pâturages communs et le rejet des communautés. Les conflits dans la région revêtent deux faces. D’abord, on constate des conflits entre les communautés autochtones, l’État et les fonctionnaires de la Sindh Engro Coal Mining Company (SECMC). Ensuite, les problèmes intracommunautaires se sont transformés en conflits religieux entre musulmans et hindous, bien que les causes sous-jacentes soient environnementales. Cet article fournit une description critique des conflits, de l’usurpation de la terre, des processus de spéculation et d’accumulation dans la zone du projet.

The oppression of indigenous communities in Pakistan
The Thar coal
mining project
The Thar Coal Mega Power Project is one of the most ambitious projects in Pakistan. It will directly affect the communities of the Thar Desert over an area of ​​about nine thousand square kilometers. More than two hundred and fifty villages will be evacuated to ensure its economic success. The project has already caused migration, speculation on the ground, usurpation of common pastures and rejection of communities. Conflicts in the region take two sides. First, there are conflicts between indigenous communities, the state, and officials of the Sindh Engro Coal Mining Company (SECMC). Second, intra-community problems have turned into religious conflicts between Muslims and Hindus, although the underlying causes are environmental. This article provides a critical description of conflicts, land spoofing, speculation and accumulation processes in the project area.

Dans la pensée libérale, la multitude1 survit comme dimension privée. Le Nombre est aphasique et écarté des affaires publiques. […] Dans les formes actuelles de la vie on a la perception directe du fait que tant le couple public-privé que le couple collectif-individuel ne marchent plus, ne reposent plus sur rien, explosent. Ce qui était […]

Dans les rêves de l’Europe
De Cette chère humanité en 1976 à Lothar Blues en 2008, Philippe Curval est l’auteur d’une série de romans qui mettent en scène un ou plusieurs futurs de l’Union européenne. Alors que l’Europe s’apprête peut-être à vivre des « années de chien », cette conversation entre Philippe Curval et Ariel Kyrou nous plonge dans les rêves ou les cauchemars imaginés par l’auteur de science-fiction, quelque part entre le danger d’un enfermement dans ses frontières, les risques d’effondrement, les promesses de la fin du travail et l’espoir d’une renaissance du vieux continent.

In the dreams of Europe
From This Dear Humanity in 1976 to Lothar Blues in 2008, Philippe Curval is the author of a series of novels that feature one or more futures of the European Union. While Europe may be getting ready to live the “dog years”, this conversation between Philippe Curval and Ariel Kyrou dives us into dreams or nightmares devised by the science fiction writer, somewhere between the danger of confinement within its borders, the risks of collapse, the promises of the end of work and the hope of a rebirth of the old continent.

L’Europe et les nouvelles échelles de la transition énergétique
Après avoir passé en revue la diversité des politiques nationales en matière de transition énergétique, cet entretien fait le point sur ce que l’Union européenne a déjà pu et pourra apporter aux multiples redimensionnements en cours. Alors que les politiques nationales restent obnubilées par une conception centralisatrice de la production énergétique, le nouveau monde de la parité-réseau et des consommateurs-producteurs redistribue les cartes selon des échelles sensiblement différentes. Une coordination européenne entre initiatives locales peut devenir un atout, pour autant que des mesures de redistribution sachent prévenir une nouvelle « lutte des classes énergétiques » qu’exaspèrent nos inégalités actuelles.

Europe and the new scales of energy policies in transition
After reviewing the diversity of national policies addressing energy issues, this interview considers what the EU has done, and what it will be in a position to do, to the current re-dimensioning of our energy policies. While national agendas remain deeply tied to a centralizing conception of energy production through massive powerplants, the new world of prosumers and parity grid reshuffles the cards along a multiplicity of heterogeneous scales. This is where a European-wide coordination can become a major asset, as long as redistributive policies prevent the new “energy class struggles” currently exacerbated by growing social inequalities.

Vers une Europe post-médiatique
La forme alternative d’une Europe à venir est aussi dessinée par les infrastructures médiales qui en tisseront la trame relationnelle déterminée par la circulation des attentions, des récits et des idées. C’est à l’échelle européenne que pourraient être envisagées des initiatives pour déjouer l’emprise médiatique que les nouveaux empires numériques (comme les GAFAM) entretiennent aujourd’hui en croisant les mass-media traditionnels. Il s’agit ainsi de transformer la médiasphère de notre continent dans un laboratoire de fabrication de conditions « post-média » (Guattari) d’existence collective.

Towards a post-media Europe
The alternative form of a future Europe is also drawn by the medial infrastructures that will weave the relational framework determined by the circulation of attentions, stories and ideas. It is at the European level that initiatives could be envisaged to thwart the media hold that the new digital empires (like GAFAM) maintain today by reconfiguring the media landscape. It is thus a question of transforming the mediasphere of our continent into a laboratory of manufacturing of “post-media” (Guattari) conditions of collective existence.

Vivre dans les programmes

Vivre dans les programmes
Encore mal connue, l’ampleur des travaux du chercheur Vilém Flusser est pourtant d’une grande importance pour appréhender la situation contemporaine d’un monde numérique risquant d’aboutir à une société automatisée. Analysant la notion de programme depuis des réflexions sur les mutations de la photographie et de l’écriture, Flusser montre, au contraire, comment les artistes pourraient œuvrer au développement d’un « techno-imaginaire » capable de donner du sens à nos « vies artificielles ».

Living in Programs
Still poorly known, the scope of Vilém Flusser’s work is nevertheless of great importance. Flusser helps us to understand how the proliferation of electronic devices poses the risk of an automated society. He analyses the notion of “program” on his basis of his thoughts on the changes in photography and writing. According to Flusser, artists could develop a “techno-imaginary” capable of giving meaning to our “artificial lives”.